La procréation médicalement assistée (PMA) est une étape cruciale dans la vie de nombreux couples souhaitant fonder une famille. Cependant, le choix de se lancer dans un parcours de PMA peut susciter des préoccupations, en particulier en ce qui concerne la conciliation entre le travail et les exigences des protocoles d'assistance médicale à la procréation. De plus en plus de couples ont recours à la procréation médicalement assistée (PMA), mais le sujet reste tabou dans le monde de l’entreprise.
Les Défis de la Conciliation entre PMA et Travail
Il est difficile, voire quasi impossible de planifier un protocole de PMA en avance, en raison de l'incertitude des rendez-vous médicaux. On ne sait pas quand surviendront les règles, comment le corps réagira au traitement, ni quand auront lieu les échographies de contrôle, la ponction, le transfert ou l'insémination. Organiser son emploi du temps, se coordonner avec son équipe ou informer son employeur devient un casse-tête ou une véritable source d'anxiété. Certains emplois offrent une flexibilité, tels que le télétravail ou les horaires flexibles, mais ce n'est pas le cas pour tous.
Témoignages : Expériences et Difficultés
Claire a décidé de partager son expérience et son histoire. Les rendez-vous médicaux et l'attente ont ajouté une complexité à son emploi du temps déjà chargé, entraînant un burn-out. Après avoir demandé de l'aide, Claire a eu une conversation franche avec son supérieur, établissant un plan de gestion des absences. "Mon parcours vers la maternité a été comme beaucoup lorsque l’on passe par la PMA, complexe, avec des hauts et des bas. Jongler entre mon parcours PMA et ma carrière professionnelle ? Une équation complexe, croyez-moi. Alors que je suivais mes protocoles, je jonglais aussi avec les exigences de ma carrière et mes ambitions professionnelles. La PMA, c'est comme courir un marathon, on y croit de passer la ligne d’arrivée et des fois on n’en est pas sûr. Mais ce qui a rendu cette expérience encore plus intense, c'est le défi de faire cohabiter mon désir d'enfant et ma vie professionnelle. Il y avait des jours où j'étais claquée, tant physiquement qu'émotionnellement. Mais hors de question de laisser ça entamer mon professionnalisme. J'étais consciente que cette fatigue n'était pas idéale pour mon parcours, mais je me suis accrochée, encore et encore, jusqu'à ce fameux jour… BAM ! J'ai craqué. Trop, c'était trop ! Arrêt maladie, échec de FIV, des absences au travail… Je voyais tout en noir : je ne pouvais pas être mère, je ne pouvais pas avancer dans ma carrière, j'avais l'impression de ne plus être rien du tout. C'est à ce moment-là que j'ai finalement décidé de demander de l'aide, même si j'aurais dû le faire bien plus tôt. J'ai compris que vouloir être forte tout le temps, prouver aux autres et à moi-même que j'y arrivais seule, ça m'avait fait perdre un temps précieux. Poussée par mon entourage et après avoir entamé un travail sur moi-même, je savais que je devais parler à mon supérieur. J'appréhendais sa réaction, ses jugements, les décisions qui allaient concerner ma carrière. Mais j'ai rassemblé mon courage et nous avons eu une conversation franche sur ma situation, mes émotions et mes difficultés. Nous avons élaboré un plan pour gérer mes absences lors des rendez-vous médicaux. Quel soulagement ! J'avais l'impression qu'on me retirait un éléphant de 10 tonnes du dos. Pourquoi m'étais-je infligée une telle pression si longtemps ? Et puis, un jour, le miracle tant attendu s'est produit. Mon message pour tous ceux qui vivent ce parcours, c'est de se rappeler que vous n'êtes pas seul(e)s. La route peut sembler difficile, mais la détermination et la recherche d'équilibre est possible. Osez parler à votre employeur, demandez du soutien, vous faire aider et surtout prenez soin de vous !"
