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Le rôle du psychologue en périnatalité face à la naissance sous X

La naissance sous X est un sujet délicat et complexe, qui touche à la fois la mère, l'enfant et la société. Elle soulève des questions éthiques, psychologiques et sociales importantes. Le psychologue en périnatalité joue un rôle essentiel dans l'accompagnement des personnes concernées par cette situation, en offrant un espace d'écoute, de soutien et de réflexion.

L'accompagnement psychologique : du désir d'enfant au renoncement

Le psychologue en périnatalité propose un accompagnement qui s'étend du désir d'enfant à l'arrivée ou non de l'enfant, jusqu'au renoncement conscient à être parent. Cet accompagnement peut porter sur la physiologie et non uniquement sur la pathologie. En effet, certains passages de vie mettent les parents et le bébé sur des modalités de communication sortant de l'habituel.

Il est important de souligner que le psychologue en périnatalité ne porte aucun jugement sur les choix des personnes qu'il accompagne. Il est là pour les aider à comprendre leurs motivations, leurs émotions et leurs besoins, et à prendre les décisions qui leur semblent les plus justes.

La naissance sous X : un phénomène marginal mais marquant

En France, on recense environ 700 accouchements sous X par an depuis son apparition dans le Code civil en 1993. C'est un phénomène marginal dont on ne parle presque jamais, mais qui marque à vie. Véronique Lefébvre, psychologue forensique, a travaillé sur l'analyse comportementale et criminelle et a publié le livre « La quête » où elle évoque l'histoire vraie d'une mère qui a cherché toute sa vie à retrouver son fils. Pendant des années, elle a reçu des femmes ayant accouché sous X mais aussi des enfants issus de ces accouchements anonymes.

Les raisons qui poussent une femme à accoucher sous X

Les raisons qui poussent une femme à ne pas reconnaître son bébé sont multiples. La plupart du temps, il faut se poser la question des circonstances de la conception. Certaines femmes ont été agressées ou victimes de viols, d'autres vivent des grossesses non désirées issues de relations sans lendemain. Des femmes accouchent sous X parce qu'elles n'ont pas eu la possibilité d'avorter ou qu'elles ne le souhaitaient pas. Certaines d'entre elles considèrent l'avortement comme un meurtre et préfèrent donner leur enfant. Chacun a ses convictions, sa religion. C'est un choix féminin qu'il ne faut pas juger. Toutes les femmes ne sont pas faites pour être mères. Ce n'est pas instinctif. Être parent est la chose la plus belle et la plus difficile au monde. Et surtout, ce n'est pas une obligation. Ce n'est pas toujours simple d'aimer. Avant la légalisation de l'avortement, il y avait régulièrement des enfants abandonnés devant les églises notamment.

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Les conséquences psychologiques pour la mère

Une femme ayant accouché sous X ne peut jamais oublier son enfant. Les femmes qui décident d'accoucher sous X vivent toute leur vie avec ce fantôme. La plupart du temps, elle n'en parle pas. À qui pourriez-vous dire que vous avez décidé de ne pas garder votre enfant et de le donner ? Révéler un tel secret a des conséquences sur un grand nombre de personnes et pas seulement sur la mère et son enfant. La société est là pour vous juger. Pourtant, on peut voir cela comme une forme d'amour. Une mère qui ne se sentirait pas capable d'aimer ou d'élever son enfant et qui décide de le donner à une famille aimante, c'est une belle preuve d'amour. On juge très durement les femmes qui décident de ne pas reconnaître leur enfant, parce que dans notre esprit, une mère n'est jamais censée disparaître. Ces femmes n'ont pas tué leur enfant, elles ont simplement jugé qu'elles n'étaient pas aptes à le garder et elles ont préféré l'offrir à d'autres. C'est une forme de partage avec des familles qui sont dans l'impossibilité d'en avoir. D'autant que ces femmes ont la particularité d'être souvent seules. Le géniteur n'est jamais présent. Les hommes disparaissent et laissent les femmes seules.

