L'utilisation des écrans s'est généralisée dans nos vies quotidiennes, y compris dès le plus jeune âge. Cette omniprésence soulève des questions cruciales quant à l'impact de cette exposition, en particulier chez les enfants et les adolescents. Une exposition excessive aux écrans peut avoir des conséquences importantes sur leur santé physique, mentale et sociale.
Constat général : une surexposition numérique aux effets délétères
Le rapport "Enfants et écrans. À la recherche du temps perdu", remis en avril 2024 à la demande du Président de la République, met en lumière les nombreux effets délétères de la surexposition numérique. Les écrans sont partout, et il est compliqué d’empêcher les enfants de regarder la télévision, le smartphone ou la tablette. De nombreuses études montrent qu’il est important de limiter le temps passé sur les écrans par les enfants, surtout en fonction de leur âge.
Conséquences physiques de l'usage excessif des écrans
Les conséquences physiques de l'usage excessif des écrans sont bien documentées. Cette surexposition dégrade la qualité et la quantité de sommeil, diminue l’activité physique, favorise la prise de poids et peut entraîner des troubles visuels, comme la myopie. Chez les tout-petits, l’utilisation d’écrans perturbe aussi les moments d’interaction avec les adultes. Rester devant les écrans a supplanté la partie de foot avec les copains.
Le premier effet sur le développement des enfants est bien sûr la sédentarité, liée au manque d’activité physique. Ce ne sont pas simplement les résultats sportifs qui incitent ces professionnels de santé à tirer la sonnette d’alarme, mais bien le fait que « bouger » n’est plus devenu un réflexe. Les cardiologues se sont aussi emparés de cette question, car la pratique d’une activité physique reste indispensable pour le bon développement cardiaque des enfants.
Risques psychologiques majeurs liés à l'exposition aux écrans
Sur le plan psychologique, les risques sont également majeurs. Une note de Santé publique France en 2020 rappelle qu’il ne faut pas laisser l’enfant devant un écran avant l’école : ses risques de développer des troubles primaires du langage sont multipliés par 3.
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D’après une enquête réalisée par le Public Health England, les enfants qui passent trop de temps devant les écrans (télévision, ordinateur, console ou téléphone portable) seraient moins heureux, plus anxieux et plus déprimés que les autres. Au-delà de quatre heures par jour, le risque de voir apparaître des problèmes émotionnels et une mauvaise estime de soi seraient notamment considérablement accrus. Les enfants qui passent beaucoup de temps devant des contenus violents (jeu vidéo ou télévision) sont plus agressifs et plus enclins à se battre, plus impulsifs.
Recommandations par tranche d'âge pour une utilisation éclairée des écrans
Il est essentiel d'adapter l'utilisation des écrans à l'âge de l'enfant pour minimiser les risques et favoriser un développement harmonieux. Voici les recommandations principales :
- Avant 3 ans : pas d’écran, même en bruit de fond. L’attention de l’enfant doit se construire dans l’interaction avec son environnement réel et avec les adultes qui prennent soin de lui. Évitez la télévision et les écrans non interactifs car ils contribuent à renforcer la passivité des jeunes enfants et à les éloigner de ceux dont ils ont fondamentalement besoin à cet âge : interagir avec leur environnement en utilisant leurs sens (toucher, voir, entendre, bouger, …).
- Entre 3 et 6 ans : l’usage des écrans doit rester exceptionnel, limité à des contenus de qualité éducative, toujours accompagné par un adulte et dans un cadre bien défini. A cet âge, l’enfant renforce ses acquisitions et commence son apprentissage de l’autorégulation. Les limites imposées au temps d’écran doivent en faire partie : de 1/2H à 3 ans à 1 heure maximum par jour à 6 ans. Jamais d’écran dans la chambre, les écrans doivent être dans une pièce commune. N’offrez pas de console de jeu personnelle à votre enfant. Evitez également de placer un ordinateur ou un poste de télévision dans la chambre de votre enfant. Limitez le temps d’écran en fixant des règles claires sur le moment durant lequel ils peuvent être utilisés et la durée d’utilisation.
- De 6 à 11 ans : les enfants peuvent progressivement utiliser des outils numériques, à condition que l’accompagnement parental soit renforcé. Les parents sont invités à fixer des règles d’usage, à rester vigilants sur le temps d’écran, les contenus visionnés et à encourager les pauses régulières. Fixez un temps d’écran autorisé et laissez la liberté à l’enfant de le répartir comme il le souhaite. Veillez à ce qu’il continue à consacrer du temps à des activités hors écrans.