Sandy témoigne également de la difficulté de concilier PMA et travail : "Je sais que vous êtes nombreuses à suivre un parcours PMA et que c’est loin d’être facile, ou quand les problèmes de fertilité deviennent un tabou. C’est ce que ressens Sandy. Et vous, avez-vous également cette impression ? Le jour où mon médecin m’a annoncé que je devais commencer une stimulation légère au Clomid j’étais loin de me douter que ça allait monter crescendo et que j’y serai encore 5 ans plus tard. Je m’appelle Sandy j’ai 35 ans et demi (et oui on y tient aux quelques mois dans ce parcours), et je suis embarquée malgré moi dans un combat dont l’ennemi est soi-même. Je travaille beaucoup, j’ai un métier à responsabilité et je ne peux ni compter sur la compréhension de mon employeur ni sur celle de la société. Quoi de plus naturel que d’être maman pour une femme mariée. Et oui mon mari m’a demandé en mariage et est passé pour un super héros car il m’a épousé cet été au bout de 7 ans de vie commune et malgré mon handicap social… Donc, je disais… je suis cadre commercial et je suis overbookée, c’est l’une des raisons pour laquelle j’ai ces problèmes selon le monde hors PMA : « ma chérie si tu ne tombes pas enceinte c’est peut-être parce que tu accordes trop d’importance à ton travail ?« . Et puis c’est surement psychologique (quid des enfants nés de viol ?!) ou parce que je ne lève pas assez longtemps les jambes en l’air ? Bref, j’ai tout entendu et mon mari aussi : « Nico c’est au fond à gauche« , ou encore : « tu veux que je t’explique car moi j’ai marqué un but du premier coup ahahah !« . Mais comment aujourd’hui pouvons-nous encore ignorer ces problèmes et les garder secrets ? Il n’y a aucun mal à être malade mais là ce n’est pas une maladie. Je rentre dans aucune case… je suis un ovni. Aucun refuge, juste les médecins qui restent des médecins. Qui ne s’impliquent pas humainement, ils enchaînent les échographies. On nous insémine à la chaîne et tout le monde a se regard honteux en salle d’attente… Heureusement qu’ils sont là nos médecins mais ce n’est pas assez. Je me mets tellement souvent à poil que je risquerais d’enlever mon pantalon en allant chez le dentiste. Non, Mesdames il faut en parler ! C’est un parcours compliqué, un combat. On apprend la patience et à pleurer en silence. Ne pas trop déranger son entourage avec ça et supporter de ne pas avoir les mêmes sujets de conversation que les autres femmes. Alors on parle comme si on avait trois enfants car on attend depuis tellement longtemps que nos amis font le troisième. Je suis incollable et pas Maman. Je trouve anormal qu’on ne puisse pas en parler ouvertement à son employeur qui serait suffisamment informé pour aménager notre emploi du temps ? Elle est où la loi qui nous permettrait d’être reconnus ? Pourquoi je jette un froid quand je réponds à la question : tu as des enfants ? Je suis une femme de presque 36 ans avec des problèmes de fertilité et je suis plus forte que la moyenne des gens normaux qui se plaignent de leurs baby blues ! Il est anormal qu’aujourd’hui en 2016, je sois encore obligée de devoir arrêter mon job de cadre commercial pour mener ce combat qui me prend du temps car il est tabou et que mon employeur n’est pas du tout obligé de considérer mon parcours. Si ça se sait on vous met au placard : plus de promotions, vous faites peur ! Vous risquez d’être enceinte et/ou de craquer psychologiquement. Je suis née femme et ce problème ne peut pas être pris au sérieux dans cette société ou la réussite d’un couple, la réussite sociale, passe par la fertilité de sa femme. J’espère que le message passera, je veux faire bouger les choses et c’est ma pierre à l’édifice. Bravo à toutes pour les batailles que vous menez ! La PMA c’est difficile, ça fait mal, mais on ne lâche pas on garde la foi !"
Les Craintes et les Appréhensions
D'après une étude réalisée par la compagnie d’assurances Zurich UK, publiée le 28 octobre 2022, 58% des femmes ne se sentent pas capable d'en parler à leur employeur, 26% craignent que leur implication soient remise en cause, 32% redoute que cela leur coûte leur emploi. Un triste constat sur lequel la loi française est venue légiférer en 2016 (cf. Même si des droits existent, même votre employeur est ouvert, en parler à son entreprise est une décision difficile. Ce sujet est intime, nous rend parfois vulnérable et se mettre à nue dans un contexte de travail peut devenir un véritable défi.
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Conseils pour un Équilibre Réussi
Trouver un équilibre entre carrière et parcours de PMA nécessite une gestion efficace du temps et des priorités. Établissez des listes de tâches, organisez votre emploi du temps et identifiez les domaines où vous pouvez déléguer ou demander de l'aide. Il est essentiel d'établir des limites claires entre votre vie professionnelle et personnelle et de pratiquer l'auto-soin pour éviter l'épuisement professionnel et émotionnel. Osez vous demander également si vous avez besoin d'une pause dans le parcours.
La première solution, qui n’est pas toujours des plus facile, est de discuter avec son employeur de la possibilité d'horaires flexibles, de télétravail ou de congés aménagés pour gérer plus facilement les rendez-vous médicaux et les traitements, lorsque son poste le permet. Bien que de nombreux employeurs soient compréhensifs, ces discussions suscitent de nombreuses appréhensions pour les femmes, qui craignent des représailles.
Cadre Légal et Droits des Salariés en France
La loi française a évolué pour mieux encadrer et protéger les droits des salariés engagés dans un parcours de PMA.
