Le monde actuel est caractérisé par une croissance démographique rapide et des inégalités de développement prononcées. La résolution des crises sociales, économiques, environnementales et climatiques est devenue une priorité mondiale. Cette prise de conscience a mené au concept de « développement durable », une notion qui s'est progressivement imposée depuis 1987 comme une solution privilégiée par les acteurs internationaux.
I. Inégalités de Développement à Toutes les Échelles
Les inégalités de développement se manifestent à différents niveaux, créant un paysage mondial complexe et contrasté.
1. L'Échelle Mondiale : "Nords" et "Suds"
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les disparités de développement se sont creusées entre les pays industrialisés et développés (PID), souvent appelés "Nords", et les pays en développement (PED), désignés comme "Suds". Le niveau de développement d'un pays est évalué à l'aide d'indicateurs économiques tels que le PIB et le PNB, ainsi que d'indicateurs démographiques et sociaux. L'Indicateur de Développement Humain (IDH) est un outil clé, prenant en compte l'espérance de vie (santé), le taux d'alphabétisation (social) et le PIB par habitant (économique). D'autres indicateurs, comme l'Indicateur de Pauvreté Humaine (IPH) et l'Indicateur de Participation Féminine à la vie économique et politique (IPF), complètent cette évaluation.
Les "Nords" représentent environ 2 milliards de personnes avec un IDH supérieur à 0,8. Ces pays offrent généralement un bon niveau de vie à leur population, assurant la sécurité alimentaire, le logement, le travail, l'éducation, les soins médicaux et les libertés fondamentales. L'Amérique du Nord, l'Europe et l'Asie de l'Est (Japon, Corée du Sud) sont les principaux représentants de cette catégorie. Toutefois, il est important de noter que la pauvreté existe également dans ces pays, soulignant que le niveau de développement n'est pas uniforme.
Les "Suds", quant à eux, regroupent plus des deux tiers de la population mondiale et présentent des niveaux de développement très variés. Parmi eux, on distingue les États rentiers du pétrole, qui bénéficient de revenus importants mais accusent un retard en matière d'industrialisation et de progrès sociaux, et les pays émergents, qui affichent une croissance économique rapide et un IDH proche de 0,8, tout en devant encore progresser sur le plan social. Des pays intermédiaires, comme l'Égypte, se situent entre ces deux catégories. Les pays les moins avancés (PMA), situés principalement en Afrique subsaharienne, sont confrontés à des problèmes économiques, sociaux et politiques cumulatifs, tels que la corruption et les guerres civiles.
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Il est crucial de noter que cette division du monde devient de moins en moins pertinente. Par exemple, la façade orientale de la Chine présente des indicateurs proches de ceux des pays du Nord, tandis que les régions occidentales du pays affichent des statistiques similaires à celles des pays les plus pauvres.
2. L'Échelle des États : Inégalités Spatiales
Des inégalités socio-spatiales sont également présentes à l'intérieur des États. Les littoraux, grâce aux installations portuaires, sont souvent plus développés que les arrière-pays, concentrant les richesses et étant plus ouverts sur le monde. Les villes, plus attractives que les espaces ruraux, attirent les capitaux et les principales activités économiques. Les grandes métropoles, en particulier, sont des centres de pouvoir, de culture et d'innovation, offrant de nombreux services et moyens de transport à leur population, qui bénéficie de meilleures conditions de vie que dans les villes plus petites et les campagnes. Cette réalité est particulièrement marquée dans les PED, favorisant l'exode rural.
Cependant, des inégalités existent également au sein des villes, avec des quartiers riches et protégés côtoyant des quartiers pauvres, tels que les cités HLM dans les pays du Nord et les bidonvilles dans les pays du Sud. Ces contrastes sont encore plus prononcés dans les pays du Sud.
3. Inégalités Sociales
Des inégalités sociales sont présentes au sein des populations des PID et des PED. La pauvreté existe même dans les pays riches, avec le phénomène du "quart monde". Cependant, c'est dans les pays pauvres que ces inégalités sont les plus flagrantes. La majorité de la population y a un niveau de vie faible, un accès limité à l'éducation et peu de pouvoir économique et politique, ces derniers étant concentrés entre les mains d'une minorité riche. La classe moyenne est peu développée, ce qui freine la consommation et le développement.
D'autres formes d'inégalités existent, telles que l'exclusion de certaines catégories sociales pour des raisons politiques ou ethniques, ainsi que les inégalités entre les sexes. Dans les pays pauvres, les femmes sont souvent exclues du pouvoir et moins éduquées que les garçons, ce qui entrave le développement social.
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Ces inégalités socio-spatiales à toutes les échelles constituent un frein au développement, d'autant plus que les besoins augmentent.
