La pré-éclampsie est une complication de la grossesse qui, bien que potentiellement grave, peut être gérée efficacement grâce à une détection précoce et une prise en charge appropriée. Cet article vise à fournir une information complète sur cette pathologie, ses symptômes, ses facteurs de risque, son diagnostic et son traitement, afin de permettre aux femmes enceintes de mieux comprendre cette condition et de vivre leur grossesse avec plus de sérénité.
Qu'est-ce que la pré-éclampsie ?
La pré-éclampsie, parfois appelée toxémie gravidique, est une maladie spécifique de la grossesse qui se caractérise par une hypertension artérielle (tension artérielle supérieure à 14/9) et la présence anormale de protéines dans les urines (protéinurie). Elle survient généralement après la 20e semaine d'aménorrhée, mais peut également se manifester en post-partum. Elle touche environ 2 à 10 % des grossesses.
Historiquement, l'éclampsie, la forme la plus grave de la pré-éclampsie, était décrite comme un "éclair" frappant les femmes en train d'accoucher, en raison des convulsions soudaines et des atteintes similaires à une crise d'épilepsie.
Causes et facteurs de risque
Bien que la cause exacte de la pré-éclampsie reste inconnue, on pense qu'elle est multifactorielle. Elle est liée à un mauvais développement du placenta, en particulier de sa vascularisation. Si on la décèle souvent peu au premier trimestre, il s’avère en fait, que dès les premières semaines de grossesse, le placenta ne se développe pas correctement. Il libère des substances toxiques pour l’organisme de la mère, les symptômes apparaissant alors autour de la 20è semaine. Plusieurs facteurs de risque ont été identifiés :
- Première grossesse : Elle apparaît à 75% au cours de la première grossesse et les risques diminuent par la suite si un deuxième enfant est conçu avec le même partenaire. La pré-éclampsie est plus fréquente chez les femmes qui accouchent pour la première fois : dans deux cas sur trois, il s’agit d’une première grossesse.
- Âge de la mère : L'âge de la future maman joue aussi un rôle : être enceinte avant ou après 40 ans augmente le risque.
- Antécédents familiaux : On peut citer les facteurs de risques familiaux en premier lieu.
- Conditions médicales préexistantes : Certaines maladies favorisent la survenue d'une hypertension pendant la grossesse : l'obésité avec un IMC supérieur à 30, le diabète (type 1 et type 2), les maladies rénales chroniques, les troubles de la coagulation, les maladies cardiovasculaires, les maladies auto-immunes (sclérose en plaques), le Syndrome des ovaires polykystiques.
- Grossesses multiples : Les grossesses multiples (jumeaux, triplés…) augmentent aussi le risque.
- Antécédent personnel de pré-éclampsie: Avoir déjà eu une pré-éclampsie lors d'une grossesse précédente augmente le risque de récidive.
D'autres facteurs de risque potentiels comprennent le tabagisme, le poids et les prédispositions génétiques. La recherche avance : des pistes génétiques, hormonales et immunologiques sont actuellement à l’étude pour mieux comprendre pourquoi certaines femmes développent cette pathologie, et d'autres non.
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Symptômes de la pré-éclampsie
La pré-éclampsie peut évoluer de manière silencieuse, surtout au début. C’est pourquoi les consultations de suivi de grossesse, avec prise de tension et analyse d’urines, sont si importantes. Cependant, certains signes peuvent alerter :
- Hypertension artérielle : Pour une femme enceinte, la pression artérielle ne doit pas dépasser 140/90. Au-delà, c’est l'hypertension. La tension est considérée comme trop élevée lorsqu’elle dépasse ou qu’elle est égale 140/90 mmHg. C’est souvent le premier signe détecté lors d’un rendez-vous médical, sans que la patiente ressente forcément de gêne. Votre professionnel de santé saura vous orienter en cas de tension trop élevée.
