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Problèmes Courants Rencontrés par les Directrices de Crèche : Une Analyse Approfondie

L'univers des crèches, essentiel au développement de la petite enfance et au soutien des familles, est confronté à des défis majeurs. Ces difficultés, allant de la pénurie de personnel qualifié à la pression financière, impactent directement la qualité de l'accueil des enfants et le bien-être des professionnels. Cet article explore en profondeur ces problèmes courants, en s'appuyant sur des témoignages poignants et des analyses d'experts, afin de dresser un tableau complet de la situation actuelle.

La Pression Croissante sur les Crèches : Un Système Sous Tension

Les crèches en France sont soumises à une pression grandissante, exacerbée par des contraintes financières et un manque de personnel qualifié. Cette tension se répercute sur les conditions de travail des employés et, par conséquent, sur la qualité de l'accueil des enfants. La question du financement des structures, qu'elles soient publiques, associatives ou privées, est au cœur du problème. La marchandisation du secteur de la petite enfance, où la rentabilité prime sur le bien-être des enfants, est dénoncée par de nombreux professionnels.

Julie Marty-Pichon, membre de la Fédération Nationale des Educateurs de Jeunes Enfants, souligne qu'il y a avant tout, un problème structurel et général à beaucoup de structures. Elle explique que "quand on n'a pas les moyens de faire son travail correctement, il y a des professionnels qui sont usés et fatigués". Elle ajoute que lorsqu'on décide "qu'on donne plus de bébés pour tant d'encadrant, qu'il est possible d'accueillir 15% d'enfants supplémentaires par rapport à votre agrément ou que les personnels moins diplômés sont majoritaires dans les équipes, il ne faut pas s'étonner."

Le ratio d'encadrement : un enjeu crucial

Aujourd'hui, un professionnel peut encadrer jusqu'à six enfants maximum quel que soit l’âge. Dans certaines crèches, seulement deux auxiliaires s'occupent de douze bébés. Concernant le recrutement et la formation du personnel, depuis une dizaine d’années, il est possible de faire fonctionner une crèche avec seulement 40 % d'employés qualifiés et diplômés, les autres pouvant avoir seulement une formation de base non qualifiante et sans diplôme pour travailler avec des enfants. Le "rapport des 1000 premiers jours", rapport de référence sur la petite enfance préconise pourtant d'avoir au moins de 70 % de diplômés dans une crèche.

Le témoignage accablant d'une directrice de crèche

Auxiliaire de puériculture devenue éducatrice de jeunes enfants par la VAE, Marion* est directrice de deux crèches gérées en DSP par un grand groupe privé marchand. Elle exprime sa colère et son épuisement face à ses conditions de travail, aux attentes des parents et à la pression de son employeur. « Arrêtons de mentir aux parents en leur vantant des projets pédagogiques qui n’ont aucun sens, tiennent plus du marketing que de la pédagogie et qu’on ne peut mettre en place ! Les cinq sens, l’anglais, Montessori, la référence stricte, la communication gestuelle associée à la parole… C’est bien beau sur le papier mais dans la réalité ces projets sont rarement suivis et investis. Maria Montessori a dû se retourner mille fois dans sa tombe ! Derrière, il n’y a rien car nous n’avons pas la disponibilité ni les moyens. Si l’on voulait faire les choses bien, il faudrait que nous ayons suffisamment de professionnelles compétentes et ce n’est pas le taux d’encadrement en France qui nous le permet…

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Elle dénonce une vision de la crèche discount sur tous les points, y compris pour les taux d’encadrement. Elle explique qu'il fallait que pendant un certain temps, elle accueille des familles en trop - sachant qu’elle n’avait pas le taux d’encadrement nécessaire - pour ensuite avoir le droit d’embaucher une professionnelle supplémentaire. Elle utilisait donc son agent de service pas qualifiée pour rester auprès des enfants, pour combler les manques… Aujourd’hui, par manque de personnel, elle a enfin réussi à faire baisser le nombre de berceaux et à obtenir une professionnelle en plus, en « surpostage » mais jusqu’à quand ?

Dans son département, qui connait l’une des plus fortes pénuries de professionnels, on recrute par défaut, on fonctionne avec des intérimaires qui ne viennent pas, ou qui viennent quand elles veulent et imposent leurs horaires. Alors la crèche a du mal à fonctionner et devient insecure. Elle a récemment recruté une professionnelle qui n’a jamais mis les pieds en crèche : avec son diplôme bac ASSP, elle n’a connu que les maternelles et personnes âgées. Et là, du jour au lendemain, elle va prendre en charge un groupe de huit enfants alors qu’elle n’a aucune base et jamais donné un biberon de sa vie… Elle souligne que tous les diplômes dits « règlementés » ne sont pas valables sur le terrain.

