L'acquisition des attitudes sociales chez les jeunes enfants, notamment en crèche, est un processus complexe qui repose sur un équilibre délicat entre l'exploration, la sécurité, et l'apprentissage des limites. Les règles et les limites jouent un rôle essentiel dans ce développement, en fournissant un cadre sécurisant et en favorisant l'intégration sociale.
L'importance des règles et des limites
Les bébés ont une curiosité naturelle qui les pousse à explorer leur environnement. Lorsqu’ils commencent à bien se déplacer, et surtout entre 9 et 11 mois, ils sont heureux de découvrir de nombreux endroits par eux-mêmes. Vers 12 mois, les tout-petits sont prêts pour les règles qui leur permettent d’apprendre des manières d’agir avec les autres personnes et les objets. À cet âge, les règles visent encore à assurer leur sécurité, mais aussi à limiter les gestes dits « agressifs ». Peu importe l’âge, dans tous les cas, les règles sont aussi là pour sécuriser et rassurer les enfants, particulièrement si elles sont appliquées avec constance. Ils savent ainsi à quoi s’attendre et comprennent de façon claire ce qui est accepté et ce qui ne l’est pas. Les enfants ont besoin pour cela de l’accompagnement d’un adulte qui fait appliquer le cadre (ex. : parent, éducateur).
Pour bien grandir, les enfants ont en effet besoin de cadre et c’est là que les règles et les limites jouent un rôle important. Les interdits rassurent, créent un environnement dans lequel ils se sentent en sécurité. Limites et règles permettent à l’enfant de trouver sa place, d’être rassuré, de distinguer ce qui est autorisé de ce qui ne l’est pas, ce qui assure sa protection et celle des autres et ce qui, à l’inverse, nuira à la vie en société.
Dire "Non" : Un Acte Nécessaire et Délicat
Dire « NON » à son enfant n’est pas chose facile… Les parents ont souvent peur de sa réaction qui peut être parfois disproportionnée : l’enfant se jette par terre, se met à hurler et taper des pieds. Nous avons tous été confrontés au « non », que ce soit pendant notre enfance ou encore même aujourd’hui dans notre vie d’adulte, et nous savons désormais comment gérer nos propres émotions face à cette négation et à la frustration. Il est nécessaire de pouvoir dire « non » en tant que parent et surtout, votre enfant a besoin de l’entendre dès son plus jeune âge.
Transformer les Négations en Affirmations Positives
Pour faire court, les « ne pas » ne sont pas vraiment efficaces car le cerveau de l’enfant n’est pas encore assez mature pour faire des liaisons entre la phrase en elle-même et la négation qui y est à l’intérieur. Or, l’enfant est dominé par des pulsions qu’il ne peut maitriser et c’est pour cela que lorsqu’il entend « Ne met pas ça dans ta bouche », le cerveau décortique la phrase : « met » …. « bouche » … puis « ne… pas ». Mais comme l’enfant est dans la pulsion, la réaction physique sera donc plus rapide que l’analyse cérébrale : et voilà que votre enfant va immédiatement mettre dans sa bouche alors que vous veniez de lui interdire ! Vous pensez alors qu’il n’écoute vraiment rien…! A vous de jouer pour adapter les négations !!! Vous pouvez alors formuler des phrases positives qui résonneront mieux chez votre enfant. Ainsi, il respectera plus facilement l’interdit que vous lui avez posé.
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Une demande formulée de manière positive indique aux enfants ce que nous « voulons » qu’ils fassent, plutôt que ce que nous ne voulons pas qu’ils fassent. Un enfant qui jette les jeux : « je vois que tu as besoin de jeter, de lancer. Un enfant qui monte debout sur une table : « Je trouve ça dangereux ce que tu es en train de faire, cela me fait peur. Un enfant qui tape un autre enfant : « Mais pourquoi est-ce que tu le tapes ? Tu es en colère ? Ce type de formulation dans un langage positif, qui joue sur la connexion émotionnelle propose une alternative qui convient à la fois aux parents, aux professionnels et aux enfants. La formulation de consignes positives invite à faire preuve de créativité : Qu’est-ce que je peux autoriser ou non à mon enfant en fonction de la situation ? Comment je peux respecter ses besoins, ses envies, ses jeux, ses explorations, ses apprentissages sans pour autant être catégorique ?