- Protéinurie : Si la femme cumule hypertension et présence de protéines dans les usines, un diagnostic de pré-éclampsie est posé. Les reins, perturbés par la maladie, laissent passer des protéines qui sont normalement filtrées. Cela ne provoque pas de douleur, mais se détecte par un test urinaire simple qui est pratiqué chaque mois là aussi.
- Œdèmes : Des oedèmes peuvent aussi être présents, au niveau des membres inférieurs et/ou du visage. Il est normal d’avoir les jambes un peu gonflées en fin de grossesse, mais si les chevilles, les mains ou le visage se mettent à enfler brutalement, cela peut être un signe de prééclampsie.
- Maux de tête : Des maux de tête, intenses et persistants. Ceux-ci ne sont pas soulagés par le paracétamol. Des céphalées intenses, inhabituelles et qui ne passent pas avec du paracétamol peuvent être le signe que la pression artérielle est trop élevée.
- Troubles de la vision : Impression de voir des “mouches” volées, flash lumineux. Des troubles de la vision : éclairs dans le champ de vision, papillotements. Voir flou, percevoir des taches noires, des éclairs lumineux ou avoir une sensibilité accrue à la lumière sont des signes neurologiques à prendre au sérieux.
- Douleurs abdominales : Douleurs au ventre, sous les côtes. Souvent dans la partie supérieure du ventre ou sous les côtes droites. Parfois ressenties comme une barre sous la poitrine, ces douleurs peuvent traduire une souffrance du foie liée à la prééclampsie.
- Nausées et vomissements : Des nausées ou vomissements inexpliqués : s’ils apparaissent après le 2ᵉ trimestre, ils peuvent être dus à un dysfonctionnement des organes internes et non aux « nausées de grossesse » habituelles.
- Diminution de la quantité d’urines : Si vous urinez beaucoup moins que d’habitude ou que les urines sont très foncées, cela peut signaler un problème rénal.
- Prise de poids rapide : Une prise de poids rapide et importante : au-delà de la prise de poids progressive normale pendant la grossesse, une augmentation de plusieurs kilos en quelques jours peut indiquer une rétention d’eau excessive.
- Malaise général.
Il est important de noter que tous ces symptômes ne sont pas systématiques, et une femme peut avoir une pré-éclampsie sans gonflements visibles ni maux de tête. Au moindre doute, surtout au-delà de la 20ᵉ semaine de grossesse, il est toujours préférable de consulter.
Diagnostic de la pré-éclampsie
Le diagnostic de la pré-éclampsie repose sur deux éléments clés, surveillés lors du suivi de grossesse :
- Mesure de la tension artérielle : Une pré-éclampsie est suspectée si la tension artérielle est supérieure à 140/90 mmHg, et ce, après la 20ᵉ semaine d’aménorrhée. Deux mesures espacées dans le temps sont généralement nécessaires pour confirmer une hypertension. La tension artérielle est mesurée lors de chaque visite de suivi de grossesse, chez la sage-femme ou chez le médecin gynécologue.
- Analyse d'urine (protéinurie) : Il s’agit de la présence anormale de protéines dans les urines, qui indique que les reins sont affectés. Elle peut être détectée soit avec une bandelette urinaire en consultation ou en pharmacie, soit avec une analyse d’urines de 24 h en laboratoire pour quantifier plus précisément la protéinurie.
En cas de doute, d’autres examens peuvent compléter le bilan pour évaluer l’état de santé de la mère et de l’enfant : analyses sanguines (fonction hépatique, rénale, plaquettes), échographie pour surveiller la croissance fœtale, monitoring pour vérifier l’activité cardiaque du bébé.
Complications possibles
Si elle n’est pas surveillée ou traitée, la pré-éclampsie peut entraîner des complications graves pour la mère et le bébé.
Lire aussi: Gestion de l'éclampsie après l'accouchement
Pour la mère :
- Éclampsie : C’est la forme la plus sévère, avec des crises de convulsions. C’est une urgence vitale.
