La prééclampsie est une complication de la grossesse qui nécessite une attention particulière. Il est essentiel de comprendre les symptômes, les facteurs de risque et les options de traitement pour assurer la santé de la mère et du bébé. Cet article vise à fournir des informations complètes sur la prééclampsie, en mettant l'accent sur les aspects clés à surveiller et les mesures à prendre pour une prise en charge efficace.
Qu'est-ce que la prééclampsie ?
La prééclampsie est une complication grave qui peut survenir pendant la grossesse, généralement après la 20e semaine, et parfois jusqu'à six semaines après l'accouchement. Autrefois appelée toxémie gravidique, elle se caractérise par une pression artérielle élevée (hypertension) et la présence de protéines dans l'urine (protéinurie) ou des dommages aux organes cibles. La prééclampsie est une préoccupation majeure pour les professionnels de la santé maternelle en raison de ses complications potentiellement graves pour la mère et le fœtus. Environ 3 % à 7 % des grossesses se compliquent d'une prééclampsie.
Définition médicale
La prééclampsie est définie comme une hypertension systolique supérieure à 140 mmHg et/ou une hypertension diastolique supérieure à 90 mmHg, associée à une protéinurie supérieure à 300 mg sur 24 heures.
Prééclampsie légère vs sévère
Le degré d'importance des prééclampsies peut être léger ou sévère. Techniquement, la prééclampsie est légère si les chiffres tensionnels sont supérieurs à 140 mm Hg et à 90 mm Hg, ou si l'élévation est trop importante et qu'il y a des protéines dans l'urine ou un gonflement des mains, des chevilles et des pieds. Environ 1 personne sur 200 atteinte de prééclampsie légère voit son affection évoluer en une éclampsie franche, une affection menant à des convulsions possiblement mortelles pour la mère et l'enfant. Toutefois, une proportion aussi grande qu'une personne sur 50 atteinte de prééclampsie sévère est susceptible de subir une convulsion.
Symptômes de la prééclampsie
La prééclampsie peut se manifester par divers symptômes, dont certains peuvent être facilement confondus avec des désagréments courants de la grossesse. Il est donc crucial de connaître les signes d'alerte et de consulter un professionnel de la santé en cas de doute.
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- Hypertension artérielle : Une pression artérielle supérieure à 140/90 mmHg est un signe clé. Il est préférable de connaître votre tension artérielle avant la grossesse et de la surveiller régulièrement pendant la grossesse.
- Protéinurie : La présence de protéines dans l'urine indique un problème rénal.
- Œdèmes : Un gonflement soudain des mains, des pieds ou du visage peut être un signe de prééclampsie. Bien que les œdèmes soient fréquents pendant la grossesse, une attention particulière doit être accordée à ceux qui apparaissent au visage, autour des yeux ou sur les mains.
- Maux de tête : Des maux de tête persistants, surtout après le premier trimestre, peuvent être un signe de prééclampsie.
- Troubles de la vision : Des sensations visuelles anormales telles que des mouches, des points lumineux, une vision floue ou une sensibilité à la lumière doivent être signalées immédiatement.
- Douleurs abdominales : Une douleur abdominale, ressentie typiquement comme une « barre », se situe généralement sous les côtes plutôt du côté droit.
- Autres symptômes : Nausées, vomissements, essoufflement, pouls très rapide, confusion mentale, sentiment accru d’anxiété et un sentiment de malheur imminent peuvent également être des symptômes de la prééclampsie.
Il est important d'écouter son instinct et de parler à son médecin de tout symptôme inhabituel. Un bon professionnel de la santé ne sera jamais trop occupé pour répondre à vos préoccupations.
Facteurs de risque de la prééclampsie
Certains facteurs augmentent le risque de développer une prééclampsie. Il est important de les connaître pour une surveillance accrue pendant la grossesse.
- Antécédents de prééclampsie : Les femmes qui ont déjà été atteintes de prééclampsie ont un risque plus élevé de développer à nouveau cette condition lors de grossesses ultérieures.
- Hypertension chronique : Les personnes dont la pression artérielle est élevée avant leur grossesse courent un risque accru.
