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Que faire du placenta après l'accouchement ? Usages, bénéfices, risques et législation

L'accouchement est un événement majeur dans la vie d'une femme, marquant la fin de la grossesse et le début d'une nouvelle étape avec son enfant. Après la naissance du bébé, le placenta, organe vital qui a assuré le développement fœtal pendant neuf mois, est expulsé. Traditionnellement considéré comme un déchet médical en France, le placenta suscite de plus en plus d'intérêt pour diverses utilisations, allant de la consommation à des fins artistiques ou symboliques. Cet article explore les différentes options concernant le placenta après l'accouchement, en abordant les aspects scientifiques, légaux et culturels.

Le rôle essentiel du placenta pendant la grossesse

Le placenta est un organe fascinant et complexe qui se forme pendant la grossesse. Implanté dans la paroi de l'utérus, il est relié au fœtus par le cordon ombilical. Ce gigantesque réseau d'échanges, constitué de plusieurs dizaines de kilomètres de vaisseaux sanguins, assure de multiples fonctions indispensables au développement du fœtus. Il fournit l'oxygène et les nutriments nécessaires à sa croissance, évacue les déchets métaboliques, le protège contre les pathogènes et certaines substances toxiques, et contribue à la production d'hormones essentielles. Le placenta est donc une sorte de plateforme d'échange entre la mère et le bébé, sans que leurs sangs respectifs ne communiquent.

Dans des cas anormaux, le placenta peut être mal inséré dans l’utérus, ce qui peut entraîner des complications. On parle de placenta accreta lorsque l’utérus a été opéré et présente des lésions, ce qui peut provoquer l'insertion du placenta dans l'utérus et sa fusion avec la paroi utérine. Le placenta prævia se produit lorsqu'il recouvre totalement le col, empêchant le bébé de sortir par les voies naturelles.

La placentophagie : Consommer son placenta, une pratique controversée

La placentophagie, ou l'ingestion du placenta après l'accouchement, est une pratique qui connaît un intérêt croissant ces dernières années, notamment aux États-Unis. Popularisée par des célébrités comme Kim Kardashian, elle consiste à consommer le placenta cru, cuit, rôti, en smoothie ou en capsule. L'encapsulation, après cuisson à la vapeur et déshydratation, est la technique la plus répandue.

Les arguments des adeptes de la placentophagie

Les adeptes de la placentophagie soutiennent que le placenta est riche en hormones, vitamines et nutriments bénéfiques. Ils affirment que sa consommation prévient la dépression post-partum, améliore le taux de fer, l'énergie, la production de lait et renforce les liens entre la mère et l'enfant. Ils mettent également en avant le fait que la grande majorité des mammifères consomment leur placenta après la naissance.

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Marie Mahé-Poulin, psychologue clinicienne, explique que l'on prête au placenta de nombreuses vertus sur le plan de la récupération en post-partum. Il agirait comme un coup de boost hormonal, favoriserait l'attachement avec le bébé et l'équilibre émotionnel, réduirait les douleurs des tranchées et favoriserait la lactation.

L'absence de preuves scientifiques et les risques potentiels

Malgré les témoignages et les enquêtes rapportant les bénéfices de la consommation de placenta, aucune étude scientifique sérieuse ne confirme ces allégations. Une étude publiée en 2018 dans l'American Journal of Obstetrics and Gynecology a conclu qu'il n'existe aucune preuve scientifique d'un quelconque bénéfice clinique de la placentophagie chez l'humain, et qu'aucun nutriment ni aucune hormone placentaire n'est conservé en quantité suffisante après l'encapsulation placentaire pour être potentiellement utile à la mère après l'accouchement.

De plus, la placentophagie présente des risques potentiels. L'encapsulation ne permet pas d'éliminer le risque d'infection, pour la femme et le nouveau-né. Un nourrisson a été hospitalisé dans l'Oregon en 2016 pour une infection causée par des gélules de placenta contaminées aux streptocoques B, que sa mère avait ingérées alors qu'elle allaitait. Les Centres de prévention et de contrôle des maladies américains (CDC) ont recommandé d'éviter la consommation de capsules de placenta, l'encapsulation n'étant pas adéquate pour tuer toute trace de contamination bactérienne ou virale.

Les différentes formes de consommation du placenta

Si certaines femmes choisissent de consommer le placenta cru ou cuit, d'autres optent pour des méthodes plus transformées. Il est possible de le consommer dans un smoothie, dans des cuissons douces ou dans des bouillons. Une autre option consiste à le faire sécher et encapsuler afin de le prendre sous forme de gélules. Enfin, il peut être transformé en granules homéopathiques ou en teinture mère.