Des amplitudes horaires trop larges qui compliquent le planning

Dans le groupe pour lequel Marion* travaille, les professionnelles travaillent 7h par jour, mais la crèche est ouverte de 7h à 19h. Ce qui est honteux c’est que leur crèche ouvre à 7h pour un seul enfant et ferme à 19h pour un seul enfant. On a donc des trous à combler, des pauses à prendre en compte et les professionnelles sont toujours en train de compenser les absences des unes et des autres. Elles n’ont donc jamais le bon taux d’encadrement ! La professionnelle qui fait la fermeture n’arrive qu’a 11h le matin, mais elle est comptée dans le taux d’encadrement : en son absence, il n’y a que deux professionnelles pour gérer un groupe de seize enfants, l’une fait les changes l’autre tente de faire des activités… Si le groupe et la Pmi seraient favorable à réduire les horaires de la crèche, c’est la mairie qui bloque et souhaite maintenir cette amplitude horaire pour des raisons politiques. Et comme la crèche est privée et que les parents sont des clients, elles doivent s’adapter aux besoins des familles et accepter tous les contrats, même si derrière elles n’ont pas le taux d’encadrement adapté. Et pourtant, ces familles n’ont pas toutes réellement besoin de ces contrats qu’elles réclament et honorent une fois sur deux…

L'analyse de pratique à tout prix

En plus, on leur demande de trouver le temps de faire des séances d’APP et réunions d’équipe indispensables au bon fonctionnement de la crèche. Par défaut, elles les calent après les journées de travail, jusqu’à 20h30. Certaines habitent très loin, elles ont des journées énormes et psychiquement fatigantes, on les épuise littéralement. A quel moment c’est vivable ? Il est donc arrivé que l’on fasse les réunions d’équipe dans la section avec les enfants autour qui se réveillaient petit à petit… Elle ne comprends pas pourquoi on ne fermerait pas plus tôt, afin de leur permettre de faite l’analyse de pratiques dans de bonnes conditions au lieu de demander à la professionnelle qui est d’ouverture à 7h de venir de 18h30 à 20h30, ou de sacrifier sa pause une fois de plus… Cela ne respecte même pas le temps de repos obligatoire exigé par le code du travail !

Accueil ou garderie ?

Marion* se demande si elles font de l’accueil ou de la garderie ? Parfois, lorsque la crèche va bien, quand toutes les professionnelles sont présentes, qu’il y a une directrice, des projets mis en place, un sur-postage qui permet de faire quelque chose de plus et de s’investir sur de la pédagogie, on est pleinement dans l’accueil. Et puis un autre jour, il y a des pros qui démissionnent, on n’a plus que des intérimaires, il n’y a plus de directrice et on devient de la garderie… Aujourd’hui elle gère deux crèches, l’une a un lourd passif mais a réussi à redevenir une véritable crèche. La seconde fait de la garderie. Et elle considère qu’elle met en danger les enfants, avec des professionnels qui ne sont pas qualifiés, des choses qui ne sont pas aux normes, on en est là !

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La crèche n'est pas adaptée aux bébés

En réalité, Marion* estime que la crèche n’est pas adaptée aux bébés qui ont besoin d’une complète individualité car « l’autre » n’existe pas. Avec 1 adulte pour 5 enfants, on ne peut pas être dans cette individualité. Au-delà de 10 enfants dans une même section, c’est de la maltraitance institutionnelle; mais combien de crèches ont des sections de 20 à 25 enfants ? Un enfant accueilli de 7h30 à 19h sur 5 jours et sans vacances sauf trois petites semaines l’été, c’est de la maltraitance. Et les parents ne comprennent pas que lorsque leur enfant vient de 8h à 19h, il ait faim en sortant de la crèche et il n’ait qu’une envie c’est d’aller se coucher. En passant toute la journée en collectivité c’est comme s’il avait vécu une journée de séminaire avec 500 personnes ! Elle aimerait que l’on puisse instaurer une limite du nombre d’heures passées en crèche comme dans les pays du nord et que l’on arrête d’accueillir les enfants de moins d’un an dans ces conditions. Le taux d’encadrement n’est pas adapté à leurs besoins : il faudrait un pro pour 3 bébés de 2 mois 1/2 à 12 mois, un pro pour 4 enfants de 1 an à 2 ans et un pro pour 5 enfants de 2 ans à 3 ans.