- Grossesse multiple : Les grossesses gémellaires sont associées à un risque plus élevé de prééclampsie.
- Première grossesse : La prééclampsie est plus fréquente chez les femmes n'ayant encore jamais accouché.
- Facteurs ethniques : Elle s'observe plus fréquemment dans certains groupes ethniques qui sont particulièrement susceptibles à l'hypertension artérielle, notamment les personnes d'ascendance africaine.
- Facteurs génétiques et immunologiques : Des études suggèrent que des facteurs génétiques et immunologiques peuvent également jouer un rôle dans le développement de la prééclampsie.
Complications potentielles de la prééclampsie
La prééclampsie peut entraîner des complications graves pour la mère et le bébé si elle n'est pas traitée rapidement et efficacement.
Pour la mère
- Eclampsie : La prééclampsie peut évoluer en éclampsie, une condition caractérisée par des convulsions potentiellement mortelles pour la mère.
- Syndrome HELLP : Ce syndrome (hémolyse, élévation des enzymes du foie et faible numération des plaquettes sanguines) est une forme grave de prééclampsie qui peut entraîner des complications hépatiques et sanguines.
- Décollement placentaire : Le placenta se sépare de la paroi de l'utérus, entraînant un saignement interne.
- Complications à long terme : La prééclampsie peut avoir des implications à long terme sur la santé des femmes et sur les grossesses futures.
Pour le bébé
- Faible poids à la naissance : La prééclampsie peut entraîner un faible poids à la naissance.
- Accouchement prématuré : La prééclampsie peut provoquer un accouchement prématuré.
- Retard de croissance : La croissance du bébé peut être affectée parce que l'hypertension artérielle peut modifier le passage du sang vers le bébé à travers le placenta.
- Problèmes de santé à long terme : La prééclampsie peut entraîner des problèmes de santé à long terme pour l'enfant.
- Autisme et retard de développement : On a récemment associé l’autisme et le retard de développement à la prééclampsie sévère.
Diagnostic de la prééclampsie
Le diagnostic précoce de la prééclampsie est essentiel pour prévenir les complications potentiellement graves. Il repose sur une surveillance attentive de la pression artérielle et de la protéinurie, ainsi que sur d'autres tests si nécessaire.
Surveillance de la pression artérielle
Il est recommandé aux femmes ayant des antécédents de prééclampsie de suivre de près leur pression artérielle avant et pendant la grossesse, et de signaler tout symptôme inhabituel à leur professionnel de la santé. Il serait préférable que vous connaissiez votre tension artérielle avant la grossesse. Demandez « Quelle est ma tension artérielle ? » lors de chaque visite prénatale avec le médecin qui vous suit. Si vous êtes considérée par votre médecin comme faisant partie d’une population à risque, votre médecin peut vous conseiller de tenir un journal de votre tension artérielle, prise à la même heure et dans la même position. Partagez votre journal avec votre médecin à chaque visite et informez-le immédiatement si vous mesurez une augmentation significative entre les visites.
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Tests de protéinurie
La protéinurie est un autre symptôme de la prééclampsie. Elle indique que les protéines, normalement confinées dans le sang par le rôle filtrant de votre rein, se retrouvent dans vos urines.
Autres tests
En plus de ces tests de base, les médecins peuvent également surveiller les niveaux de certaines hormones et enzymes dans le sang pour obtenir une image complète de la santé de la mère et du bébé.
Traitement de la prééclampsie
Il n’existe pas de traitement pour « guérir » la pré-éclampsie. La seule solution pour arrêter la pré-éclampsie est d’accoucher pour retirer le placenta, source de la maladie. Le traitement de la prééclampsie dépend de la gravité de la condition et de l'âge gestationnel. Il est essentiel de surveiller de près l'évolution de la prééclampsie et d'adapter le traitement en fonction de la réponse de la patiente.
- Surveillance étroite : Généralement, seules les personnes présentant les cas les plus bénins, où les chiffres tensionnels révèlent une pression artérielle élevée, mais sans symptôme gênant, sont autorisées à rentrer chez eux à condition de s'aliter immédiatement.
