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Diabète gestationnel et troubles digestifs : Comprendre et gérer

Le diabète gestationnel, ou diabète de grossesse, est un trouble de la tolérance au sucre qui se manifeste pendant la grossesse. Il se caractérise par une hyperglycémie, c'est-à-dire un taux de sucre trop élevé dans le sang. L'incidence du diabète, y compris le diabète gestationnel, est en augmentation en France et dans le reste du monde. Face à ce diagnostic, de nombreuses femmes enceintes se sentent perdues, notamment en ce qui concerne l'alimentation. Cet article vise à apporter des éclaircissements sur le diabète gestationnel, son impact sur le système digestif, et les stratégies à adopter pour une prise en charge optimale.

Diabète gestationnel : Définition et importance de la prise en charge

Le diabète gestationnel se définit par un excès de sucre dans le sang, observé pour la première fois durant la grossesse. Bien que les glycémies puissent se stabiliser avant la fin de la grossesse chez certaines femmes, ce n'est pas toujours le cas. Certaines femmes, malgré le suivi rigoureux des recommandations médicales, ne parviennent pas à faire baisser leur taux de sucre.

Si vous souffrez de diabète gestationnel, l'alimentation joue un rôle essentiel dans son évolution. Le régime alimentaire recommandé repose essentiellement sur la consommation d'aliments à faible indice glycémique. Il est important de noter que le but de cette prise en charge est d’éviter les complications, car très souvent, la seule prise en charge diététique peut suffire comme outil thérapeutique (hormis l’insuline).

Rôle de l'alimentation et de l'hygiène de vie

L'alimentation est primordiale dans la prise en charge de l'hyperglycémie, mais elle n'est pas la seule composante. Avoir une hygiène de vie saine est tout aussi important. Cela implique notamment une activité physique régulière et la lutte contre la sédentarité.

Alimentation et diabète gestationnel : Conseils et recommandations

Le régime alimentaire pour une femme atteinte de diabète gestationnel ne se résume pas à des interdictions. Il s'agit plutôt d'adopter une alimentation équilibrée, en privilégiant certains aliments et en limitant la consommation d'autres. Il n’est pas vraiment question d’aliments « interdits », mais plutôt à éviter au maximum. Le premier, en toute logique, est bien évidemment le sucre.

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Aliments à privilégier

Les aliments à faible indice glycémique sont à privilégier. Cela inclut notamment :

  • Les féculents à base de farine complète : pain complet ou pain aux céréales.
  • Les fruits : certains fruits ont un taux de sucre raisonnable. Il est conseillé de les consommer dans le cadre d'un repas.

Aliments à éviter

Il est important de limiter, voire d'éviter, certains aliments, notamment :

  • Le sucre : sous toutes ses formes (sodas, jus de fruits, sucreries, etc.).
  • Les aliments transformés et riches en sucres ajoutés.

Exemples de menus et recettes

Il existe de nombreuses recettes de cuisine à faible indice glycémique. Sur les sites de cuisine, vous pouvez trouver des recettes super à glycémie basse. Vous pouvez même réaliser une tarte au citron meringuée en remplaçant le sucre par de la sucralose ou du sirop d'agave. D'autres idées incluent :

  • Pot-au-feu
  • Curry de poulet (avec lait de coco et fromage blanc au lieu de crème fraîche)
  • Raclette (avec une seule pomme de terre, en privilégiant le fromage et la charcuterie maigre comme le jambon blanc)
  • Rochers coco ou amandes à la sucralose
  • Bols de jockey avec muesli sans sucre et un trait de sirop d'agave
  • Viandes grillées aux épices (curry, épices mexicaines) cuites au four avec huile d'olive et jus de citron sur un lit de légumes avec pâtes complètes
  • Toast purée d'avocat au curry et jambon blanc sur pain complet grillé

Diabète et troubles digestifs : Un lien complexe

Le diabète, qu'il soit de type 1 ou 2, peut affecter le tube digestif à tous les niveaux. Cette gastro-entéropathie diabétique peut concerner jusqu’à 75 % des patients dans certaines séries. Les complications digestives de la maladie, principalement liées à la neuropathie secondaire à la micro-angiopathie, altèrent considérablement la qualité de vie du diabétique et participent au déséquilibre glycémique. Elles peuvent toucher l’ensemble du tractus digestif. Leur prévalence est d’autant plus élevée que le contrôle glycémique est imparfait.

Impact du diabète sur le système nerveux entérique

L'atteinte du système nerveux entérique (SNE) est un mécanisme clé dans les troubles digestifs liés au diabète. Le SNE est un riche réseau neuronal organisé sous la forme de deux plexus (myentérique et sous-muqueux), comportant des neurones sensoriels et moteurs ainsi que des interneurones. Dans les conditions normales, l’échange d’informations sensitives et motrices entre le SNE et le système nerveux central via le système nerveux extrinsèque conditionne le fonctionnement normal du tube digestif, notamment lors de la prise alimentaire.