- A partir de 11 ans : les enfants pourraient être dotés d’un téléphone sans accès à internet, ce dernier jouant un rôle important dans l’exercice de l’autonomie. Initiez votre enfant à Internet. Accompagnez-le dans cette découverte et expliquez-lui les dangers d’Internet en insistant notamment sur le fait que tout ce qui est mis sur le web peut tomber dans le domaine public, ne peut pas être effacé et n’est pas nécessairement vrai. Continuez à fixer une durée autorisée en laissant l’enfant la répartir comme il souhaite entre les différents écrans.
- Avant 13 ans : il est fortement déconseillé de confier un smartphone connecté à Internet à un enfant. Cela l’expose à des risques pour lesquels il n’a ni la maturité, ni les outils de régulation nécessaires.
- Avant 15 ans : les enfants ne devraient pas avoir accès aux réseaux sociaux.
Dans les lieux d’accueil de la petite enfance, l’usage des écrans est désormais interdit pour les enfants de moins de 3 ans, conformément à la charte de l’accueil du jeune enfant modifiée par arrêté ministériel le 02 juillet 2025. Cette mesure vise à garantir un environnement favorable au développement et à éviter l’installation précoce d’habitudes numériques.
Actions de l'État et sensibilisation
L’État agit aussi en amont, avec une stratégie fondée sur le développement des compétences psychosociales. Ces dernières permettent aux enfants et adolescents de mieux gérer leurs émotions, de résister à la pression sociale en ligne, et de faire preuve d’esprit critique face aux contenus numériques. L’école est également un lieu de sensibilisation. Un programme de certification des compétences numériques a été généralisé à toutes les classes de 6e depuis 2024. Il inclut une sensibilisation dès le CM1 et la remise d’un "passeport internet" pour mieux comprendre les outils numériques et leurs risques.
Des campagnes de communication, notamment autour des 1000 premiers jours, rappellent l’importance des interactions humaines pour le développement du jeune enfant : Ne pas consulter son écran en présence de son enfant est essentiel pour ne pas le priver d’échanges importants pour son développement.
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Pour permettre aux familles de s’informer, de poser leurs questions et de trouver des repères fiables, le gouvernement a lancé en 2021 la plateforme jeprotegemonenfant.gouv.fr. Ce portail propose des fiches pratiques, des conseils adaptés à chaque âge et des outils concrets pour encadrer les usages numériques à la maison. Des actions sont également menées au niveau européen.
Pour mieux protéger les enfants sur les réseaux sociaux, le gouvernement a adopté une loi visant à instaurer une majorité numérique et à lutter contre la haine en ligne (loi n° 2023-566 du 7 juillet 2023). Elle fixe la majorité numérique à 15 ans pour s’inscrire sur ces plateformes.
Le rôle parental : dialogue, encadrement et exemplarité
Les adolescents sont particulièrement friands des écrans. Plutôt que d’interdire, mieux vaut privilégier le dialogue et encadrer leur temps d’exposition. Il s’agit d’éviter un usage excessif des jeux en ligne et de les accompagner dans leur navigation sur Internet. Le défi est plus grand pour les parents d’adolescents que pour ceux d’enfants plus jeunes. Une règle simple peut cependant faire la différence : ne pas laisser d’écran dans la chambre après le coucher.
Face aux dangers du cyberharcèlement, il est essentiel d’encourager les jeunes à parler ouvertement de leurs expériences en ligne et à reconnaître les signes d’abus. Enfin, si un jeune est victime de cyberharcèlement, il doit impérativement en parler à un adulte de confiance afin d’agir rapidement et mettre fin à cette violence.
Il est indispensable de fixer un cadre et de définir des limites adaptées à chaque période de la vie. De même que la diversification alimentaire doit se faire en douceur, l’introduction des écrans dans la vie des enfants doit se faire de façon progressive en tenant compte des besoins propres à chaque âge.
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S’intéresser à la pratique numérique de ses enfants en engageant avec eux un dialogue et en les accompagnant dans leurs découvertes. Cela consiste à parler avec eux de ce qu’ils découvrent à travers les écrans pour les aider à développer leur intelligence narrative. Mais il s’agit aussi de les accompagner dans le choix des programmes et jeux.
