La décision de ne pas allaiter est un choix personnel qui doit être respecté. Chaque mère a le droit de décider ce qui est le mieux pour elle et son bébé sans pression ni jugement. Mais que se passe-t-il lorsque la nature suit son cours et que la montée de lait se produit, même en l'absence d'allaitement ? Cet article se penche sur ce processus naturel, les moyens de le gérer et les alternatives disponibles.
La montée de lait : Un processus naturel
La montée de lait, ou montée laiteuse, se produit généralement 3 à 5 jours après l’accouchement. Elle correspond au moment où le colostrum, produit par les seins maternels pendant la grossesse, est remplacé par un lait de transition. À la naissance de leur bébé, et même dans les mois précédant, les seins des femmes fabriquent du colostrum. C’est un liquide épais et jaune, riche en sels minéraux, vitamines et protéines, et pauvre en graisse et en lactose. Le colostrum est aussi très riche en anticorps qui protègent le nouveau-né contre les infections. Il est produit en petites quantités : 2 à 20 ml par tétée les 3 premiers jours. Après 3 à 5 jours, le colostrum est naturellement remplacé par un lait de transition qui est, lui, produit en plus grandes quantités. C’est la montée de lait : des modifications hormonales entraînent la fabrication de lait par les glandes mammaires.
Ce processus est déclenché par un bouleversement hormonal après l'accouchement : la chute brutale des œstrogènes et de la progestérone, et la hausse de la prolactine. Que vous allaitiez ou non, votre corps « prévoit » la production de lait, un héritage biologique destiné à assurer la survie du nouveau-né.
Cette montée de lait peut s'accompagner de plusieurs symptômes :
- Douleurs mammaires : les seins peuvent être douloureux ou sensibles.
- Seins engorgés : la montée de lait peut engorger les seins, les rendant rapidement tendus et particulièrement douloureux.
- Apparition d’une légère fièvre : une légère fièvre peut parfois accompagner la montée de lait.
L'intensité de ces symptômes varie d'une femme à l'autre. Certaines ressentent une légère tension, tandis que d'autres ont une poitrine très ferme et douloureuse.
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Que devient le lait maternel si on n'allaite pas ?
Si une mère décide de ne pas allaiter, le lait contenu dans la glande mammaire va involuer dans le système sanguin, et cette dernière reprendra sa taille normale. Le cerveau humain est conçu de telle sorte que moins la poitrine est sollicitée par le bébé, plus vite la lactation s’arrête, et la montée de lait maternel est stoppée.
Lorsque le lait n’est plus extrait régulièrement des seins, la glande mammaire va commencer à involuer. La sécrétion va se tarir, les cellules sécrétrices vont être détruites, et la glande va revenir à son statut antérieur à la grossesse. L’involution de la glande mammaire est la conséquence d’un processus qui est, grosso modo, l’inverse de celui qui avait induit la production de lait.
La production de lait ne s’arrête pas instantanément, mais diminue progressivement. Sans stimulation, la prolactine (l’hormone de la lactation) retombe rapidement à son niveau d’avant la grossesse. La glande mammaire cesse progressivement sa production. Certaines peuvent toutefois remarquer une petite production résiduelle ou une sensation de tension qui persiste jusqu’à une à deux semaines. Il reste possible de percevoir une très légère tension ou des gouttes de lait pendant encore quelques jours ou semaines, mais c’est sans conséquence et ne nécessite aucune intervention, à moins de douleur ou d’inflammation.
Gérer l'inconfort de la montée de lait
Même si la montée de lait peut sembler inconfortable, elle est généralement courte et se résorbe spontanément… à condition de ne pas stimuler la lactation. La clé, c’est d’éviter toute stimulation. Oubliez les massages, le tire-lait, ou même les pressions manuelles prolongées.
Voici quelques approches douces qui peuvent être combinées pour atténuer la douleur :
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- Compresses froides : elles réduisent la dilatation des vaisseaux et apaisent la tension. Prenez une poche de froid du congélateur, et appliquez la sur le sein protégé par un tissu. Appliquez un gant froid sur chacun de vos seins pour soulager la douleur. Si vous le supportez, vous pouvez mettre des petits pois surgelés dans deux sachets et glisser ces sachets dans chaque gant, afin que l’effet anesthésiant du froid soit encore plus efficace.
- Soutien-gorge adapté : un soutien-gorge ferme mais confortable aide à limiter le mouvement et donc la douleur, tout en évitant de comprimer excessivement la poitrine, ce qui pourrait entraîner des blocages de canaux.
- Cataplasme d’argile : mélangez de l’argile verte en poudre et de l’eau jusqu’à l’obtention d’une pâte épaisse. Appliquez ce cataplasme sur les seins, recouvrez d’un linge chaud et humidifié, et conservez pendant environ une demi-heure.
- Feuilles de chou : Afin de faire couler le lait du sein sans stimulation de la poitrine (ni tétée du bébé, ni extraction par un tire-lait) et éviter ainsi le risque d’engorgement, on peut appliquer sur la poitrine une feuille de chou vert frisé (enlever la nervure centrale), que l’on maintient avec du film transparent.
