La Procréation Médicalement Assistée (PMA), ou Assistance Médicale à la Procréation (AMP), englobe un ensemble de techniques médicales destinées à favoriser la grossesse. L'accès à ces techniques pour toutes les femmes, indépendamment de leur orientation sexuelle ou de leur situation matrimoniale, a été un sujet de débat passionné en France. Cet article explore les enjeux, les témoignages et les perspectives liés à la PMA pour toutes, en s'appuyant notamment sur le roman graphique "S'il suffisait qu'on s'aime, Chronique des années « PMA pour toutes »" de Daphné et Julie Guillot.
Le Contexte Politique et Social
L'histoire de la PMA pour toutes en France est intimement liée à l'évolution des droits des personnes LGBTQIA+. Lors de sa campagne présidentielle, François Hollande avait promis d’élargir l’accès à la PMA pour les femmes célibataires et homosexuelles, en même temps qu’il s’engageait à ouvrir le mariage et l’adoption aux couples de même sexe. « Clairement, l’enjeu c’était la pleine reconnaissance juridique et sociale des familles homoparentales », précisent Daphné et Julie Guillot. Cependant, après l’élection, le gouvernement a finalement séparé le mariage homosexuel de l’accès à la PMA.
Cette décision a engendré frustration et discrimination, prolongeant l'attente d'une légalisation qui a tardé à venir. Comme le souligne Daphné Guillot, le double discours politique a été particulièrement marquant, dénonçant les discriminations et les inégalités selon le choix de vie en matière de remboursements, de prises en charge et de facilités pour les couples hétérosexuels.
"S'il Suffisait Qu'on S'aime" : Un Témoignage Intime et Politique
Dans leur roman graphique, Daphné et Julie Guillot racontent leur propre parcours pour devenir mères. Elles se rencontrent en 2013, lors d'une manifestation de soutien à la loi Taubira, tombent amoureuses et décident de fonder une famille. Leur histoire, bien que simple en apparence, se heurte à la réalité complexe de la PMA pour les couples de femmes.
Elles ont écrit ce livre pour « ne pas oublier » : « On n’imagine pas qu’il y a des personnes derrière la polémique : pendant ces années, on a entendu des propos durs, blessants. On aurait pu éviter ces longs débats qui ont généré beaucoup de violence sur l’homosexualité ou l’homoparentalité. Le plus violent pendant toute cette période ? « Constater qu’on restait exclues d’un droit accordé à la très grande majorité : celui de devenir parents. »
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Le roman graphique entremêle leur récit intime avec des informations sur les avancées juridiques, législatives, sociales et sociétales. Daphné Guillot alterne expérience personnelle et infos. Ce livre militant et éducatif est bien construit et juste. Elles mettent leur vie, leur couple, leur amour sur table. Viennent alors les questionnements sur "enfant ou pas", sur "le dire ou pas", sur "que faire", "et sur "où le faire".
À travers leur vécu de couple lesbien, elles s'interrogent et interrogent le lecteur. Belgique, Espagne… Tout est déjà complexe pour les couples hétérosexuels. Alors pour un couple homosexuel, inutile d'en remettre une couche. Elles dénoncent les discriminations et les inégalités selon le choix de vie.
Les Difficultés Rencontrées
Le chemin vers la parentalité pour les couples de femmes est semé d'embûches. Les difficultés sont multiples :
- Légales et Juridiques: Avant la légalisation de la PMA pour toutes, de nombreux couples devaient se rendre à l'étranger, dans des pays comme la Belgique ou l'Espagne, où la législation était plus souple. Même après la légalisation, des problèmes persistent, notamment en ce qui concerne la filiation. Un an et demi après la naissance de leur fils, Julie est toujours sa seule maman « officielle » : « car c’est moi qui ai accouché », précise-t-elle. Daphné a entamé une procédure d’adoption tout de suite après la naissance et espère un jugement rapide. « Ce document sera la garantie que nous sommes bien ses deux parents. Bien sûr, quand tout va bien, cela paraît seulement symbolique… mais s’il arrivait quelque chose à Julie ?
- Financières: Le recours à la PMA à l'étranger représente un coût important pour les couples. De plus, l'absence de remboursement en France avant la légalisation creusait les inégalités.
- Sociales: Les couples de femmes sont confrontés à des discriminations et à des préjugés. Les enfants nés de PMA peuvent également être victimes de moqueries ou de questions intrusives à l'école.