- Repos : La pression artérielle d'une personne qui s'allonge pendant de longues périodes baisse. En outre, une personne pourrait s'étendre son côté gauche, car cette position diminue la pression sur plusieurs vaisseaux sanguins principaux et augmente l'envie d'uriner. Une évacuation régulière des urines améliore la qualité du sang circulant. Il est recommandé de boire beaucoup de liquides.
- Médicaments : Les médicaments utilisés normalement pour maîtriser une pression artérielle élevée ne sont pas utilisés dans le traitement d'une prééclampsie. On injecte au contraire du sulfate de magnésium. Son action atténue l'hyperréflexie (l'exagération des réflexes) et diminue le risque de crises convulsives. Elle abaisse aussi la pression artérielle. On utilise le même médicament dans le cas d'une éclampsie avérée.
- Accouchement : Le seul moyen de mettre la mère et l'enfant à naître hors de danger est de procéder à l'accouchement le plus vite possible. Même si le bébé est prématuré, il a plus de chance de survivre. Si le bébé est assez gros et que l'état de la mère a été stabilisé grâce au sulfate de magnésium, le médecin administrera généralement des médicaments pour déclencher le travail. Si, pour quelque raison que ce soit, la naissance normale est problématique, une césarienne est recommandée. Un accouchement rapide réduit le risque de complications tant pour la mère que pour le bébé et constitue le seul remède contre la prééclampsie.
Suivi post-partum
La mère doit être réévaluée au cours de la semaine suivant leur congé de l’hôpital après l’accouchement. Occasionnellement, la prééclampsie peut se produire jusqu'à 4 semaines après l'accouchement, mais habituellement la pression artérielle baisse régulièrement après l'accouchement du bébé.
Prévention de la prééclampsie
Bien qu'il n'existe pas de moyen garanti de prévenir la prééclampsie, certaines mesures peuvent contribuer à réduire le risque.
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- Alimentation équilibrée : Une alimentation équilibrée, riche en nutriments essentiels tels que le calcium et le magnésium, peut contribuer à maintenir une pression artérielle stable. Évitez le sel excessif, mais ne supprimez pas le sel de votre alimentation.
- Surveillance régulière de la pression artérielle : Il est recommandé aux femmes ayant des antécédents de prééclampsie de suivre de près leur pression artérielle avant et pendant la grossesse.
- Activité physique modérée : L'exercice physique régulier peut contribuer à maintenir une bonne santé cardiovasculaire.
- Suppléments de calcium : Dans certains cas, les médecins peuvent recommander des suppléments de calcium pour réduire le risque de prééclampsie.
Gonflement des pieds et prééclampsie
Le gonflement des pieds est un phénomène courant pendant la grossesse, mais il est important de distinguer l'œdème physiologique de celui qui pourrait être lié à une prééclampsie.
Œdème physiologique
Durant la grossesse, le corps d’une femme enceinte s’adapte en permanence pour répondre aux besoins du fœtus. L’utérus prend progressivement plus de place, exerçant une pression sur la veine cave inférieure, ce qui ralentit le retour veineux depuis les jambes vers le cœur. En conséquence, le sang circule moins bien, favorisant une accumulation de liquide dans les pieds, les chevilles et parfois même les jambes jusqu’aux genoux. Ce gonflement progressif des membres inférieurs est appelé œdème. Il s’agit d’un phénomène normal, surtout en fin de journée ou lors d’une grossesse de jumeaux.
Œdème pathologique
Si les œdèmes prennent de l’importance ou apparaissent brutalement, en quelques jours ou heures, ils peuvent être le signe annonciateur d’une maladie hypertensive de la grossesse. S’ils s’accompagnent d’une hypertension artérielle associée à un taux important d'albumine dans les urines, les œdèmes peuvent en effet être le signe d’une toxémie gravidique, une complication grave de la grossesse également appelée pré-éclampsie.
Astuces pour soulager les pieds gonflés
Il n’y a pas de traitement miracle contre l’œdème enceinte (on vise ici l'oedème physiologique, on s'entend), mais de petits gestes préventifs, semblables à ceux indiqués en cas de «jambes lourdes pendant la grossesse, permettent d’en limiter l’apparition. Objectif ? Activer la circulation sanguine, notamment au niveau des membres inférieurs.
