Lorsqu'on parle des abeilles, on pense souvent à l'abeille domestique, ou abeille mellifère. Cependant, on oublie fréquemment le bourdon terrestre, une espèce cruciale pour la pollinisation de nos plantes et l'équilibre de nos écosystèmes. Reconnaissable à son allure robuste et son vol parfois hésitant, le bourdon terrestre mérite une attention particulière. Cet article explore en profondeur le monde fascinant du bourdon terrestre, son cycle de vie, son rôle essentiel dans la pollinisation, et les menaces auxquelles il est confronté.
Le Bourdon Terrestre: Une Abeille Sauvage
Le bourdon terrestre est bel et bien une abeille, plus précisément une abeille sauvage ou solitaire. Il existe environ 20 000 espèces d'abeilles sauvages dans le monde, dont un millier en France. Les abeilles et les bourdons appartiennent à la même famille, les Apidae, et à l'ordre des hyménoptères, caractérisés par quatre ailes membraneuses transparentes. Ce sont des insectes butineurs.
La confusion entre l'abeille domestique et le bourdon peut venir du fait que le mâle de l'abeille est plus gros que l'ouvrière et est surnommé « faux bourdon ». De plus, le bourdon a également une organisation sociale autour d’une reine, possède un dard et peut piquer.
Cycle de Vie du Bourdon Terrestre
Le cycle de vie du bourdon terrestre est un processus fascinant qui se déroule sur une année.
La Recherche du Nid
La reine bourdon passe l'hiver en hibernation, enfouie à une profondeur de 5 à 20 cm dans le sol. Elle y reste environ six mois. Au début du printemps, vers le mois de mars, les reines émergent de leur hibernation et passent du temps à butiner, se reposer et explorer leur environnement.
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Après une période de deux à quatre semaines, elles commencent à chercher un site de nidification, généralement souterrain, dans une cavité existante d'environ 3 à 4 cm. Il s'agit souvent d'un ancien nid de campagnol. La reine bourdon installe sa colonie dans un trou du sol, sous un tas de bois ou un ancien terrier, sur un talus herbeux, toujours dans un endroit ensoleillé et chaud. Le nid est une boule d’herbes, de feuilles et de mousses renfermant des cellules de cire en amas désordonné, contrairement aux rayons bien rangés de l’abeille domestique.
La Ponte des Œufs
Dans le nid, la jeune reine construit deux cellules de cire d'environ 15 millimètres. L'une d'elles accueillera les premiers œufs, tandis que l'autre sera remplie de nectar et servira de garde-manger.
Les œufs, au nombre de 5 à 20, sont déposés dans la cellule de ponte sur une réserve de pollen et de nectar. La reine les couve grâce à sa température corporelle de 30 °C pendant trois à cinq jours. Les jeunes larves s'alimentent dans l'alvéole remplie de nectar. Au bout de sept ou huit jours, chaque larve fabrique un cocon dans lequel elle grandit pour se transformer en nymphe.
Les Ouvrières
Après 12 à 14 jours, des ouvrières adultes sortent des cocons. Ces femelles stériles s'occupent de la prochaine génération d'abeilles en allant chercher du pollen, tandis que la reine pond au fur et à mesure, déposant trois à quatre œufs par alvéole, jusqu'à ce que la colonie atteigne environ 500 individus. La durée de vie d'une ouvrière est d'environ deux mois.
Les Mâles Bourdons
Vers la fin de l'été, lorsque la colonie a suffisamment d'ouvrières, la reine commence à pondre des œufs non fécondés qui donneront naissance à des mâles et des femelles fertiles. Ils errent un peu au sein de la colonie, puis s'envolent pour s'accoupler.
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Les futures reines fécondées passeront l'hiver à hiberner, tandis que le reste de la colonie déclinera au fur et à mesure que les ressources florales se feront moins abondantes. Elles tenteront d'installer une nouvelle colonie au printemps suivant et vivront environ 12 mois. Chaque année, les jeunes reines fécondées parvenues à l’état adulte, après avoir hivernées, construisent un nouveau nid et approvisionnent celui-ci en miel mêlé de pollen. Elles pondent sur ce miel. Les œufs éclosent à la fin de l'été. Ils donnent naissance à des mâles et des femelles fertiles.
Le Bourdon Terrestre Pique-t-il ?
Une question fréquente concernant cet insecte est de savoir s'il pique comme la guêpe ou l'abeille. Les bourdons mâles, dépourvus de dard, ne piquent pas. Cependant, les femelles bourdons piquent. Les bourdons ne sont pas agressifs comme les guêpes, et une piqûre est généralement un acte d'autodéfense. Contrairement à l'abeille, le bourdon peut piquer plusieurs fois sans mourir, car il ne laisse généralement pas son dard.
Si le dard reste dans la peau, il faut l'enlever délicatement avec une pince à épiler, laver et désinfecter la zone de la piqûre. Il est également recommandé d'appliquer un glaçon pour calmer la démangeaison et surveiller la piqûre.
Différencier Mâle et Femelle
Contrairement à une idée répandue, le bourdon n'est pas le mâle de l'abeille. Bien qu'ils partagent le rôle de pollinisateur, ils présentent des différences notables. Le bourdon terrestre est une abeille sauvage de grande taille, au corps recouvert d'une abondante pilosité noire avec deux bandes jaune orangé et une bande blanche à l'extrémité de l'abdomen.