Le statut légal du placenta en France

En France, le placenta est considéré comme un déchet d'activités de soins à risque infectieux (DASRI) conformément à l'article R.1335-1 du Code de santé publique, lorsqu'il n'est pas utilisé à des fins thérapeutiques et scientifiques. Cela signifie qu'il est soumis à des règles strictes de collecte, de stockage et d'élimination. Les deux seules modalités d'élimination de ces déchets sont l'incinération ou le prétraitement par désinfection, avant d'être traités comme des déchets communs.

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La loi de bioéthique de 1994, révisée en 2011, encadre la collecte de produits du corps humain. Le placenta n'appartient ni à la mère, ni au père, ni à l'enfant. En conséquence, il est officiellement impossible pour les parents de récupérer le placenta en maternité, sauf dans le cadre d'un don à des fins thérapeutiques ou scientifiques. Cependant, certaines équipes médicales peuvent accepter de donner le placenta aux parents "en sous-main", selon plusieurs témoignages.

Les alternatives à la consommation du placenta

Face aux risques potentiels et au statut légal du placenta, de nombreuses alternatives existent pour les parents souhaitant valoriser cet organe après l'accouchement.

Le don du placenta à des fins thérapeutiques

À l'occasion de la naissance de son enfant, une femme peut donner son placenta. Ce don peut être fait uniquement au cours d'une césarienne programmée. Des examens sérologiques sont réalisés en même temps que le bilan pré-césarienne et un consentement écrit de la future maman est recueilli.

Le placenta peut être utilisé pour la préparation de greffons de membranes amniotiques. La membrane amniotique, qui tapisse la poche des eaux dans laquelle baigne le bébé, est extrêmement riche en substances cicatrisantes et constitue un excellent pansement biologique. Elle est prélevée par le chirurgien obstétricien au bloc opératoire et réceptionnée à la banque multi-tissus du CHU de Nantes pour être préparée dans un environnement sécurisé. La membrane amniotique est alors séparée du placenta puis préparée et découpée en fragments, qui sont conservés à -80°C pour être utilisés dans les 2 ans. Une membrane amniotique permet d’obtenir environ 40 greffons pour le traitement d’un nombre équivalent de patients.

En ophtalmologie, la membrane amniotique est utilisée pour favoriser la cicatrisation de la cornée après des brûlures oculaires, des plaies ou des maladies. Le chirurgien applique la membrane à la surface de l’œil pour favoriser la cicatrisation. La greffe amniotique peut aussi être utilisée avant une greffe de cornée.

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Les utilisations symboliques et artistiques du placenta

De plus en plus de sages-femmes proposent de réaliser une empreinte placentaire à la naissance, créant ainsi un "arbre de vie". Cette pratique consiste à utiliser le placenta pour créer une œuvre d'art unique et symbolique, représentant le lien entre la mère et l'enfant.

D'autres parents choisissent d'enterrer le placenta et de planter un arbre dessus, faisant de cet organe porteur de vie le support d'une nouvelle naissance. Cette pratique est souvent associée à des croyances spirituelles ou culturelles, considérant le placenta comme un organe sacré.

Il est également possible de créer des œuvres d'art à partir du placenta, en utilisant la matière organique pour réaliser des peintures abstraites. Plusieurs sites de mamans donnent la marche à suivre pour créer ces œuvres uniques, qui peuvent décorer la chambre de bébé.

Enfin, certains parents utilisent le placenta comme pochoir pour décorer des vêtements, ou le transforment en jouet fait-main, comme le "Twin Teddy kit" proposé par le designer anglo-saxon Alex Green.

L'importance de la discussion avec les professionnels de santé

Quelle que soit l'option envisagée concernant le placenta après l'accouchement, il est essentiel d'en discuter avec son gynécologue et sa sage-femme. Ils pourront fournir des informations complètes sur les bénéfices, les risques et les aspects légaux de chaque pratique, et aider les parents à prendre une décision éclairée.

Le placenta dans différentes cultures

Dans de nombreuses cultures à travers le monde, le placenta est considéré comme un organe sacré, doté de pouvoirs spirituels et symboliques. En Amérique du Sud et en Asie, par exemple, il est souvent enterré ou conservé dans un lieu spécial, en signe de respect et de connexion avec l'enfant.

Dans certaines cultures musulmanes, l'Islam recommande d'enterrer le placenta et le cordon ombilical, car il s'agit de restes du corps humain qui doivent être traités avec respect.

Ces traditions témoignent de la diversité des perceptions et des pratiques entourant le placenta, et soulignent l'importance de prendre en compte les croyances culturelles et spirituelles des parents dans les décisions concernant son utilisation après l'accouchement.

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