L'Utilisation du "STOP"
Par ailleurs, il est également préférable d’utiliser le « STOP » plutôt que le « NON » lorsqu’on souhaite interrompre une action d’un enfant et fixer une limite. Plus l’enfant entendra « non », plus il vous imitera et utilisera ce « non » contre vous, et plus cela vous agacera ! Utiliser le « stop » est intéressant car il amène une autre manière de dire non, et qui « stoppe » davantage l’enfant dans son action (cela va l’interpeller).
L'importance de l'Explication
Une règle sans explication trouvera peu d’écho chez votre enfant. Cependant, s’il comprend pourquoi telle ou telle consigne existe, il lui sera alors plus facile de l’accepter et de l’assimiler. Votre enfant est là pour apprendre, pour comprendre le monde qui l’entoure et les règles qui le régissent. C’est pour cela que l’explication est importante, l’enfant lui, se pose tout un tas de questions afin d’appréhender son environnement : pourquoi papa/maman me dit « non » ? Qu’est-ce que ça fait si je fais ça ? C’est pour cela que plusieurs types de règles existent. Et c’est à vous en tant que parent, de les poser et d’expliquer clairement à votre enfant pourquoi vous posez ces règles et ces interdits-là.
Certaines règles existent pour favoriser la sécurité de votre enfant, elles relèvent de ce qui lui est formellement interdit, exclu. Il est nécessaire de conserver les mêmes règles et de les rappeler très souvent. Une fois la ou les règles établies, il est important de s’y tenir. En tant que parents ou professionnels, il apparait alors essentiel que les règles que vous fixez soient fermes et ne permettent pas la transgression. Rappeler encore et encore les règles pour qu’elles soient intégrées, comprises par les enfants.
Si un enfant se met en colère à cause d’une règle établie par l’adulte, il est important de l’accompagner à accepter cette situation de frustration : «Tu es en colère et tu en as le droit, mais je te rappelle que dans l’espace calme il est seulement possible de jouer calmement, et ton comportement ne te permet pas d’y rester. Tu peux aller dans la cours si tu veux.
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Répéter, mais avec une Stratégie
Bien sûr, certaines fois, le fait de répéter n’est pas suffisant pour l’enfant, car celui-ci peut mettre beaucoup de temps avant d’intégrer la règle, l’interdit qui est posé.
1ère fois : l’enfant transgresse la règle posée. L’adulte intervient et lui explique que ce qu’il vient de faire est interdit et pourquoi ça l’est. Nous utilisons également le signe « Interdit » issus de la Langue des Signes.2ème fois : l’enfant recommence. L’adulte intervient de nouveau : réexplique, verbalise, questionne l’enfant et propose de nouveau une alternative (qui peut être la même ou non / qui revient à dire « cela est interdit en revanche ça tu peux »). L’adulte rajoute qu’à la troisième fois (s’il recommence encore), il y aura une « conséquence » en fonction de l’action (attention, il ne s’agit pas de punitions, mais d’une action qui sera en lien et adaptée à la situation.).3ème fois : l’enfant réitère. L’adulte intervient et applique la consigne qu’il a donné précédemment. 1ère fois : « stop, c’est interdit de monter sur la table. En agissant toujours au bout de la troisième fois, l’enfant sait que la limite, il finira par la trouver. L’adulte s’épuise alors moins, car sans cette « limite des trois temps » que nous nous imposons, nous serions encore en train de lui répéter l’interdit, sans que cela ne fasse effet !
Loin de là l’idée de le « punir » pour qu’il « comprenne » ou de l’isoler seul dans un coin (il est trop petit pour « comprendre » et « réfléchir » à ce qu’il vient de faire !). L’objectif est donc d’appliquer l’interdit par une action qui va l’en détourner. A la crèche, nous pouvons demander à l’enfant de s’asseoir avec nous, lorsqu’il a besoin d’être isolé du groupe car il tape ou pousse par exemple et que cela devient compliqué à gérer pour lui. L’idée est de permettre à l’enfant de se recentrer sur lui-même car ses émotions débordent.
