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Sang Magique : Mythes et Réalités Autour de la Menstruation

La menstruation, un phénomène biologique naturel, a été entourée de mythes, de tabous et de stigmates à travers l'histoire et les cultures. Cet article explore ces mythes et réalités, en mettant en lumière la manière dont les artistes contemporaines et les discours médicaux ont contribué à la déstigmatisation et à la compréhension de la menstruation.

Introduction

La menstruation, souvent enveloppée de mystère et de tabous, est un sujet qui a suscité de nombreuses idées reçues et superstitions à travers les âges. Des sociétés anciennes aux cultures contemporaines, le sang menstruel a été perçu comme impur, dangereux ou même magique. Cet article se penche sur ces mythes et réalités, en explorant les différentes perspectives culturelles et médicales, ainsi que les tentatives artistiques de déstigmatisation.

Mythes et Tabous : Un Aperçu Historique

Depuis l'Antiquité, les menstruations ont été associées à des notions d'impureté et de danger. Les textes scientifiques, médicaux et théologiques ont abondamment traité ce sujet, enracinant des superstitions populaires tenaces.

Théorie des Humeurs et Toxicité Menstruelle

La théorie des quatre humeurs, qui prévalait de l'Antiquité au XVIIe siècle, considérait la santé comme un équilibre entre quatre fluides corporels : le sang, la bile, la bile noire et le flegme. Les menstrues étaient perçues comme un moyen d'évacuer les impuretés du corps féminin, et de nombreuses recettes médicales visaient à réguler le flux menstruel pour éviter des troubles mortels. Le caractère toxique attribué aux menstrues a donné naissance à des superstitions populaires, comme celles recensées par Pline l'Ancien.

Interdits Religieux et Souillure Rituelle

Le livre du Lévitique de l'Ancien Testament énonce des interdits sacrés concernant la femme qui a ses menstrues. Il était interdit de la toucher, de toucher un meuble qu'elle aurait touché, et les relations sexuelles étaient proscrites. La notion d'impureté était assimilée à une souillure rituelle. L'interprétation de la Genèse, selon laquelle les menstrues seraient une conséquence du péché originel, a renforcé cette idée de sang impur, entraînant des interdictions religieuses telles que l'interdiction de pénétrer dans une église et de communier.

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Conséquences de l'Invisibilisation

Le tabou du sang menstruel a engendré des logiques d'invisibilisation lourdes et persistantes. La représentation même du sang vaginal a été occultée, perpétuant le confinement social imposé aux corps menstrués.

Discours Médicaux et Préjugés Populaires

À la fin du XIXe siècle, le discours médical sur les règles recoupait encore les préjugés populaires, notamment en ce qui concerne l'impureté du sang menstruel. Si certains médecins percevaient la menstruation comme un garant de l'équilibre féminin, d'autres la stigmatisaient comme un état pathologique induisant des troubles physiologiques et psychologiques.

La Naturalisation du Social

Les savoirs médicaux ont parfois intégré et confirmé les croyances populaires, naturalisant le social et rationalisant les comportements en fonction des rôles sexués. Le cycle lunaire était mobilisé pour ancrer la femme et son cycle menstruel dans une cosmogonie impossible à dépasser.

La Nocivité de la Femme Indisposée

Certains médecins justifiaient scientifiquement les superstitions concernant les règles, affirmant que la femme indisposée exerçait une influence néfaste sur le monde qui l'entourait, notamment sur la nourriture, les animaux et les plantes. La théorie des ménotoxines, élaborée en 1920 par le docteur Bela Schick, prétendait expliquer scientifiquement le pouvoir néfaste de la femme indisposée.

Menstruation et Sexualité

Certains auteurs estimaient que le climat jouait un rôle dans la venue des premières règles, et que les femmes des pays chauds, plus tôt et plus abondamment réglées, étaient plus enclines aux plaisirs de l'amour. D'autres médecins nuancent ce point de vue en faisant de la période des règles un moment de forte excitation érotique.

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Interdiction des Rapports Sexuels

La plupart des médecins déconseillaient formellement les rapports sexuels pendant les règles, rejoignant ainsi les prescriptions des Anciens et les préjugés populaires. L'interdiction était justifiée par la nervosité et l'irritabilité de la femme, ainsi que par le risque de contamination microbienne.

L'Art comme Acte de Déstigmatisation

Face à ces tabous et préjugés, des artistes ont commencé à utiliser le sang menstruel comme thème et matériau artistiques pour dénoncer la stigmatisation des représentations du fluide féminin.