II. Stratégies de Développement et Voies d'Émergence
Face à ces défis, différents modèles de développement ont émergé.
1. Les Pays Émergents
Certains pays ont réussi à tirer parti des opportunités offertes par la mondialisation. Ces pays émergents ont connu une forte croissance de leur PIB et de leur IDH, et maîtrisent généralement leur croissance démographique.
Parmi eux, les "Quatre dragons asiatiques" (Corée du Sud, Hong-Kong, Taïwan et Singapour) ont adopté, depuis les années 1960, une stratégie de développement inspirée du modèle japonais. Alliés des États-Unis pendant la Guerre froide, ils ont bénéficié de l'enrichissement lié à la division internationale du travail. Aujourd'hui, ils profitent de la croissance de l'Asie orientale, portée par le Japon et la Chine, et font désormais partie des pays industriels développés.
Le terme "pays émergent" désigne aujourd'hui les pays du Sud ou du Nord issus du monde communiste de la Guerre froide qui connaissent une forte croissance économique, tandis que celle des pays du Nord tend à ralentir. Les principaux d'entre eux font partie des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Ces pays présentent des situations très différentes. La Chine s'affirme comme une puissance majeure à tous points de vue, l'Inde est un géant démographique, la Russie s'appuie sur les cours des matières premières et l'héritage de l'URSS, le Brésil a diversifié son économie tout en misant sur l'agriculture, et l'Afrique du Sud est la principale puissance économique du continent grâce à ses ressources minières. Cependant, une "crise de l'émergence" frappe actuellement certains de leurs secteurs, et ils sont concurrencés par d'autres pays.
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2. Les Pays Rentiers
D'autres pays tirent profit de la rente liée à l'exploitation d'une matière première, comme les États pétroliers du Golfe persique, le Qatar pour le gaz, ou encore la Russie pour les hydrocarbures. Cette situation les rend dépendants des fluctuations des marchés et soulève la question du réinvestissement des devises ainsi produites pour diversifier l'économie. Les choix politiques jouent également un rôle crucial, comme le montre la faillite du Venezuela malgré son statut d'État pétrolier.
3. Autres Voies de Développement
Pour les autres pays, les stratégies de développement sont plus complexes. Elles reposent parfois sur l'exportation d'une seule matière première à faible valeur ajoutée, comme le coton pour le Mali ou le Niger, ou sur des richesses minières souvent contrôlées par de grands groupes étrangers. Les PMA sont confrontés à des défis de développement particulièrement importants.
III. La Question du Développement Durable
Le développement durable est devenu un enjeu majeur pour concilier les impératifs économiques, sociaux et environnementaux.
1. Les Enjeux du Développement Durable
Le principal défi est de concilier les enjeux économiques, sociaux et environnementaux, qui constituent les trois piliers du développement durable définis lors de la conférence de Rio en 1992. Sur le plan économique, il s'agit de produire autrement en développant des capacités de production, des moyens de transport et une gestion des déchets durables. Sur le plan social, il est essentiel de partager les ressources, d'assurer les besoins élémentaires des populations (se nourrir, se loger, être éduqué, avoir accès aux soins, avoir un travail), de réduire les inégalités et les exclusions, et de gérer l'explosion urbaine. Sur le plan environnemental, il faut protéger la planète, gérer durablement les ressources naturelles, protéger les espaces naturels et les écosystèmes menacés, et gérer les risques.
Le rapport Brundtland de 1987 définit le développement durable comme la capacité de "satisfaire nos besoins sans compromettre la possibilité pour les générations futures de satisfaire les leurs."
2. Impliquer les Acteurs à Toutes les Échelles
Pour atteindre ces objectifs, il est nécessaire d'impliquer des acteurs à différentes échelles et de prendre en compte les trois volets du développement durable de manière équilibrée. Les débats restent ouverts et différentes conceptions du développement durable s'opposent. Les partisans d'une durabilité faible estiment que l'on peut surexploiter une ressource naturelle si l'on est capable de trouver des moyens de substitution grâce à la technologie. Les partisans d'une durabilité forte, au contraire, prônent la préservation totale des ressources naturelles en limitant la consommation, voire en déplaçant des populations loin des zones à protéger.
La complexité du sujet réside également dans l'absence d'indicateur fiable du niveau de développement durable. Les débats se poursuivent lors de grandes conférences planétaires, où les pays du Nord et du Sud peinent à s'entendre en raison de leurs conceptions divergentes du développement durable.
Des projets sont cependant en cours, mis en place par des États, de grandes firmes multinationales ou des organisations non gouvernementales (ONG). Les projets les plus réussis sont souvent ceux qui réunissent différentes échelles d'acteurs et dans lesquels les populations locales sont impliquées, et ceux où les trois piliers du développement durable sont pris en compte simultanément.
