La rétention placentaire et la métrite sont des complications post-partum redoutées chez les juments, pouvant entraîner des conséquences graves sur leur santé et leur fertilité. Cet article explore les causes, les méthodes de diagnostic, les traitements et les stratégies de prévention de ces affections.
Introduction
La mise-bas chez la jument est un événement généralement naturel, mais des complications peuvent survenir, notamment la rétention placentaire et la métrite. La rétention placentaire, définie comme la non-expulsion du placenta dans un délai normal après le poulinage, peut entraîner une infection utérine appelée métrite. Une gestion rapide et appropriée est essentielle pour minimiser les risques pour la santé de la jument et sa capacité reproductive future.
Qu'est-ce que la rétention placentaire ?
On considère qu’il y a une rétention placentaire (ou non-délivrance) quand le placenta n’est pas sorti dans les 12 heures post-partum. Certains auteurs considèrent qu’il est déjà anormal que le placenta ne soit pas expulsé dans les 3 heures. La rétention placentaire est la non-expulsion de toutes les enveloppes placentaires (allantochorion et membrane amniotique), ou d’une partie, après la mise bas, dans un délai de 6 à 10 heures. La rétention placentaire peut atteindre une fréquence de 10 % dans les poulinages eutociques, 20 % dans les poulinages dystociques, 28 % dans les poulinages avec fœtotomie et 50 % lors de césarienne. Les juments ayant déjà présenté une rétention placentaire sont trois fois plus sujettes à une nouvelle rétention que celles n’ayant jamais eu d’anomalie d’expulsion placentaire.
Causes de la rétention placentaire
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à la rétention placentaire chez la jument, notamment :
- Défaut de détachement des cotylédons : Les structures fœtales et maternelles sont étroitement imbriquées au niveau des cotylédons. Un défaut de détachement peut entraîner une rétention.
- Infections: Une infection ou un avortement peuvent perturber le processus normal de délivrance.
- Gestation anormale : Une gestation courte ou prolongée peut augmenter le risque de rétention.
- Atonie utérine : Un manque de contractions utérines efficaces peut empêcher l'expulsion du placenta.
- Facteurs nutritionnels : Les carences en oligo-éléments, notamment en sélénium, sont associées aux risques de rétention placentaire.
- Préparation à la mise-bas : Une mauvaise préparation à la mise-bas, comme une ration déséquilibrée ou certains aliments (ensilage d’herbe et les légumineuses comme le trèfle violet et la luzerne), peuvent également être des facteurs prédisposants.
Diagnostic de la rétention placentaire
La clé pour limiter les complications de la rétention placentaire réside dans la détection précoce. Le suivi de la jument commence dès la phase finale du travail. Les signes visibles incluent des lambeaux de membranes persistants à la vulve, un écoulement malodorant ou l’absence d’expulsion complète du placenta dans les deux à quatre heures selon les protocoles courants. La protrusion du placenta aux marges de la vulve est observée. Parfois le placenta reste dans la cavité utérine sans apparaître aux marges vulvaires, que la rétention soit complète ou partielle. Le placenta n’est pas retrouvé dans la litière ou, s’il a été expulsé, il est constaté incomplet. Il est indispensable de systématiser l’analyse macroscopique du placenta expulsé pour vérifier qu’aucune partie des annexes n’est restée dans l’utérus.
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Des mesures simples améliorent la détection. Tenir un registre horaire des observations pour chaque poulinage aide l’équipe à évaluer le délai d’expulsion. L’imagerie joue un rôle croissant. L’échographie transabdominale ou vaginale réalisée par un vétérinaire permet d’évaluer la présence de débris intra-utérins et de mesurer l’épaisseur de l’utérus. Les marqueurs biologiques peuvent alerter. Une numération formule sanguine montrant une leucocytose, une augmentation de la fibrinogène ou des signes d’inflammation révèle une réaction infectieuse récente. Un diagnostic différentiel s’impose. Ne pas confondre rétention placentaire avec des hémorragies internes, des déchirures périnéales ou une fausse délivrance. En pratique, établir un protocole local standardisé avec des seuils horaires (par exemple intervention vétérinaire dès 2-3 heures sans délivrance complète) réduit le délai thérapeutique.