La parentalité a changé de visage

Depuis plus de 10 ans, Marion* voit la parentalité changer. Des parents de moins en moins investis et paradoxalement de plus en plus exigeants, qui nous déposent « un paquet » le matin, qu’ils viennent récupérer le plus tard possible le soir. En plus ils sont très exigeants et se plaignent que l’on ne fasse pas assez d’activités, du jardinage avec les bébés, une préparation à la maternelle avec les plus grands… Elle est très peinée de le constater mais il faut aussi interroger la responsabilité des parents. Elle était professionnelle de terrain mais à l’heure actuelle, elle ne supporterait plus de retourner auprès des enfants dans ces conditions. C’est pour cela qu’elle est passée en direction. Le management et l’accompagnement des équipes l’intéressent tout particulièrement, la pédagogie également. Ce qui la fait tenir ? Elle a l’expertise de son métier et elle a envie de lutter, elle ne perds pas espoir ! Elle se dit qu’un jour cela changera, et que la parentalité va évoluer avec des parents plus investis et modérés.

Maltraitance et conditions de travail : un cercle vicieux

Le manque de moyens et la surcharge de travail peuvent conduire à des situations de maltraitance, comme en témoignent plusieurs collaborateurs du groupe "People & Baby". Ils dénoncent des actes de maltraitance sur les enfants, expliquant ces dérapages par des conditions de travail difficiles et les manques d'investissement du groupe dans les crèches. Julie Marty-Pichon explique que "c'est les environnements de travail maltraitants qui font des professionnels maltraitants".

L'affaire de la micro-crèche "Danton Rêve" à Lyon, où un bébé est décédé après avoir ingéré du Destop, est un exemple tragique des conséquences de ces problèmes structurels. Cet événement a mis en lumière les défaillances du système et la nécessité d'une réforme profonde du secteur de la petite enfance.

Le silence des directions : une culture du secret

Un ancien cadre responsable opérationnel du groupe "People & Baby" témoigne sous anonymat que la direction n'avait pas le droit de communiquer sur des actions, des faits. Il explique qu'il y avait des crèches en difficulté et il ne fallait surtout pas que ça s'ébruite car il y a une image du groupe à garder. Pour lui, la direction, mise au courant par les salariés, est pourtant toujours restée muette face au mal-être de ses salariés dans les crèches et porte une responsabilité dans ce drame: "Ce qui s'est passé n'est pas excusable, mais la personne n'est pas la seule responsable: le groupe est aussi responsable car il ne s'apprête pas à la sécurité physique et mentale de ces collaborateurs."

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Le Burn-out des Professionnels : Un Signal d'Alarme

Les professionnels de la petite enfance sont particulièrement exposés au burn-out, en raison de la charge émotionnelle et physique de leur travail, ainsi que du manque de reconnaissance et de soutien. Chrystelle L.N., directrice de crèche, témoigne de son propre burn-out et de la nécessité d'interroger les professionnels sur leurs conditions de travail. Elle explique avoir perdu l’essence de son métier le jour à on lui a plus parlé de chiffres et de rentabilité que d’enfants. Elle doutait d'elle, se demandant même si elle était faite pour ce métier. Elle résume que vu les exigences, on se sent en échec permanent.

Son questionnaire intitulé « Comment se porte votre crèche en 2016 ? », auquel 812 professionnels ont répondu, a révélé que tous les métiers sont en souffrance. Les professionnels se plaignent de la baisse de qualité de l’accueil, ce qui est difficile à supporter quand on aime son métier, évoquent un travail à la chaîne, et souffrent d’un manque de reconnaissance. Elle constate qu'elle a commencé en 1990 comme auxiliaire à la Ville de Paris et qu'à cette époque ils étaient tous des professionnels diplômés à 100%. Désormais, avec la PSU, le décret Morano et le souci extrême de rentabilité, on est tous multi tâches et on en arrive à perdre la spécificité de nos métiers.

Les Défis Quotidien d'une Équipe de Crèche : Manque de Communication et Sous-Effectif

Une employée de crèche associative témoigne des problèmes de communication et de respect entre la direction et l'équipe. Elle explique que la crèche est gérée par un bureau constitué des parents des enfants ou d'anciens parents. Elle dénonce le manque de remplacement des contrats aidés, ce qui laisse une grosse pression à l'équipe, direction y compris.