- Syndrome HELLP : Il associe des troubles du foie, une baisse des plaquettes (risque d’hémorragie) et une destruction des globules rouges.
- Hémorragie cérébrale : Liée à une hypertension très élevée et mal contrôlée.
- Œdème pulmonaire : Accumulation de liquide dans les poumons, provoquant un essoufflement brutal.
- Insuffisance rénale aiguë.
Pour le bébé :
- Retard de croissance intra-utérin : À cause du placenta qui ne fonctionne pas correctement.
- Naissance prématurée : Parfois très précoce si l’état de la mère ou du bébé se dégrade.
- Souffrance fœtale aiguë : En cas de décollement du placenta ou de chute brutale de l’oxygène.
- Décès du bébé in utero ou à la naissance : Dans de rares cas.
Traitement de la pré-éclampsie
Il n’existe pas de traitement qui « soigne » définitivement la pré-éclampsie pendant la grossesse. Le seul remède est l’accouchement, car le placenta doit être retiré pour que la maladie disparaisse. Les symptômes disparaissent généralement en quelques jours, mais une surveillance post-partum reste essentielle.
Si l’état de la maman le permet, un traitement de l’hypertension est mis en place, ainsi qu’une surveillance médicale, pour s’assurer qu’aucune complication n’apparaisse (convulsions, HELLP), et attendre un terme plus propice au bébé. Dans les formes graves, un traitement par sulfate de magnésium est proposé pour diminuer les risques de crises d’éclampsie. Avant 34 semaines d’aménorrhée, une cure de corticoïdes est proposée pour activer la maturation des poumons du bébé et diminuer les risques de complications en cas d‘accouchement. Lorsque la pré-éclampsie survient très précocement, avant 30 SA, le sulfate de magnésium permet aussi de diminuer la survenue de complications neurologiques qui peuvent survenir quelques jours après la naissance.
Dans la grande majorité des cas, la patiente guérit sans séquelle et il n'y a aucune récidive pendant les autres grossesses.
Pré-éclampsie post-partum
La tension artérielle peut monter après l'accouchement chez certaines femmes. Dans les heures et les jours après l'accouchement, le système sanguin se réorganise. L'organisme doit faire face à de nombreuses perturbations. C'est un moment critique où la tension artérielle peut se mettre à monter, de façon temporaire ou définitive. Lorsqu'elle est temporaire, l'hypertension artérielle post-partum dure de quelques jours à quelques semaines après l'accouchement, en général.
Pour faire baisser la tension artérielle en post-partum, il est conseillé de se reposer et de se détendre, de limiter le sel et de pratiquer une activité physique modérée (dans la limite des recommandations post-accouchement).
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Conséquences à long terme
La pré-éclampsie ne disparaît pas toujours complètement après l’accouchement. Certaines femmes développent ensuite une hypertension chronique, des problèmes cardiaques ou des troubles rénaux. Pour l’enfant, surtout en cas de prématurité, il peut exister un risque plus élevé de petit poids de naissance ou de retard de développement. Ces conséquences ne sont pas systématiques, mais elles rappellent l’importance d’un bon suivi médical après la naissance, pour la mère comme pour le bébé.
Importance de l'information et du suivi
La pré-éclampsie est une maladie sérieuse, mais elle ne signifie pas forcément que la grossesse se passera mal. Grâce à un dépistage régulier, une prise en charge adaptée et un bon accompagnement médical, de nombreuses femmes traversent cette épreuve et donnent naissance à des bébés en bonne santé.
Il est crucial de s'informer, de reconnaître les signes et de ne pas hésiter à consulter en cas de doute. En cas de diagnostic de pré-éclampsie, la femme enceinte bénéficie d'une surveillance étroite avec des échographies plus fréquentes afin de contrôler le développement de l’enfant et le débit dans le cordon ombilical.
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