Introduction
Saphia Aït Ouarabi est une figure montante de la lutte contre le racisme et l'extrême droite en France. Son parcours, marqué par un engagement précoce et une détermination sans faille, témoigne de la vitalité de la jeunesse engagée dans la défense des valeurs républicaines et de l'égalité. Cet article retrace le parcours de cette jeune femme, de ses premières expériences militantes à son rôle actuel de vice-présidente de SOS Racisme, en passant par ses prises de position et ses actions sur le terrain.
Genèse d'un engagement : Harcèlement scolaire et prise de conscience
Saphia Aït Ouarabi a grandi dans une cité du XIXe arrondissement de Paris. Son engagement contre le racisme a pris racine lors de son passage dans un lycée privé. "J’avais des amis proches mais j’ai subi du harcèlement. Un jour, des filles m’ont lancé du café dans les cheveux, raconte la jeune femme. Elles m'ont rétorqué que je suis une banlieusarde hystérique, un cliché d’algérienne".
La violence des attentats de novembre 2015 et l’islamophobie qui en a découlé ont achevé de la convaincre de s'engager. "J’ai cherché sur Internet comment m’engager contre le racisme."
Militante chez SOS Racisme et engagement étudiant
À 17 ans, Saphia Aït Ouarabi devient militante au sein de SOS Racisme. En parallèle, elle est élue vice-présidente du syndicat étudiant FIDL. "C’était complémentaire de défendre les droits des lycéens et de lutter contre le racisme. J’étais très épanouie mais physiquement c’était compliqué, je dormais très peu. Mes parents, ça les rendait fous !" se souvient Saphia.
Elle choisit ensuite une licence de sciences politiques à l’université Paris-Est Créteil (UPEC). "À l’UPEC, on est tous très différents : il y a des gens en costard et d’autres en jogging. Ce n’était pas un groupe homogène dans lequel je n’arriverais pas à m’intégrer."
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Vice-présidente de SOS Racisme : Actions et projets
À 18 ans, à peine arrivée à la fac, Saphia Aït Ouarabi est élue vice-présidente de SOS Racisme. "Il y a énormément de jeunes militants dans cette association, ils voulaient une jeune pour porter leurs projets." Jamais à court d’idées, elle crée ensuite une section locale de SOS Racisme à l’UPEC, dont elle devient présidente.
"Avant SOS Racisme, j’étais dans des associations culturelles mais je n’avais pas l’impression d’avoir un impact", retrace Saphia. Cet engagement lui donne l’impression de faire la différence. "SOS Racisme a participé aux changements dans la société. Ma mère est juive marocaine et elle s’est faite poursuivre dans le métro par le GUD [Groupe union défense, une organisation étudiante violente d'extrême droite, NDLR]. Mon père, qui est musulman et Algérien devait faire attention dès qu’il sortait. Je sais que les agressions existent encore mais ça a beaucoup changé. Quand je regarde en arrière et que je vois ces victoires, je me dis qu’il n’y a pas de raisons qu’il n’y en ait pas d’autres", assure Saphia avec un entrain croissant.
Aujourd’hui dans son deuxième mandat consécutif de vice-présidente, l’étudiante a déjà réalisé de beaux projets. Elle a notamment fait partie de "Salam, Shalom, Salut", un tour de France mené par 25 jeunes juifs et arabes pour aller à la rencontre d’autres jeunes, leur parler de leur engagement et promouvoir le vivre ensemble. Elle réalise aussi régulièrement des campagnes de testing. "Les chiffres sont honteux pour les entreprises et les institutions. Nous ne sommes pas là pour râler contre ces discriminations mais pour appeler au changement", souligne la jeune femme.
Pour les jeunes qui veulent faire changer la société, l’engagement associatif est un moyen efficace. "Quand on est jeune, on n'a pas le droit de voter, donc c'est très dur de se faire entendre sans passer par une association", explique Saphia.