Traitement de la rétention placentaire
Le traitement s’articule autour de mesures immédiatement accessibles et d’interventions plus poussées selon la gravité. Première étape : stabiliser la jument. Administrer des AINS pour limiter l’inflammation et contrôler la douleur. Fournir un support hydrique si nécessaire. Le recours à une antibiothérapie est décidé selon l’état clinique et les résultats microbiologiques. L’oxytocine reste un pilier du traitement médical. Des injections contrôlées peuvent favoriser les contractions utérines et faciliter l’expulsion des membranes. Le lavage utérin doux, répété et stérile, aide à retirer les débris et à irriguer les foyers infectieux. Le protocole courant consiste en lavages quotidiens à la solution saline tiède tamponnée, jusqu’à normalisation des pertes.
Outre l’ocytocine, plusieurs autres traitements peuvent être envisagés :
- Lavage utérin : Un lavage utérin doux et régulier peut aider à éliminer les débris placentaires et à réduire le risque d'infection.
- Extraction manuelle : Dans certains cas, une extraction manuelle du placenta peut être nécessaire, mais doit être effectuée avec précaution pour éviter les lésions utérines.
- Antibiotiques : Si une infection est présente, des antibiotiques peuvent être administrés par voie locale ou générale.
Dans le traitement d’une rétention placentaire, le praticien doit être le moins invasif possible pour minimiser les risques de subfertilité. Utilisation de l’ocytocine (thérapeutique qui, seule, peut suffire jusqu’à 6 heures post-partum)La mise en place d’un traitement à l’ocytocine est la pierre angulaire de la gestion de la rétention placentaire.
Remonter le niveau du placenta qui pend au-dessus de la pointe des jarrets de la jument permet de ménager l’effet de traction naturelle douce imprimé par le balan, tout en évitant que la jument déchire le placenta ou invagine une corne utérine en marchant dessus. Il est nécessaire de s’interroger sur le statut en calcium si la délivrance n’intervient pas rapidement, malgré le traitement ocytocique. En cas d’anormalité de celui-ci, du calcium gluconate à 23 % est utilisé : 100 à 150 ml dans 3 à 5 litres de Ringer lactate en perfusion lente. Les extractions manuelles peuvent être mises en place en cas d’échec des autres thérapeutiques.
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Traction externe simple : elle doit toujours se faire délicatement. Torsion du placenta : il convient de réaliser une tresse ou une torsade avec les éléments de placenta faisant protrusion à la vulve. La torsade, en progressant, aura pour effet de provoquer un décollement progressif de l’allantochorion. Si l’allantochorion est intact, un lavage utérin peut être réalisé en remplissant l’espace entre l’allantochorion et la membrane amniotique.
L’effet du lavage utérin est double. Il permet l’expulsion des lochies restantes si les différents traitements non invasifs ont été un échec, mais également l’élimination de débris nécrotiques, qui sont des “bombes bactériologiques”, et des éléments promoteurs de toxines. Les lavages peuvent être répétés de manière quotidienne ou biquotidienne, en fonction du risque de retard d’involution utérine ou de métrites puerpérales.
Prévention de la rétention placentaire
La prévention repose sur des actions précises durant la gestation. L’objectif : diminuer la probabilité de défaut de détachement des cotylédons et faciliter la délivrance. Sur le plan nutritionnel, assurer un apport équilibré en énergie et en protéines est fondamental. Les carences en oligo-éléments, notamment en sélénium, sont associées aux risques de rétention placentaire dans plusieurs espèces. Des injections ante partum de sélénium, appliquées dans certains élevages bovins, ont montré une réduction de l’incidence. Vaccinations et prévention des infections maternelles durant la gestation limitent les inflammations utérines qui compromettent la délivrance.
La gestion du poids maternel joue un rôle. Une jument obèse présente un travail de mise-bas parfois plus difficile. De la même façon, une jument trop maigre peut manquer de réserves pour un travail progressif et une bonne involution utérine. La surveillance clinique préventive inclut des visites régulières du vétérinaire gestationnel. Des contrôles échographiques planifiés vers le dernier trimestre permettent d’anticiper des anomalies placentaires. L’équipe du Haras du Val a mis en place une visite à J-30 et une autre à J-7 pour les juments à risque. Les pratiques de préparation de la mise-bas sont essentielles. Un box propre, un sol antidérapant et une surveillance continue durant la phase active réduisent les facteurs environnementaux défavorables. Ces actions, appliquées de manière systématique, réduisent la fréquence des épisodes de rétention placentaire et limitemment les complications post-partum.
