Introduction
La pré-éclampsie est une complication de la grossesse qui peut avoir des conséquences graves pour la mère et l'enfant. Elle est caractérisée par une hypertension artérielle et la présence de protéines dans les urines (protéinurie), survenant généralement après la 20e semaine d'aménorrhée. Une surveillance étroite et une prise en charge adaptée sont essentielles pour minimiser les risques et assurer une issue favorable pour la mère et le bébé.
Qu'est-ce que la pré-éclampsie ?
La pré-éclampsie est une maladie spécifique de la grossesse, liée à un dysfonctionnement du placenta. Cet organe temporaire, qui se forme dans l'utérus pendant la grossesse, assure les échanges sanguins entre la mère et le fœtus. La pré-éclampsie résulte d'une malformation des vaisseaux sanguins du placenta, ce qui perturbe le flux sanguin et peut affecter la croissance du fœtus et le fonctionnement de l'organisme maternel.
Autrefois appelée « toxémie gravidique », la pré-éclampsie se manifeste par une association de symptômes :
- Une pression artérielle élevée (hypertension gravidique ou gestationnelle), définie par une pression artérielle systolique supérieure à 140 mmHg et une pression artérielle diastolique supérieure à 90 mmHg.
- Une augmentation de la quantité de protéines dans les urines (protéinurie), avec une concentration de protéines supérieure à 300 mg/24h.
Dans certains cas, ces symptômes peuvent être accompagnés d'un œdème pulmonaire ou d'un dysfonctionnement du foie ou des reins.
On estime que la pré-éclampsie touche 3 à 5 % des grossesses. Grâce à un suivi attentif de la mère enceinte, le risque de survenue d'une forme sévère, appelée crise d'éclampsie, a été réduit à environ 1 %.
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Facteurs de risque
Plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque de développer une pré-éclampsie :
- Première grossesse : La pré-éclampsie survient plus fréquemment lors de la première grossesse (70 à 75 % des cas).
- Âge : Les femmes enceintes de moins de 18 ans ou de plus de 40 ans sont plus à risque.
- Antécédents : Avoir des antécédents de pré-éclampsie ou des antécédents familiaux de pré-éclampsie augmente le risque. Un antécédent de pré-éclampsie multiplie le risque par 7.
- Grossesse multiple : Les grossesses gémellaires, triplées, etc., sont associées à un risque accru.
- Exposition au sperme : Un changement récent de partenaire sexuel ou une exposition limitée au sperme du partenaire (port prolongé du préservatif) peuvent augmenter le risque. La procréation médicalement assistée avec don de sperme est également un facteur de risque.
- Conditions médicales préexistantes : Les femmes souffrant de diabète, d'hypertension artérielle, de maladie rénale, d'obésité (indice de masse corporelle > 30), d'un syndrome des ovaires polykystiques ou d'une maladie auto-immune (lupus, syndrome des antiphospholipides, sclérose en plaques) présentent un risque accru.
- Tabagisme: Le tabagisme est associé à un risque accru d'hypertension artérielle gestationnelle.
Symptômes
La pré-éclampsie ne provoque pas toujours de symptômes évidents. Souvent, elle est détectée lors des consultations mensuelles de suivi de grossesse, grâce à la prise de la tension artérielle et à l'analyse des urines.
En cas de pré-éclampsie sévère, la femme enceinte peut ressentir divers symptômes, tels que :
- Des maux de tête intenses
- Des troubles de la vision (tâches noires ou lumineuses, hypersensibilité à la lumière)
- Des acouphènes (bourdonnements d'oreilles)
- Des douleurs abdominales (sous les côtes droites)
- Des vomissements
- Une diminution, voire un arrêt, de la production d'urine
- Des œdèmes (gonflements) au niveau du visage ou des membres, souvent accompagnés d'une prise de poids brutale (plusieurs kilos en quelques jours)
Il est important de noter que l'hypertension artérielle associée à la pré-éclampsie peut provoquer des gonflements des mains, des pieds et du visage, bien que leur seule présence ne prouve pas l'existence d'une pré-éclampsie.
Diagnostic et suivi
Le suivi régulier de la grossesse est essentiel pourDiagnostiquer précocement la pré-éclampsie. En plus de la prise de la tension artérielle et de l'analyse des urines à chaque visite mensuelle, trois échographies sont recommandées au cours d'une grossesse sans risque. Le dépistage de la pré-éclampsie peut également être réalisé lors de la première échographie du premier trimestre (entre la 11e et la 13e semaine d'aménorrhée).
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En cas de signes d'alerte, une hospitalisation d'urgence est nécessaire pour évaluer la sévérité de la pré-éclampsie et la vitalité du fœtus.
Chez les femmes considérées comme à risque, un examen biologique peut être réalisé à partir de la 20e semaine de grossesse. Il s'agit du dosage de deux biomarqueurs : SFLT1 (un récepteur soluble du facteur de croissance vasculaire VEGF) et PGF (Placenta Growth Factor, un facteur de croissance placentaire). Un rapport SFLT1/PGF faible (inférieur à 38) indique un faible risque de pré-éclampsie, tandis qu'un rapport élevé (supérieur à 38) nécessite une surveillance accrue.