Les conséquences psychologiques pour l'enfant né sous X

Beaucoup d'enfants nés sous X ont des vies compliquées. Ils vivent toute leur vie avec des questions. La première des interrogations c'est : quelles sont mes origines ? Les gens veulent savoir d'où ils viennent. Ils s'interrogent toujours sur les raisons qui ont poussé leur mère à les laisser. On leur demande toujours : est-ce qu'elle m'a aimé ? Quand une femme décide de laisser son enfant, c'est qu'elle a ses raisons. Elle le fait parce qu'elle pense que c'est pour le mieux. Mais cela laisse un grand vide aux enfants. En France, l'adoption plénière irradie toutes les informations de la mère et du père biologiques. C'est comme si on assistait à une deuxième naissance. Tout est détruit. Il y a quelque chose à repenser. Comment peut-on encore parler d'enfants nés sous X ?

Beaucoup d'enfants nés sous X ont des vies compliquées. Ils vivent toute leur vie avec des questions. La première des interrogations c'est : quelles sont mes origines ? Les gens veulent savoir d'où ils viennent. Ils s'interrogent toujours sur les raisons qui ont poussé leur mère à les laisser. On leur demande toujours : est-ce qu'elle m'a aimé ? Quand une femme décide de laisser son enfant, c'est qu'elle a ses raisons. Elle le fait parce qu'elle pense que c'est pour le mieux. Mais cela laisse un grand vide aux enfants.

La quête des origines

Tous les enfants nés sous X ne demandent pas à revoir leurs parents. Il arrive fréquemment qu'ils le fassent quand ils deviennent parents eux-mêmes. Cela réveille un besoin de connaître ses racines. Le sentiment d'abandon ne s'efface pas.

Véronique Lefébvre évoque l'histoire bouleversante d'une mère ayant accouché sous X : une femme qui s'est confiée à elle parce qu'elle voulait retrouver son enfant. Elle était issue d'une famille d'aristocrates qui l'avait obligée à donner son enfant sans son consentement. C'était dans les années 1950 et elle n'avait que 17 ans. Elle a vécu toute sa vie avec ce secret. Elle a le sentiment qu'elle n'a jamais pu être une bonne mère. Ses deux fils ne l'ont jamais su. Elle a eu du mal à les aimer tellement son secret était lourd à porter, tellement elle se sentait coupable. Elle m'a sollicitée car elle voulait retrouver son fils. Elle était âgée de 80 ans mais elle tenait à le rencontrer. Ils ont réussi à le retrouver. Les retrouvailles ont été très belles au départ. Après, il y a eu des divergences de caractère. Quand vous attendez toute votre vie pour rencontrer un enfant et que vous avez face à vous un adulte, ce n'est pas simple à gérer. Vous avez face à face deux adultes blessés totalement inconnus, qui sont étrangers et qui ne partagent qu'un seul lien biologique. Ce sont des rendez-vous qui doivent se préparer. Certains veulent régler leur compte. Elle le déconseille. La question n'est pas simple pour les familles d'adoption non plus. Quand vous avez élevé un enfant, est-ce que vous avez envie de voir une deuxième mère débarquer vingt ans plus tard. C'est une blessure énorme, secrète, intime.

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L'importance de l'accompagnement périnatal

L'histoire de Sabine illustre l'importance de l'accompagnement périnatal. Pour elle la naissance de Nicolas a été une surprise. Elle a accouché seule, chez elle, sans comprendre ce qui lui arrivait. Un vrai déni, total, de grossesse. Ce n'est qu'en perdant les eaux que Sabine a compris ce qui se passait. Elle ne se sentait pas prête à devenir mère. Elle ne voulait pas nouer de lien avec le bébé et décide d'accoucher sous x. Elle apprend aussi que le droit français prévoit pour l'enfant, la possibilité de retrouver sa mère biologique à l'âge de 18 ans. Elle choisit juste son prénom : il s'appellera Nicolas. Sabine n'oubliera jamais Nicolas : elle se rend à l'évidence pendant les fêtes de Noël. Elle se confie à sa belle sœur qui lui a conseillé d'en parler sans tarder. Elle a jusqu'au 4 Janvier pour se raviser. Elle appelle les services sociaux. Trois mois plus tard, les services sociaux décident de placer l'enfant en pouponnière. Le lien ne sera pas rompu entre la maman et le bébé. Elle commence par le voir une heure trente par semaine. Puis plus longtemps. Des matinées entières, parfois. Avec le temps, la jeune maman ne vit plus que pour cela. Sabine apprend peu à peu, à devenir maman. Elle prend le temps d'assumer le rôle, d'habiter la fonction. Elle retrouve l'amour avec Mickaël, un vieil ami et un des rares dans la confidence. Mickaël lui propose d'élever son fils avec elle. Le rapprochement entre la mère et l'enfant se précise et Sabine récupère finalement Nicolas sur décision de justice en avril 2010. Sabine sait bien qu'un jour, elle devra raconter son histoire à Nicolas. Elle lui expliquera, avec des mots simples, qu'il est arrivé dans sa vie par surprise et qu'elle n'était alors pas tout à fait prête à l'accueillir. Elle lui dira aussi comment elle a appris à devenir mère. Comment elle a choisi un papa pour lui. Un papa qui comme elle, l'aime par-dessus tout. Sabine n'a pas honte de son histoire. Elle sait bien que cela arrive chaque année à bien d'autres femmes qui n'ont pas toutes la chance d'être aussi bien entourées qu'elle.