Elle relate plusieurs incidents, comme le manque de couches disponibles, la direction ne lisant pas le cahier de transmissions où les besoins sont notés. Elle dénonce également les heures supplémentaires imposées aux employées en raison du sous-effectif, ainsi que le fait de se retrouver seule avec un nombre excessif d'enfants. Elle explique que des fois elles se retrouvent seule avec 11 ou 12 enfants et que dans le secteur des bébés, il leur ait déjà arrivé de se retrouver seule avec 5 enfants qui ne marchent pas, et 6 qui marchent. Le problème étant qu'elles se comptent dans les effectifs, alors qu'elles ne sont jamais avec elles dans les unités, elles sont toujours dans leur bureau, et s'accordent des pauses qui se comptent en heures et non en minutes.

Elle dénonce également le fait que la direction donne des journées à certaines collègues, alors que d'autres n'ont pas eu de journée même si elles ont près d'une centaine d'heures de récupération. De plus, lors que certaines de leurs collègues sont absentes, elles ne sont pas mises au courant, elles l'apprennent car l'une d'elles a reçu un message avant d'embaucher etc, et c'est comme ça que l'info passe, jamais par la direction.

Enfin, elle raconte qu'une de ses collègues est de bonne foi et qu'elle était censée finir à 18H00 cette semaine, mais dans la logique des choses, elle est restée tout les soirs jusqu'à 18H30 pour faire la fermeture de la crèche car la personne qui devait la faire est partie suite au non renouvellement de son contrat aidé. Mais jamais la direction ne l'a prévenu qu'elle devait finir à 18H30. Et ce n'est pas la première fois que ça lui arrive !

Elle conclut en disant qu'elles en ont ras le bol, qu'elles se font régulièrement pourrir pour des broutilles et qu'elles arrivent toute à bout. Elle explique que dans l'équipe en elle-même, tout se passe pour le mieux, qu'elles s'entendent à merveille, et heureusement qu'elles se soutiennent beaucoup. Mais elles en ont marre, elles arrivent à bout et elles savent qu'elles ne peuvent pas en parler à leur direction qui est trop "butée" pour admettre qu'elles puissent faire des erreurs car dans tout les cas, elles rejetteront la faute sur elles.

Elle évoque la possibilité de contacter la PMI, mais craint pour son emploi. Elle souligne également les difficultés rencontrées pour faire remonter les problèmes à la direction, qui minimise ou nie les faits.

Des solutions envisagées par l'équipe

L'équipe a pensé à contacter la PMI, mais elles ont quand même toute besoin d'avoir un salaire à la fin du mois… Elles savent que si c'est elles qui vont tête baissée vers la direction, elles vont nier et leur mettre leurs erreurs dans la figure. Pour les couches, elles ont dû mettre des couches taille 3 à des enfants à qui on met des taille 5 habituellement… Puis oui, elles ont pensé à faire remonter les infos à la directrice du bureau de l'association mais dans tout les cas, elles savent que derrière elles vont se faire pourrir… Elles vont leur rire au nez, elles le savent. Déjà, quand sa collègue a finit à 18H30 au lieu de 18H00, elle lui a soutenu qu'elle lui avait dit, mais vraiment soutenu hein. Et quelques jours plus tard, elle a admis à une autre collègue qu'elle s'était trompée et qu'elle avait sûrement oublié de la prévenir mais le principal c'est qu'elle ait fait la fermeture de la crèche sans broncher…

Droit de retrait : une solution extrême ?

Face à des conditions de travail dangereuses, les employés peuvent exercer leur droit de retrait. Cependant, cette solution radicale nécessite une mobilisation de toute l'équipe et une préparation minutieuse, en s'appuyant sur les textes de loi en vigueur. Il est important de lister les fois où les textes n ont pas été respectés et de dénoncer.

Recommandations et Perspectives

Pour améliorer la situation des crèches en France, plusieurs pistes peuvent être explorées :

  • Revoir le système de financement : Il est impératif de repenser le financement des crèches, en privilégiant la qualité de l'accueil et le bien-être des enfants plutôt que la rentabilité.
  • Renforcer les taux d'encadrement : Augmenter le nombre de professionnels qualifiés par enfant est essentiel pour garantir un accueil individualisé et sécurisant.
  • Améliorer les conditions de travail : Il est crucial de réduire la pression sur les employés, en leur offrant des salaires décents, des formations continues et un soutien psychologique.
  • Promouvoir la communication et la transparence : Il est important de favoriser un dialogue ouvert entre la direction, les employés et les parents, afin de prévenir les conflits et d'améliorer la qualité de l'accueil.
  • Valoriser les professionnels de la petite enfance : Il est essentiel de reconnaître l'importance du travail des professionnels de la petite enfance et de leur offrir une reconnaissance sociale et financière à la hauteur de leurs compétences et de leur engagement.

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