Métrite chez la jument
La métrite est une infection de l’utérus qui suit le plus souvent une mise-bas difficile. Sa gravité peut aller d’une infection subclinique à l’altération de l’état général de l’animal. La métrite se manifeste par des pertes vulvaires purulentes, fièvre et abattement. Si non traitée, elle peut évoluer vers une septicémie.
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Causes de la métrite
La métrite est généralement causée par une infection bactérienne de l'utérus après le poulinage. Les facteurs de risque incluent :
- Rétention placentaire : La présence de fragments placentaires dans l'utérus favorise la croissance bactérienne.
- Mise-bas difficile : Les traumatismes utérins lors d'une mise-bas dystocique peuvent augmenter le risque d'infection.
- Hygiène : Un environnement insalubre peut introduire des bactéries dans l'utérus.
Diagnostic de la métrite
Les signes cliniques de la métrite peuvent varier en fonction de la gravité de l'infection. Les signes courants comprennent :
- Écoulement vaginal anormal : Un écoulement purulent, malodorant ou sanguinolent est souvent observé.
- Fièvre : La jument peut présenter une température élevée.
- Abattement : La jument peut sembler léthargique et avoir peu d'appétit.
- Douleur abdominale : La jument peut montrer des signes de coliques ou d'inconfort abdominal.
Traitement de la métrite
Le traitement de la métrite vise à éliminer l'infection et à favoriser la guérison de l'utérus. Les options de traitement comprennent :
- Antibiotiques : Des antibiotiques à large spectre sont généralement administrés par voie intraveineuse ou intramusculaire.
- Lavage utérin : Un lavage utérin régulier peut aider à éliminer les débris infectieux et à stimuler la guérison.
- Oxytoxine : L'oxytoxine peut être utilisée pour favoriser les contractions utérines et l'expulsion des fluides infectieux.
- Anti-inflammatoires : Les anti-inflammatoires peuvent aider à réduire la fièvre et la douleur.
Prévention de la métrite
La prévention de la métrite repose sur une bonne gestion de la mise-bas et des soins post-partum appropriés. Les mesures préventives comprennent :
- Assurer une mise-bas hygiénique : Le box de mise-bas doit être propre, sec et bien désinfecté.
- Surveiller attentivement la jument après le poulinage : Surveiller les signes d'infection, tels qu'un écoulement vaginal anormal ou de la fièvre.
- Traiter rapidement la rétention placentaire : Une rétention placentaire doit être traitée rapidement pour réduire le risque de métrite.
Complications post-partum
Les complications post-partum constituent le principal danger de la rétention placentaire. Elles comprennent la métrite puerpérale, la septicémie, la fourbure et la perte de fertilité. La métrite se manifeste par des pertes vulvaires purulentes, fièvre et abattement. Si non traitée, elle peut évoluer vers une septicémie. La prévention des complications repose sur un suivi rapproché. Les contrôles échographiques à J3, J7 et J21 évaluent l’involution utérine et détectent des collections liquidiennes. Les cultures utérines répétées guident l’antibiothérapie. La gestion de la douleur et de la mobilité en cas de fourbure est cruciale. Un plan combinant anti-inflammatoires, soins podaux et surveillance stricte limite les séquelles chroniques.
Importance du suivi post-partum
Le suivi après une rétention placentaire est déterminant pour la récupération et la reprise de la reproduction. Le protocole comprend des contrôles cliniques, microbiologiques et échographiques. Des contrôles planifiés à J3, J7 et J21 permettent d’évaluer la résolution de l’infection et la restauration de la muqueuse utérine. Une échographie transabdominale vérifie l’absence de matières résiduelles. La reprise de la saillie ou de l’insémination doit être décidée en concertation avec le vétérinaire. En général, attendre un retour à des cycles réguliers et l’absence d’inflammation systémique garantit de meilleures chances de conception. Des mesures concrètes améliorent la fertilité retrouvée. Optimiser l’état corporel, corriger les carences minérales, et surveiller le calendrier vaccinal réduisent les risques obstétriques futurs.
Le rôle du Sélénium
Le sélénium a montré un effet préventif dans d’autres espèces. En équin, un apport correct d’oligo-éléments contribue à la santé placentaire.
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