L'hygiène menstruelle est un enjeu de santé publique et de dignité humaine souvent relégué au second plan, entouré de tabous et de désinformation. En République centrafricaine, comme dans de nombreuses régions du monde, les règles restent un sujet délicat, source de honte et d'inégalités. Cet article explore l'importance cruciale de la sensibilisation et de l'éducation à l'hygiène menstruelle, en s'appuyant sur des initiatives récentes et des témoignages poignants.
Lever les tabous : Une nécessité pour la santé et l'éducation
Dans de nombreuses cultures, les règles sont encore perçues comme quelque chose de sale ou d'impur, un sujet de stigmatisation qu'il est préférable de ne pas aborder ouvertement. Cette culture du silence a des conséquences néfastes sur la santé et le bien-être des jeunes filles et des femmes. La peur et la gêne d'en parler peuvent entraîner une expérience négative, voire traumatisante, lors des premières règles.
Francine Gouzoumandji, Inspectrice académique de Bangui, souligne ce problème : « Depuis longtemps, on considère la règle comme un sujet tabou et même les parents surtout les mamans n’osent pas parler de ce sujet avec leurs filles. Du coup, la fille considère comme un péché. Elle est en période de ce qu’elle ne connait pas bien et elle refuse d’en parler avec sa maman pour pouvoir demander quelques conseils. Et là maintenant, vous voyez que la fille n’observe pas l’hygiène de son corps pendant cette période. Donc, la fille doit connaître ce que sais que l’hygiène de son corps et elle doit être propre pendant cette période ».
Le manque d'information et les préjugés accentuent les inégalités dans l'accès aux protections hygiéniques et à une hygiène décente. De plus, l'intériorisation de la douleur menstruelle comme quelque chose de naturel peut retarder le diagnostic de maladies telles que l'endométriose.
Initiatives de sensibilisation : Un pas vers le changement
Face à ces défis, des organisations et des individus se mobilisent pour briser le silence et promouvoir une meilleure compréhension de l'hygiène menstruelle. L'Association Action Solidaire, en partenariat avec l'UNPA, a organisé une campagne de sensibilisation au lycée technique de Bangui à l'occasion de la journée mondiale de l'hygiène menstruelle, célébrée chaque 28 mai.
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Lors de cet événement, des élèves du lycée technique, du Lycée Marie Jeanne Caron, du lycée des Martyrs et du lycée professionnel féminin ont reçu des kits de dignité et ont été sensibilisés à l'hygiène menstruelle. L'objectif de cette initiative était de faciliter une bonne compréhension sur la menstruation, l'hygiène menstruelle et la santé des jeunes filles et des femmes en Centrafrique.
Jean Claude Gazalima, Proviseur du lycée technique de Bangui, a salué l'initiative de l'association et a demandé aux responsables de faire en sorte que toutes les filles et femmes soient capables de gérer leurs menstruations.
Témoignages : Des expériences personnelles qui parlent
Les témoignages des jeunes filles sont essentiels pour comprendre l'impact des tabous et du manque d'information sur leur vie. Sombo Laura Delché, élève en classe de 1ere B au lycée Marie Jeanne Caron, a partagé son expérience : « le premier jour que je vois mes règles, j’étais à l’âge de 14 ans lorsque j’étais en vacances chez ma grand-mère à Bossongo. Pendant ma toilette intime, je sentais qu’il y le sang du coup je me rappelle de ce qu’on nous a dit à l’école. Je suis allée parler de ça à ma grand-mère, comme elle est vielle elle m’a déchiré son pagne et m’a montré comment posé. Et s’était à mon retour chez ma mère qu’elle à commencer à m’acheter la garniture ».
Ce témoignage illustre la nécessité d'une éducation adéquate et d'un soutien familial pour aider les jeunes filles à vivre leurs premières règles sereinement.
L'impact des initiatives : Un cercle vertueux
Les initiatives de sensibilisation ont un impact positif sur la vie des jeunes filles et des femmes. Nadine Kossi, coordonnatrice de l'Association Action Solidaire, se réjouit de la mobilisation et de la participation des filles : « Je suis plus que satisfaite d’autant plus que j’ai eu un témoignage, plus que l’année dernière. On s’était retrouvé au lycée professionnel féminin, l’une des élèves de ce lycée nous a fait savoir qu’après notre passage, elle a mis en place un club parce qu’elle même s’est rendue compte que les règles étaient l’une des raisons de déperdition scolaire et à travers son club, elle a essayé de sensibiliser, de communiquer et a pu convaincre certaines filles qui avaient honte de parler de leurs périodes monstrueuses. Et le reste de protection hygiénique qu’on avait laissé au sein lycée, à chaque fois qu’elles ont leurs règles en cours, elles peuvent se rendre au niveau de l’intendance pour prendre une serviette hygiénique pour s’échanger. Cela prouve combien, le message que notre organisation véhicule avec ses partenaires est en train d’être encré dans la tête de la population et c’est une très bonne chose ».
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Davilla Kenga Ndode, présidente de l’association les filles capables du lycée professionnel féminin, explique pourquoi elle a créé cette association : « J’ai créé une association qui s’appelle les filles capables. Nous devons expliquer aux autres filles cette période des règles ».
Ces initiatives contribuent à briser le silence, à améliorer l'accès aux protections hygiéniques et à réduire la déperdition scolaire liée aux règles.
La précarité menstruelle : Un enjeu de développement social
La question de la précarité menstruelle, c'est-à-dire le manque d'accès aux produits d'hygiène menstruelle, à l'eau et aux installations sanitaires adéquates, est un enjeu majeur de développement social. Dans le monde en général et en Afrique en particulier, de nombreuses femmes et jeunes filles sont confrontées à des difficultés pour gérer leurs règles dignement.
La précarité menstruelle a des conséquences sur la santé, l'éducation et la participation sociale des femmes. Elle peut entraîner des infections, un absentéisme scolaire et une exclusion sociale.
Il est donc impératif de mettre en avant cette question pour sensibiliser la société et les pouvoirs publics et de prendre des mesures pour lutter contre la précarité menstruelle.
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