L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est une question complexe et délicate, suscitant de vifs débats au sein de la société, y compris parmi les chrétiens. La diversité des opinions au sein du christianisme reflète une variété d'interprétations des Écritures, de traditions théologiques et de considérations éthiques. Cet article vise à explorer les différentes perspectives chrétiennes sur le rôle de la sage-femme face à l'IVG, en tenant compte des fondements bibliques, des enseignements des Églises et des témoignages de femmes chrétiennes.
Fondements bibliques et interprétations
Le commandement « Tu ne tueras pas », issu du Décalogue, est souvent cité comme argument central contre l'avortement. De même, des versets bibliques soulignent la connaissance et la présence de Dieu dès la conception, comme dans Jérémie 1:5 : « Avant d’être façonné dans le ventre maternel, je te connaissais. » Luc 1:41-42 relate la rencontre entre Marie et Élisabeth, où l'enfant tressaillit dans le sein d'Élisabeth, interprété comme une reconnaissance de la sainteté de l'enfant à naître.
Cependant, l'interprétation de ces textes varie. Certains chrétiens considèrent que la vie humaine commence dès la conception et que l'avortement constitue donc un meurtre. D'autres estiment que la Bible ne se prononce pas explicitement sur le moment précis où la vie humaine commence et que d'autres facteurs, tels que la détresse de la mère ou des circonstances médicales graves, peuvent justifier un avortement.
Positions des différentes confessions chrétiennes
Le christianisme n'est pas unanime sur la question de l'IVG. Les différentes confessions chrétiennes ont des positions nuancées, allant de la condamnation ferme à une approche plus nuancée.
Église catholique
Le point de vue officiel de l’Église catholique sur l’avortement est très clair : l’IVG est une violation de l’interdit de tuer un être humain. L’avortement est un péché d’une particulière gravité, car il s’agit du meurtre d’un être humain, et d’un être humain absolument sans défense. L’Église catholique considère que l’avortement est un infanticide, et les personnes impliquées dans un avortement font l’objet d’une excommunication. L’excommunication prive de la possibilité de recevoir les sacrements. Les personnes qui participent à un avortement et les parents qui le font volontairement sont excommuniés seulement s’ils sont catholiques, s’ils sont conscients du degré de gravité de cet acte, et s’ils agissent librement.
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L’Église n’exclut personne et souhaite que les femmes qui ont avorté, même quand elles étaient conscientes de la gravité de cet acte, puissent se sentir accueillies et aimées. Les chrétiens ne condamnent pas les femmes qui ont avorté ou les personnes qui ont réalisé ces avortements. Ils veulent que ces personnes puissent s’ouvrir à la vie et accueillir le pardon de Dieu. Mais pour cela il faut aussi prendre conscience du mal, du fait que l’avortement est le meurtre d’un être humain. Dieu pardonne toujours, mais pour accueillir son pardon il faut être conscient que l’on a besoin d’être pardonné. Les chrétiens sont appelés à faire découvrir à tout être humain qu’il est aimé. Si une femme ayant avorté se sent rejetée par des chrétiens, c’est que ceux-ci n’ont pas été fidèles à leur vocation. La miséricorde est l’amour que Dieu porte à ceux qui sont faibles et pécheurs. Elle ne consiste pas seulement dans le pardon des péchés. Si Dieu me pardonne et que cela ne change rien à ma vie, je ne suis pas plus avancé… La miséricorde propose aussi une espérance, un chemin de vie. La personne qui a avorté peut se relever et vivre, être source de vie pour ceux qui l’entourent, même si elle a un jour choisi la mort. Le bonheur est possible pour tous, personne n’est exclu, même si Dieu ne nous promet pas que la vie sera facile sur cette terre.
L'instruction Donum Vitae de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi souligne le respect, la défense et la promotion de l’homme, son « droit primaire et fondamental » à la vie, sa dignité de personne dotée d’une âme spirituelle, de responsabilité morale, et appelée à la communion bienheureuse avec Dieu. Dès le moment de sa conception, la vie de tout être humain doit être absolument respectée, car l’homme est sur terre l’unique créature que Dieu a « voulue pour lui-même » et l’âme spirituelle de tout homme est « immédiatement créée » par Dieu ; tout son être porte l’image du Créateur. La vie humaine est sacrée parce que, dès son origine, elle comporte « l’action créatrice de Dieu » et demeure pour toujours dans une relation spéciale avec le Créateur, son unique fin. Dieu seul est le Maître de la vie, de son commencement à son terme personne, en aucune circonstance, ne peut revendiquer pour soi le droit de détruire directement un être humain innocent.