Lire aussi: Grossesse et diabète

La neuropathie autonome, liée à une microangiopathie, est la mieux connue car elle affecte près d’un malade diabétique sur deux après 20 ans d’évolution du diabète. Les lésions concernent les petites fibres amyéliniques des systèmes sympathique et parasympathique, ainsi que le pneumogastrique et les ganglions et les troncs nerveux sympathiques. Sur le plan digestif, la neuropathie autonome se traduit avant tout par une gastroparésie et des troubles du transit, constipation ou diarrhée. Cette neuropathie autonome est associée à une surmortalité avec une mortalité à 10 ans de 29 %, contre seulement 6 % chez les patients indemnes.

Modifications du microbiote intestinal

L’importance du microbiote intestinal est de plus en plus mise en avant dans de nombreuses pathologies digestives. Des modifications du microbiote existent au cours du diabète, surtout de type 2, avec notamment une diminution des Bactéroidetes et une augmentation des Firmicutes. Ces modifications paraissent favorisées par un apport alimentaire lipidique élevé. Les changements dans l’écosystème intestinal pourraient également jouer un rôle via la modification des acides biliaires endo-luminaux qu’ils entraînent.

Troubles de la motricité digestive

L’équilibre glycémique a un effet direct sur la motricité digestive par des mécanismes mal élucidés, au moins partiellement hormonaux. Quand la glycémie s’élève au-dessus de 8 mmol/L, la motricité antro-pyloro-duodénale est altérée. L’hyperglycémie contribue également à l’agression des neurones entériques en induisant un stress oxydatif et une apoptose qui affectent les voies métaboliques intracellulaires et le fonctionnement de la glie.

Manifestations digestives du diabète : Symptômes et diagnostic

Le diabète peut se manifester par divers troubles digestifs, allant de l'œsophage au côlon.

Troubles œsophagiens et reflux gastro-œsophagien (RGO)

On observe chez les diabétiques au niveau de l’œsophage une prévalence accrue de troubles moteurs, source de dysphagie et de reflux. Un reflux gastro-œsophagien (RGO) est décrit par 14 % des malades diabétiques, plus volontiers dans le diabète de type 2 (prévalence entre 25 et 41 %), notamment par les malades dont le diabète évolue depuis plus de 10 ans. Il peut être favorisé par une gastroparésie qui augmente le contenu gastrique susceptible de refluer. L’altération du péristaltisme œsophagien retarde la clairance acide œsophagienne et accroît le risque d’œsophagite.

Lire aussi: Comprendre le diabète gestationnel

Gastroparésie

La gastroparésie est la complication digestive la plus invalidante. Le diabète, qu’il soit de type 1 ou 2, est la cause dans 30 % des cas d’un ralentissement objectif de la vidange gastrique, en l’absence de tout obstacle mécanique (définition d’une gastroparésie). Dans le diabète de type 1, l’incidence cumulée de cette gastroparésie sur 10 ans est de 4,8 %, avec une survenue particulièrement fréquente chez les malades atteints d’une néphropathie, d’une rétinopathie et/ou d’une neuropathie diabétique.

Les symptômes évocateurs sont des vomissements réguliers qui soulagent un inconfort épigastrique, une plénitude épigastrique post-prandiale avec sensation de digestion prolongée, une satiété précoce et/ou des nausées. Le déclenchement ou l’aggravation de la symptomatologie par la prise alimentaire renforce la suspicion diagnostique. Cependant, seulement 40 % des malades décrivant de tels symptômes souffrent réellement d’une gastroparésie. Dans certains cas, les mêmes symptômes peuvent même témoigner d’une vidange anormalement rapide. Une douleur abdominale épigastrique ou péri-ombilicale, volontiers quotidienne, parfois permanente, est un autre mode de révélation d’une gastroparésie. Nocturne dans près de 2/3 des cas, elle perturbe le sommeil d’un malade sur deux.

Du fait de l’absence de corrélation entre les symptômes et la réalité d’une gastroparésie, une mesure objective de la vidange gastrique est utile pour assoir le diagnostic.