La Cohérence : Un Pilier Fondamental
Les tout-petits sont malins. Que ce soit avec vous parents, ou avec les professionnels, ils savent repérer la faille quand il y en a une. Dans le cercle familial, il est important d’éviter de se contredire avec l’autre parent et de se mettre d’accord ensemble sur les règles et les limites que vous fixez à votre enfant. De plus, cela peut vous mettre dans une situation désagréable et vous mettre à mal. Nous entendons souvent les parents dirent « De toute façon, avec moi, il fait toujours ce qu’il veut, il ne m’écoute jamais. » Le fait de ne pas être en accord avec l’autre parent peut changer le comportement que votre enfant aura lorsqu’il sera en votre présence. Dans le cas de parents qui sont séparés ou se séparent, il est important et même essentiel de maintenir une communication qui concerne l’enfant et son éducation. Même si cela peut être compliqué dans la relation entre les adultes, l’enfant reste au centre de l’attention, et maintenir une communication autour de l’enfant et son éducation est essentiel.
Reconnaître et Comprendre les Émotions
Lorsque l’on pose une limite, un interdit, l’enfant peut parfois répondre de façon « excessive » car il est débordé par ses émotions intenses. L’enfant a besoin que son sentiment de frustration soit reconnu et compris par l’adulte sans jugement ; L’adulte qui met des mots sur ses émotions permet à l’enfant de se sentir reconnu et d’accepter la règle ou la limite posée.
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La Juste Mesure : Ni Trop, Ni Trop Peu
Quelques fois nous donnons trop de règles et de limites et c’est souvent là que l’enfant peut s’y perdre. Il est important d’avoir un nombre limité de règles qui seront non négociables comme par exemple, l’interdiction de la violence (avec l’adulte et les autres enfants qu’il côtoie).
Exemple : Les enfants montent le toboggan à l’envers. Ils s’approprient l’équilibre, la sensation de hauteur, d’autonomie. Si l’enfant persiste dans le comportement inapproprié, il est essentiel d’aller chercher derrière, de « creuser » ce que l’enfant nous montre à voir. En effet, un enfant ne « provoque » pas ses parents (ou l’adulte) mais peut chercher son attention concrète en prolongeant le comportement qui a fait réagir son parent. Il peut chercher à valider auprès de lui ce qui est bien interdit en reproduisant le geste en question (et ce plusieurs fois jusqu’à ce qu’il l’intègre), ou il peut simplement n’avoir pas compris les attentes.
L'Éducation Positive : Un Cadre Bienveillant
Il existe beaucoup de croyances, des influences de toutes parts qui génèrent parfois des difficultés pour les familles à s’y retrouver dans tout ça. Comment pose-t-on des limites ? Que considère-t-on comme « bêtise » ? Faut-il punir son enfant ? Les nouvelles connaissances sur l’enfant, l’évolution du regard que l’on porte sur lui ont mis en lumière un type d’éducation « positive » ou connue aussi sous le nom d’éducation « bienveillante ». Celle-ci consiste à écouter son enfant, mettre des mots sur ce qu’il fait, sur ses besoins… reconnaitre son besoin et proposer des alternatives lorsqu’il fait des expériences.
Sauf que ce type d’éducation est parfois mal interprété, et des parents pensent alors qu’il faut laisser tout faire à son enfant, et qu’il ne faut absolument pas le frustrer… Certaines familles acceptent mal les « crises » de leur enfant en cas de frustration car ses colères, ses réactions sont parfois disproportionnées Ou ils ont des difficultés à poser des limites tout simplement… Peut-être parce qu’ils pensent que leur enfant les aimera moins ? Qu’ils ont un sentiment de culpabilité ? Or comme nous l’avons vu, l’enfant a besoin de limites ! C’est ce qui l’aide à grandir et à se sentir en sécurité. Il a besoin également de se trouver confronté à ses émotions en cas de frustration. Comment pourra-t-il apprendre à gérer ses émotions s’il n’est jamais confronté à un refus de la part du parent ? L’éducation bienveillante est une manière de poser les limites dans un esprit positif, d’écoute, et d’accompagnement de l’enfant lors de ses réactions face aux limites… mais elle contient quand même des règles et limites ! Il y a juste équilibre à trouver.
Cette croyance qu’il faut apprendre l’enfant à être frustré est inutile. L’enfant rencontre bien des frustrations sur son chemin, dès sa naissance, qu’il apprend à gérer avec l’accompagnement de l’adulte. Là encore, il s’agit de trouver un juste équilibre… et ôter cette idée de la tête qui est « j’ai été élevé à la dure et je n’en ai pas souffert ». Nos connaissances ont évolué, les enfants ont des besoins d‘expérimentations, qui ne sont pas forcément des « bêtises » mais des « expériences ».