Églises orthodoxes et évangéliques
Les orthodoxes condamnent l’avortement qu’ils considèrent comme un meurtre d’une même gravité que celui d’une personne déjà née. Les églises évangéliques sont opposées à l’avortement qu’elles considèrent comme une atteinte au droit à la vie.
Églises luthériennes et réformées
À l’heure actuelle, les Églises luthérienne et réformée ont un point de vue beaucoup plus favorable à l’avortement que les autres confessions chrétiennes. Certains membres de ces Églises ont même été très actifs pour obtenir la légalisation de l’IVG en France. La Communion Protestante Luthéro-Réformée, qui réunit les quatre Églises luthériennes et réformées de France, s’est exprimée en faveur de la constitutionnalisation de l’avortement en France, se plaignant que « les religions [aient] été présentées comme un bloc ‘‘contre’’ cette démarche ».
Le rôle de la sage-femme et l'objection de conscience
La question de l'IVG soulève des dilemmes éthiques complexes pour les sages-femmes chrétiennes. Certaines peuvent se sentir appelées à accompagner les femmes enceintes et à leur offrir un soutien, quelles que soient leurs décisions. D'autres peuvent éprouver des difficultés à participer à un acte qu'elles considèrent comme contraire à leurs convictions morales et religieuses.
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En France, la loi prévoit une clause de conscience pour les médecins, leur permettant de refuser de pratiquer un avortement. Cependant, cette clause ne s'applique pas aux pharmaciens, qui sont tenus de délivrer les médicaments abortifs. La situation des sages-femmes est plus complexe, car leur rôle peut varier en fonction du contexte et de la législation.
Adèle, interne en gynécologie-obstétrique, témoigne des difficultés rencontrées par les étudiants catholiques pour faire valoir leur objection de conscience. Elle décrit un système où il faut « marchander » et « magouiller » pour éviter de participer à des IVG, au risque de se faire mal voir par ses collègues et supérieurs. Mathilde, étudiante sage-femme, exprime son angoisse face à la possibilité d'être impliquée dans un acte abortif et souligne la difficulté de définir les limites de cette implication.
Témoignages de femmes chrétiennes
Les femmes chrétiennes qui ont recours à l'avortement sont souvent confrontées au jugement de leur Église et de leurs proches, les contraignant au silence et à la solitude. Laure, 27 ans, catholique, n'a pas pu parler de son IVG à sa famille, de peur de leur réaction. Agathe a gardé son avortement secret pendant six ans, malgré son expérience de sage-femme témoignant de la détresse des femmes face à l'IVG.
Ces témoignages mettent en lumière la nécessité d'une approche pastorale empreinte de compassion et de compréhension envers les femmes qui ont vécu un avortement. L'Église est appelée à être un lieu d'accueil et de pardon, où les femmes peuvent se sentir aimées et soutenues, quelles que soient leurs décisions passées.
Alternatives à l'avortement et accompagnement
Face au drame de l’avortement, les chrétiens ont compassion des enfants à qui l’on ne permet pas de naître, mais aussi des femmes qui ont avorté, et des personnes qui ont commis des avortements.
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Pour les chrétiens opposés à l'avortement, il est essentiel de proposer des alternatives concrètes aux femmes enceintes en difficulté. Cela peut inclure un soutien financier, un accompagnement psychologique, une aide à la recherche d'emploi ou de logement, ainsi qu'une assistance à l'éducation des enfants.
L'adoption est également une option à considérer. Dieu donne une famille à ceux qui étaient abandonnés. Il y a de nombreux enfants qui ont été abandonnés par leurs familles biologiques, ou d’autres qui sont orphelins. Ils n’attendent qu’une seule chose: être accueillis au sein d’un foyer, et être aimés.
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