L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet sensible, entouré de nombreuses idées reçues et de désinformation. Cet article vise à clarifier les faits, à dissiper les mythes et à explorer les différentes facettes de l'IVG, en s'appuyant sur des données factuelles et des études scientifiques.
Introduction
Le droit à l'avortement est un droit fondamental pour les femmes. En France, ce droit a été légalisé en 1975 grâce à la loi Simone Veil et est protégé par le code de la santé publique et le code de la sécurité sociale. Malgré cela, l'IVG reste un sujet de débat et est parfois remis en question. Il est donc essentiel de s'informer correctement et de démêler le vrai du faux.
Idées Reçues sur l'IVG : La Vérité Révélée
De nombreuses idées fausses circulent sur l'IVG, souvent relayées par des militants anti-avortement. Examinons les plus courantes :
1. L'IVG Génère des Troubles Psychiques
Faux. L'idée du « syndrome post-avortement » est une invention d'un militant pro-life américain sans qualifications médicales. Les études scientifiques sérieuses ne montrent aucune différence significative en matière de troubles psychiatriques entre les femmes ayant subi une IVG et celles n'en ayant jamais fait l'expérience. Un rapport documenté du CNRS souligne que les études établissant un lien entre avortement et troubles psychiques sont d'une qualité méthodologique « le plus souvent médiocre ».
2. L'IVG Met en Péril la Fertilité des Femmes
Faux. Les assertions selon lesquelles l'IVG endommagerait les organes de reproduction et empêcherait de mener à terme une grossesse désirée sont contredites par le Collège national des gynécologues et obstétriciens français. L'IVG instrumentale n'est pas associée à une augmentation du risque d'infertilité ultérieure. De plus, le risque de décès lié à l'IVG est largement inférieur au risque de décès lors d'un accouchement.
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3. L'IVG Augmente le Risque de Cancer du Sein
Faux. Une étude de l'American College of Obstetricians and Gynecologists met en évidence le fait que cette conséquence supposée de l'IVG relève de la légende urbaine. Les études les plus récentes et rigoureuses n'ont montré aucune relation causale entre avortement et augmentation du risque de contracter un cancer du sein. En revanche, l'Organisation mondiale de la santé souligne la dangerosité de l'avortement clandestin dans les pays où il n'est pas autorisé, en raison du manque d'hygiène.
4. L'IVG est Pratiquée par des Femmes qui N'utilisent Pas de Moyens de Contraception
Faux. L'idée que l'IVG serait utilisée comme « un moyen de contraception à part entière » est fausse. L'Insee révèle que seulement 3 % des femmes de 15 à 49 ans, ni enceintes ni stériles, ayant des rapports hétérosexuels et ne voulant pas d'enfants n'utilisent pas de moyens de contraception. Un rapport de l'IGAS relève que 72 % des IVG sont réalisées sur des femmes qui étaient sous contraception.
5. L'IVG est Avant Tout Pratiquée par de Très Jeunes Femmes
Faux. Les statistiques montrent que seules 7 % des femmes ayant recours à l'IVG sont âgées de 15 à 17 ans, tandis que 42 % sont âgées de 25 à 40 ans.
Conséquences de l'Interdiction ou de la Restriction de l'IVG
L'interdiction ou la restriction de l'IVG a des conséquences désastreuses sur la santé et la vie des femmes, comme le montrent les exemples suivants :
Mortalité Maternelle
Dans les pays où l'avortement est illégal, les femmes ont recours à des avortements clandestins, souvent pratiqués dans des conditions dangereuses. Cela entraîne des complications graves et peut conduire à la mort. L'avortement clandestin est la troisième cause de mortalité maternelle dans le monde.
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Santé Mentale
Les restrictions à l'IVG ont un impact négatif sur la santé mentale des femmes. Une étude de la revue JAMA montre que le simple fait d'habiter dans un État où le droit à l'avortement est restreint conduit à un déclin de la santé mentale des femmes en âge de procréer. Les symptômes de dépression et d'anxiété ont empiré de manière significativement plus rapide dans les États qui avaient des lois anti-avortement prêtes à se déclencher dès la décision de la Cour suprême des États-Unis.
Situation Économique
Une étude récente d'économistes compare des femmes qui, avant la décision "Dobbs" aux États-Unis, voulaient recourir à un avortement, mais n'ont pas pu, car leur grossesse était trop avancée, à des femmes très similaires, mais dont la grossesse était juste assez récente pour permettre l'avortement. Elle montre que ces femmes qui n'avaient pas pu avorter ont presque deux fois plus de chance de se trouver en état de détresse financière à la naissance, et dans les années suivantes.
L'IVG en France : Droit et Accès
En France, l'IVG est un droit pour toutes les femmes, majeures ou mineures. La loi permet d'avoir recours à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) jusqu'à 14 semaines de grossesse, soit 16 semaines depuis le début des dernières règles (ou 16 semaines d'aménorrhée).