Donner le bon exemple en s’imposant également une autodiscipline : comment expliquer à ses enfants la nécessité de s’auto-réguler si l’on est soi-même suspendu en permanence à son téléphone ou à sa tablette ? Selon une étude Elabe réalisée réalisée en juin 2019 pour l’association AXA Prévention, en collaboration avec le docteur Laurent Karila et l’association SOS Addictions, si 69 % des parents estiment donner le bon exemple à leurs enfants en matière d’écrans, la réalité est tout autre : 20 % des parents regardent un écran pendant un repas de famille ou 22 % consultent leur téléphone toutes les 10 minutes ! Alors pensez à vous déconnecter le soir à la maison, ou à table en famille, pour votre bien et celui de vos enfants ! On sait en effet que le développement d’un enfant se structure autour de ses capacités d’imitation et d’attention à l’autre. Si ses parents sont captivés par leur téléphone, il aura tendance à s’y intéresser également. Ne pas consulter son écran en présence de son enfant est essentiel pour ne pas le priver d’échanges importants pour son développement.
Impact sur le développement cognitif : une question complexe
Dans quelle mesure l’exposition précoce ou excessive aux écrans influence-t-elle le développement cognitif de l’enfant ? À l’heure actuelle, cette question divise les scientifiques. Une équipe de recherche dirigée par le chercheur Inserm Jonathan Bernard au sein du Centre de recherche en épidémiologie et statistiques (Inserm/INRAE/Université Paris Cité/Université Sorbonne Paris Nord) a travaillé sur les données de près de 14 000 enfants de la cohorte française Elfe de leurs 2 ans à leurs 5 ans et demi.
Si comme d’autres avant elle, cette nouvelle étude montre une relation négative entre le temps d’exposition et le développement, elle met aussi en évidence que cette relation n’est pas vraie pour tous les domaines de la cognition et qu’elle est beaucoup plus faible lorsque le cadre de vie familial est correctement pris en compte. Ses résultats confirment également une relation négative non négligeable entre l’exposition à la télévision pendant les repas familiaux et le développement précoce du langage. Ces travaux, publiés dans The Journal of Child Psychology and Psychiatry, suggèrent que, si le temps d’écran a son importance, le contexte d’exposition compte également.
L’équipe de recherche a ainsi observé qu’aux âges de 3,5 et 5,5 ans, le temps d’exposition aux écrans était associé à de moins bons scores de développement cognitif global, en particulier dans les domaines de la motricité fine, du langage et de l’autonomie. Cependant, lorsque les facteurs relatifs au mode de vie et susceptibles d’influencer le développement cognitif étaient pris en compte dans les modèles statistiques, la relation négative se réduisait et devenait de faible magnitude.
Les résultats de l’étude montrent aussi que, indépendamment du temps d’exposition, avoir la télévision allumée pendant les repas en famille à l’âge de 2 ans (ce qui concernait 41 % des enfants) était associé à de moins bons scores de développement du langage au même âge. Ces enfants présentaient également un moins bon développement cognitif global à 3 ans et demi.
« Cela pourrait s’expliquer par le fait que la télévision, en captant l’attention des membres de la famille, interfère avec la qualité et la quantité des interactions entre les parents et l’enfant. Or, celle-ci est cruciale à cet âge pour l’acquisition du langage », explique Shuai Yang, doctorant et premier auteur de l’étude. Il poursuit : « De plus, la télévision ajoute un fond sonore qui, lorsqu’il se superpose aux discussions familiales, va rendre difficile le déchiffrage des sons pour l’enfant et limiter la compréhension et l’expression verbales. »
Ces résultats suggèrent ainsi que le temps d’écran n’est pas le seul facteur à prendre en compte : le contexte dans lequel a lieu l’utilisation de l’écran pourrait également représenter un facteur important. En outre, tous les domaines de cognition ne seraient pas touchés de façon similaire.
« Les premières années de vie sont décisives pour le développement cognitif, mais aussi dans la mise en place des habitudes de vie, ajoute Jonathan Bernard. Lorsqu’un enfant utilise un écran excessivement, il le fait au détriment d’autres activités ou interactions sociales essentielles pour son développement. » La robustesse de cette étude tient à la fois au grand nombre de participants, mais également à la prise en compte de facteurs liés au profil social des familles et aux activités des enfants.
« Si nos résultats suggèrent que les effets délétères de l’utilisation des écrans dans la petite enfance présentent un faible impact sur le développement cognitif au niveau individuel et peuvent être compensés dans les années suivantes, ils justifient cependant de rester vigilants à l’échelle de la population. En santé publique, les petits ruisseaux font les grandes rivières », précise Jonathan Bernard.
