La pré-éclampsie est une complication de la grossesse qui peut avoir des conséquences graves pour la mère et le fœtus si elle n'est pas traitée rapidement. Autrefois appelée « toxémie gravidique », elle se manifeste généralement pendant la seconde moitié de la grossesse, à partir de 20 semaines d’aménorrhée, et cesse avec la naissance de l’enfant et l’expulsion du placenta. Bien que la pré-éclampsie ne touche qu'environ 2 à 5 % des grossesses, il est essentiel de comprendre ses causes, ses symptômes et ses options de traitement pour assurer une prise en charge adéquate et minimiser les risques.
Définition et Prévalence
La pré-éclampsie est une pathologie spécifiquement obstétricale, dont la prévalence est estimée entre 2 et 5% des femmes enceintes. Elle se caractérise par une hypertension artérielle (tension artérielle supérieure à 14/9 survenant après vingt semaines d'aménorrhée chez une femme n'ayant jamais eu d'hypertension artérielle par le passé), et, dans les cas typiques, par une perte de protéines dans les urines et des œdèmes importants. Dans 1 cas sur 10, la prééclampsie est de forme sévère.
Causes et facteurs de risque
L’élément déclencheur de la prééclampsie est un dysfonctionnement du placenta. En cas de prééclampsie, son développement s’est anormalement effectué et il fonctionne mal, en raison notamment d’une mauvaise vascularisation. Autrement dit, l’ensemble des vaisseaux sanguins permettant d’irriguer le placenta ne jouent pas pleinement leur rôle. La prééclampsie est causée par une malformation des vaisseaux sanguins du placenta et provoque une souffrance du fœtus et une hypertension artérielle chez la mère.
Bien que toute femme enceinte puisse développer une pré-éclampsie, certains facteurs augmentent le risque :
- Antécédents personnels de pré-éclampsie lors d'une grossesse précédente
- Première grossesse
- Grossesse multiple (jumeaux, triplés, etc.)
- Âge maternel avancé (plus de 40 ans)
- Obésité
- Antécédents familiaux de pré-éclampsie
- Conditions médicales préexistantes telles que l'hypertension chronique, le diabète, les maladies rénales ou les maladies auto-immunes.
Symptômes et Diagnostic
La prééclampsie se déclare le plus souvent pendant le 2e trimestre de grossesse et après la 20e semaine d’aménorrhée. Le premier symptôme est l’hypertension artérielle, en particulier si elle est supérieure à 140 mmHg et/ou 90 mmHg après la 20e semaine d’aménorrhée. Elle doit être mesurée deux fois. D'autres symptômes peuvent inclure :
Lire aussi: Traitement de l'éclampsie post-partum
- Œdèmes (gonflement) des mains, du visage et des pieds
- Maux de tête persistants
- Troubles de la vision (flou, points lumineux)
- Douleurs abdominales, en particulier dans la partie supérieure droite de l'abdomen
- Nausées et vomissements
- Diminution de la production d'urine
- Essoufflement
La pression artérielle et le taux de protéines dans les urines sont testés à chaque rendez-vous de suivi habituel de grossesse. En tant que femme enceinte, vous êtes normalement suivie chaque mois par votre sage-femme, votre gynécologue ou votre médecin traitant. Ces professionnels de santé mesurent votre tension lors de chaque consultation et vérifient vos résultats d’analyse de sang et d’urine, également effectuées chaque mois.
Complications possibles
Si elle n'est pas suivie, la pré-éclampsie peut déboucher sur une éclampsie, qui se traduit par des crises convulsives en fin de grossesse ou en post-partum. La prééclampsie peut laisser la place à l’éclampsie : une crise de convulsions qui touche le cerveau maternel. Ce phénomène apparaît en fin de grossesse et/ou après l’accouchement. Heureusement, cette complication est rare car la grande majorité des prééclampsies sont prises en charge à temps.
Outre l'éclampsie, d'autres complications graves peuvent survenir :
- Syndrome HELLP (hémolyse, cytolyse hépatique, thrombopénie) : une complication rare et grave de la pré-éclampsie. Un hématome se forme autour du foie en fin de grossesse ou dans les 24 heures suivant l'accouchement. Ce syndrome peut provoquer un hématome autour du foie, faisant alors ressentir des douleurs à l’abdomen, sous les côtes droites.