Aujourd'hui, la vie de Sabine n'est plus la même. En congé parental, elle regarde grandir son fils avec tendresse. Elle ne veut plus perdre une miette de sa vie. Bientôt, il va apprendre à parler, aller à l'école. En septembre, Nicolas assistera au mariage de ses parents. Ce sera une vraie fête de famille. Sabine espère lui donner un petit frère ou une petite sœur très bientôt. Cette fois-ci, elle profitera plus sereinement de sa grossesse. Car aujourd'hui, elle a confiance en elle et en la vie. « Je suis heureuse », résume cette jeune maman.

Créer des souvenirs pour adoucir les premiers jours

Katia Nardin Godet, psychologue au pôle père enfants du CHU d'Angers a créé un album de naissance pour adoucir la vie des bébés nés sous X. Katia Nardin Godet, psychologue au Pôle Femmes mères enfants du CHU d’Angers (Maine-et-Loire) souhaitait mieux accompagner les bébés nés sous X dans les premiers jours de leur vie. Après deux années de travail d’un groupe de professionnels est né l’album de naissance. Toutes les maternités des Pays de la Loire vont en recevoir. Adoucir la vie des bébés nés sous X en leur donnant la possibilité de connaître des détails de leurs premiers jours de vie. « Le service adoption d’Angers nous a sollicité à propos d’un bébé né sous X qui montrait des signes d’inconfort. On se questionnait sur ce qu’il avait vécu dans ses premiers moments de vie et nous n’en n’avions pas trace ». L’équipe prend le sujet à bras le corps pendant deux ans. Les idées fusent et l’essentiel se dessine : garder des traces à la fois pour que les professionnels « sachent ce qui a été fait » et pour que le bébé garde une trace de ses premiers jours. Un album où les soignants racontent les premiers jours du bébé né sous X. L’album sera proposé dans tous les hôpitaux et les cliniques des Pays de la Loire. « C’est un album à spirale avec du très beau papier et des illustrations d’un univers aquatique. La naissance, le premier bain, le premier repas. Un guide d’utilisation est fourni aux soignants pour les aider à le remplir. Pas question de donner la moindre indication qui puisse identifier la mère de l’enfant ou de jugement. Au fil des pages, la sage femme relate l’arrivée au monde du bébé, son premier repas, son premier bain. « Hormis nous, personne ne pourra lui restituer son histoire, sa mémoire.

Des petits mots tout en douceur jetés sur des pages joliment décorés, comme autant de petits souvenirs qui ont fait les premiers jours de Charly*. Des phrases rédigées avec beaucoup d’amour et d’attention qui lui permettront d’imaginer, plus tard, à quoi ressemblaient ses premières heures. Une trace de vie d’autant plus précieuse que Charly est né sous X. Sa maman a préféré conserver le secret de cette naissance pour elle et le confier à l’aide sociale à l’enfance, dans l’espoir qu’il soit adopté. Le bébé ne s’en souviendra peut-être pas, mais il a été câliné, choyé, chouchouté par les équipes soignantes du CHU de Dijon, au sein de l’unité kangourou. Tous ceux qui se sont occupés de lui ont laissé leur patte dans ce joli album, que l’enfant emportera avec lui, tout comme une valise pleine de vêtements et de jeux.

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