Le cerf élaphe (Cervus elaphus) est le plus grand mammifère indigène de France. Le mâle, appelé cerf, peut peser jusqu'à 250 kg, tandis que la femelle, appelée biche, peut atteindre 110 kg. Les jeunes sont appelés faons de 0 à 6 mois, hères pour les mâles de 6 mois à un an et bichettes pour les femelles. Entre un et deux ans, le cerf est appelé daguet et porte ses premiers bois. Les adultes subissent deux mues, avec un poil ras et roux au début du printemps et un pelage épais et gris-brun en hiver. Le dimorphisme sexuel est accentué chez cette espèce, ce qui facilite la distinction entre les sexes.
Structure sociale et habitat
Le cerf est un animal grégaire avec une structure sociale matriarcale, où la biche est suivie de son faon de l'année et du jeune de l'année précédente. On les trouve principalement dans les grandes forêts de plaine ou de moyenne montagne, notamment dans les hautes Cévennes dans le Gard.
Le brame : une symphonie automnale
La période de reproduction, connue sous le nom de brame, se situe entre le 15 septembre et le 15 octobre. Pendant cette période, le mâle brame, non pas pour attirer les biches, mais plutôt pour affirmer sa supériorité sur les autres mâles ou pour intimider les cerfs rivaux. Dans une population équilibrée, seuls les mâles adultes, âgés de quatre à cinq ans et plus, participent à la reproduction.
Un beuglement puissant et un grincement quasi inaudible, les cerfs brament ou rairent pour manifester leur présence et provoquer leurs rivaux. Si des femelles sont réceptives, l’accouplement a lieu.
Les comptages au brame
Les comptages au brame ont lieu de nuit et s’étalent sur trois semaines (à raison d’un comptage hebdomadaire). Les chasseurs investissent alors des dizaines de sites référencés. Seuls ou en binômes, ils guettent en silence le moindre bruit 20 min durant, avant de se déplacer sur un autre point d’écoute. Si un beuglement survient, ils notent l’heure du brame et en informent leurs équipiers par talkie-walkie afin d’éviter les doubles comptages.
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Décryptage du brame : un langage complexe
Le brame est la période au cours de laquelle cerfs et biches se réunissent pour s’accoupler en vue de se reproduire pour perpétuer l’espèce. L’objectif inné pour les cervidés consiste uniquement à maintenir ou à agrandir les hardes. Mais le sens du mot « brame » correspond également aux cris (appelé aussi « raires ») émis par les cerfs mâles pour impressionner les concurrents et attirer l’attention des femelles.
Le brame SONORE se caractérise par des meuglements divers, parfois impressionnants, surtout la nuit, traduisant des désirs, de l’agressivité, et même de la fatigue. Un observateur expérimenté, par la seule écoute, peut déterminer une situation précise relative à un groupe d’animaux. Les sujets âgés et les grands adultes, de par leur corpulence, possèdent une voix grave à résonnance caverneuse, ample et rugueuse. Les vieux sont discrets et peu loquaces, à l’inverse des jeunes, excités, bavards et dotés de voix aigues. La qualité des cris traduit une situation :
- Un rot grave, court et bref, signifie une présence.
- Un long raire mélancolique, prolongé et répété, est celui d’un cerf épanoui et charmeur à côté de sa biche.
- Un brame saccadé, violent, au timbre élevé (ho ! ho ! ho ! hoâ !) extériorise un défi ou une volonté de combat avec un autre cerf.
- Un cri haché (heu, heu, heu…) émis en courant est celui d’un cerf qui poursuit une biche. Ainsi les mâles peuvent se juger mutuellement.
Lieux de brame
Pour la majorité des cas, les secteurs privilégiés du brame se situent dans le noyau, c’est-à-dire dans la zone où vit la majorité de la population des biches et des faons, là où se produisent les mises-bas au printemps (la pouponnière) et où les jeunes vont se lier au territoire. C’est ce qu’on appelle l’empreinte locale. Fin août, certains cerfs sont déjà présents et discrets dans les secteurs de brame, à proximité des biches. D’autres, appelés cerfs « pèlerins », venant de plus loin, s’acheminent encore vers les lieux tant désirés où ils pourront participer aux ébats.