La Frustration : Une Étape Inévitable
La frustration est un état d’insatisfaction provoqué par le sentiment de n’avoir pas pu réaliser un désir. Nous sommes tous programmés pour rechercher le plaisir immédiat, et c’est particulièrement vrai pour les enfants, qui vivent sous le mode « je veux tout, tout de suite ». La frustration est inévitable, car on ne peut pas dire « oui » à tout, comme nous l’avons vu… comme il n’est pas nécessaire de frustrer à tout va ! Ce qui peut être compliqué par la suite, c’est la réaction de l’enfant face à la frustration, car oui il va inévitablement réagir… Cela peut se traduire par des pleurs, des cris, des colères, du « roulage par terre », etc… comment réagir alors ?
Le tout petit ne sait pas gérer ses émotions, il en est incapable, du fait de l’immaturité de son cerveau. Il n’a pas encore les clés et les outils, comme nous, adultes, pour gérer des émotions trop fortes. L’enfant a besoin de décharger ses émotions, et cela peut être de manière parfois impressionnante. On peut se dire qu’il « en fait trop », qu’il « exagère » … mais ce n’est pas de son plein grès. L’enfant est parfois dépassé par ses propres réactions qu’il n’arrive pas à stopper.
Comme la colère… elle peut générer des manifestations d’agressivité (contre les autres, lui-même ou contre vous), des pleurs incontrôlables, des cris, etc. A savoir que l’enfant n’est pas mature émotionnellement, il a été prouvé que la maturité émotionnelle, c’est-à-dire la capacité à ressentir, exprimer, mais aussi assumer ses émotions, n’est acquise que vers l’âge de 25 ans !!! Ce qui veut dire qu’un long travail est nécessaire pour acquérir cette capacité de gestion des émotions. Comment accompagner les cris, colères ? Et dans tous les cas, nous VERBALISONS et l’ACCOMPAGNONS lors de ces moments de forte décharge émotionnelle… nous lui permettons de décharger car il en a besoin, mais dans des espaces ou sur des objets sur lesquels il est acceptable de se défouler. Et surtout nous mettons des mots, et nous reparlons de ce qui vient de se passer une fois la tempête émotionnelle passée. Il est inutile et même néfaste de le « gronder » car il est en colère. Il est au contraire nécessaire de reconnaitre son émotion (ici sa colère), de mettre des mots dessus, et de l’aider à la surmonter… en grandissant…
Comprendre les Difficultés de Compréhension de l'Enfant
Certains enfants cherchent à se différencier de l’adulte et ne souhaitent pas toujours respecter les limites fixées par les professionnels. Pour d’autres, plus jeunes, ce n’est pas qu’ils ne « veulent pas », c’est qu’ils ne « peuvent pas ». Leurs facultés de compréhension ne sont pas toujours aussi élevées qu’on pourrait le croire. Pourquoi les jeunes enfants peuvent-ils avoir du mal à comprendre les consignes des adultes ?
Sa compréhension évolue. Entre 8 et 12 mois en moyenne, un enfant est en capacité de comprendre des ordres simples, comme « non » ou « ferme la porte », à condition que les mots prononcés soient connus et que l’expression du visage soit cohérente avec le contenu de la phrase. Plus tard, aux alentours des 27 mois, il devient capable de comprendre les ordres doubles, comme par exemple « va dans la salle de bain et apporte moi la couche ». Notons que la compréhension précède la production, c’est-à-dire que l’enfant va saisir le sens des mots avant de pouvoir lui-même les prononcer.
