La mortalité maternelle reste un défi majeur en Afrique, en particulier dans des pays comme le Niger, où elle avoisine les 10%. Les initiatives telles que les projets "Maternité sans risques" sont essentielles pour améliorer les conditions d'accouchement, tant en milieu rural qu'urbain, malgré les disparités significatives entre ces environnements. Cet article se concentre sur les pratiques et les représentations populaires liées à l'accouchement en milieu rural africain, en s'appuyant sur une étude comparative qualitative menée dans des villages nigériens.
Contexte de l'étude
L'enquête s'est déroulée sur trois mois dans 12 villages du Niger, répartis dans les arrondissements de Birni (zone zarmaphone) et de Mayahi (zone hausaphone). Cette étude est novatrice car elle compare simultanément les pratiques et les représentations dans les deux principales langues et cultures du Niger. Les résultats révèlent une convergence notable des pratiques populaires liées à l'accouchement.
Le déroulement traditionnel de l'accouchement : Le cas de Nana
L'histoire de Nana, une jeune femme de Mashe Jan Baushi, illustre le parcours typique d'une grossesse et d'un accouchement en milieu rural. Bien qu'elle ait suivi régulièrement les consultations prénatales (CPN) au Centre de soins intégrés (CSI) de Dan Mairo, situé à 15 km de son village, son accouchement a été marqué par des pratiques traditionnelles et des interventions familiales.
Lorsque le travail a commencé, Nana n'a averti personne et a enduré les douleurs toute la nuit. Le matin venu, sa belle-famille lui a administré des décoctions locales et de l'"eau bénite" (sunan Alla) pour faciliter le travail. Ces remèdes n'ayant pas fonctionné, son beau-père a décidé de l'emmener au CSI de Dan Mairo, malgré les réticences initiales de certaines femmes âgées.
L'évacuation vers le CSI s'est faite en pleine nuit, sur une charrette tirée par un âne, en présence de plusieurs membres de sa famille. Après un trajet de 3 à 4 heures, Nana a finalement accouché au CSI. L'infirmier lui a administré des ocytociques avant l'accouchement et a reçu une petite somme d'argent en remerciement. Après l'accouchement, l'infirmier a insisté pour que le bébé soit mis au sein immédiatement.
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De retour à Mashe, les femmes âgées ont pratiqué le "test du lait" pour vérifier sa qualité. Ce test, qui consiste à verser du lait sur un couteau chauffé, est censé détecter la "maladie du lait" (kaikai).
Perceptions et croyances populaires autour du travail et de l'accouchement
Les douleurs au bas-ventre et au dos sont généralement considérées comme les premiers signes du travail. La poche des eaux est perçue comme un régulateur thermique, et il est traditionnellement déconseillé de la percer artificiellement.
La durée du travail est attribuée aux particularités de chaque enfant, comme le souligne le dicton zarma "tout enfant a sa propre façon de marcher". Un travail long est appelé "genoux lourds" (nauyin guywa) en hausa et est considéré comme une expérience très douloureuse. Certaines femmes peuvent ressentir des contractions dès le septième mois de grossesse, mais cela n'est pas considéré comme le véritable travail.
Pour prévenir un travail long, les femmes enceintes peuvent consommer des décoctions, consulter des marabouts, des prêtres des génies ou des guérisseurs. Certaines pratiques désuètes consistent à faire boire à la femme une eau dans laquelle la ceinture du pantalon de son mari a macéré. En cas d'accouchement difficile, les accoucheuses zarma utilisaient un charme (zumandi tira) qu'elles nouaient aux cheveux de la parturiente.
L'accouchement à domicile : Discrétion et bravoure
De nombreuses femmes préfèrent accoucher dans la discrétion, sans l'assistance d'une matrone ou d'une accoucheuse. Cet acte est valorisé socialement et considéré comme une preuve de courage. L'accouchement à domicile se déroule généralement en position agenouillée, et une femme assiste la parturiente en se plaçant derrière elle pour recevoir l'enfant. Chez les Hausa, l'accoucheuse prononce des paroles rituelles au moment de la naissance.