- Portez des bas de compression : Ils permettent une meilleur circulation du sang dans les parois veineuses. Parlez-en à votre médecin ou à votre sage-femme pour une prescription (et donc, une prise en charge) et surtout, ne les achetez pas sur internet car des mesures de vos jambes doivent être prises correctement, ce qui peut être difficile à faire à la maison.
- Bougez régulièrement : Même si vous êtes fatiguée, l’activité physique douce est bénéfique. Une courte marche, des étirements légers ou de la natation aident à relancer la circulation. Éviter de rester longtemps debout ou assise sans bouger les jambes. Alterner les positions est essentiel.
- Surélevez les jambes : Dès que possible, en les plaçant sur un coussin ou un tabouret, notamment le soir. Dormir sur le côté gauche, ce qui soulage la pression exercée par l’utérus sur la veine cave et favorise le retour sanguin.
- Limitez le sel : Une consommation de sodium trop élevée favorise la rétention d’eau. Privilégiez une alimentation équilibrée et peu salée.
- Choisissez des chaussures confortables : Souples, aérées et à la bonne pointure, surtout si les pieds changent de taille en fin de journée.
- Massez les pieds et les jambes : De préférence du bas vers le haut, avec une huile adaptée ou à l’aide d’un jet d’eau fraîche sous la douche.
- Bains de pieds froids : Un bain de pieds froid d’une quinzaine de minutes ou une douche fraîche sur les jambes peut rapidement soulager vos jambes lourdes et vos pieds gonflés.
Sciatique et prééclampsie
La sciatique est une affection fréquente chez les femmes enceintes, caractérisée par une douleur aiguë le long du trajet du nerf sciatique. Bien que la sciatique elle-même ne soit pas directement liée à la prééclampsie, il est important de distinguer les symptômes et de consulter un médecin pour un diagnostic précis.
Symptômes de la sciatique
La douleur est souvent décrite comme une décharge électrique : elle part du bas du dos et se propage vers le fessier. Elle peut ensuite descendre le long de la cuisse jusqu'au mollet et parfois jusqu'à l'orteil. Si la douleur s'arrête avant le genou, on parle de sciatique tronquée. La douleur est généralement intense et peut être exacerbée en position assise ou debout, ou lors d'efforts spécifiques comme la toux ou les éternuements.
Soulagement de la sciatique
- Étirements inspirés du yoga : Ils permettent d’assouplir les articulations et les ligaments. Par exemple, les étirements du muscle pyramidal peuvent aider à réduire les inflammations associées à la sciatalgie.
- Ballon de grossesse : Les spécialistes recommandent également l'utilisation d'un ballon de grossesse pour soulager les douleurs lombaires.
- Bonnes postures : Adopter de bonnes postures est essentiel pour limiter les pertes d'équilibre et réduire les douleurs dorsales pendant la grossesse.
- Chaleur : L'utilisation d'une source de chaleur sur le dos et la fesse, que ce soit avec une bouillotte, un sac de céréales chauffées ou en prenant un bain mi-chaud mi-tiède, peut contribuer à soulager les tensions musculaires.
- Ceinture élastique : En cas de douleurs persistantes au dos avec sciatique de grossesse, l'utilisation d'une ceinture élastique étroite (également appelée bande pelvienne) peut aider à soulager les douleurs sacro-iliaques.
- Médicaments : Le paracétamol est généralement recommandé en premier lieu par les médecins généralistes ou les gynécologues, mais il peut ne pas être suffisant pour soulager les douleurs intenses.
- Kinésithérapie ou ostéopathie : Une approche plus globale, impliquant des séances de kinésithérapie ou d'ostéopathie, peut offrir une alternative efficace pour soulager les douleurs de manière plus durable.
Maux de tête et prééclampsie
Il est important de noter que si vous éprouvez des maux de tête de grossesse graves (surtout après le 1er trimestre de la grossesse), cela peut constituer un signe de prééclampsie. Elle est caractérisée par une hypertension artérielle associée à la présence de protéines dans les urines. Cette condition présente des risques pour la santé de la femme enceinte et du bébé.
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