Complications
En France, la pré-éclampsie reste l'une des principales causes de décès maternel et fœtal, bien que ce risque extrême soit rare grâce à une prise en charge et un suivi étroit. Cependant, environ 10 % des cas de pré-éclampsie sont sévères.
Chez la mère, une pré-éclampsie non traitée peut entraîner :
- Une éclampsie : Survenue de crises convulsives affectant le cerveau de la mère, en fin de grossesse ou après l'accouchement. La crise d'éclampsie se déroule en quatre phases : une phase de roulement des yeux et de contractions légères des muscles du visage et des mains, suivie d'une phase de rigidité musculaire et d'arrêt respiratoire, puis d'une phase de convulsions violentes.
- Un hématome rétroplacentaire : Décollement prématuré du placenta, provoquant un hématome entre le placenta et l'utérus, ce qui perturbe les échanges sanguins entre la mère et le fœtus.
- Le syndrome HELLP : (Hemolyse, Elevated Liver enzymes, Low Plaquettes) Destruction prématurée des globules rouges, diminution du nombre de plaquettes sanguines et augmentation des enzymes hépatiques, pouvant entraîner des hématomes autour du foie.
- D'autres complications plus rares, telles qu'un accident vasculaire cérébral, une insuffisance rénale aiguë, une rupture hémorragique du foie, un œdème aigu du poumon ou un décollement de la rétine.
Pour le fœtus, la pré-éclampsie peut entraîner :
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- Un retard de croissance intra-utérin
- Une prématurité (la pré-éclampsie est à l'origine d'un tiers des naissances de grands prématurés en France)
- Dans de rares cas, un décès en cas de crise d'éclampsie ou d'hématome rétroplacentaire important.
Prise en charge et traitement
L'accouchement est le seul moyen de mettre fin à la pré-éclampsie et à l'hypertension gravidique.
En cas de pré-éclampsie, une hospitalisation est indispensable pour une surveillance continue de la grossesse. Cette surveillance permet d'évaluer la gravité de la pré-éclampsie pour la mère et de mesurer son impact sur le fœtus. L'objectif de la prise en charge est de prolonger la grossesse le plus longtemps possible, afin de favoriser le développement du fœtus et de réduire les risques pour sa santé et celle de la mère.
En cas d'hypertension artérielle ou de pré-éclampsie sans complication, une hospitalisation de courte durée peut être suffisante, suivie d'un repos à domicile. Un traitement antihypertenseur peut être administré pour contrôler la tension artérielle. Un traitement par corticoïdes injectables peut être envisagé pour accélérer le développement des poumons du fœtus.
En cas de pré-éclampsie sévère, la femme enceinte reste hospitalisée et un accouchement prématuré par césarienne peut être nécessaire en cas de complication.
Chez les femmes ayant des antécédents de pré-éclampsie, un traitement préventif par aspirine à faible dose peut être prescrit avant la 16e semaine d'aménorrhée.
En cas d'extrême gravité, une interruption médicale de grossesse ou un accouchement en urgence peut être nécessaire pour sauver la mère et son enfant.
Prévention
Avant une grossesse, les femmes souffrant d'hypertension artérielle, de diabète ou de surcharge pondérale doivent consulter leur médecin traitant pour une prise en charge adaptée (contrôle de la tension artérielle avant la grossesse, suivi médical régulier, etc.) afin de limiter les risques de pré-éclampsie.
Il est important de noter que le repos est un élément très important dans la prise en charge de l'hypertension artérielle pendant la grossesse. Il n'est pas recommandé de suivre un régime pendant la grossesse.
Risque cardiovasculaire à long terme
Les études montrent que le fait d'avoir présenté une hypertension artérielle et/ou une pré-éclampsie pendant la grossesse est un marqueur de risque cardiovasculaire à plus long terme. Il est donc important d'être vigilante sur les éventuels facteurs de risque cardiovasculaire associés et d'avoir un suivi régulier de la tension artérielle, notamment au moment de la péri-ménopause et de la ménopause. Sept ans après une grossesse compliquée par une pré-éclampsie, 20 % des femmes présentent une hypertension artérielle et une altération de la fonction rénale, soit 10 fois plus que dans la population générale.
Recherche
La recherche sur la pré-éclampsie est en cours pour mieux comprendre les mécanismes de la maladie, identifier des marqueurs précoces et développer de nouvelles stratégies de prévention et de traitement. Des modèles animaux, comme des souris transgéniques surexprimant le gène STOX1, sont utilisés pour étudier les mécanismes pathologiques et tester de nouvelles pistes thérapeutiques. Des études de cohortes sont également menées pour identifier les facteurs de risque associés à la pré-éclampsie et découvrir des marqueurs précoces de son apparition. Une piste intéressante se dessine avec les cellules immunitaires « T régulatrices », dont le taux pourrait servir d'indicateur de risque. Des recherches génétiques ont également permis d'identifier des variants génétiques associés au risque de pré-éclampsie, notamment dans le gène FLT1, qui code pour un récepteur au facteur de croissance vasculaire VEGF. Ces travaux se poursuivent pour caractériser les mécanismes impliqués dans la formation du placenta et identifier de nouvelles cibles thérapeutiques.
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