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Les rôles après l'expulsion : Une division des tâches
Après l'expulsion de l'enfant, les accoucheuses ou les assistantes se chargent de diverses tâches, telles que couper le cordon ombilical, enterrer le placenta, ramasser le sang, chauffer l'eau pour le bain de la mère et du bébé, et coiffer le bébé pour le baptême. La toilette de la parturiente se fait avec de l'eau très chaude, réputée pour ses vertus antiseptiques et cicatrisantes. Des massages abdominaux et des décoctions sont également utilisés pour "chasser le mauvais sang". Le ventre est bandé serré pour reprendre sa forme normale. La nouvelle accouchée est prise en charge pendant au moins sept jours, jusqu'au baptême.
Particularités de la naissance : Membranes, mort-nés et prématurés
Certains enfants naissent enveloppés dans une membrane (foolo en zarma, mai riga en hausa). Il est important de déchirer rapidement cette membrane pour éviter l'étouffement de l'enfant. D'autres enfants naissent inanimés.
En cas d'antécédents d'enfants mort-nés ou décédés peu après la naissance, on pratique l'accouchement dans des lieux dévalorisés (écurie, poulailler) pour dissuader les génies ou les sorciers de s'intéresser à l'enfant.
Concernant les prématurés, il est communément admis que ceux du septième mois ont plus de chances de survivre que ceux du huitième mois. Autrefois, les prématurés étaient placés dans une sorte de "couscoussier" (dambu en zarma) et chauffés sur un feu de tiges de mil.
L'importance du placenta
Le placenta est considéré comme extrêmement important et est traité avec respect. Il est appelé "ami" (cora) ou "compagnon" (hangasin) en zarma et "la chose avec laquelle on accouche" (ma'haihwa), "reine" (saraunya) ou "mère" (uwa) en hausa. La naissance d'un enfant n'est pas annoncée publiquement tant que le placenta n'est pas expulsé. Si le placenta tarde à sortir, on dit qu'il se repose. Pour faciliter son expulsion, on peut faire respirer à la femme la fumée de piment ou lui faire boire un breuvage rituel.
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Recours aux marabouts et aux guérisseurs
En cas de rétention placentaire ou d'autres complications de l'accouchement, on fait appel aux marabouts, aux guérisseurs (zimma, boka) pour leurs prières et leurs talismans. Ils sont également sollicités en cas de travail "trop long" ou de mauvaises présentations (enfant "en travers", présentation par le siège, tête mal placée).
Les mauvaises présentations peuvent être dues au fait que l'enfant "remonte" vers l'estomac. La présentation par les pieds est appelée "sauter" (jippo) ou "faire descendre comme un cheval" (bari zumandi) et est considérée comme dangereuse pour la mère et l'enfant.
Grossesse molaire complète
Une grossesse molaire complète se produit lorsqu'un tissu placentaire anormal se forme à l'intérieur de l'utérus, se transformant en kystes remplis de liquide. Dans ce type de grossesse, il n'y a pas de tissu embryonnaire ou fœtal visible. Elle résulte de la fécondation d'un ovule dépourvu de matériel génétique, de sorte que la charge génétique est exclusivement d'origine paternelle. La grossesse molaire se manifeste généralement par des saignements irréguliers et une taille de l'utérus plus grande que la normale, parfois accompagnés de douleurs abdominales et de l'expulsion vaginale de vésicules ressemblant à des raisins. Le diagnostic repose sur les symptômes, l'échographie et la mesure de l'hormone HCG, dont les niveaux sont beaucoup plus élevés que dans une grossesse normale. Le traitement consiste à évacuer le contenu anormal de l'utérus et à éviter une nouvelle grossesse pendant six mois à un an. Dans de rares cas, une grossesse molaire peut persister ou entraîner de graves complications.
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