Il ressent vos émotions avant de comprendre vos mots. L’intelligence du jeune enfant est émotionnelle avant d’être verbale. Ainsi, tout ce qui relève du non verbal - tels que votre regard, le ton de votre voix, votre posture ou encore l’expression de votre visage - va primer sur le contenu de vos phrases. C’est sur ces signaux que l’enfant va spontanément se baser pour décrypter ce que vous attendez de lui. Or, il arrive que les professionnels qui n’apprécient guère de formuler des directives de manière ferme tendent à « déguiser » les interdits par des phrases trop sophistiquées, qui ambitionnent de surcroît de raisonner l’enfant : « Je ne suis pas d’accord avec le fait que tu mordes Mathéo, je te l’ai déjà dit », « Tu vois bien que tu empêches Chloé de passer ! Elle aussi aimerait profiter du toboggan » ou encore « Tu n’as pas le droit de monter sur cette étagère, je n’arrête pas de te le répéter, tu risques de te faire mal si tu tombes ». Bien souvent, le professionnel conserve une expression faciale neutre, compatissante voire, dans certains cas, souriante lorsqu’il adresse ce type de requêtes. Résultat : l’enfant, qui se base avant tout sur l’émotion de l’adulte, risque de ne pas du tout saisir le contenu du message qui lui a été adressé !
Il est dans le concret. Entre 12 et 24 mois en moyenne, lorsque l’adulte lui adresse une consigne, à savoir - de son point de vue - une suite de mots pas toujours intelligibles, l’enfant va avant tout comprendre les noms d’objets (ex : fauteuil, poupée, couche) ainsi que les verbes d’action (ex : monter, courir, crier). Bref, tout ce qui relève de son environnement concret, physique et connu. Le jeune enfant n’est pas en capacité de comprendre les termes abstraits ou conceptuels du style « tu vas réfléchir à ce que tu viens de faire », « je t’ai dit d’attendre ton tour » ou encore « écoute-moi quand je te parle ! » (distinguer ici le verbe « écouter » du verbe « obéir »). Il vit dans l’agir et le moment présent.
Par définition, une règle est un concept complexe, une généralisation. Par exemple « il est interdit de mordre les autres enfants ». Or, le jeune enfant n’est pas en mesure de généraliser une consigne à plusieurs contextes de vie, ni de saisir d’ailleurs la notion abstraite de bien et de mal. L’interdiction que vous lui avez formulée à 10h34 alors qu’il serrait les dents sur le bras de Nola n’est, à ses yeux, plus nécessairement d’actualité à 15h25. Rappelons au passage que le jeune enfant, même s’il est capable de vous répéter mot à mot une règle que vous avez l’habitude de lui adresser, n’est de toute manière pas en capacité d’inhiber ses impulsions. Il ne s’agit donc pas de mauvaise volonté !
Les interdictions varient selon le professionnel, l’enfant et le moment de la journée. Chaque professionnel a ses limites et son propre seuil de tolérance vis-à-vis de tel ou tel comportement. Par exemple : certains d’entre vous vont accepter que l’enfant remonte le toboggan à l’envers ou qu’il grimpe sur la structure motrice avec un jouet, d’autres non. Il arrive que des professionnels se révèlent malgré eux plus stricts avec les enfants stigmatisés « perturbateurs » ou « pas obéissants » qu’avec les autres. Enfin, un même professionnel est susceptible d’être plus ferme et moins tolérant le matin, quand il sera encore en pleine forme, et plus laxiste et permissif en fin de journée, quand il sera fatigué et épuisé d’avoir répété des dizaines de fois la même consigne ! Autant de variations qui brouillent la bonne compréhension des messages.
Comment Formuler les Interdits pour Mieux Se Faire Comprendre
Adressez-vous individuellement à l’enfant. Placez votre visage à la hauteur du sien, à une trentaine de centimètres lorsque vous souhaitez lui transmettre votre message. Evitez de lui « crier » une instruction à travers le lieu de vie, alors qu’il est en pleine action, « indisponible » psychiquement.
Soyez ferme mais non agressif. Veillez à adopter une expression du visage qui soit en harmonie avec le contenu de votre interdit, c’est-à-dire le visage fermé, les sourcils froncés, l’air insatisfait. Pour autant, ne tombez pas dans l’agressivité sans quoi vous induirez chez l’enfant une montée de stress qui s’avèrera contre-productive.
Adressez des instructions positives plutôt que négatives. Sur le plan linguistique, la négation est difficile à traiter car elle implique une gymnastique intellectuelle plus complexe qu’une affirmation. L’enfant doit se représenter mentalement le contenu de votre instruction (« morsure - bras - Nola ») puis « l’annuler ». Ce qui est d’autant plus complexe qu’il est dans l’agir et l’impulsivité ! Au lieu de lui dire « ne monte pas sur le fauteuil », dites-lui simplement « descends ».