- Hématome rétroplacentaire : un hématome situé au niveau de la zone de fixation du placenta et de la paroi interne de l’utérus. Cette situation peut provoquer le décollement du placenta, supprimant ainsi (plus ou moins, en fonction du degré de décollement) les échanges nécessaires entre la mère et son bébé. L’hématome rétroplacentaire se reconnaît par : des douleurs brutales au ventre, des pertes de sang noirâtres, des contractions utérines et un rythme cardiaque fœtal anormal.
- Retard de croissance intra-utérin : présent dans 7 à 20% des grossesses subissant une HTA. Ce retard concerne généralement le périmètre de l’abdomen du bébé et peut être révélé par contrôle échographique à effectuer tous les 15 jours.
- Prématurité : elle est généralement la conséquence d’un accouchement provoqué plus tôt que prévu, en cas d’apparition d’une complication.
- Complications cardiovasculaires à long terme pour la mère.
Traitements et prise en charge
Tous les traitements médicaux mis en œuvre lors de prééclampsie servent à maintenir la grossesse jusqu’à un terme compatible avec la survie du fœtus. Lorsque le diagnostic est posé, la future maman est rapidement hospitalisée dans une maternité dotée d’un équipement permettant sa prise en charge, ainsi que celle de son enfant. Et ce, afin d’établir un bilan fœto-maternel : l’évaluation de la sévérité de la prééclampsie et de la vitalité du fœtus. Mais aussi pour la traiter au plus vite. L’objectif de cette prise en charge est de prolonger la grossesse le plus longtemps possible, afin que le fœtus puisse continuer à se développer in utero, sans conséquences sur sa santé ni celle de sa mère.
Le traitement de la pré-éclampsie dépend de la gravité de la maladie et de l'âge gestationnel du fœtus. Il peut inclure :
Lire aussi: Gestion de l'éclampsie après l'accouchement
- Surveillance étroite de la tension artérielle, de la fonction rénale et du bien-être fœtal. Pour les cas de pré-éclampsie sans symptôme sévère, la femme enceinte peut rester à domicile en évitant le travail, le stress et en privilégiant la position assise. Un arrêt de travail est proposé. Mais la plupart du temps, une hospitalisation de la femme enceinte est nécessaire pour évaluer la gravité de la maladie et suivre les effets de son évolution sur l'organisme de la patiente et de l'enfant qu'elle porte.
- Médicaments antihypertenseurs pour contrôler la tension artérielle. Plusieurs médicaments doivent être administrés, dont un incontournable : un traitement antihypertenseur par voie intra-veineuse, puis par voie orale si possible.
- Corticostéroïdes pour accélérer la maturation des poumons du fœtus si l'accouchement est susceptible de se produire prématurément.
- Sulfate de magnésium pour prévenir les convulsions (éclampsie).
- Accouchement : c'est le seul traitement définitif de la pré-éclampsie. La décision de déclencher l'accouchement dépend de la gravité de la maladie, de l'âge gestationnel du fœtus et de l'état de santé de la mère et du bébé.
Prévention
Bien qu'il ne soit pas toujours possible de prévenir la pré-éclampsie, certaines mesures peuvent réduire le risque :
- Suivi prénatal régulier : permet de détecter et de gérer rapidement les problèmes potentiels.
- Traitement préventif par aspirine à faible dose : peut être prescrit aux patientes avec un antécédent de prééclampsie ou présentant des facteurs de risque élevés. Un traitement préventif avec de l'aspirine peut être prescrit aux femmes enceintes ayant déjà connu une pré-éclampsie lors d'une précédente grossesse.
- Adoption d'un mode de vie sain : alimentation équilibrée, exercice physique régulier et maintien d'un poids santé avant et pendant la grossesse.
Pré-éclampsie Post-Partum
La prééclampsie peut toujours survenir après la naissance du bébé : immédiatement ou jusqu’à 6 semaines après. Voici pourquoi le suivi médical mis en place consiste à surveiller régulièrement la tension artérielle et la présence de protéines dans les urines, mais aussi à adapter le traitement antihypertenseur lorsque nécessaire et surveiller les facteurs de risque cardio-vasculaire. La contraception prescrite est décidée en fonction de l’état de santé de la mère : une contraception non hormonale est proposée en première intention. En effet, la contraception hormonale oestroprogestative est déconseillée jusqu’à 6 semaines après l’accouchement, en raison des effets secondaires qu’elle peut provoquer dans ce contexte.
Lire aussi: Comprendre le Syndrome HELLP
tags: #pré-éclampsie #causes #et #traitements