La France, et plus particulièrement Paris, est confrontée à une pénurie croissante d'auxiliaires de puériculture, un problème mis en lumière par des reportages et des enquêtes récentes. Cette situation a des répercussions directes sur la capacité des crèches à accueillir les enfants et sur la qualité de l'accueil qui leur est réservé.
Des Crèches à Moitié Vides : Un Symptôme de la Crise
À la crèche Visconti, dans le 6e arrondissement de Paris, le constat est alarmant : des dortoirs désespérément vides. De nombreux berceaux sont inoccupés, faute de personnel suffisant. Du côté des tout-petits, une pièce entière n’est pas utilisée, avec cinq berceaux inoccupés. Le deuxième dortoir pour tout-petits, où dorment paisiblement trois bambins, comprend deux places vacantes. Chez les plus grands, une pièce entière aussi est sans vie, et les berceaux font office de box où ranger les transats. « Nous avons une quinzaine de places manquantes, car il manque deux professionnelles, et nous n’avons aucune certitude quant à la possibilité de nouvelles arrivées », s’inquiète Myriam Lelion, la responsable de la crèche.
Ce manque de personnel qualifié entraîne une réduction du nombre de places disponibles dans les crèches. À Paris, il manque environ 500 auxiliaires de puériculture dans les crèches municipales (environ 400 si l’on inclut le personnel non diplômé, en l’occurrence à Paris des étudiants en CAP, qui peuvent être embauchés depuis un récent décret), selon des chiffres de la mairie, ce qui correspond à environ 10 à 15 % de places inoccupées.
Bien que Paris dispose d'une offre de berceaux colossale et mise depuis longtemps sur la petite enfance, la capitale n'est pas épargnée par ce phénomène. Selon l’enquête « Pénurie de professionnels en établissements d’accueil du jeune enfant » publiée en juillet 2022 par la Caisse nationale d’allocations familiales (Cnaf), le territoire de la commune de Paris représente 9 % du total national des places d’accueil collectif en établissement d’accueil du jeune enfant (EAJE), avec 36.696 places. Mais il concentre aussi 39 % des fermetures, et plus de la moitié de celles d'Ile de France avec 3.680 places concernées.
Les Causes Profondes d'une Pénurie Annoncée
Plusieurs facteurs expliquent cette pénurie d'auxiliaires de puériculture.
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- Le coût de la vie, particulièrement à Paris, rend difficile l'accès au logement pour les jeunes professionnelles. Myriam Lelion, responsable de la crèche Visconti, constate que « la plupart de notre personnel n’envisage pas de vivre à Paris pour une question de qualité de vie. Elles veulent habiter dans plus grand, avoir plus d’espace et un accès à la nature. » Avec « seulement » les trois-quarts de son personnel qui habite hors de Paris, Myriam Lelion s’estime presque chanceuse.
- Le manque d'attractivité du métier, souvent perçu comme exigeant et mal rémunéré. La situation de la capitale est le reflet d’une situation nationale et francilienne, liée à la faible attractivité du métier, exigeant mais ne bénéficiant que d’une faible rémunération (1.893 euros net pour le salaire d’embauche d’une puéricultrice). Selon l’enquête nationale citée plus haut, 48,6 % des crèches collectives déclarent un manque de personnel auprès d’enfants.
- Un manque de formation et d'écoles de puériculture. « Sur le volet RH, les conseils régionaux n’ont pas ouvert assez d’écoles de puériculture (le nombre de diplômés n’a pas évolué depuis dix ans, tandis que le nombre de places a augmenté de 30 %) » faisait remarquer en mai une tribune signée par le Président des Petits Chaperons Rouges, Jean-Emmanuel Rodocanachi. La Mairie de Paris met le paquet sur la formation. Une nouvelle Ecole des métiers de la petite enfance a été inaugurée mi-septembre, dans le 17e arrondissement, qui apparaissait comme le moins bien pourvu en places en crèche par rapport aux autres arrondissements parisiens, dans un classement du journal Le Figaro, avec 2,37 enfants pour une place disponible.
- La région Ile-de-France, qui compte le plus de places, concentre 41 % des postes vacants, avec trois départements particulièrement touchés : la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne et Paris, donc, qui à eux trois concentrent 34 % des fermetures de places.
Des Initiatives pour Améliorer l'Attractivité du Métier
Face à cette crise, des solutions sont mises en place pour tenter d'attirer et de fidéliser le personnel.