Pour la plupart, les places de rut correspondent à de la futaie claire, à des pâturages ou à des clairières enclavées dans la forêt, synonymes d’espace et de nourriture indispensable aux biches et aux jeunes. Cette place de brame se situe sur des zones de bonne visibilité, où le vent tourne, afin de laisser toute possibilité au cerf dominant de détecter par la vue ou par l’odorat la présence d’un concurrent ou d’un humain pouvant être éventés jusqu’à une distance de 300 mètres. Les vieux cerfs, plus méfiants, ou d’autres dérangés par la présence humaine, évolueront plutôt dans des milieux couverts et fermés.
Déroulement du brame : une hiérarchie bien établie
Dès le début, les cerfs se rapprochent des biches, et les dominants s’organisent pour trouver la meilleure place. Sur ce secteur, le plus fort, le plus expérimenté, le « grand seigneur » fait la loi, rassemble un maximum de biches en pré-chaleurs, les surveille et se les accapare. Plus son raire est puissant, plus il a de chances d’éloigner ses rivaux. Ainsi, du crépuscule à l’aube, le cerf de place, accompagné de sa harde de biches et de faons, quitte son abri pour rejoindre la zone de gagnage, fréquemment une clairière appelée place de brame, choisie par les biches et souvent identique d’une année à l’autre.
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Les cerfs satellites (jeunes, subadultes ou autres adultes sans biche) s’approchent de la harde pour tenter d’en extraire une femelle ; s’ensuit alors un combat entre cerfs de taille voisine, afin de récupérer la « belle » conquise par le concurrent. Le vainqueur sera le dominant, futur géniteur. Les rivaux, vaincus, n’ont plus qu’à attendre la venue d’une éventuelle biche seule, à la fois libre et en phase d’ovulation.
Fécondation et gestation
Une biche atteint la puberté entre 18 et 30 mois, suivant son développement et sa masse corporelle. Une Biche peut aussi connaître un cycle de 3 ou 4 œstrus, espacés de 3 semaines. Une biche est fécondable environ 5 à 8 heures par an, période appelée œstrus, durant laquelle le cerf dominant ne la quitte plus, au détriment des autres femelles, alors convoitées par les concurrents opportunistes. Lorsqu’une nouvelle biche devient fécondable, le dominant s’en occupe à son tour, afin de la saillir, parfois après un autre combat. Les biches sont fécondables jusqu’à leur mort naturelle, se situant autour de 15-17 ans, en sautant parfois une année. Un cerf peut effectuer 5 à 6 saillies par jour, s’épuiser en bramant et en combattant les rivaux.
La gestation dure 240 jours pour donner naissance à un Faon, très exceptionnellement deux, de fin avril à fin juin. Les places de brame sont très recherchées par les touristes cynégétiques, quelques fois au détriment de la tranquillité des animaux.
Fin du brame et brames tardifs
Cette « cadence infernale » pendant trois semaines, induit chez un tel individu une dépense d’énergie énorme, pouvant entraîner une perte de poids d’environ 20 %, d’autant plus qu’il ne se nourrit pas pendant le brame. Durant cette période, les cerfs mâles dégagent une odeur forte musquée, secrétée par des glandes à parfum et également par son pelage tout imprégné de sueur et de sperme.
Après cette phrase d’apogée, le rut régresse progressivement en intensité et en durée. Les cerfs, affaiblis, amaigris, se calment et se reposent avant de rejoindre leurs territoires habituels, en périphérie, loin des biches. Cette fin de brame se produit durant la première quinzaine d’octobre, avec quelques variantes selon les secteurs. Seuls quelques jeunes cerfs resteront encore dans le noyau avec les biches et leurs faons.
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Il existe des brames tardifs, discrets, lorsqu’une femelle n’a pas été saillie pendant l’œstrus, et dans ce cas, un nouvel œstrus se produira au cours du cycle d’ovulation suivant, environ trois semaines plus tard, avec les mêmes effets atténués par une faible présence de mâles. Il peut en être de même avec certaines bichettes, n’arrivant à maturité sexuelle qu’à environ 18 mois, en novembre, voire décembre.
Quant aux biches, les voilà désormais en gestation et en lactation jusqu’en février, puis uniquement en gestation jusqu’en juin (époque des naissances) et en lactation jusqu’au brame suivant. Elles fournissent sans cesse un travail considérable, et méritent le plus grand respect de tous, et particulièrement des chasseurs.
