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Poisson Fécond et Conséquences d'une Troisième Guerre Mondiale : Entre Apocalypse et Renaissance

Les récits apocalyptiques ont imprégné l'imaginaire collectif des dernières décennies, alimentés par la peur de la menace nucléaire, des catastrophes écologiques, des épidémies et des prophéties. Cependant, ces catastrophes, loin d'être synonymes de fin, peuvent se révéler être des catalyseurs de changement, ouvrant la voie à un renouveau social et biologique. Cet article explore les conséquences potentielles d'une troisième guerre mondiale, en s'inspirant de la science-fiction et des théories évolutionnistes pour envisager un futur posthumain.

La Catastrophe comme Tabula Rasa

Dans la fiction, la catastrophe, notamment nucléaire, est souvent perçue comme une possibilité de table rase, déstabilisant un système dystopique autrement inébranlable. Ray Bradbury, dans Fahrenheit 451, illustre comment l'explosion de bombes nucléaires relance le moteur de l'histoire, auparavant figé dans une société dystopique. Cette idée n'est pas nouvelle, ni en histoire ni en science naturelle. Les révolutions et les changements de régime nécessitent souvent des bains de sang et la destruction radicale des symboles du passé, l'évolution biologique pourrait bien fonctionner de manière analogue.

Stephen Jay Gould souligne l'antagonisme entre l'uniformitarisme et la notion de changements induits par des catastrophes. Les sociétés humaines, les êtres vivants et l'univers physique se modifient-ils indéfiniment par le biais de changements continuels et généralement insensibles (conception uniformitariste) ou bien les phénomènes matériels et les institutions humaines sont-ils caractérisés par des structures stables, de sorte que le changement est forcément concentré en de rares épisodes de transition rapide entre deux états stables, souvent déclenchés par des perturbations catastrophiques auxquelles les systèmes existants ne peuvent s'ajuster?

Si Darwin et les adeptes de la théorie synthétique de l’évolution sont convaincus que les changements surviennent par incrémentation continue (petits ajouts successifs) et uniquement par le mécanisme de la sélection naturelle, d’autres évolutionnistes, comme William Bateson, Hugo de Vries, Richard Goldschmidt ou Stephen Jay Gould, proposent une évolution par sauts ponctuels qui mèneraient à des transformations importantes, séparées par des périodes plus ou moins longues de stases. Ces bonds évolutifs peuvent avoir des causes catastrophiques, ou du moins être renforcés par elles. Or, à partir de cette hypothèse, on peut penser l’évolution humaine et, à travers elle, le posthumain.

Le Posthumain : Utopie Né de la Catastrophe

Les récits de la posthumanité se présentent immanquablement sur des modèles utopiques et dystopiques et, en cela, contribuent à construire un discours critique sur le présent. Et si l’utopie porte en elle la logique de sa propre destruction, sa version posthumaine tire parfois sa source d’une catastrophe initiatrice.

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De nombreuses conceptions du posthumain sont nées des théories de la cybernétique énoncées par Norbert Wiener au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Les théoriciens du posthumain comme N. Katherine Hayles et Cary Wolfe en identifient l’origine chez Wiener ; or, le père de la cybernétique a justement élaboré sa théorie à partir des catastrophes de la Seconde guerre mondiale que furent les camps de la mort nazis et la bombe nucléaire américaine, rendues possibles par la technique, d’une part, et le secret et la propagande (redondance informationnelle), d’autre part. La constatation de ces deux conditions d’émergence de la catastrophe a pavé la voie à l’élaboration d’une nouvelle utopie : celle de la communication, qui assurerait une plus grande transparence dans l’échange d’informations et qui permettrait de mettre la technique au service de l’homme plutôt qu’à son anéantissement. Dès lors, la catastrophe - qu’elle soit nucléaire, environnementale, virale ou autre - est régulièrement devenue le point de départ, la source, dans de nombreux récits de science-fiction, d’une nouvelle société « posthumaine » utopique ou dystopique.

Dans certains cas, la société n’est pas la seule à se refonder, à se réinventer à la suite d’une catastrophe, l’espèce humaine entière, sur le pur plan biologique, peut également subir un véritable saut évolutif, comme bien d’autres espèces avant elle du fait de météorites, d’ères glaciaires ou de périodes d’intense volcanisme. Le roman Galápagos de Kurt Vonnegut illustre ce processus, présentant une humanité condamnée aux catastrophes à la chaîne en raison de sa constitution biologique (cerveau à la taille démesurée).