Positionnement politique et regard sur l'élection présidentielle de 2022
Lors de l'élection présidentielle de 2022 elle votera pour la première fois. "Je ne sais vraiment pas pour qui je vais voter. Si je n’étais pas militante, je me serais abstenue, mais là j’ai un devoir de vote. Je ne veux pas que d’autres décident à ma place". Elle concède cependant que sa vision est minoritaire et comprend les jeunes qui n'iront pas voter. "Si moi, en tant que jeune très politisée, je ne sais toujours pas pour qui voter à six mois de la présidentielle, c'est très préoccupant. Regard perçant, droite dans son col roulé noir, Saphia ne fait pas mystère de son bord politique, situé "à gauche, très à gauche". Mais elle n’est convaincue par personne. "J’en veux aux candidats d’avoir des ambitions si faibles contre le racisme et les discriminations. J’en veux aux candidats de ne pas avoir de vrais projets pour la jeunesse. J’ai des camarades de fac qui mangeaient une fois par jour pendant la crise du Covid, d’autres qui se sont suicidés."
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Démission de SOS Racisme : Désaccord idéologique et critique de l'association
Le 27 novembre 2023, Saphia Aït Ouarabi annonce sa démission de son poste de vice-présidente de SOS Racisme. Elle justifie sa décision par un désaccord sur le « droit d’Israël à se défendre » et une «dérive idéologique grave» de l’association. Elle estime que SOS Racisme ne répond plus aux attentes des nouvelles générations et n’est «plus à la hauteur» des enjeux actuels, notamment en matière de racisme d’État et de causes internationales et anti-colonialistes.
« Aujourd’hui, je refuse de représenter une association qui piétine mes espoirs et ceux de beaucoup d’autres jeunes qui me ressemblent », explique-t-elle sur les réseaux sociaux. Elle reproche notamment à l'association de ne pas avoir été suffisamment présente suite au meurtre policier de Nahel et à l’interdiction des abayas.
Engagement antifasciste : Une lutte nécessaire face à la montée de l'extrême droite
Saphia Aït Ouarabi s'inscrit pleinement dans la lutte contre l'extrême droite. Elle considère que "défendre sa propre chapelle n’est pas pertinent actuellement" et que les antifas sont les bienvenus dans le combat contre le fascisme.
Elle a participé activement aux manifestations contre Éric Zemmour, notamment à Lille le 5 février [Année non fournie]. Lors de ces événements, elle a côtoyé différents groupes antifascistes, allant des organisations légalistes comme la Jeune Garde Antifasciste aux groupes plus radicaux comme l'AFA NP2C (Action Antifasciste Nord-Pas-de-Calais).
Saphia Aït Ouarabi, portant un t-shirt avec la lettre A, s'est alignée aux côtés d'autres militants pour former la phrase « Non au racisme » et rappeler l’agression dont certains d’entre eux ont été victimes.
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La Jeune Garde Antifasciste : Une approche différente de l'antifascisme
La Jeune Garde Antifasciste, créée à Lyon en 2018 et présente à Lille depuis 2021, représente une approche différente de l'antifascisme. Ses militants, esthétiquement à rebours de l’imaginaire black bloc, privilégient des tenues plus claires et classiques. Ils assument un projet de rupture avec les groupes antifas existants et cherchent à rendre des comptes à leur camp social en "libérant le champ" aux partis et aux syndicats.
Raphaël Arnault, porte-parole de la Jeune Garde, expliquait la proximité de son mouvement avec les organisations légalistes : « On estime qu’on doit rendre des comptes à notre camp social. Notre travail, c’est une forme de sacrifice, celui de s’attaquer à l’extrême droite pour libérer le champ » aux partis et aux syndicats.
L'AFA NP2C : Action directe et confrontation
L'AFA NP2C (Action Antifasciste Nord-Pas-de-Calais), un groupe affinitaire formé en 2013, incarne une approche plus radicale de l'antifascisme. Ses militants, majoritairement vêtus de noir et parfois cagoulés, n'hésitent pas à défier les autorités et à envisager des actions directes pour contrer l'extrême droite. Ils considèrent que "manifester contre l’extrême droite n’est pas quelque chose pour lequel on devrait demander la permission".
Adrien, membre de l'AFA NP2C, regrettait que le parcours de la manifestation du 5 février [Année non fournie] à Lille ait été imposé par la préfecture, compromettant ainsi son impact. Il déplorait également la désorganisation du cortège de tête et le manque de stratégie commune.
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