IV. La Triade et la Mondialisation
La mondialisation, un phénomène en forte accélération depuis une cinquantaine d’années, touche l’ensemble des pays de la planète. Elle se caractérise par la multiplication de flux de différentes natures (commerciaux, financiers, humains, immatériels, etc.) à l’échelle mondiale et accentue la concurrence entre les territoires.
1. Espaces les Mieux Intégrés
Les trois pôles majeurs de la mondialisation sont l’Europe de l’Ouest, l’Amérique du Nord (États-Unis et Canada) et l’Asie du sud-est. Ils dominent l’économie mondiale depuis plusieurs siècles et contribuent fortement à organiser et à structurer l’espace mondialisé. Certains États caractérisés de pays émergents peuvent être également des espaces moteurs de la mondialisation. Parmi ces pays, les plus intégrés ont été regroupés sous l’acronyme BRICS : Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud. En facilitant les investissements directs étrangers et en proposant une main-d’œuvre nombreuse et bon marché, ces pays ont amélioré très rapidement et de manière spectaculaire leur capacité de production ainsi que leur croissance économique.
Shanghai est une ville qui possède de nombreux atouts économiques et qui a connu un développement spectaculaire ces dernières années. De nombreux travaux ont été lancés depuis les années 1980 pour développer la puissance de cette métropole chinoise. Des quartiers entiers ont été détruits pour construire des quartiers d’affaire et aménager des espaces productifs performants. Dans ces nouveaux quartiers, la gentrification est importante (les populations les plus pauvres laissent place aux classes moyennes et supérieures). Emplacement de choix dans la façade maritime chinoise, le port de Shanghai accueille un trafic très important, à tel point que, malgré des extensions, un nouveau port a dû être construit, Yanshan, relié à la ville par un pont de 32 km de long.
2. Territoires les Moins Bien Intégrés
Selon l’ONU, on compte dans le monde 47 PMA qui se situent majoritairement en Afrique subsaharienne (33 pays dont le Tchad, le Mali, le Burundi, l’Ouganda…) mais aussi en Asie (14 pays dont l’Afghanistan, le Laos…) et en Amérique (1 pays, Haïti). Ce retard de développement se traduit par une faible espérance de vie, un accès aux soins insuffisant et, plus généralement, des difficultés importantes à satisfaire les besoins quotidiens liés à l’approvisionnement en eau et/ou en nourriture. Ces pays sont très peu intégrés à la mondialisation.
Un État failli est un pays dans lequel le pouvoir politique et son administration ne parviennent pas à imposer leur autorité pour assurer la sécurité et le développement de sa population. Le nombre des États faillis (Syrie, Lybie, Somalie, Erythrée, etc.) dépend avant tout de l’évolution géopolitique des régions dans lesquelles ils se situent. Ce sont des États secoués par des conflits militaires, bien souvent des guerres civiles, dans lesquels l’État et son administration ne parviennent pas à maintenir la paix ni à garantir la sécurité de la population.
3. Marginalisation au Sein des Pays Développés
Même dans les pays du Nord, certains territoires peuvent apparaître plus périphériques voire exclus de la mondialisation. La déprise rurale se caractérise par l’abandon progressif d’exploitations agricoles et des villages situés à proximité. Plus étonnant, en périphérie des métropoles des pays les plus développés persistent encore parfois des espaces en marge de la mondialisation. On compte ainsi 93 bidonvilles en France qui regroupent au total plus de 5 000 personnes, habitant majoritairement en région parisienne.
4. Métropolisation et Inégalités
Les pays les mieux intégrés dans la mondialisation ont une population avec un niveau de vie élevé et un appareil productif performant. Situés en Amérique du Nord, en Europe et au Japon, les villes mondiales (New-York, Los Angeles, Tokyo, Paris), rayonnent à l’échelle internationale et regroupent une grande partie des fonctions stratégiques qui influent sur la gouvernance mondiale. Ces métropoles gagnent en puissance et attirent une population de plus en plus nombreuse. La métropolisation est un processus de concentration d’entreprises dynamiques et de population dans les plus grandes villes.
Disposer d’un littoral est un atout qui facilite l’intégration dans la mondialisation. Aujourd’hui une grande partie du commerce mondial s’effectue par voie maritime, ce qui favorise le développement de grands ports commerciaux et industriels, notamment en Asie (Shanghai, Singapour, Tokyo, etc.). La Suisse a toutefois réussi à contourner cette contrainte de l’enclavement en développant une activité financière dynamique et en valorisant ses espaces montagneux et son patrimoine culturel.
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