Galápagos : Une Humanité Condamnée par son Cerveau

Galápagos, publié en 1985, raconte l’histoire de la fin de l’humanité et de l’émergence d’une posthumanité, du point de vue d’un fantôme nommé Leon Trotsky Trout qui hante, un million d’années dans le futur, l’archipel des Galápagos. Ce narrateur improbable narre les événements qui ont déclenché cette métamorphose, mettant tout particulièrement l’accent sur l’impuissance des personnages à choisir leur destin (en ponctuant son discours de la formule « Little did they know » [ « Ils ne pouvaient se douter »]) et l’inéluctabilité de leur mort en tant qu’ultime test darwinien (il ajoute des astérisques devant le nom des personnages qui mourront dans les prochaines pages). Il raconte ainsi qu’au milieu des années 1980, une crise économique mondiale dégénère rapidement en grave crise sociopolitique (guerres civiles, putschs militaires, guerres territoriales, famines, etc.), puis une épidémie met fin à l’aventure humaine, rendant infertiles toutes les femmes, à l’exception de celles qui font partie d’une minuscule communauté de survivants qui fait naufrage sur une île des Galápagos à bord du bateau de croisière Bahía de Darwin (« la croisière du siècle »). Complètement isolés, ils n’ont pas connaissance d’être les derniers humains fertiles et, donc, les ancêtres d’une posthumanité qui, un million d’années plus tard, est composée de mammifères marins semblables à des otaries.

Dans Galápagos, l’homme moderne présente une configuration biologique déficiente qui serait responsable de son organisation sociale profondément dystopique : son cerveau surdimensionné. Dans un rapport d’analogie, le corps humain, l’environnement et la société sont des systèmes complexes comparables, motivés par un objectif d’autopréservation et par des interactions internes et externes régulées par des lois (thermodynamiques, biochimiques, écologiques, éthiques, juridiques, etc.). Dans cette optique, le fonctionnement de ces systèmes peut être harmonieux (idéal) ou chaotique. Suivant la logique de l’évolution, on peut aisément concevoir un corps humain idéal parfaitement adapté à son environnement, aux besoins et à la survie de l’individu et de l’espèce. C’est le corps utopique imaginé par les eugénistes, inspirés par le darwinisme social, de Francis Galton à Josef Mengele, et par les transhumanistes du xxie siècle. Et, comme toutes les utopies, ce corps idéal ne peut avoir d’existence dans le réel, puisque l’évolution fonctionne par bricolage d’éléments préexistants épars et non comme un ingénieur tout-puissant qui en dessinerait les plans idéaux (précisément comme une société qui ne se construit jamais ex nihilo, mais par un long processus historique). Aussi, à l’image des utopies sociales, le corps utopique des eugénistes porte en lui la logique de son envers dystopique : en tant qu’organisation complexe culturellement construite et idéalement adaptée à l’environnement, il peut aisément devenir la source même de sa propre destruction. C’est le corps comme dystopie biologique. D’une manière plus concrète, si le cerveau disproportionné d’Homo sapiens lui a permis de survivre jusqu’ici malgré les faiblesses de son corps, le xxe siècle, tel que le représente Vonnegut, regorge d’exemples où ce même cerveau est la cause de pulsions autodestructrices individuelles et collectives. Dès les premières pages, le narrateur se questionne : « Can it be doubted that three-kilogram brains were once nearly fatal defects in the evolution of the human race ? » (G, p. 9) Et, puisque l’écriture postmoderne de Vonnegut est fractionnée, répétitive et circulaire, les exemples sont nombreux dans le roman où le narrateur accuse le cerveau, qu’il soit fonctionnel ou déréglé, d’être responsable de tous les maux de l’humanité : la violence (« His ancestors used to torture Indians - to make them tell where El Dorado was. It is hard to imagine anybody’s torturing anybody nowadays. », G, p. 155), le désespoir (« Why was quiet desperation such a widespread malady back then […] ?

Évidemment, si le cerveau humain n’était représenté que comme un simple désavantage évolutif, ça ne serait pas suffisant pour qualifier la société humaine de dystopique. Or, le roman présente la taille du cerveau comme un problème amplifié par sa mise en réseau. No single human being could claim credit for that rocket, which was going to work so perfectly. It was the collective achievement of all who had ever put their big brains to work on the problem of how to capture and compress the diffuse violence of which nature was capable, then drop it in relatively small packages on their enemies.

