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La remise en cause de l'IVG aux États-Unis : un contraste saisissant avec la France

Alors que la France inscrit la liberté d'avorter dans sa Constitution, les États-Unis font face à une remise en question profonde de ce droit, avec des conséquences dévastatrices sur la santé mentale et la situation économique des femmes. Le contraste entre les deux pays est frappant, illustrant des visions opposées sur la place des femmes et le contrôle de leur corps.

La France constitutionnalise le droit à l'avortement

Le 8 mars, journée internationale des droits des femmes, a été marqué en France par l'adoption d'une loi constitutionnelle garantissant la liberté d'avorter. Ce texte fait de la France le premier pays au monde à reconnaître explicitement ce droit dans sa constitution, à un moment où il est remis en cause ailleurs.

Le revirement américain : la fin de la garantie constitutionnelle

En juin 2022, la Cour suprême des États-Unis a annulé la garantie constitutionnelle du droit à l'avortement, établie par l'arrêt "Roe versus Wade" en 1973. La décision "Dobbs v. Jackson Women’s Health Organization" a estimé que la constitution américaine ne contenait pas de protection explicite du droit à l'avortement, laissant chaque État libre de décider.

Les six juges conservateurs ont justifié leur décision par un argument technique : l'absence du mot "avortement" dans la constitution. Depuis, des lois de plus en plus restrictives ont été adoptées dans les États conservateurs, interdisant l'avortement sauf en cas de danger mortel pour la mère.

Un jugement de la Cour suprême de l'Alabama, rendu le 16 février, a même qualifié des embryons conçus in vitro de "petites personnes" dont la vie doit être protégée, illustrant la priorité accordée à la vie humaine dès la conception.

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Conséquences sur la santé mentale des femmes

Les études médicales mettent en évidence les effets néfastes des lois anti-avortement sur la santé des femmes. Un article de la revue JAMA montre que le simple fait de vivre dans un État où le droit à l'avortement est restreint entraîne un déclin de la santé mentale des femmes en âge de procréer.

Une étude menée sur 150 000 femmes a comparé les symptômes de dépression avant et après la décision Dobbs dans les États dotés de "trigger laws" (lois anti-avortement prêtes à se déclencher) et dans ceux où l'avortement est resté légal. Les résultats montrent une augmentation significativement plus rapide des symptômes de dépression et d'anxiété dans les États ayant adopté ces lois.

Impact économique : une détresse financière accrue

Une étude récente d'économistes compare des femmes ayant souhaité avorter avant la décision Dobbs, mais qui n'ont pas pu le faire en raison d'une grossesse trop avancée, à des femmes similaires dont la grossesse était suffisamment récente pour permettre l'avortement. Elle révèle que les femmes qui n'ont pas pu avorter ont presque deux fois plus de chances de se trouver en état de détresse financière à la naissance et dans les années suivantes.

Une augmentation paradoxale du nombre d'avortements

Ironiquement, le nombre d'avortements a légèrement augmenté aux États-Unis depuis l'arrêt Roe vs Wade, et non diminué. Cela remet en question la logique des restrictions de plus en plus sévères, suggérant que l'objectif principal est de contrôler les femmes plutôt que de protéger les enfants.

L'administration Trump et la remise en cause des protections

L'administration de Donald Trump a annulé une recommandation faite par l'administration Biden aux hôpitaux, qui visait à maintenir certaines protections pour les femmes après la suppression de la garantie fédérale du droit à l'avortement. Cette recommandation, basée sur une loi de 1986 sur le traitement médical d'urgence et le travail (EMTALA), stipulait que les hôpitaux devaient pratiquer des interruptions de grossesse, même dans les États où la procédure est illégale, pour stabiliser une patiente en cas d'urgence médicale.

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Des groupes de défense du droit à l'avortement ont critiqué l'administration Trump, l'accusant de se ranger du côté de ses alliés anti-avortement au détriment de la vie des femmes.

La bataille juridique et l'avenir du droit à l'avortement

Depuis l'annulation de la garantie fédérale du droit à l'avortement, les États ont retrouvé toute latitude pour légiférer dans ce domaine. Alors que certains États ont interdit ou sévèrement limité l'accès à l'IVG, d'autres se sont engagés à défendre ce droit.

Un juge de la Cour suprême a même ravivé les craintes relatives à la remise en cause du mariage homosexuel, en suggérant de revoir toutes les jurisprudences s'appuyant sur la même disposition de la Constitution que celle qui protégeait le droit à l'avortement.

Les réactions internationales : condamnations et solidarité

La décision de la Cour suprême américaine a suscité de vives réactions à l'étranger. Des dirigeants politiques, tels que le premier ministre britannique Boris Johnson, le premier ministre canadien Justin Trudeau et le président français Emmanuel Macron, ont exprimé leur solidarité avec les femmes américaines et ont souligné l'importance de protéger le droit à l'avortement. La haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, a dénoncé un "coup terrible porté aux droits des femmes".

L'avortement en 2025 : entre obstacles et alternatives

Deux ans après l'arrêt Dobbs, le Guttmacher Institute souligne les ravages provoqués par cette décision aux États-Unis. De nombreuses cliniques ont cessé de pratiquer des avortements, en particulier dans les États appliquant une interdiction totale.

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Face à ces restrictions, de nouvelles alternatives émergent, telles que les cliniques "virtuelles" proposant des services d'avortement médicamenteux via la télésanté. Des personnes souhaitant avorter utilisent également la télésanté internationale pour obtenir des pilules abortives et gérer elles-mêmes leurs interruptions de grossesse.