Côté plantes, certaines (comme la sauge ou le persil) sont traditionnellement utilisées pour aider à inhiber la lactation. On peut également prendre une tisane à la sauge durant trois jours.
Les traitements médicamenteux (comme la cabergoline ou le lisuride) ne sont prescrits qu’en cas de nécessité médicale (risque d’engorgement sévère, contre-indication à l’allaitement…). Très longtemps, on trouvait ces médicaments sur les tables de nuit des mamans, mais cette époque est révolue. Sans avis médical, pas de médicament. Il y a eu trop de problèmes de santé graves tels que des complications neurologiques ou cardiaques. Ainsi, la bromocriptine (Parlodel® et Bromocriptine Zentiva®), longtemps prescrite pour stopper la montée de lait, a été interdite pour cet usage en 2013. En 2021, la prescription de traitements et de médicaments bloquant la lactation est donc exclusivement réservée aux indications médicales, généralement après une mort fœtale in utero ou une interruption médicale de grossesse (IMG).
Alternatives à l'allaitement maternel
Si une mère décide de ne pas allaiter, le lait infantile industriel est une alternative. Ce lait est spécialement formulé pour fournir les nutriments nécessaires à la croissance et au développement du bébé. Il existe différents types de laits infantiles adaptés à l’âge et aux besoins spécifiques du bébé (par exemple, hypoallergénique, anti reflux). Les nourrissons nourris au lait infantile auront un rythme de tétées plus structuré que ceux allaités au sein puisque la quantité de lait est déterminée cependant on doit aussi être souple et faire comme au sein , les premières semaines, « à la demande ».
Difficultés potentielles et solutions
Même si l’allaitement reste un processus naturel du corps, il est possible que vous rencontriez quelques difficultés à la maternité ou à votre retour à la maison.
- Mamelons douloureux : des douleurs ou crevasses peuvent apparaître. Si une certaine sensibilité des mamelons est normale les premiers jours, il n’est pas normal d’avoir mal lorsque vous allaitez votre enfant. La première chose à faire est de vous assurer que votre bébé est bien positionné lorsque vous lui donnez le sein.
- Mastite : cette inflammation des seins, pouvant s’infecter, résulte souvent d’un engorgement non traité. En cas d’engorgement avec œdème (gonflement), vous pouvez extraire un peu de lait manuellement (demandez à ce que l’on vous montre comment réaliser un massage aréolaire et comment faire l’expression manuelle ) ou à l’aide d’un tire-lait avant la tétée, juste de quoi assouplir vos seins. Ensuite, pour résorber l’engorgement, multipliez les tétées.
Il n’existe pas de données précises concernant l’absence ou le retard de montée de lait, bien que certaines estimations situent ces phénomènes à 5% et 15% respectivement. Des déséquilibres hormonaux, tels que le diabète, l’obésité ou l’hypothyroïdie, peuvent ralentir la montée de lait, tout comme certaines circonstances liées à l’accouchement : césarienne, travail long et éprouvant, mise au sein tardive, tétées insuffisantes ou trop espacées, usage de sucette ou de compléments de lait infantile, etc. La majorité des femmes peuvent produire du lait, même si la quantité pourra parfois rester insuffisante. Parfois aussi, le bébé ne tète pas correctement et manque d’efficacité, parce qu’il est prématuré, un peu petit ou qu’il a un frein de langue trop court. Il ne stimule alors pas assez les seins pour que la lactation se mature.
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Arrêter l'allaitement en douceur
L’arrêt de l’allaitement de l’enfant se fait souvent du jour au lendemain, ce qui engendre des problèmes d’engorgement, et donc l’apparition de mastites (une inflammation du sein, ndlr), voire d’abcès. Or, la transition lorsqu’on arrête l’allaitement doit toujours se faire en douceur, on parle de méthode de sevrage progressif. L’OMS (l’organisation mondiale de la santé) recommande de garder un allaitement exclusif jusqu’à 6 mois. Lorsque cela n’est pas possible, il faudra réaliser le sevrage de manière très progressive.
Prenons l’exemple d’une mère qui souhaite arrêter l’allaitement de son bébé après 15 jours ou 3 semaines. Le sevrage doit toujours se faire par étapes. Pour débuter le sevrage de leur enfant, il est conseillé de remplacer la tétée de fin d’après-midi par un biberon. C’est le meilleur moment, car non seulement c’est un instant de la journée où la maman est fatiguée, mais c’est aussi un moment où elles ont une sensation de manque de lait maternel. Le lendemain, on réintroduit le même biberon à la même heure. Le corps de la mère enregistre alors qu’à cette heure-ci, il n’y aura plus de sollicitation du sein. Le sevrage du bébé doit être mis en place aussi lentement que la lactation se met en place. La lactation de la maman va s’adapter à ces heures de non-sollicitation du sein, et petit à petit, la production du lait va diminuer.
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