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Or, la capacité destructrice du cerveau humain n’a d’égale que sa capacité créatrice : « this famine was as purely a product of oversize brains as Beethoven’s Ninth Symphony. » (G, p. 24) En fait, la neuvième symphonie devient la mesure étalon du génie créateur humain et revient constamment dans le roman, jouant sur l’ironie de l’utilité adaptative de la culture par rapport à d’éventuelles adaptations biologiques. Ainsi, à de nombreuses reprises, la mort est-elle relativisée, voire réduite à l’absurde : lorsque le narrateur décrit la mort d’un personnage, il ajoute que même en vivant plus longtemps, celui-ci n’aurait jamais pu composer la neuvième symphonie. Selon un des personnages, ce raisonnement était évoqué par les soldats lors de la Première Guerre mondiale, afin de relativiser l’impact de la mort d’un individu et de ne pas sombrer dans la folie. Mary’s big brain told her […] that there was no harm, and possibly a lot of good, in people’s playing with all sorts of ideas in their heads, no matter how […] downright crazy they seemed to be. […] [But] if she came up with an idea for a novel experiment which had a chance of working, her big brain would make her life a hell until she had actually performed that experiment. […] And then, as though in trances, the people would really do it - have slaves fight each other to the death in the Coliseum, or burn people alive in the public square for holding opinions which were locally unpopular, or build factories whose only purpose was to kill people in industrial quantities, or to blow up whole cities, and on and on.

Cette énumération des conséquences sociales absurdes produites par la taille démesurée du cerveau humain révèle que l’humanité est en état de stase évolutive depuis très longtemps, puisque les exemples sont tirés autant de l’Antiquité que du xxe siècle. Il ne s’agit pas ici d’une critique de la modernité, mais bien d’une remise en cause de l’histoire humaine dans son ensemble, qui a pu produire quelques symphonies à l’occasion, mais surtout une longue liste d’horreurs et de catastrophes. Sur le plan biologique, une des hypothèses pour expliquer cette période de stase est la stabilité artificielle de la niche écologique. La sélection serait stabilisante du fait de la constance du milieu externe […], éventuellement créé par les organismes eux-mêmes (construction de niche), ou par les interactions avec les autres organismes […].

Ainsi, appliquée à l’homme la notion de niche expliquerait aisément sa stabilité morphologique : l’homme agissant sur son environnement pour le rendre conforme à ses besoins, il n’y a aucune pression sur sa propre évolution, du moins jusqu’à ce qu’il rende lui-même cet environnement hostile. Dans Galápagos, les derniers humains font naufrage sur Santa Rosalia, microsystème insulaire qui ne comporte pas de niche écologique pour une espèce intelligente et technologique, les ressources naturelles se révélant nettement insuffisantes pour construire des outils.

Le Rôle du Hasard et de la Causalité dans l'Évolution Post-Apocalyptique

Le roman met en scène les théories de l’évolution d’une manière un peu ambiguë, notamment à cause du point de vue narratif : lorsque l’histoire est narrée, Homo sapiens s’est déjà avéré un cul-de-sac évolutif. Les théories de l’évolution sont donc présentées comme des croyances partagées par les derniers humains : « so many people believed, a million years ago, that only the fit survived. » (G, p. 163) La théorie de l’évolution n’est pas qu’un mécanisme naturel, elle est aussi une idée (Richard Dawkins dirait un « mème ») qui circule, et donc le fruit d’un cerveau démesuré. L’espèce humaine survit grâce à la seule personne sur les îles Galápagos qui connaît l’histoire de l’évolution. […] Il s’agit d’une enseignante en biologie, qui […] entreprend un programme d’insémination artificielle […].

Or, la métamorphose de la forme humaine en une forme similaire à l’otarie demanderait bien plus d’un million d’années si l’on s’en tient au gradualisme darwinien. Il n’y a qu’à songer à quel point Homo sapiens n’a connu que des changements morphologiques relativement mineurs depuis un million d’années. Il faut forcément introduire dans le processus l’action de la catastrophe.

