Le reflux gastro-œsophagien (RGO) est un phénomène courant chez les nourrissons. La plupart des nourrissons ont un reflux gastro-œsophagien, un phénomène physiologique normal. Il se manifeste par la remontée du contenu de l’estomac vers l’œsophage, parfois jusqu’à la bouche. Ces régurgitations peuvent être impressionnantes, mais elles sont le plus souvent bénignes et transitoires. Dans certaines situations, ces régurgitations dépassent le cadre normal et demandent une intervention médicale spécifique. Cet article vise à explorer en profondeur les causes, les symptômes, et les solutions pour soulager le reflux gastrique chez les bébés, en distinguant le RGO physiologique du RGO pathologique.
Comprendre le Reflux Gastro-Œsophagien (RGO)
Le reflux gastro-œsophagien, ou RGO, survient lorsqu’une partie du contenu gastrique, composé de sucs et d’acide chlorhydrique, remonte de l’estomac dans l’œsophage. Chez le nourrisson, cela s’explique par l’immaturité du sphincter œsophagien inférieur (SOI), une sorte de valve située entre l’œsophage et l’estomac. En effet, le sphincter œsophagien inférieur (SOI) est un anneau constitué de muscles, entourant la jonction entre l’œsophage et l’estomac. Sa présence permet de fermer cette jonction par contraction des muscles, afin d’empêcher le contenu de l’estomac de remonter dans l’œsophage. Ce sphincter est immature chez le prématuré, mais aussi chez le nourrisson né à terme. Cette valve devient mature à partir du 6ème mois de bébé. Cette remontée acide peut être fréquente sans être inquiétante : on parle alors de reflux gastro-œsophagien physiologique.
Reflux Physiologique vs. Reflux Pathologique
Il est essentiel de distinguer le reflux physiologique du reflux pathologique. La plupart des nourrissons ont un reflux gastro-œsophagien, un phénomène physiologique normal. Le reflux gastro-œsophagien (RGO) est un phénomène courant chez le nourrisson. Le reflux physiologique est courant et ne nécessite généralement pas de traitement médical. Le reflux gastro-œsophagien chez le nourrisson est fréquent et le plus souvent bénin. Il se manifeste par des régurgitations occasionnelles, sans impact sur la croissance ou le bien-être du bébé. En revanche, le reflux pathologique se caractérise par une plus grande quantité rejetée, dure plus longtemps (jusqu’à la tétée suivante) et il peut être acide donc douloureux. « Il y a une graduation des reflux, du bébé qui régurgite à peine à celui qui hurle de douleur dès qu’il commence à boire, analyse le Dr Pierre Popowski. Cela peut avoir des conséquences nutritionnelles et respiratoires importantes. Deux heures après la prise de lait, il peut encore régurgiter.
Causes du Reflux Gastrique chez le Bébé
Plusieurs facteurs peuvent contribuer au reflux gastrique chez le bébé :
- Immaturité du cardia : Les reflux du nourrisson sont liés à l’immaturité et peuvent se poursuivre jusqu’à l’âge de la marche, indique Pierre Popowski. Il n’a pas encore acquis la maturité du cardia, le sas entre l’estomac et l’œsophage : le reflux est causé par la pression dans l’estomac qui est supérieure à celle de l’œsophage.
- Position du bébé : Un bébé qui vient de téter ne devrait pas être allongé sur le dos pendant au moins 20 minutes.
- Alimentation : Une erreur fréquente des parents est de vouloir diminuer trop rapidement le nombre de biberons/j. La température du lait est également importante, car le lait chaud est plus digeste !
- Facteurs anatomiques : La jonction entre l’œsophage et l’estomac, appelée cardia, qui empêche les remontées du contenu gastrique, est immature. Lorsque l'estomac est complètement distendu, il occupe les 2/3 du ventre à la fin du repas. Il doit trouver sa place entre un colon plein d'air ou plein de selles. Le colon du milieu gène alors l'estomac. Un bébé peut avoir un transit ralenti.
- Tabagisme passif : Eviter le tabagisme passif. La fumée de cigarette : la fumée de tabac a une incidence directe sur le SOI et peut aggraver le reflux.