- Amélioration des conditions de travail : Certaines crèches, comme celle de Myriam Lelion, s'efforcent de rendre la vie la plus facile et agréable à leurs salariées, pour les fidéliser. « Nous favorisons l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, en accordant des temps partiels aux professionnelles qui le demandent, et en leur laissant une grande marge d’autonomie. L’année dernière nous avons pu bénéficier d’un coach sportif pendant quelques mois, et nous avons monté un projet décoration pour la crèche. Et puis avec les enfants nous avons des projets qui ont du sens autour des langues vivantes, un jardin pédagogique, un compost… »
- Expérimentation de la semaine de quatre jours : La Ville de Paris s’apprête à expérimenter la semaine de quatre jours pour les agents de la petite enfance, dès cet automne, comme le fait déjà le réseau Babilou sur des crèches volontaires. L’expérience est rendue possible notamment parce que la prise en compte de la pénibilité du métier a permis d’alléger le volume d’heures annuel des agentes (1.525 heures au lieu de 1.607).
- Plan de déprécarisation des agents : La Ville a mis en place également un grand plan de déprécarisation de ses agents et agentes, à coups de primes notamment pour les métiers de la petite enfance qui selon elle a déjà porté ses fruits, puisque Paris a réussi à recruter cette année 200 professionnelles, contre une centaine l’an dernier, soit un doublement des effectifs recrutés, a annoncé l’adjoint à l’Education Patrick Bloche, dans une conférence de presse, jeudi 28 septembre.
- Revalorisation salariale : Des revalorisations salariales ont été annoncées, mais leur mise en œuvre concrète se fait attendre.
- Appel à l'État : Les acteurs locaux appellent l'État à prendre ses responsabilités et à revaloriser les grilles indiciaires de la petite enfance. « Nous ne refusons pas nos responsabilités mais nous appelons l’Etat à assumer les siennes et à revaloriser les grilles indiciaires de la petite enfance, nous avons besoin de savoir si l’Etat compte entreprendre une action », a tonné mercredi en Conseil de Paris l’adjoint aux Ressources humaines, Antoine Guillou. Qui avait prévenu quelques jours plus tôt : « Si le gouvernement refuse de le faire, qu’il le dise, nous pourrions jouer sur les parts de rémunérations ».
L'Importance Cruciale de la Petite Enfance : Un Enjeu de Société
La pénurie d'auxiliaires de puériculture n'est pas seulement un problème de chiffres. Elle a des conséquences directes sur le bien-être des enfants et sur la capacité des parents à concilier vie professionnelle et vie familiale.
Il est essentiel de reconnaître l'importance cruciale de la petite enfance et d'investir dans ce secteur. Cela passe par une revalorisation du métier d'auxiliaire de puériculture, une amélioration des conditions de travail et un soutien financier aux crèches et aux familles.
Les Pouponnières et l'Aide Sociale à l'Enfance
Un autre aspect important de l'accueil des jeunes enfants concerne les pouponnières et l'Aide sociale à l'enfance (ASE). Ces structures accueillent des bébés de la naissance à trois ans, placés le plus souvent par la justice, car ils sont à risque de danger dans leur famille, exposés à des maltraitances, de la toxicomanie ou bien encore aux troubles psychiatriques des parents ou aux violences conjugales.
Un décret récent a réformé l'accueil des tout-petits en protection de l'enfance, jugé alarmant. Il s'agit notamment d'éviter que des bébés restent placés trop longtemps dans des pouponnières de l'ASE, sur-occupées. Le texte entré en vigueur limite la durée de placement en pouponnière à quatre mois, renouvelable une seule fois après une évaluation de "l'évolution de la situation de l'enfant".
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Le gouvernement prévoit d'investir 35 millions d'euros dans ces structures, notamment dans des unités plus petites qui permettront aux éducatrices de recréer un cocon chaleureux et rassurant. Le texte acte un renforcement des normes d'encadrement et impose une auxiliaire de puériculture pour cinq enfants le jour et quinze enfants la nuit.
Initiatives Innovantes : L'Exemple d'une Crèche Ouverte 24h/24
Pour répondre aux besoins des parents travaillant en horaires décalés, certaines initiatives innovantes voient le jour. À Angers (Maine-et-Loire), une crèche propose un accueil 24h/24, du lundi au vendredi. Les auxiliaires de puériculture reçoivent une trentaine d'enfants dans la journée et environ six enfants durant la nuit. Le tarif est le même que celui des autres crèches, et ce, sans majoration pour les horaires de nuit.
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