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Robert Badinter : Parcours d'un homme de droit et figure de l'abolition

Robert Badinter, avocat et homme politique français, représente le modèle de l'avocat ayant réussi une carrière politique. Connu surtout pour son action en tant que ministre de la Justice (1981-1986), et particulièrement pour son combat en faveur de l'abolition de la peine de mort, sa biographie est infiniment plus riche et diversifiée : avocat et professeur de droit, il s'est aussi engagé en politique, tout en développant une importante réflexion intellectuelle. Il a par ailleurs présidé le Conseil constitutionnel de 1986 à 1995. Robert Badinter est décédé dans la nuit du 8 au 9 février 2024, à l'âge de quatre-vingt-quinze ans, à Paris. Un hommage national lui sera rendu.

Jeunesse et Origines Familiales

Robert Badinter naît le 30 mars 1928 à Paris dans une famille juive originaire de Bessarabie. Ses parents, immigrés juifs russes, ont fui les pogroms organisés en 1919 et 1920 par l'armée nationale ukrainienne. Sa mère, Chifra, arrive en France avec ses parents en 1912, tandis que son père, Samuel, débarque à Paris en 1920. Ils se rencontrent au bal des Bessarabiens à Montparnasse.

Son père, Simon Badinter, est déporté à Drancy et meurt en déportation dans le camp de Sobibor en 1943, une épreuve marquante pour le jeune Robert. Après la défaite française en 1940, le régime de Vichy instaure des lois antijuives. Simon se réfugie à Lyon avec sa famille. Le 9 février 1943, il est arrêté. Robert, sa mère et son frère passent dans la clandestinité, en Savoie.

Les parents de Robert Badinter placent l’éducation au-dessus de tout. Claude, né en 1925, et Robert, en 1928, sont élevés comme des petits Français. Ils s’installent rue Lauriston, dans le très chic quartier de l’Étoile. Les garçons vont à pied au lycée Janson-de-Sailly, un établissement prestigieux.

Formation et Début de Carrière

Après la Seconde Guerre mondiale, Robert Badinter commence des études de lettres et de droit puis s'inscrit au barreau de Paris en 1951 pour devenir avocat. Il obtient son agrégation de droit privé en 1965 et devient maître de conférences à l'université. Il enseigne à Dijon, Besançon, Amiens puis à l'université Paris I jusqu'en 1994.

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Inscrit au barreau de Paris en 1951, Robert Badinter est d'abord un spécialiste de droit civil. Il fonde en 1966, avec son ami Jean-Denis Bredin, un cabinet spécialisé en droit des affaires. Il se spécialise sur le droit d'auteur et défend des personnalités comme Coco Chanel, Charlie Chaplin, Brigitte Bardot ou Vittorio De Sica.

En 1965, Robert Badinter, 37 ans, est un avocat bien établi qui fréquente le tout-Paris. Chez Marcel Bleustein-Blanchet, le fondateur de Publicis, il croise des politiques - Mendès France, Mitterrand, Chaban-Delmas… - et des patrons d’industrie - les Dassault, les Bolloré. Il se remarie avec Élisabeth Bleustein-Blanchet. Le couple qu’il formera dès lors avec celle qui deviendra une intellectuelle de premier plan, philosophe et autrice de nombreux livres, sera pour des décennies une figure de référence.

L'engagement contre la peine de mort

Robert Badinter plaide contre la peine de mort, comme ce fut le cas dans sa défense en 1977 de Patrick Henry, l'assassin d'un petit garçon, qu'il fera condamner à la réclusion criminelle à perpétuité.

Au début des années 1970, il défend un certain nombre de personnes risquant la peine de mort, notamment Claude Buffet et Roger Bontemps en 1972, puis Patrick Henry en 1976. Par des conférences, des articles et des ouvrages comme L'Exécution (1973), il transforme ces causes pénales et privées en affaires publiques susceptibles de conduire à des actions politiques. Robert Badinter devient ainsi une figure emblématique du combat contre la peine de mort.

En 1971, un confrère l’appelle pour plaider avec lui dans l’affaire Bontems-Buffet, une prise d’otages dans la prison de Clairvaux (Aube) qui s’est achevée avec l’assassinat d’un gardien et d’une infirmière. Badinter, qui défend le détenu Roger Bontems, parvient à faire admettre au jury que celui-ci n’a pas tué : seul Claude Buffet a égorgé les victimes. L’homme est pourtant condamné à mort. Au matin du 28 novembre 1972, Robert Badinter assiste dans la cour de la prison de la Santé à son exécution.

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Ministre de la Justice et Abolition de la Peine de Mort

C'est en tant que Garde des Sceaux, fonction que Robert Badinter exerce entre juin 1981 et février 1986, qu'il fera voter au Parlement la loi sur l'abolition de la peine de mort, finalement promulguée le 10 octobre 1981. Le 17 septembre 1981, Robert Badinter prononce un vibrant discours à l'Assemblée nationale pour demander aux députés l'abolition de la peine de mort en France. Le 18 septembre, 363 députés votent le texte abolissant la peine capitale (117 voix contre).

Conseiller de François Mitterrand sur les questions de justice, Robert Badinter est nommé garde des Sceaux après la victoire du candidat socialiste à l’élection présidentielle de 1981. Il insiste pour faire voter rapidement l’abolition de la peine de mort.

En tant que ministre de la Justice, il soutient également le projet de loi dépénalisant les relations homosexuelles avec un mineur de plus de 15 ans, quand la majorité était à 21 ans. Cette loi, appelée la loi Forni, rapportée par la députée Gisèle Halimi, est promulguée le 4 août 1982.

Mais cette réforme emblématique n’est que l’arbre qui cache la forêt : la trace que va laisser Robert Badinter au ministère de la Justice est considérable. Il va totalement bouleverser la vie dans les prisons, mais également instaurer un véritable droit des victimes. Il supprime le délit d’homosexualité et les lois d’exception établies par les gouvernements précédents.

Président du Conseil Constitutionnel et Sénateur

Nommé par François Mitterrand, Robert Badinter est président du Conseil constitutionnel de 1986 jusqu'en 1995, date à laquelle il est élu sénateur PS des Hauts-de-Seine et ce jusqu'en 2011.

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Sa carrière n’est pas terminée : il est nommé président du Conseil constitutionnel pour neuf ans en 1986. C’est lui qui, le premier, envisage d’autoriser les simples citoyens à contester la constitutionnalité des lois, une idée qui deviendra réalité avec l’instauration, en 2010, de la Question prioritaire de constitutionnalité (QPC), une procédure pouvant être déclenchée par tout justiciable.

En 2015, il participe à la réforme du Code du travail et publie avec le juriste Antoine Lyon-Caen Le Travail et la Loi.

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