L'article explore le phénomène rare de la superfécondation hétéropaternelle, une situation où des jumeaux sont conçus avec des pères différents. Ce phénomène, bien que rare, suscite un intérêt croissant dans le domaine de la biologie de la reproduction et de la génétique.
Introduction à la Superfécondation Hétéropaternelle
La superfécondation hétéropaternelle est un événement biologique exceptionnel au cours duquel deux ovocytes, libérés lors d'un même cycle menstruel, sont fécondés par des spermatozoïdes provenant de deux hommes différents. Cette situation particulière conduit à la naissance de jumeaux dizygotes (faux jumeaux) ayant des pères distincts.
Le Mécanisme Biologique de la Superfécondation Hétéropaternelle
Chez la femme, bien qu'un seul ovocyte soit généralement expulsé d'un des deux ovaires à chaque cycle, il arrive qu'un ovaire expulse deux ovocytes en même temps. C’est ce qu’on appelle une polyovulation, ou double ovulation, un phénomène qui est de plus en plus fréquent avec l’âge. La superfécondation hétéropaternelle se produit lorsque ces ovocytes sont fécondés par des spermatozoïdes de pères différents. Cela est possible car les gamètes mâles peuvent survivre jusqu’à cinq jours dans les voies génitales féminines. Si, pendant ce laps de temps, une femme a des rapports sexuels avec deux hommes différents, il est possible qu’un spermatozoïde provenant de chaque partenaire sexuel féconde un ovocyte, avec pour conséquence une grossesse gémellaire. Dans ce cas, les jumeaux dizygotes proviennent donc de deux ovocytes fécondés par des spermatozoïdes ne provenant pas du même géniteur.
Cas Cliniques et Découvertes
Étude de Cas Colombienne (2020)
Un article publié en décembre 2020 dans Biomedica, revue de l’Institut national de la santé colombien, relate l’histoire de jumeaux de sexe masculin pour lesquels un test de paternité a révélé qu’ils avaient des pères différents. Le test, réalisé avec le consentement des parents, a mis en évidence des incohérences entre les marqueurs ADN du père supposé et ceux de l'un des jumeaux. L'analyse génétique a confirmé que le père supposé était bien le père biologique de l'un des jumeaux, mais pas de l'autre.
Autres Cas Historiques et Récentes Découvertes
Le premier cas de superfécondation hétéropaternelle a été rapporté dans la littérature médicale en 1810 par John Archer, premier médecin diplômé du continent américain. Il s’agissait de la naissance de jumeaux dont l’un était blanc et l’autre noir, la mère ayant eu des relations avec deux hommes. D’autres cas furent rapportés en 1978 dans le New England Journal of Medicine et en 1992 dans The Lancet. En 2016, à Xi’an (centre de la Chine), c’est à la demande du père présumé qu’un test de paternité a été réalisé pour savoir s’il était le géniteur de ses jumeaux.
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Un cas rapporté en 2019 par des généticiens américains et australiens montre que le test de paternité peut être motivé par un des jumeaux. Dans ce cas, c’est la jumelle qui a poussé son frère, son père présumé, sa mère, ainsi que des membres de la famille proche, à se soumettre à une analyse comparative de leur ADN respectif. Elle avait depuis toujours éprouvé le « sentiment instinctif que quelque chose ne collait pas ».
Facteurs Influant sur la Superfécondation Hétéropaternelle
Plusieurs facteurs peuvent influencer la survenue de la superfécondation hétéropaternelle, notamment :
- La polyovulation: L'expulsion de plusieurs ovocytes lors d'un même cycle menstruel. Chez certaines femmes, il arrive que deux (ou plusieurs) ovocytes soient expulsés au cours des 24 heures d’ovulation, au lieu d’un seul.
- La survie des spermatozoïdes: La capacité des spermatozoïdes à survivre plusieurs jours dans les voies génitales féminines. Les gamètes mâles peuvent survivre jusqu’à cinq jours dans les voies génitales féminines.
- Les rapports sexuels multiples: Des rapports sexuels avec des partenaires différents pendant la période de fertilité. Si pendant ce laps de temps une femme a des rapports sexuels avec deux hommes différents et expulse deux ovocytes au cours du même cycle menstruel, il est possible qu’un spermatozoïde provenant de chacun des partenaires sexuels féconde un ovocyte, avec pour conséquence une grossesse gémellaire.
Superfécondation vs Superfétaion
Il est important de distinguer la superfécondation hétéropaternelle de la superfétation. Des jumeaux peuvent également être le résultat d’une « superfétation », processus au cours duquel deux ovules sont fertilisés pendant des cycles menstruels différents. En d’autres termes, la superfétation correspond à la fécondation et l’implantation d’un ovocyte fécondé dans un utérus contenant déjà le fruit de la fécondation d’une précédente ovulation.