Pionnières et Gestes Fondateurs

Dans la performance Vagina Painting (1965), l'artiste japonaise Shigeko Kubota utilise un pinceau collé à sa culotte pour étaler sur une grande toile de la peinture rouge, semblable à celle des menstruations. Cette œuvre érige le vagin en élément de création à part entière.

Stratégies de Visibilisation des Règles

Les explorations artistiques visant à déstigmatiser le sang féminin se sont multipliées sous des modalités picturales, performantielles, sculpturales et installationnelles, à travers deux grandes stratégies plastiques de mise en visibilité des règles. D'un côté, les artistes ont exploré la plasticité même de l'épanchement de sang, qu'il soit montré sous forme de taches désolidarisées du corps ou de coulure en contact avec la peau. D'un autre côté, les artistes ont employé comme moyen de visibilisation des règles les dispositifs de « protection » précisément conçus pour les faire disparaître : les tampons menstruels et les serviettes hygiéniques.

Casey Jenkins et Vadis Turner : Artistes Engagées

Cet article s’attache aux modalités par lesquelles deux artistes contemporaines, Casey Jenkins (née en 1979 à Melbourne) et Vadis Turner (née en 1977 à Nashville), cherchent à lutter contre la stigmatisation qui touche les personnes menstruées.

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Casting off my Womb de Casey Jenkins

En octobre 2013, Casey Jenkins s'installe pendant la durée de son cycle menstruel dans l'espace de la Visual Arts Association de Darwin en Australie. Chaque jour, six heures durant, assise sur un tabouret de bois, elle tricote silencieusement avec du fil de laine inséré dans son vagin. Initialement blanc, le fil s'imprègne de sang menstruel au moment de ses règles, avant de redevenir blanc. L'ouvrage, coloré de rouge à mi-longueur de ses quinze mètres, traduisait visuellement la durée du cycle féminin. Diffusée sur la chaîne SBS2, cette performance intitulée Casting off my Womb (« décharger mon utérus ») devint rapidement virale sur Internet, avec 2,5 millions de vues sur YouTube et plus de 10 000 commentaires, pour la plupart des témoignages de dégoût.

Transgression et Renversement des Tabous

Casey Jenkins, en s'exposant le pubis dénudé, la vulve ouverte et les jambes écartées, en retirant de son vagin le fil de laine à l'aide de ses doigts, opère une double transgression. Non seulement elle laisse couler son sang menstruel à la vue du public, mais elle le touche de surcroît de ses doigts. Bien loin des injonctions véhiculées par le « tampon avec applicateur », elle transgresse l'interdit de la vue et du toucher. Elle rompt de manière radicale avec le tabou faisant du sang menstruel une affaire invisible et intouchable.

Réactualisation des Mythes Antiques

Pour saisir les enjeux de ces mythes et leur survivance dans le travail de Jenkins, il faut d'abord se souvenir que le tissage, dans le monde grec antique, est doté d'une triple signification culturelle et symbolique. Il constitue d'abord la principale activité de la femme et contribue, de ce fait, « à définir son rôle domestique et social, parallèlement à sa fonction reproductrice ». Tout en incarnant une compétence strictement féminine, assignée et reconnue comme telle par la société, le tissage établit également au sein du gynécée un espace discursif, celui de la transmission des récits mythiques aux enfants gardés par leurs mères.

Tissage et Dénonciation

À la manière d'un substitut, la toile s'offre comme un récit silencieux ; elle énonce un cri sans voix. Or, c'est d'une (presque) semblable manière que Casey Jenkins a décidé de riposter à la violence des réactions suscitées par son œuvre. Plutôt que de prendre directement la parole, l'artiste a choisi d'associer à la présentation de son œuvre des tissages dénonciateurs. En 2017, sous le titre Bad Blood, elle présenta à la Science Gallery du King's College de Londres une installation constituée de la vidéo de Casting off my Womb entourée d'un nuage de mots tricotés avec du fil teinté de sang menstruel, représentant les termes les plus fréquemment utilisés sur les réseaux sociaux pour critiquer la performance de 2013.

Précarité Menstruelle : Une Réalité Persistante

Même si les mentalités évoluent, la précarité menstruelle reste une réalité pour de nombreuses femmes. En France, plus d'1,7 million de femmes n'ont pas les moyens d'acheter des protections menstruelles. Des pays comme l'Écosse et la France ont pris des mesures en faveur de la gratuité des protections périodiques, mais il reste encore beaucoup à faire.

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