Privilégiez des consignes simples comme « Arrête », « Non », « Stop ». Privilégiez le « Stop » plutôt que le « Non ». Tous deux n’induisent pas la même attitude chez l’adulte et chez l’enfant. Le « stop » vient stopper un comportement inadapté tandis que le « non » tend à cultiver une dynamique pus agressive et à instaurer un rapport de force.
Formulez une consigne à la fois. Le jeune enfant n’est pas en mesure de stocker dans sa tête plusieurs informations simultanément, de les prioriser et de planifier ses actions en conséquence. Prenez le temps de décomposer vos consignes, étape par étape.
Intervenez physiquement, mais avec douceur. Nous avons vu que l’enfant était davantage dans l’agir, le concret et le physique que dans le mental. Il peut être complexe, compte tenu de son développement, de faire le lien entre les mots et les gestes. Ainsi, s’il ne parvient pas à exécuter votre consigne, comme par exemple « descends du fauteuil », accompagnez-le physiquement jusqu’au sol. De même, si vous souhaitez qu’il caresse le bras de Nola au lieu d’y mettre ses dents, caressez vous-même son bras (avec son accord bien entendu !), sans doute vous imitera-t-il.
Limitez les tentations ! Ce n’est pas à l’enfant de s’adapter à l’environnement des adultes mais à l’adulte de proposer un environnement sécurisé et adapté aux besoins des enfants. D’autant plus que les jeunes enfants ont besoin d’expérimenter physiquement leur environnement pour bien se développer et qu’ils ne sont pas en mesure d’inhiber leurs impulsions. Dès lors, par exemple, pourquoi laisser à leur portée des étagères sur lesquelles ils peuvent grimper alors qu’ils ne sont pas en droit de le faire ? Réadapter leur environnement de vie permettra de limiter les tentations et les frustrations inutiles, de leur côté comme du vôtre.
Fixez les limites et les interdits en équipe. Une stabilité minimum des interdits, tant sur le fond que sur la manière de les formuler, est nécessaire pour que l’enfant puisse, au fur et à mesure de son développement, les intégrer. Régulièrement, réinterrogez l’intérêt de chacune des règles que vous avez fixées en équipe : ces interdits répondent-ils au besoin fondamental de sécurité des enfants ? Ou au besoin de confort ou de sérénité des adultes ? L’ensemble des professionnels formulent-ils cette consigne de la même manière, sur le même ton ? La manière dont cette consigne est formulée par l’équipe est-elle réellement compréhensible pour l’enfant ? Le cas échéant, comment pourriez-vous la formuler autrement ?
Rôle des Règles, Limites et Interdits dans la Construction de l'Enfant
En tant que parent, vous désirez le meilleur pour votre enfant. Cela vous renvoie souvent à des sentiments contradictoires : d’un côté, le désir de protéger votre enfant et de l’autre, l’envie qu’il acquiert son autonomie. Quelle place tiennent règles, limites et interdits dans la construction de l’enfant ? Pour se construire sereinement au sein d’un groupe et apprendre à vivre avec les autres, l’enfant a besoin du soutien bienveillant de l’adulte. A la crèche comme à la maison, un cadre rassurant doit être posé. Poser des limites est un acte éducatif nécessaire au développement de l’enfant. Fixer des limites permet aussi à l’enfant de délimiter un cadre pour lui-même. Elles permettent à l’enfant de situer sa place auprès de celle de l’adulte. Poser les limites et les règles avec un ton ferme et clair, un regard sérieux et assuré, permet de capter l’attention de l’enfant. Donner une explication courte et simple pour expliquer l'interdit est essentiel : "on ne touche pas la porte du four car elle est très chaude ». C'est dans la répétition de son comportement et dans la constance de la réponse de l’adulte que l’enfant intègre la règle et repère si ce qu’il fait est autorisé ou non autorisé.
L’enfant a besoin que son sentiment de frustration soit reconnu et compris de l’adulte sans jugement. Il peut être débordé par ses émotions intenses (colère, désaccord, etc.). L’adulte qui met des mots sur ces émotions permet à l’enfant de se sentir reconnu et d’accepter la règle ou la limite posée. Pour l’enfant, adapter ses comportements en tenant compte de ses besoins et de ceux des autres est une vraie difficulté. Certaines décisions éducatives, sont des règles de protection de l’enfant. Non négociables, elles relèvent de l’interdit, de ce qui est exclu à l’enfant.
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