- Féministes: Plus dur encore… l'hétérogénéité des mouvements féministes. Historiquement (années 60 & 70), le féminisme a refusé la maternité. Il s'agissait pour les femmes de se réapproprier le fait d'avoir un enfant ou pas. Et voilà que dans les années 90, les féministes veulent le mariage ET la maternité.
Témoignages d'Enfants Nés de PMA
Les témoignages d'enfants nés de PMA sont précieux pour comprendre leur vécu et leurs perspectives. Ils mettent en lumière les défis auxquels ils sont confrontés, mais aussi leur résilience et leur bonheur.
- Un jeune homme conçu par PMA en 1994 témoigne : « Mes parents m’ont toujours expliqué la situation. Quand j’ai eu 16 ans, nous sommes allées en famille en Belgique, à Bruxelles, avec mes parents et ma petite sœur : nous sommes retournées voir l’hôpital où elles avaient été suivies ainsi que la psychologue là-bas. C’était un peu comme une quête vers leur histoire, et un peu de la mienne aussi indirectement. » Il souligne également la violence des débats sur la PMA pour toutes : « C’est tout de suite très personnel et c’est difficile de prendre du recul face à ça. Ce n’est pas quelque chose qui va être ouvert, et qui un jour sera possible : la situation existe déjà pour énormément de familles. Donc rapidement on se dit : est-ce que l’on remet en cause mon existence ? Ai-je le droit d’exister ? Est-ce que mes parents sont de bons parents ? C’est d’une violence inouïe, je pense que les arguments en jeu ne sont pas rationnels. »
- Un autre enfant, en CE2, raconte : « A l’école, il n’y a personne comme moi qui a une maman et pas de papa. Cela ne me gêne pas de pas avoir de papa, sauf quand c’est la fête des pères. » Il explique avec ses mots ce qu'est la PMA et se réjouit de la légalisation en France : « Je suis contente que ça soit bientôt autorisé en France : il faut que les mamans qui s’aiment et les Mamans solo puissent faire des bébés en France. »
- Un collégien, ayant deux mamans grâce à la PMA en Belgique, partage : « Mes copains n’arrêtent pas de me poser la question de comment mes mamans m’ont fait, des trucs comme cela, et je leur explique. » Il ajoute : « Moi, je trouve ça bien [la PMA pour toutes en France], mais évidemment il y aura toujours des gens qui ne vont pas être d’accord. Il y a des gens homophobes, plein de gens comme cela, qui ne voudront pas. »
Ces témoignages montrent que les enfants nés de PMA sont conscients des enjeux et des débats autour de leur conception. Ils expriment leur besoin d'être reconnus et acceptés, et leur souhait de voir l'égalité progresser.
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Les Avancées et les Défis Restants
Le projet de loi de bioéthique ouvrant la PMA à toutes les femmes a été adopté en conseil des ministres. Des promesses politiques étaient faites depuis longtemps pour qu’elles aient les mêmes droits que les couples hétérosexuels… sans que rien ne change. Mercredi 24 juillet, le conseil des ministres a finalement adopté le projet de loi de bioéthique - lequel sera débattu fin septembre à l’Assemblée nationale -, qui prévoit d’ouvrir la PMA aux femmes célibataires et aux couples de femmes.
Malgré cette avancée, des défis persistent. La loi reste perfectible, notamment en ce qui concerne la filiation et l'accès à l'AMP pour les personnes trans. Comme le soulignent Daphné et Julie Guillot, la loi reste perfectible. Un an et demi après la naissance de leur fils, Julie est toujours sa seule maman « officielle » : « car c’est moi qui ai accouché », précise-t-elle. Daphné a entamé une procédure d’adoption tout de suite après la naissance et espère un jugement rapide. « Ce document sera la garantie que nous sommes bien ses deux parents. Bien sûr, quand tout va bien, cela paraît seulement symbolique… mais s’il arrivait quelque chose à Julie ?
De nombreuses situations échappent toujours au cadre de la loi, et certaines pratiques médicales restent illégales en France. [Alors que les députés étudient en deuxième lecture la loi de bioéthique ce lundi 27 juillet 2020, nous vous proposons de (re)lire cet article.] Mercredi 24 juillet 2019, le projet de loi de bioéthique ouvrant la PMA à toutes les femmes a été adopté en conseil des ministres. Des promesses politiques étaient faites depuis longtemps pour qu’elles aient les mêmes droits que les couples hétérosexuels… sans que rien ne change.
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