Il ajoute que davantage d’études de long terme sont nécessaires pour évaluer l’impact cumulatif de ces effets de la petite enfance à l’adolescence. Les travaux de son équipe se poursuivent grâce au suivi des enfants de la cohorte Elfe pour chercher à répondre à ces questions.
Écrans et apprentissage : entre opportunités et vigilance
Les écrans favorisent certains apprentissages ; ils permettent l’accès à des savoirs et sont source de divertissement. Il est toujours étonnant de constater que les enfants peuvent rester très concentrés pendant un temps très long devant une console ou une tablette pour jouer à un jeu.
Serge Tisseron a établi une règle « pour une diététique des écrans en famille ». Sur un temps court, vous pouvez interagir avec votre enfant grâce à un dessin animé ou une application. Il est encore nécessaire que l’enfant soit encadré : l’écran ne lui appartient pas. C’est le parent qui choisit le moment d’utilisation de la console ou de la tablette, en privilégiant des temps dans la journée mais pas le soir. Pourquoi ne pas établir un tableau pour déterminer les plages horaires pendant lesquelles l’utilisation des écrans est permise ? Pour montrer que l’on peut être actif avec le numérique, pourquoi ne pas créer avec l’appareil photo du téléphone ? Monter des petits films, créer des visuels. Et connaissez vous les podcasts pour les petits ? Celui de France Inter « Une histoire et …Oli » propose des contes pour les 5-7 ans imaginés et racontés par des auteurs reconnus.
Prévention et gestion des risques liés aux jeux vidéo
Les jeux vidéo représentent l’un des loisirs les plus partagés par le grand public et 73% des Français y jouent occasionnellement. Initialement à destination des plus jeunes générations à l’époque des consoles de salon, le jeu vidéo, avec, à la fois l’apparition du smartphone et des réseaux sociaux, a connu une véritable mutation pour toucher de nouveaux publics.
En effet, depuis juillet 2018, le gaming disorder, intégré dans le DSM-5 en 2013 est reconnu par l’OMS qui l’a intégré dans la classification mondiale des maladies (CIM) : le trouble du jeu vidéo, se caractérise par un comportement de jeu persistant ou récurrent qui peut être en ligne ou hors ligne, qui, pour une période d’au moins douze mois, se manifeste par une altération du contrôle du jeu, l’augmentation de la priorité accordée au jeu ainsi que la poursuite ou l’escalade du jeu malgré l’apparition de conséquences négatives. En Europe, les conditionnements des jeux vidéo disposent d’une série de logos, approuvés par les pouvoirs publics, permettant diverses mises en garde et d’adapter les contenus en fonction de l’âge des enfants (système PEGI). Les liens avec les jeux de hasard et d’argent sont par ailleurs à surveiller.
Conseils pratiques pour une utilisation saine des écrans
- Limiter le temps d’exposition aux écrans : l’enjeu n’est pas de définir un temps limite de façon autoritaire et unilatérale mais d’impliquer l’enfant dans un processus d’autorégulation afin de le rendre autonome et de limiter ses risques de perte de contrôle à l’âge adulte. Serge Tisseron suggère ainsi aux parents d’inciter leurs enfants, dès l’âge de 9 ans, à reporter dans un petit carnet le temps passé devant les écrans.
- Choisir des contenus adaptés à l'âge et aux intérêts de l'enfant.
- Privilégier les activités hors écrans : Les chahuts dans le salon ou les jeux dans le jardin se sont changés en temps silencieux devant un écran, avec des conséquences sur la santé des plus jeunes. Veillez à ce qu’il continue à consacrer du temps à des activités hors écrans.
- Favoriser les moments d'échange et de partage en famille, loin des écrans. Parler souvent et régulièrement avec son enfant stimule son langage et son intelligence.
- Être attentif aux signes de surexposition et réagir rapidement.
Sans écrans dans sa chambre, l’enfant apprend à ne pas s’angoisser quand il est seul. Il peut alors imaginer, créer, inventer. Les parents gardent le contrôle sur ce qui entre dans le cerveau de l’enfant. La lumière bleue des écrans inhibe la mélatonine et retarde l’entrée naturelle dans le sommeil. Lire une histoire, chanter une comptine, parler avec votre enfant le calme et le sécurise.