Loi de 2016 et Autorisations d'Absence
L'article 87 de la loi du 26 janvier 2016 sur la modernisation du système de santé a introduit la possibilité d'obtenir une autorisation d'absence pour des raisons médicales liées à un parcours de PMA. Une salariée qui suit une PMA bénéficie désormais d'autorisations d'absence pour aller à tous les actes médicaux nécessaires dans le cadre de son parcours, sans condition de pose de congés payés ou de RTT pour ces absences. Ces absences ne doivent entraîner aucune diminution du salaire et être assimilées à du temps de travail effectif. Ainsi, elles comptent pour le calcul des congés payés, pour l'ancienneté et autres droits acquis. Le conjoint salarié qui accompagne son ou sa partenaire aux rendez-vous d'actes médicaux liés à la PMA peut aussi bénéficier d'autorisations d'absence. Au nombre de 3 par protocole, elles ne sont pas comptabilisées comme des "congés imposés", c'est-à-dire qu’elles sont autorisées et rémunérées.
Il est important de noter qu'il n'est pas obligatoire d'informer votre employeur de votre participation à un parcours d'Assistance Médicale à la Procréation (AMP). Cela relève de votre volonté. Certaines femmes arrivent à gérer leur emploi du temps avec leurs rendez-vous et ne sont pas dans l’obligation d’en informer leur patron. Cette autorisation d'absence couvre non seulement le temps de déplacement aller-retour, mais aussi la durée de l'examen médical lui-même. Cette période est considérée comme du temps de travail effectif rémunéré, ne nécessitant pas de récupération ultérieure. Cette autorisation s'applique aux femmes ainsi qu'à leur conjoint, leur partenaire de PACS ou toute personne vivant en union maritale avec elles. Pour ces derniers, la limite est fixée à trois absences pour assister aux examens médicaux.
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Protection contre la Discrimination
Il est strictement interdit à l'employeur de prendre en considération la situation d'un salarié suivant un parcours de PMA pour refuser son embauche, mettre fin à un contrat de travail pendant la période d'essai ou obtenir des informations sur son état de santé (article L. Depuis la loi de modernisation du système de santé du 28 janvier 2016, les salariées engagées dans un parcours de procréation médicalement assistée se voient accorder une protection contre les discriminations. Ainsi, l’employeur ne peut pas vous refuser d’embauche, rompre votre période d’essai ou vous muter si vous avez recours à l’AMP.
En cas de litige, l’employeur peut communiquer tous les éléments, de nature à justifier sa décision, si un doute subsiste, il profite au salarié.
Comment Faire Valoir ses Droits ?
Pour Oriane, dévoiler son parcours PMA n’a pas été si simple et a dû faire jouer la loi pour bénéficier de son droit aux absences. « Je travaille dans la grande distribution, et mes journées commencent à 5 heures du matin. Mon centre d’AMP souhaitait que les prises de sang et échographies se déroulent entre 6h45 et 8h00 pour que le gynécologue puisse avoir les résultats vers midi et appeler avant 14h00 pour donner les instructions. Je ne pouvais donc faire autrement qu’en parler à mon chef de service pour pouvoir justifier mon retard un matin sur deux. Celui-ci n’a pas été très indulgent et m’a même demandé d’éviter de programmer des FIV sur les grosses périodes comme Noël par exemple… Je me suis sentie gênée et cela m’a pas mal perturbée car j’avais l’impression d’être “tire au flanc”. J’ai alors dû faire jouer la loi en ma faveur pour bénéficier d’autorisations d’absences. La démarche est assez simple, vous devez simplement adresser à votre employeur/DRH/supérieur une lettre qui peut être soit remise en main propre soit recommandée avec A/R, en expliquant que vous entamez une assistance médicale à la procréation pour laquelle vous demandez une autorisation d’absence. Rappelons que celle-ci ne peut vous être refusée.
Le Rôle de l'Employeur : Soutien et Compréhension
Les employeurs ont un rôle crucial à jouer dans le soutien aux employés engagés dans un parcours de PMA.
Sensibilisation et Formation
Il est important de sensibiliser les managers aux défis de la PMA et d'encourager une communication ouverte et respectueuse. Offrez un soutien psychologique ou des services de conseil pour aider les employées à gérer le stress lié à la PMA. Formez les managers et le personnel des ressources humaines aux enjeux de la PMA afin qu'ils puissent accompagner au mieux les employées concernées.
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Flexibilité et Aménagement du Temps de Travail
Pour aider vos employées à concilier travail et PMA, permettez des horaires flexibles pour faciliter les rendez-vous médicaux. Informez vos salariées de leurs droits en matière d'autorisations d'absence pour les actes médicaux liés à la PMA. C'est important de respecter l'intimité de chacun et de favoriser une culture d'entreprise où les employées se sentent en confiance pour partager leurs besoins sans crainte de discrimination.