On reconnaît les bourdons mâles à leurs antennes plus longues. Ils apparaissent généralement en été et sont dépourvus de dard. Seules les femelles ont un aiguillon pour se défendre, qui leur sert également d'organe de ponte.
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Le Rôle Crucial du Bourdon dans la Pollinisation
Le bourdon est un pollinisateur souvent sous-estimé, mais extrêmement efficace. Il commence à butiner dès le mois de mars et continue jusqu'en octobre-novembre, lorsque les températures atteignent 5° C. Il ne craint pas les intempéries et butine dès l'aube, même par temps pluvieux ou venteux. Son corps poilu se charge de pollen, qu'il répand involontairement sur les fleurs qu'il visite.
Grâce à ces qualités, le bourdon est parfois domestiqué pour la pollinisation des plantes sous serre, comme les tomates ou les fraisiers. Il est l'un des rares pollinisateurs des tomates sous serre. En effet, cette plante nécessite un mode de pollinisation particulier : elle doit être secouée pour que les grains de pollen tombent sur les ovules. Le bourdon, grâce aux muscles de ses ailes, est quasiment le seul butineur à pouvoir s'accrocher, tête en bas, à la fleur de tomate et à la faire vibrer.
Depuis cette découverte, les bourdons sont utilisés sur plus d'une centaine de cultures différentes à l'échelle mondiale. Pour être encore plus efficace dans ses récoltes, notre bourdon utilise le « traplining ». Ce terme signifie que les ouvrières de ce bourdon ne cherchent plus les fleurs au hasard mais utilisent des routines de visite de leur zone d’alimentation pendant plusieurs jours successifs pour économiser du temps de visite aléatoire.
Menaces Pesant sur le Bourdon Terrestre
Plusieurs menaces pèsent sur le bourdon terrestre, mettant en péril son existence et son rôle essentiel dans l'écosystème.
Prédateurs Naturels
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les oiseaux ne sont pas les principaux prédateurs du bourdon. Le papillon de nuit, également appelé pyrale du bourdon, est l'un des ravageurs les plus importants des colonies de bourdons. De plus, certains coléoptères et mouches паразитируют également les nids de bourdons.
Tous trois envahissent les nids des bourdons pour pondre leurs œufs. Leurs larves se nourrissent du nectar et des larves de bourdon pour pouvoir grandir. Les campagnols peuvent piller les nids. Les nids du bourdon peuvent être parasités par des acariens.
Menaces Anthropiques
L'intensification de l'agriculture est l'une des menaces les plus significatives pesant sur les abeilles sauvages. L'expansion de l'agriculture accélère la destruction des prairies, des champs à l'abandon et leurs bordures, des forêts et des haies, réduisant la quantité de nourriture disponible pour les abeilles. Elles ne sont donc plus en mesure de nourrir leur progéniture et de se nourrir elles-mêmes.
Cette intensification de l'agriculture a entraîné une augmentation de l'utilisation des pesticides sur un grand nombre de sites de nidification des abeilles. On retrouve ces pesticides sur le pollen, le nectar, l'eau ou l'air. Ils affaiblissent le système immunitaire des abeilles sauvages, les rendant plus vulnérables aux maladies et aux parasites, et entraînant à long terme leur mort. Les néonicotinoïdes produisent chez les bourdons les mêmes effets dévastateurs que chez les abeilles à miel domestiques. Les insectes perdent la mémoire et ne retrouvent plus leurs nids. La colonie perd ses membres et peut disparaitre complètement. Les néonicotinoïdes réduisent aussi la viabilité de spermatozoïdes et impactent les glandes hypo pharyngées qui secrètent les phéromones de reproduction.
Outre ces menaces liées à l'agriculture intensive, l'expansion de l'urbanisation détruit également les habitats naturels des abeilles sauvages. Les zones urbaines fragilisent les écosystèmes. Le bourdon, par exemple, construit son nid dans le sol, qui se voit remplacé par des dizaines d'immeubles ou de maisons.
Enfin, les bouleversements climatiques, comme la hausse des températures ou l'augmentation du nombre de phénomènes météorologiques, sont à l'origine de modifications importantes de l'environnement des abeilles, accélérant l'extinction de ces pollinisateurs.
Conservation des Bourdons au Jardin
Les jardins procurent d’importantes sources de nourriture aux bourdons (ainsi qu'aux abeilles et syrphes) et sont des refuges pour les bourdons et autres insectes sauvages. Les bourdons sont essentiels pour la pollinisation des fleurs mais aussi des arbres fruitiers, des légumes, des céréales… Pour limiter leur déclin et favoriser leur venue au jardin vous pouvez :
- Proscrire l’emploi de pesticides et des herbicides ;
- Préserver les premières fleurs sauvages au printemps, sans les tondre : pissenlits, pâquerettes… ;
- Laisser des herbes hautes jusqu’à la fin du printemps ; favoriser les îlots d'herbes hautes dans les endroits exposés au soleil (talus, parterres ensoleillés…) ;
- Laisser la litière de feuilles mortes en automne ;
- Poser ou construire une ruche à bourdon.
La tendance des populations de bourdons est inquiétante. Ils sont en danger et en régression en Europe. Ainsi, plus de 30% des bourdons sont classés menacés ou quasi-menacés en Europe selon une étude européenne et plus récemment, l'UICN a estimé que 24% d'entre eux sont classés menacés d'extinction sur la Liste rouge des espèces menacées de l'UICN.
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