- Laryngomalacie : Une autre cause physiologique susceptible d’exacerber le RGO et de le rendre douloureux est la laryngomalacie, une condition congénitale où les tissus mous du larynx sont anormalement flasques, ce qui cause une obstruction partielle des voies respiratoires supérieures. Il existe un véritable cercle vicieux entre la laryngomalacie et le RGO. La difficulté respiratoire causée par la laryngomalacie peut entraîner une succion plus difficile et une déglutition d’air, aggravant le RGO.
Symptômes du Reflux Gastro-Œsophagien
Les symptômes du RGO chez les nourrissons sont variés et parfois difficiles à identifier. Il est important de surveiller l’évolution et d’alerter son médecin si la situation ne s’améliore pas ou se dégrade.
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- Régurgitations ou rejets : Un rejet est dû à un trop plein de lait, c’est un petit peu de liquide qui remonte au coin de la bouche après son repas.
- Pleurs et irritabilité : Votre bébé pleure après un rejet de lait? Ces symptômes sont indicatifs, n'hésitez pas à consulter un professionnel de santé en cas de doute ou de suspicion. En revanche, si votre bébé va bien mais qu’il pleure après le rejet de lait, c’est qu'il peut ressentir une brûlure.
- Troubles du sommeil :
- Refus de s’alimenter :
- Toux chronique ou problèmes respiratoires : Les bébés atteints de laryngomalacie ont souvent un stridor qui s’aggrave avec le RGO. Le reflux peut également causer des apnées obstructives du sommeil chez les bébés atteints de laryngomalacie.
- Odeur de vomi : Une autre indication : le lait rejette une odeur de vomi.
- Saignements : Un phénomène sans gravité qui peut malgré tout causer une gêne pour avaler, des vomissements ou des saignements liés à l’irritation de l’œsophage par l’acidité.
Diagnostic du Reflux Gastro-Œsophagien
Dans la plupart des cas, un RGO physiologique ne nécessite pas d’examen complémentaire. Le diagnostic repose d’abord sur un examen clinique. Pendant la première année de votre enfant, vous consultez régulièrement votre pédiatre. C’est donc l’occasion de lui en parler. En fonction des symptômes, le médecin jugera s’il s’agit d’un reflux physiologique ou d’un reflux pathologique en raison de son intensité ou de sa cause (une allergie à la protéine de lait de vache, par exemple). Pour vérifier le degré d’inflammation et d’ulcération, on peut demander une pH-métrie, une sonde posée pendant 24 heures dans le bas de l’œsophage pour repérer l’acidité, ou une fibroscopie, pour examiner les rougeurs et les ulcérations.
Solutions et Traitements pour Soulager le Reflux
Plusieurs approches peuvent être envisagées pour soulager le reflux chez le bébé :
Mesures Hygiéno-Diététiques
En cas de reflux gastro-œsophagien chez le nourrisson, les mesures hygiéno-diététiques constituent le premier traitement recommandé. Elles consistent à adapter l’alimentation et les habitudes quotidiennes de votre bébé pour limiter les remontées acides.
- Positionnement : Après chaque tétée ou biberon, il est important de maintenir le nourrisson en position verticale pendant une vingtaine de minutes pour favoriser une bonne digestion. Le portage en écharpe (ou porte bébé) est idéal après les tétées car la gravité permet au lait de rester bien au fond de l’estomac jusqu’à ce qu’il soit digéré. On peut aussi allonger bébé contre le ventre de maman ou papa pour se reposer/dormir après la tétée. Cette position ventre contre ventre favorise la vidange de l’estomac. Lors du couchage, en cas de reflux « Il doit être sur le dos en position proclive, c’est-à-dire incliné à 45 degrés, recommande Pierre Popowski. Après le biberon, mieux vaut attendre avant de le coucher et, une fois au lit, on le place sur le dos, même s’il y a un reflux. » Surélevez la tête de son lit afin que bébé ne soit pas complètement à plat pour éviter que le contenu gastrique ne remonte.