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La succession des catastrophes, comme une véritable réaction en chaîne narrative, permet de mettre en évidence l’importance fondamentale du hasard, puis de la causalité, dans l’évolution selon Darwin. Donnons un exemple parmi tant d’autres pour mieux comprendre cette logique de catastrophes en chaîne. Avant même le début de la mutation humaine en otarie, la présence de celle qui rend possible cette mutation, Mary Hepburn, s’explique par une série de hasards catastrophiques. D’une part, Roy Hepburn, un ingénieur d’Ilium, développe un cancer au cerveau qui le rend impulsif et le pousse à acheter des billets pour une croisière aux Galápagos. Puis, sa mort des suites du cancer fait que sa femme, Mary, s’y rend seule. D’autre part, la crise économique mondiale a entraîné la fermeture de l’usine de Roy, puis la réduction des effectifs à l’école locale, mettant Mary au chômage et lui permettant de se rendre en Équateur. La même crise économique y déclenche une famine, puis une crise politique majeure, et enfin une guerre régionale, qui entraîne l’annulation de la croisière ma…

Les Guerres de l'Eau et la Tech : Un Enjeu Crucial

Les conflits d'usage liés à l'eau sont de plus en plus préoccupants. Olivier Ertzscheid souligne la rivalité entre les sociétés prédatrices de la "Tech" qui considèrent l'eau comme un bien rival à exploiter, et les communautés qui luttent pour leur survie face au stress hydrique.

En Uruguay, plus de la moitié de la population n’a plus accès à l’eau potable à cause d’une sécheresse record. Face à ces 3,5 millions de personnes sans eau courante, on apprenait en Mai via l’AFP et le Huff Post mais aussi dans l’enquête du Guardian, que Google a acheté “près de 20 hectares de terrain pour y construire un centre données qui utiliserait 7,6 millions de litres d’eau par jour pour refroidir ses serveurs. En Espagne, plus précisément du côté de la Castille et de Tolède, et alors même que le pays fait face à une sécheresse et à un stress hydrique inédit, c’est Meta qui annonce la construction d’un gigantesque Data Center. D’un côté un investissement d’un milliard d’euros sur 7 ans et la promesse de “plus de 250 emplois ultraqualifiés”, de l’autre côté, les besoins en eau d’une telle infrastructure : “200 millions de litres d’eau potable par an, 665 millions de litres en incluant l’eau “propre”.

La consommation d'eau des datacenters, en particulier ceux utilisant l'IA, est considérable. L’entraînement de GPT-3 dans les centres de données ultramodernes de Microsoft aux États-Unis peut consommer directement 700 000 litres d’eau douce propre, ce qui est suffisant pour produire 370 voitures BMW ou 320 véhicules électriques Tesla, et ces chiffres auraient été triplés si les GPT-3 avaient été entraînés dans les centres de données asiatiques de Microsoft. En outre, l’entraînement de GPT-3 est également responsable d’une empreinte hydrique supplémentaire hors site de 2,8 millions de litres en raison de la consommation d’électricité (en supposant l’efficacité de l’utilisation de l’eau au niveau de la moyenne nationale américaine de 1,8L/kWh et une efficacité de l’utilisation de l’électricité de 1,2). Conclusion : ChatGPT doit “boire” une bouteille d’eau de 500 ml pour une simple conversation d’environ 20 à 50 questions et réponses, selon le moment et le lieu où le ChatGPT est déployé.

Face à la rareté de l’eau, une société pourra développer des systèmes de récupération et de recyclage, des méthodes d’irrigation plus performantes, des usines de dessalement plus efficaces - en recourant à la technologie. Mais elle pourra aussi modifier ses comportements, notamment accepter la tarification de son eau, consommer moins de viande et donc réduire la part de l’élevage dans la production agricole globale (celui-ci étant fort consommateur d’eau par kilogramme produit), changer de cultures et entériner des choix politiques d’arbitrage entre les besoins concurrents de certains de ces groupes. La consommation de l’eau et la satisfaction des besoins qu’elle induit ne sont pas, on le voit, qu’une question de technologie et d’approvisionnement. Elles relèvent aussi des questions de comportements socio-économiques et de choix politiques, d’où le terme de capacité d’adaptation sociale.

Information et Action Humanitaire : Un Lien Indissociable

L’aide humanitaire ne se ramène pas à un déploiement logistique, ne se limite pas à la seule maintenance d’organismes biologiques, mais s’adresse à des êtres humains. Cet épisode illustre le double effet de levier qui donne à l’humanitaire ses moyens d’action, directs et indirects. C’est parce qu’un article de presse les a informées que les ONG ont pu intervenir, là comme ailleurs, pour s’atteler à leur tâche de soulagement immédiat des souffrances. Et c’est en dévoilant devant l’”opinion publique” la face cachée de ce drame, en posant publiquement le dilemme dans lequel elles se trouvaient piégées, que les ONG ont pu le surmonter.