La saison des amours chez les cervidés
Chez les cerfs, la période de reproduction dépend de la longueur des jours et lorsque l’automne arrive, les journées sont sensiblement plus courtes. Cela provoque une poussée de testostérone chez les mâles qui entrent en rut. Ils quittent alors leur quartier d’été pour rejoindre les territoires habituels des biches.
La période de brame commence à la mi-septembre et dure un mois, alors que la durée de fécondité des femelles n’est que de 24 h ! Les mâles n’ont donc que très peu de temps pour être choisis par elles. Pour attirer leur attention, ils poussent un long cri rauque, un son impressionnant qui résonne dans la forêt. Plus le cerf est vieux et plus sa voix est gutturale. Sa puissance vocale est un critère de sélection pour les biches : cela leur permet de savoir si le mâle est un futur partenaire intéressant.
La loi du plus fort ?
Pendant tout un mois, les cerfs contrôlent leur territoire. Pour ce faire, ils urinent, marquent les arbres avec des glandes odoriférantes et éloignent les mâles qui aimeraient tenter leur chance auprès des femelles en bramant. En effet, le brame a aussi pour fonction d’intimider les rivaux. C’est par la voix qu’ils se jaugent. Mais parfois ces vocalises ne suffisent pas et l’affrontement devient inévitable. À ce moment-là, leurs bois s’entrechoquent et peuvent même s’emmêler. C’est donc une période particulière où les mâles sont très actifs. Ils se dépensent énormément et peuvent perdre beaucoup de force.
Si en début de période, ce sont les cerfs à la voix la plus puissante qui ont le plus de chance de s’accoupler, à la fin, ce sont les jeunes qui tirent leur épingle du jeu puisque les cerfs dominants sont trop fatigués pour continuer de surveiller les biches. Les jeunes mâles pourront ainsi constituer leur propre harem.
Les bois du cerf : attribut de séduction et arme de combat
Les bois sont des excroissances osseuses qui poussent chaque année sur la tête des mâles à la fin de l'hiver, seulement quelques jours après la chute des anciennes ramures. Ils sont constitués d'un os spongieux et recouvert d'une peau veloutée et vascularisée appelée "velours". La croissance de ces bois encore fragiles se poursuit jusqu'à la fin de l'été, et ils peuvent grandir de 3 cm par jour. Une fois les bois arrivés à leur taille maximale pour la saison, le velours meurt et se détache des bois, processus appelé "débardage".
Il faut prendre en compte de nombreux facteurs influençant la croissance des bois. Les hormones, en particulier la testostérone, jouent un rôle majeur : un niveau élevé de testostérone est associé à une croissance rapide des bois, tandis qu'une fluctuation de ce taux peut limiter leur développement. C'est d'ailleurs une baisse de cette hormone en hiver qui entraîne la chute des bois. Les conditions de santé et la nutrition influencent également la croissance et la taille des bois : un cerf en bonne santé et bénéficiant d'une alimentation riche en nutriments développera des bois grands, complexes et solides.
Diversité des brèmes chez les cervidés
La Réserve zoologique de la Haute-Touche, site du Muséum situé dans l’Indre, s’étend sur plus de 400 hectares et accueille l’une des plus grandes variétés d’espèces et sous-espèces de cervidés au monde ! Certaines d’entre elles sont rares, comme les cerfs de Duvaucel, les cerfs Sika de Formose, les cerfs cochons et les cerfs d’Eld ; d’autres sont éteintes à l’état sauvage, comme les cerfs Sika pseudaxis ou les cerfs du père David, actuellement en programme de réintroduction.
Parmi ces espèces, seul le cerf élaphe émet le brame typique qui résonne à des kilomètres, mais les autres produisent un son bien différent. Le muntjak, par exemple, pousse un cri qui ressemble à un aboiement lorsqu’il est menacé, d’où son surnom de « cerf aboyeur ». Le cerf de Duvaucel brame à la façon d’un âne et produit un aboiement strident quand il est en danger, et le cerf de Bactriane possède un brame qui commence sur un mode aigu, analogue au wapiti, et se termine sur un ton grave.
La Réserve zoologique de la Haute-Touche leur offre de vastes territoires naturels favorables à la reproduction, et quand l’automne pointe le bout de son nez, le domaine forestier s’emplit de ces diverses sonorités.
Quelques règles de précaution pour bien écouter le brame
Le brame s’écoute à la tombée de la nuit ou tôt le matin.
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