Cependant, ces alternatives ne sont pas sans risque. La médicamentation de l'avortement crée une perte des compétences nécessaires à la pratique de l'avortement par aspiration, et les groupes anti-choix tentent de restreindre l'accès à la pilule abortive en insistant sur sa supposée dangerosité.

De plus, dans certains États, les restrictions légales et les pressions exercées par les anti-choix sur les professionnelles de santé ont des effets sur l'offre de services de santé obstétricale, contribuant à la formation de déserts médicaux.

Certaines femmes enceintes cherchant désespérément des soins d'urgence pour protéger leur vie et leur santé vivent des histoires tragiques du fait d'un refus de prise en charge hospitalière et sont contraintes à d'importants déplacements géographiques pour obtenir l'arrêt d'une grossesse.

Les enjeux de la seconde présidence Trump

Au regard des déclarations de Donald Trump durant sa dernière campagne et de ses actions durant son précédent mandat, son retour à la présidence des États-Unis ne laisse présager rien de bon quant à l'accès à l'avortement. C'est notamment la nomination par Trump de la juge conservatrice, Amy Coney Barrett, qui a fait pencher la balance idéologique de la Cour Suprême, suite à la nomination de deux juges conservateurs, et qui a permis la révocation de l'arrêt de Roe v. Wade.

Il faut se rappeler que le premier décret présidentiel signé par Donald Trump après sa première élection visait l'accès à l'avortement. Il a réinstauré la Mexico City Policy, interdisant aux associations et organisations internationales défendant les droits des femmes financées par des fonds américains de fournir l'accès à, ou des informations sur l'avortement, quelle que soit leur zone d'intervention.

Films et documentaires pour comprendre les enjeux

Plusieurs films et documentaires permettent de mieux comprendre les enjeux de l'avortement aux États-Unis. Parmi eux, on peut citer "Roe V. Wade. La véritable histoire de l’avortement" et "Never Rarely Sometimes Always", qui rend compte d'une expérience contemporaine de femme souhaitant avorter. Les reportages/documentaires "Avortement, les croisés contre-attaquent", "Citizen Facts. Avortement : la croisade en ligne des anti-IVG" et "IVG : Histoire(s) de combattantes" offrent des éclairages intéressants sur les oppositions et résistances contemporaines à l'avortement et à l'autonomie des femmes, des États-Unis jusqu'en Europe.

La lutte continue

La bataille autour du droit à l'avortement continue aux États-Unis. Des responsables d'une vingtaine d'États américains de sensibilité démocrate ont fait savoir qu'ils défendraient si besoin l'accès à la mifépristone, une pilule utilisée dans la majorité des IVG médicamenteuses. L'agence américaine du médicament (FDA) est en train de conduire une réévaluation de cette substance.

La suppression de deux décrets pris par Joe Biden qui facilitaient l'accès à certains moyens contraceptifs et visaient à lutter contre l'utilisation de données personnelles numériques pour poursuivre des femmes ayant avorté en justice illustre la volonté de certains États de restreindre l'accès à l'IVG.

Aujourd'hui, près d'une Américaine sur trois entre 18 et 44 ans vit dans un des États concernés par les restrictions. Donald Trump, qui lors de son premier mandat a nommé trois juges conservateurs à la Cour suprême, se félicite souvent d'avoir contribué à ce revirement.

Impact disproportionné sur les populations marginalisées

La révocation de l'arrêt Roe vs Wade a des conséquences particulièrement graves pour les populations marginalisées. Les femmes à faible revenu, les femmes de couleur et les femmes vivant dans les zones rurales sont les plus touchées par les restrictions d'accès à l'avortement.

Depuis la révocation de l'arrêt Roe vs Wade, quatorze États interdisent les IVG, et huit autres en restreignent drastiquement l'accès. Résultat, près de 23 millions d'Américaines en âge de procréer ne peuvent plus avorter dans l'État dans lequel elles vivent.

Au cours de l'année 2023, au moins 170 000 d'entre elles ont dû partir avorter dans un autre État. Ce chiffre devrait encore grimper, car la Floride a récemment abaissé de quinze semaines à six la durée limite de grossesse pour pouvoir pratiquer une IVG.

Selon la chercheuse d'Amnesty International USA Jasmeet Sidthu, les États-Unis violent leur obligation en droit international de garantir aux personnes enceintes la possibilité d'interrompre leur grossesse. Zaena Zamora, travailleuse sociale installée dans la région de Brownsville, aide les personnes défavorisées à avorter en prenant en charge leurs frais de déplacement ou les honoraires médicaux.

Les grossesses non désirées ont des répercussions concrètes, pour ne pas dire vitales. Selon deux études des universités du Maryland et du Michigan, la mortalité infantile au Texas a augmenté de 13 % après la loi de 2021 restreignant le recours à l'avortement. C'est au Texas que, pour la première fois depuis quinze ans, le nombre de grossesses d'adolescentes augmente, surtout chez celles issues de minorités.

Anna Rupani, qui dirige l'association Fund Texas Choice, met en cause les politiciens qui privent les femmes de leurs droits et considère que l'interdiction de l'avortement a tout d'une mesure raciste et classiste.

Des témoignages poignants

L'histoire d'Alexandria Cardenas, contrainte de fuir le Texas pour avorter, illustre les difficultés rencontrées par les femmes vivant dans les États ayant interdit l'IVG. De même, le témoignage de Lauren Miller, à qui les médecins du Texas ont refusé d'avorter en dépit d'une urgence médicale, souligne les conséquences dramatiques des lois restrictives.

L'engagement des nouvelles générations

La fin de Roe vs Wade a fait naître une nouvelle génération de militantes féministes, telles qu'Amirah Coronado et Lexie Rodriguez, déterminées à défendre le droit à l'avortement.

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