Initiatives et Guides pour les Employeurs
Judith Aquien, cocréatrice du Parental Challenge, observe que « Le regard sur la parentalité évolue petit à petit dans le milieu professionnel, mais il y a encore du chemin à parcourir, notamment concernant la PMA ». Le Parental Challenge propose une charte signée par plus de 130 entreprises et un guide. Téléchargeable en ligne, ce guide propose 100 actions à mettre en œuvre, dont les deux tiers ne coûtent rien. Un chapitre est consacré à la PMA, pour aider les organisations à mieux accompagner les salariées en parcours.
BAMP propose également des outils, tels que le dossier AMP-TRAVAIL et le « Guide pratique du manager de proximité« , édité en 2016 par l’observatoire de l’équilibre des temps et de la parentalité en entreprise. Dans son autre guide « Guide de la parentalité à 360°« , il consacre plusieurs pages à l’adoption et à l’AMP.
L'Importance de la Communication et du Soutien
La communication ouverte et le soutien sont essentiels pour les personnes engagées dans un parcours de PMA.
Parler à son Employeur : Une Décision Personnelle
La question d’annoncer une grossesse ou un recours à la PMA ou non à son employeur et/ou à ses collègues est très difficile pour la plupart des femmes. C’est une véritable source d’angoisse, et pour cause : une femme en désir d’enfant est immédiatement considérée comme n’étant plus fiable. C’est encore plus difficile dans le cas d’une PMA, dans la mesure où on sait que les absences seront un peu plus nombreuses que pour une grossesse classique. Sans compter que ce n’est pas vraiment possible de les prévoir. Parce que les rendez-vous et les actes médicaux dépendront de ton cycle et de la disponibilité de l’équipe médicale. Tu n’as donc pas vraiment ton mot à dire : tu fais avec ce qui est possible et le plus adapté sur le moment. Du coup, ça demande à ton employeur de la souplesse, une certaine ouverture d’esprit, et de l’empathie. En soi, ça c’est son problème, mais n’empêche que tu as une conscience professionnelle, et peut-être des envies de gravir les échelons. Dans ce cas, la décision se complique.
Pauline, assistante de direction dans une petite entreprise a fait le choix d’en parler. « Pour la première FIV, je ne voulais rien dire à mon patron, car je ne savais pas trop à quoi m’attendre et je ne voulais pas mélanger ma vie professionnelle et personnelle. Puis assez vite, je me suis rendu compte qu’il était difficile de tout mener de front, surtout qu’on ne sait jamais quand les examens, ponctions et transferts vont tomber. J’ai alors pris mon courage à deux mains et avant de commencer ma deuxième FIV, j’ai décidé d’en parler. Ce n’est pas facile d’aborder le sujet quand on est la seule femme de l’équipe ! À mon grand étonnement, mon patron, que je pensais insensible à ce genre de chose, s’est montré très à l’écoute et très compréhensif. Il m’a confié que lui et son épouse étaient aussi passés par là et qu’il comprenait tout à fait ce que j’étais en train de vivre. Quel soulagement !
Soutien Psychologique et Bien-Être
Vivre un parcours PMA est une expérience intense pendant laquelle tu vas osciller entre doute et espoir. Dans ce sens, il est très important de te connaître et de déterminer ce que tu veux en priorité. Sache qu’il existe des aides concrètes pour te soutenir dans tes choix et ton parcours. Je peux t’accompagner en sophrologie, notamment. Tu as décidé de vivre l’aventure de la PMA et tu vas avoir besoin de toutes tes ressources. Pour ne pas te disperser et t’épuiser c’est important de définir les priorités dans ta vie personnelle, mais professionnelle aussi. Pose-toi et réfléchis à ce que tu veux là maintenant. Est-ce que tu as besoin de vivre à fond cette PMA, de t’y consacrer pleinement ? Dans ce cas, ton travail doit passer au second plan et c’est ok si c’est ce qui est juste pour toi. Peut-être qu’au contraire tu veux éviter d’y penser constamment, et pour ça tu as besoin de te plonger à fond dans ton boulot. Là encore, c’est ok. Garde ceci en tête : ce que tu décides aujourd’hui n’a pas à être permanent. Tu peux ajuster au fil du temps, en fonction de ce que tu ressens, de ta fatigue, de tes envies. Définir ses priorités reste le meilleur moyen de faire des choix en conscience et qui te conviennent réellement. Sachant parfaitement ce que tu veux, tu pourras par exemple décider plus facilement de ce que tu veux faire par rapport à ton travail : le dire ou non, t’investir et prendre de nouveaux projets ou au contraire te mettre un peu en retrait.
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