Troubles du transit : Diarrhée et constipation

Une diarrhée chronique survient chez 3 à 22 % des diabétiques selon les études. Cliniquement, il s’agit d’une diarrhée plutôt motrice, explosive, volontiers intermittente. Les selles sont abondantes, plutôt aqueuses, fréquentes (plus de 10 selles par jour), souvent nocturnes. Une stéatorrhée est possible. La diarrhée diabétique elle-même est une diarrhée hydrique, fécale, non ­sanglante, indolore, présentant deux caractéristiques cliniques essentielles : la fréquence des selles allant de 10 à 30 selles par jour, impérieuses, sur­venant souvent après les repas et ­parfois la nuit ou à l’occasion d’une hypo­glycémie. Elle s’accompagne dans 50 % des cas, d’une incontinence fécale.

20 à 44 % des sujets diabétiques souffriraient de constipation ou auraient recours à l’utilisation de laxatifs. Les mécanismes qui favorisent le ­ralentissement du transit colique chez le diabétique sont la diminution du réflexe gastro-colique précoce et tardif, la diminution du réflexe péristaltique par atteinte du SNE, l’augmentation de l’amplitude des contractions coliques segmentaires spontanées par la libération en excès de neurotransmetteurs excitateurs et/ou un défaut de neurotransmetteurs inhibiteurs, et la moindre réponse des mécanorécepteurs coliques à la distension, secondaire à l’hyperglycémie.

Traitements et prise en charge des troubles digestifs liés au diabète

La prise en charge des troubles digestifs liés au diabète est multifactorielle et dépend du type de trouble présenté.

Traitement de la gastroparésie

Le traitement de la gastroparésie repose sur les médicaments de la motricité intestinale et dans certains cas des antisécrétoires et des anti-acides sont également proposés. La finalité du traitement étant de faciliter la vidange de l’estomac. Dans les cas graves, des tubes d'alimentation notamment par voie intraveineuse sont une piste de traitement. Ces tubes d'alimentation sont intégrés par voie chirurgicale via une sonde de jéjunostomie.

La première étape du traitement de la gastroparésie diabétique repose sur les mesures hygiéno-diététiques, avec fragmentation des repas (petits repas et collations), en favorisant les liquides par rapport aux solides et en évitant les aliments hypercaloriques ou riches en graisses et en fibres.

La seconde étape du traitement repose sur les prokinétiques, dont aucun n’a actuellement l’AMM dans la gastroparésie diabétique ou non. Les plus utilisés en France sont les antagonistes des récepteurs D2 de la dopamine.

Traitement de la diarrhée

Sur le plan thérapeutique, les ralentisseurs du transit d’utilisation courante sont préconisés en première intention. En cas d’échec, la colestyramine (1 sachet, trois fois par jour avant les repas) peut être essayée. En cas de pullulation, un traitement antibiotique d’épreuve est proposé à la fois comme test diagnostique et comme traitement.

Traitement de la constipation

L’équilibre alimentaire, l’activité physique et l’hygiène de vie sont très importants dans la prise en charge du diabète. Le but de cette prise en charge est d’éviter les complications car très souvent seule la prise en charge diététique peut être suffisante et peut être le seul outil thérapeutique (hormis l’insuline). Le traitement diététique, associé à la lutte contre la sédentarité et à la correction des facteurs de risque (tabac, HTA…) est incontournable.

Conseils supplémentaires et témoignages

Il est important de ne pas hésiter à demander de l'aide et des conseils à des professionnels de santé (médecin, gynécologue, endocrinologue, diététicien). La sécurité sociale prend en charge 1 ou 2 consultations avec un diététicien, qui va vous expliquer quels aliments privilégier et quelles associations sont intéressantes.

Voici quelques témoignages et conseils de femmes ayant vécu le diabète gestationnel :

  • "Mangez comme d'habitude dans un premier temps, et voyez si ça passe ou pas niveau glycémie, parce que le test de glucose n'a quand même rien à voir avec une alimentation de base. Pour ma dernière grossesse, j'ai donc fais à ma sauce, en éliminant les aliments qui ne passaient pas après test (pain blanc, brioche…). Par contre pas de soucis avec pâtes, patates, plats riches… Bref, j'ai pas fait le régime de la diet à la lettre mais à ma sauce en éliminant ce qui ne passait pas. Bébé né à 41sa+1 - 3,320kg, donc parfait."
  • "Pomme ou poire au four à la cannelle avec du fromage blanc nature était mon dessert de fête."
  • "Courage, c'est difficile au début et après on s'y fait, comme dit plus haut tu vas pouvoir voir un diététicien qui va t'expliquer quoi manger et comment (par exemple les fruits, jamais isolés, toujours dans le cadre d'un repas). Et puis l'avantage c'est que la prise de poids est limitée…"
  • "Leonidas fait des chocolats spéciaux sans sucre. Ça m'a sauvé de la folie. 0 pâtisserie, 0 pain blanc, 0 patate, que du riz et des pâtes complets pour moi."

tags: #rgo #et #diabète #gestationnel

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