Implications et Considérations Éthiques
La superfécondation hétéropaternelle soulève des questions juridiques et éthiques complexes, notamment :
- La paternité légale: La détermination de la paternité légale des jumeaux.
- Les droits et responsabilités des pères: Les droits et responsabilités des pères biologiques et légaux.
- Les implications psychologiques: Les implications psychologiques pour les enfants, les parents et les familles impliquées.
Importance des Tests de Paternité et Avancées Technologiques
L'augmentation des demandes de tests de paternité, ainsi que l'accès plus fréquent aux outils de la biologie moléculaire, permettent de mieux identifier les cas de superfécondation hétéropaternelle. Les tests de paternité sont essentiels pour établir la filiation biologique des enfants et peuvent révéler des situations complexes comme la superfécondation hétéropaternelle.
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Assistance Médicale à la Procréation (AMP)
L’assistance médicale à la procréation (AMP) est destinée à répondre à un projet parental. En France, depuis juillet 1994, l’assistance médicale à la procréation est encadrée par les lois de bioéthique, qui sont révisées régulièrement en fonction des avancées scientifiques et sociétales. Ces pratiques font appel à des cliniciens et biologistes compétents, exerçant dans des établissements de santé autorisés. Depuis la loi du 2 août 2021 relative à la bioéthique, tout couple formé d’un homme et d’une femme ou de deux femmes, ou toute femme « non mariée » a accès à l’assistance médicale à la procréation. L’assistance médicale à la procréation regroupe les pratiques cliniques et biologiques qui, par la manipulation des gamètes, permettent de répondre à un projet parental. Elles comprennent l’insémination artificielle et le transfert d’embryons conçus par fécondation in vitro (FIV) sans micromanipulation ou avec micromanipulation (injection intracytoplasmique de spermatozoïde [ICSI, pour intracytoplasmic sperm injection]). Ces pratiques incluent également la conservation des tissus germinaux, des gamètes et des embryons obtenus in vitro.
Insémination Artificielle
L’insémination artificielle consiste à déposer au niveau des voies génitales féminines, habituellement au niveau de la cavité utérine (insémination intra-utérine [IIU]), une préparation de spermatozoïdes afin de favoriser la rencontre des gamètes mâles et femelles. les insémination artificielle avec donneur (IAD) ou sperme autoconservé.
Fécondation in vitro (FIV)
En 1978, Patrick C. Steptoe et Robert G. Edwards (Prix Nobel de médecine 2010) ont permis la naissance en Angleterre du premier enfant (Louise Brown) conçu par fécondation in vitro. Les bénéficiaires doivent préalablement consentir à la congélation des embryons surnuméraires.
La fécondation in vitro avec micromanipulation consiste à réaliser la fécondation des ovocytes matures sur le plan méiotique (en métaphase II) en injectant un spermatozoïde directement dans le cytoplasme de l’ovocyte, en vue du transfert de l’embryon obtenu dans la cavité utérine. La première grossesse obtenue par ce procédé a été rapportée en 1992 par une équipe belge.
Stimulation Ovarienne
La stimulation ovarienne a pour but d’optimiser la phase folliculaire du cycle ovarien. Un traitement hormonal est prescrit : les doses sont adaptées aux données cliniques de la patiente, notamment à la réserve ovarienne. Ce traitement consiste en une injection quotidienne d’hormones par voie sous-cutanée. C’est à la patiente elle-même de s’administrer le traitement ! Aux femmes présentant des troubles de l’ovulation (dysovulation) ou une absence totale d’ovulation (anovulation).
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Monozygotes ou Dizygotes : Quelle Différence Entre Vrais et Faux Jumeaux ?
Dès qu’on évoque la grossesse gémellaire, plusieurs termes reviennent. Vrais jumeaux, faux jumeaux, mais aussi monozygotes, dizygotes… Que signifient ces dénominations ? Comment se forment les jumeaux ?
Dans le cas des monozygotes (également appelés homozygotes), un seul ovule rencontre un seul spermatozoïde. Ensemble, ils forment un œuf. Mais au lieu de donner un seul embryon, cet œuf va se scinder en deux lors de la première division cellulaire, et aboutir, de division cellulaire en division cellulaire, à la formation de deux embryons. Ces derniers donneront deux fœtus puis deux bébés au patrimoine génétique strictement identique, puisqu’issu du même spermatozoïde et du même ovule.
Chez les jumeaux dizygotes, à l’inverse des monozygotes, il n’y a pas de séparation de l’œuf en deux embryons, puisqu’il y a deux œufs différents dès le départ. Il s’agit alors de deux individus aussi distincts que des frères et sœurs, à la différence près qu’ils ont évolué en même temps dans l’utérus de leur mère. Les deux embryons évoluent alors dans deux sacs amniotiques et avec deux placentas et deux chorions (couche externe du placenta) différents.
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