Étapes Préalables à l'IVG
Avant de procéder à une IVG, deux temps sont nécessaires avec un médecin (généraliste ou gynécologue) ou une sage-femme : un temps d'information et un temps de recueil de votre consentement. Il n’y a pas de délai minimal de réflexion entre le premier et le second temps (ils peuvent avoir lieu au cours d'une seule et même consultation si vous le souhaitez). Vous prenez le temps de réflexion que vous jugez nécessaire pour votre décision, en tenant en compte du délai légal pour la réalisation de l'IVG (14 semaines de grossesse). Il n’y a pas non plus de délai minimal de réflexion ces deux temps et la réalisation de l'IVG. Si vous le souhaitez, vous pouvez bénéficier d’un entretien psychosocial. Cet entretien est obligatoire pour les mineures et doit être réalisé avant le recueil du consentement.
Types d'IVG
Il existe deux types d'IVG :
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- IVG médicamenteuse : possible jusqu'à 7 semaines de grossesse (soit 9 semaines depuis les dernières règles). Vous prenez deux médicaments qui arrêtent la grossesse et expulsent l'embryon. Ces deux médicaments peuvent être pris à domicile ou dans un environnement médical, selon votre choix. Le second médicament doit être pris dans un délai de 24 à 48 heures après le premier.
- IVG instrumentale (ou chirurgicale) : possible jusqu'à 14 semaines de grossesse (soit 16 semaines depuis les dernières règles). Après une anesthésie locale ou générale, le médecin ou la sage-femme aspire le contenu de l'utérus après dilatation du col. L'hospitalisation pour une IVG instrumentale est dite ambulatoire, car elle a lieu sur une seule journée.
Confidentialité et Prise en Charge
L'IVG est toujours confidentielle. Tous les professionnels de santé sont tenus par le secret professionnel. L'IVG est prise en charge à 100 % par l'Assurance Maladie.
IVG et Mineures
En tant que mineure, vous avez le droit de réaliser une IVG. Votre anonymat est respecté. Vous pouvez demander cette intervention vous-même. Vous devez être accompagnée par une personne majeure de votre choix. L’autorisation des parents n’est pas obligatoire. Vous aurez obligatoirement un entretien psychosocial. L’IVG est gratuite.
L'Entrave à l'IVG sur Internet : Un Défi Numérique
Si le choix du Constituant a été celui de consacrer une liberté pour la femme d’avoir recours à l’IVG, la portée effective de cette liberté est malgré tout directement menacée par internet, les réseaux sociaux et le numérique de manière générale. Comme dans la sphère réelle, la décision "Dobbs" a fait ressurgir de nombreuses positions anti-avortement sur les réseaux sociaux notamment « sous la forme de fausses informations, d’affirmations trompeuses sur l’avortement et de contenus choquants et dissuasifs » que l’État peine à sanctionner et que les plateformes ignorent.
Le Délit d'Entrave à l'IVG : Une Protection Insuffisante
En étendant en 2017 le délit d’entrave à l’IVG à internet au sens large, le législateur a entendu pénaliser « le fait d’empêcher ou de tenter d’empêcher de pratiquer ou de s’informer sur une interruption volontaire de grossesse (…) par tout moyen, y compris par voie électronique ou en ligne, notamment par la diffusion ou la transmission d’allégations ou d’indications de nature à induire intentionnellement en erreur, dans un but dissuasif, sur les caractéristiques ou les conséquences médicales d’une interruption volontaire de grossesse ». Or, à y regarder de plus près, le texte n’offre qu’une réponse très partielle à la menace que constitue la désinformation et la mésinformation sur internet et les réseaux sociaux - et qui plus est dans le cas de l’IVG et de ses conséquences.
La Neutralisation du Délit d'Entrave à l'IVG sur Internet
La neutralisation passe d’abord par la construction d’un discours qui n’est pas frontalement anti-IVG mais dont la construction embrasse une logique publicitaire répondant à quatre critères : l’accroche, la proposition de valeur, l’offre et l’appel à l’action.
Une récente étude menée par la Fondation des femmes et publiée en janvier 2024 a d’ailleurs expérimenté cette logique marketing afin de vérifier si ces contenus dissuasifs et souvent erronés parviennent même auprès de femmes n’ayant jamais manifesté d’intérêt pour ces comptes-là. Et le constat est sans appel, si 80% des contenus (en l’espère des Réels) suggérés « étaient principalement des séquences d’actualités émanant de grands médias, ou des vidéos favorables à l’avortement réalisées par des personnes se présentant comme sage-femmes ou professionnels de santé », 20% d’entre eux « présentaient un contenu dissuasif ou potentiellement trompeur ».
Autrement dit, l’architecture algorithmique des réseaux condamne l’utilisateur, qui ne l’aurait pas recherché, à « voir » des contenus souvent trompeurs qui, s’ils sont simplement regardés, génèrent par la suite le visionnage d’autres contenus similaires. Cette boucle d’informations étant par la suite difficilement dépassable par l’utilisateur car ces contenus entravent indirectement l’accès à d’autres types de contenus.
IMG : Interruption Médicale de Grossesse
Une IMG, également appelée avortement thérapeutique, peut être réalisée uniquement si la poursuite de la grossesse met gravement en péril la santé de la femme ou s'il existe une forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic. L'IMG peut être pratiquée à tout moment de la grossesse.
La procédure de décision d'IMG dépend du motif (santé de la mère ou de l'enfant). Dans tous les cas, la femme enceinte concernée doit bénéficier d'une information complète et donner son accord.
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