- Alimentation : Fractionner les repas, tétées ou biberons : faites des pauses pendant son repas pour lui permettre de roter, et d'évacuer ainsi l'ai englouti. Son estomac sera alors moins distendu. Autre option, fractionner les repas : « Plutôt que quatre repas, on en privilégie six, et huit si on en donne six habituellement, et ce sur 24 heures. » Faire faire un rot systématique après chaque repas permet d’évacuer l’air avalé et de réduire la pression intra-abdominale.
- Techniques d'alimentation au biberon : Dès la naissance, même si à la maternité on vous propose des biberons « tout prêt », prévoyez un biberon à vitesse dans lequel vous transvaserez le lait fournis. Mieux vaut tenir bébé en position semi-assise et non allongé. Pour encourager votre tout petit à ouvrir grand la bouche, venez avec la tétine toucher sa lèvre supérieure. De ce fait, il ouvrira sa bouche comme il le ferait au sein. Mettez le biberon parallèle au sol. Le fait que le biberon soit en position horizontale aidera à contrôler le débit du lait. Il faut juste garder l’extrémité de la tétine remplie de lait. Vous devrez donc incliner le biberon légèrement tout au long de l’allaitement. Au fur et à mesure que le biberon se vide, vous devrez l’incliner un peu plus. Surveillez votre bébé et les signes qu’il vous montre. Laissez-le téter et avaler à son propre rythme. S’il fait une pause en buvant, remettez le biberon en position horizontale pour que le débit de lait se stoppe. Quand bébé montre qu’il veut recommencer à téter, attendez qu’il ait démarré la succion et ensuite inclinez légèrement le biberon. Faites des pauses régulièrement et faite-lui faire des rots afin d’éviter les douleurs de ventre ! Alternez les côtés pour le porter (bras Gauche puis bras droit) en changeant par exemple à chaque biberon. Un peu comme lors de l’allaitement! Les rots sont très importants pendant et après la tétée car l’air avalé en tétant ressort de l’estomac et ne participe donc pas à l’étirement de celui-ci.
- Autres astuces: Ne manipulez pas trop votre bébé après la tétée. Changez la couche de bébé en milieu de tétée ou biberon plutôt qu'à la fin pour éviter de comprimer son abdomen. Le fait de relever ses jambes exerce une pression sur celui-ci et donc sur son estomac, ce qui peut engendrer un reflux. N'asseyez pas bébé après la tétée. Essayez de mettre ses jambes dans le prolongement de son corps en le mettant debout contre vous. Préférez les biberons qui ont une valve laissant passer de l'air par le fond plutôt que par la tétine, afin de limiter la déglutition d'air. Evitez les couches ou vêtements trop serrés à la taille (qui comportent un élastique par exemple).
Alimentation Spécifique
- Laits épaissis : Une fois le reflux pathologique écarté, on peut passer aux laits épaissis anti-régurgitations.
- Changement de lait : Enfin, dans certains cas, le médecin peut recommander un changement de lait. Il n’est indiqué que dans les cas de reflux pathologique avéré, lorsque les mesures hygiéno-diététiques ont échoué et que le bébé souffre de complications.
- Allergie au lait de vache : L’autre piste à ne pas négliger en cas de reflux est l’allergie au lait de vache. De plus en plus de nourrissons y sont sujets, même à travers le lait maternel quand la maman consomme des produits laitiers. Chez les bébés allergiques on observe parfois aussi de l’eczéma et/ou des problèmes digestifs (constipation ou diarrhée). Les bébés allaités ont également moins de RGO car le lait maternelle est plus digeste, comme il se digère plus rapidement, la vidange de l’estomac est donc plus facile.
Traitements Médicamenteux
- Homéopathie : Il arrive que l’intensité des reflux provoque une forte gêne chez le bébé. Cela peut avoir des conséquences nutritionnelles et respiratoires importantes. L’homéopathie devrait être le traitement de première intention car il n’y a aucun risque d’effets secondaires, observe Pierre Popowski. Et si elle ne s’avère pas efficace, on augmente la pression thérapeutique jusqu’au traitement traditionnel. Pour mieux cibler son traitement, le médecin va se baser sur l’examen clinique et interroger les parents sur le comportement du tout-petit. Le traitement sera adapté à l’enfant et sera différent s’il a des spasmes de l’estomac, s’il régurgite tardivement après le repas ou en cas d’acidité importante. Les doses globules homéopathiques, continue le pédiatre, sont très pratiques pour les tout-petits : il suffit de les faire fondre dans 5 ml d’eau ou de lait.
- Inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) : Des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), comme l’oméprazole, prescrits uniquement sur avis médical en cas d’œsophagite sévère. La HAS rappelle que ces traitements doivent être utilisés avec prudence chez les nourrissons.
Ostéopathie
Enfin le reflux est parfois causé par des verrouillages dû à la position de votre bébé dans le ventre de maman ou suite à l’accouchement. En tant qu’ostéopathes spécialistes en pédiatrie, n’hésitez pas à venir nous consulter rapidement, nous pourrons faire le point ensemble et vous conseiller pour permettre la diminution voire la disparition des troubles.
Chirurgie
Rarement envisagée, une intervention chirurgicale peut être nécessaire en cas de hernie hiatale sévère, de malformation anatomique ou de reflux très invalidant. Exceptionnellement, une chirurgie peut être nécessaire, notamment si le traitement symptomatique ne suffit pas à soulager l’enfant de son RGO majoré par la hernie.
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Vitamine D
La supplémentation en vitamine D est essentielle pour les enfants dès le plus jeune âge, mais beaucoup de parents ont remarqué que les deux médicaments (Zyma D ; Adrigyl) généralement prescrits par les pédiatres sont la cause des reflux ou des coliques de leur bébé. En effet, il semblerait que les essences de citron et d’orange, ajoutées dans les deux produits en tant qu’excipients, ne soient pas faciles à digérer pour les nourrissons. Il existe des alternatives à ces deux médicaments qui contiennent uniquement de l’huile végétale en plus des vitamines : par exemple la vitamine de chez pediakid, Argalys ou autres… Les parents qui changent de vitamine pour une de ces altesrnatives voient une nette amélioration du reflux, voire une suppression totale des symptômes.
Différencier Rejets, RGO Pathologique et Vomissements
Il ne faut pas confondre rejets, reflux gastro-œsophagien pathologique et vomissement.
- Rejet : Un rejet est dû à un trop plein de lait, c’est un petit peu de liquide qui remonte au coin de la bouche après son repas. Si votre bébé a un peu de lait au coin de la bouche dans la première demi-heure, c’est un simple rejet. Ce n’est pas agressif pour l’œsophage car le pH du lait est neutre. Ce n’est donc pas du tout inquiétant.
- Reflux Gastro-Œsophagien Pathologique : Un reflux gastro-œsophagien pathologique est similaire au rejet mais se caractérise par une plus grande quantité rejetée, dure plus longtemps (jusqu’à la tétée suivante) et il peut être acide donc douloureux. Dans les deux cas, ce renvoi est passif : le contenu remonte tout seul.
- Vomissement : Le vomissement, quant à lui, est actif : il faut faire un effort pour vomir. Enfin, si le contenu gastrique de votre bébé est propulsé en jet avec un effort visible, c’est un vomissement.
Quand Consulter un Professionnel de Santé ?
Si vous avez la moindre question ou suspicion, consultez un professionnel de santé qui sera le seul à pouvoir poser un diagnostic. Surveillez l’évolution La surveillance est aussi importante que le traitement, affirme Pierre Popowski. Au cours du premier mois, il faut tenir son médecin au courant, et l’alerter si la situation ne s’améliore pas ou se dégrade. Si votre bébé pleure et qu’il est soulagé par son rot, c’est l’air qui le gênait, c’est tout à fait normal. Il n’a probablement pas de remontée. Si le reflux est simple, aucun traitement n'est préconisé. « On ne traite le reflux gastro-œsophagien pathologique du nourrisson que s’il est tardif, acide, sentant le vomi, faisant pleurer le bébé », explique Chantal Maurage. Il faut éviter que l’acidité vienne irriter le bas de l’œsophage (créant une œsophagite) ou ne remonte dans la gorge.
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