Rien Virgule, un nom qui évoque la ponctuation et l'expérimentation, nous plonge dans un univers musical singulier avec son album "Berceuses des deux mondes". Loin des sentiers battus du streaming et des formats radiophoniques, ce disque s'adresse aux auditeurs avertis, ceux qui apprécient la lenteur et la profondeur.
Un Territoire Musical Hostile et Obscur
"La consolation des violettes" n'est pas un album réconfortant. On pénètre plutôt dans un territoire quelque peu hostile, un monde aride et obscur dans lequel émergent lentement quelques formes de vie. « Un peu comme si La Création de Haydn était un film de John Carpenter avec Cormac Mc Carthy au scénario. » C’est pas Chantal Goya quoi. On a l’impression, par instants, de se promener tard le soir dans un coupe-gorge d’une cité extraterrestre.
"La consolation des violettes" fait partie de ces disques qui ne vous charment pas forcément dès la première écoute mais qu’il faut savoir apprivoiser, comme un petit chien revêche. D’ailleurs, il y a une image dont je n’arrive pas à me défaire depuis ma première écoute, c’est celle de Mr. Pickles, du nom du chien de la série d’animation du même nom. Il est en apparence un bon toutou mais dès que les maîtres ont le dos tourné, il s’adonne à divers rituels sataniques. Sans vouloir jouer les Michel Pastoureau de service, on rappellera que le violet du titre fait partie des couleurs associées au deuil et aux funérailles, au même titre que le noir (bon c’est aussi une couleur associée au lesbianisme mais le rapport ne saute pas aux yeux). C’est un disque riche et déroutant, aux antipodes des standards du streaming, qui s’adresse aux slow-listeners aguerris (lol). On pourrait se dire que c’est du rock un peu intello et perché pour mordus de musique expérimentale, mais ce serait un peu réducteur (sans être totalement faux). C’est un monde à part entière dans lequel il faut oser s’aventurer. R.H.
Un Groupe Inclassable
On pourrait se dire que c’est du rock un peu intello et perché pour mordus de musique expérimentale, mais ce serait un peu réducteur (sans être totalement faux). C’est un monde à part entière dans lequel il faut oser s’aventurer.
La musique de Rien Virgule est difficile à catégoriser. Elle oscille entre des atmosphères ambient agressives et flippantes, des tubes de squats pour claustrophobiques (Rimane Solo) et autres petits opéras déviants. Ce quatrième album pourrait rapidement donner l’impression d’être un cabinet de curiosités pour audiophiles réfugiés dans des abris anti-atomiques construits à la hâte à partir d’un mauvais tuto YouTube.
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Défendre une Proposition Musicale Non Opportuniste
« Notre boulot, c’est avant tout de défendre une proposition musicale, et cette proposition musicale, chez Murailles, n’a jamais été opportuniste » nous expliquait en septembre dernier Julien Courquin, patron de Murailles Music, co-porteur du projet Rien Virgule. Rien qu’une écoute de « Berceuses des deux mondes » en diagonale (si cela est possible) suffit à confirmer cette prédiction. Les deux mondes dont il est ici question, c’est donc le choix entre la normalité et la marge ; et une question à laquelle Rien Virgule répond ici sans points de suspension avec des berceuses qui réveillent plus qu’elles n’endorment.
Berceuses Qui Réveillent Plus Qu'elles N'endorment
Les deux mondes dont il est ici question, c’est donc le choix entre la normalité et la marge ; et une question à laquelle Rien Virgule répond ici sans points de suspension avec des berceuses qui réveillent plus qu’elles n’endorment.
La Langue de Rien Virgule : Un Islandais Chelou
« Dans quelle langue chante le groupe Rien Virgule ? ». La réponse fut décevante, évidemment : « Le groupe Rien Virgule chante principalement en français. Leurs textes, souvent chantés de manière répétitive et hypnotique, s’apparentent à des mantras visant à conjurer la douleur et à retrouver la sérénité ». A l’écoute du dernier né, « Berceuses des deux mondes », il apparaît que cette langue finalement pas si éloignée de l’islandais chelou d’une Björk expatriée à Barcelone se passe très bien de dictionnaire. Car la force ici, sur ce qui s’apparente à un parangon de disque anti-commercial frôlant avec la tentation d’échapper à tout marchandage de la musique, c’est justement de livrer des morceaux à cheval entre les atmosphères ambient agressives et flippantes, les tubes de squats pour claustrophobiques (Rimane Solo) et autres petits opéras déviants.
Inspirations et Résonances
Paresseusement, on parle beaucoup de musiques de films concernant Rien Virgule. Mais cette voix, et ce disque, s’ils devaient être une bande-son, alors ce serait plutôt celle d’un livre : Le Sabbat des sorcières, de Carlo Ginzburg, ressuscite une très vieille histoire de rituels, de croyances, de clandestinité et de beauté résistante. Qui sait si ce n’est pas depuis cette mystique occulte, pourchassée, que résonne ce disque ?
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