Lorsqu’au XIXe siècle Henri Dunant crée la Croix-Rouge et ouvre ainsi un espace dans lequel prend forme l’action humanitaire moderne, il agit dans le contexte d’une révolution de l’information raccourcissant le temps et les distances. Les principes d’humanité, affirmés par la Renaissance, développés par les Lumières, trouvent alors le substrat permettant que soient traduites concrètement, dans les guerres internationales, ces notions abstraites. Le premier président de la Croix-Rouge exprime avec force l’optimisme technique, ce romantisme du progrès qui a si profondément marqué la pensée du XIXe siècle : “On sait maintenant chaque jour ce qui se passe dans la terre entière, la connaissance du moindre fait de guerre se répand avec la vitesse de l’éclair […]. Écrivant ces lignes en 1899, Gustave Moynier attribuait déjà les succès encore récents de l’aide humanitaire à la révolution de l’information.

La Guerre comme Voyage : Une Perspective Inattendue

La Première Guerre mondiale est habituellement scindée en deux périodes de guerre de mouvement qui encadrent une troisième, plus longue, dite de guerre de positions. Or l’examen de l’expérience combattante invalide cette césure puisque le mouvement se trouve, précisément, être au cœur de ce que vivent les poilus entre 1914 et 1918.

Publiant en feuilleton dans l’Ouest-Eclair à partir de janvier 1917 le récit de son expérience de la Première Guerre mondiale au sein du 41e régiment d’infanterie, Georges Veaux introduit celle-ci comme une « randonnée formidable ». Plus de 45 ans plus tard, Jorge Semprun sort Le Grand voyage, ouvrage autobiographique dans lequel il évoque notamment sa déportation à Buchenwald. L’assimilation de deux des plus grands drames du XXe siècle, les tranchées de la Grande Guerre et le système concentrationnaire nazi, à ce qui est aujourd’hui une pratique culturelle de masse - le tourisme - peut paraître aujourd’hui choquante.

Expérience traumatisante par nature, la guerre change les hommes et peut donc, à cet égard, supporter cette métaphore, ce dont rendent d’ailleurs partiellement compte certains carnets écrits par les combattants. Ainsi celui d’Emile Orain, soldat du 47e régiment d’infanterie, ne se limite-t-il pas finalement à une succession d’étapes, du départ de Saint-Malo, lieu de casernement de l’unité, le 7 août 1914, à l’arrivée à Strasbourg en novembre 1918 ? De même, il est assez symptomatique de constater qu’un grand écrivain combattant tel que Roger Vercel - prix Goncourt 1934 pour Capitaine Conan - est également un des maîtres du roman maritime, genre littéraire où le voyage dans toutes ses dimensions est une composante essentielle. Semblable réflexion pourrait sans doute s’appliquer au Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline, un ancien maréchal des logis du 12e régiment de cuirassiers. Le roman ne s’ouvre-t-il pas sur l’engagement de Bardamu ?

Lorsque la mobilisation générale ne le surprend pas sous les drapeaux, le premier trajet du combattant consiste à quitter son domicile ou son travail pour rejoindre la caserne. Depuis la thèse fondatrice de J.-J. Becker, on sait que les soldats de 14 partent non pas « la fleur au fusil » mais résignés. Or l’usage veut que chaque mobilisé consigne au dépôt, avant son départ au front, l’adresse de la personne à prévenir « au cas où… ».

Effondrement et Reconstruction : Les Leçons du Passé

Jared Diamond, dans son essai Effondrement, analyse les écroulements des grandes sociétés humaines au terme d’une vaste étude géo-historique comparée de plusieurs civilisations écroulées. Il identifie plusieurs facteurs clés :

  • Les hommes infligent involontairement ou consciemment des dommages majeurs à leur environnement.
  • Des changements climatiques bouleversent l’équilibre écologique, qu’ils soient naturels ou liés aux activités humaines.
  • La pression militaire de voisins hostiles s’accentue, une guerre froide ou active s’installe, ce qui se répercute au niveau de la cohésion sociale et politique des pays, qu’elle affaiblit ou détruit.
  • L’alliance et les échanges de biens de première nécessité avec des voisins amicaux ou neutres se dégradent.

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