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PMA et Dépendance Alimentaire : Comprendre les Enjeux

Introduction

La procréation médicalement assistée (PMA) offre un espoir à de nombreux couples et femmes seules confrontés à des problèmes d'infertilité. Cependant, ce parcours, bien que porteur d'espoir, peut engendrer une souffrance psychique considérable. Parallèlement, les troubles du comportement alimentaire (TCA) sont de plus en plus reconnus comme des addictions, en particulier l'anorexie restrictive, qui présente un taux de mortalité élevé. Cet article explore le lien complexe entre la PMA, la dépendance alimentaire et les enjeux psychologiques sous-jacents.

Dépendance Alimentaire : Un Aperçu

De la Notion de Plaisir à la Dépendance

Comment passe-t-on d’une notion de plaisir à une notion de dépendance ? C’est le mécanisme de la dépendance et non son objet qu’il importe ici de comprendre.

Troubles du Comportement Alimentaire (TCA)

Les troubles du comportement alimentaire sont un autre type d’addiction ou assimilé à des addictions, en particulier l’anorexie restrictive, un trouble addictif qui présente le taux le plus fort de mortalité. Il y a bien, dans l’anorexie, un choix (plus qu’un refus), et pas seulement inconscient, de devenir femme et mère. Un choix volontaire et actif, une trouvaille propre qui s’avère une solution économique face aux effets psychiques et charnels des métamorphoses pubertaires, avant que de se perdre dans une assomption du rien (plus que du manque) permettant l’illusion de l’éternel désir.

La Lutte Contre la Dépendance et la Passivité

Apparaît alors la lutte contre la dépendance et la passivité. Le refus alimentaire signe la volonté d’auto-suffisance, la confrontation au manque et à son contrôle. La nourriture est le nouvel objet, à disposition permanente et qui peut littéralement être incorporé, dans un processus de démétaphorisation. Le sujet se piège de penser pouvoir mieux la contrôler que l’excitation, le désir, l’émotion générée par l’objet. La transmission au corps à corps ayant plus ou moins échoué, le corps autonome, vivant et érotique ne pourra être institué en ce qu’il constitue l’origine charnelle des émotions. Non suffisamment investi libidinalement, clivé du moi, il sera vécu comme un persécuteur, rappelant à tout instant la dépendance à l’objet.

Le Corps Anorexique : Une Incarnation du Fantasme

Chez la patiente anorexique, le corps, décharné, hyperexcitable, androgyne, qui accepte de ne jouir que de la maladie, jouissance endogène par sécrétion de béta endorphines secondaires à la dénutrition et l’hyperactivité, est une incarnation en lieu et place du fantasme et ainsi de la symbolisation, de l’absence de l’objet (absence à soi en écho à l’absence de l’objet) et de toute la violence pulsionnelle qui en découle. Dans cette confusion des corps, la jouissance sera dépendante de la jouissance de l’Autre-maternel et de l’objet d’amour de celui-ci. Ce corps, rempli d’une excitation non représentable, va pouvoir être tu, par un contrôle alimentaire. La faim, d’abord douloureuse, puis jouissive, va permettre à l’anorexique d’expérimenter un orgasme dont elle a seule le contrôle : l’orgasme de la faim. Une jouissance sans désir, qui flirte avec la mort. C’est l’identification au rien, au nothing ; non objet, l’objet non transformateur des projections. Jouir sans contrainte, c’est de fait, exclure l’autre. Ainsi la relation à l’Autre, inévitable, ne pourra se faire sur cette modalité, de va-et-vient du désir et d’élargissement du moi. Elle n’existera qu’au regard du besoin, mouvement unilatéral, et par l’exercice du contrôle du manque de l’Autre avant que de se mécaniser.

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PMA et Troubles de la Conduite Alimentaire : Une Étude Exploratoire

Des réflexions psychanalytiques, fruit des observations cliniques, ont amené à faire le parallèle avec les prévalences importantes de patientes souffrant de trouble des conduites alimentaires dans les parcours de procréation médicalement assistée (PMA). En effet, selon les publications, il s’agirait de 8 à 20% des couples consultant en PMA et jusqu’à 44% des couples suivis pour infertilité inexpliquée. Une étude exploratoire a été menée dans le service de PMA de l’Institut Mutualiste Montsouris pour avoir un aperçu de ce que peut être la sexualité de ces patientes.

Méthodologie de l'Étude

Les patientes consultant en PMA pour infertilité inexpliquée ou ovulatoire ont été recrutées. Un auto-questionnaire regroupant notamment l’EDE-Q (Eating Disorder Examination - Questionnaire), qui recherche l’existence d’un TCA sur les 28 derniers jours, un questionnaire de recherche de TCA sur la vie entière, l’HADS (Hospital Anxiety and Depression Scale) et le BISF-W (Brief Index of Sexual Fonction for Women) leur a été envoyé. Soixante-et-un questionnaires de patientes ont pu être analysés.

Résultats de l'Étude

Après analyse, une fréquence de 20% de troubles des conduites alimentaires actuels, et 54% d’antécédents de TCA (clinique et subclinique) a été retrouvée dans cette cohorte. Ces patientes ne rapportaient pas de différence significative de leur comportement sexuel par rapport aux témoins, mais présentaient davantage de problèmes liés à la sexualité (douleurs, conflits, trouble de l’excitation et du plaisir), et cela indépendamment de la dépression. En revanche, les patientes ayant un TCA actuel avaient significativement plus de désir et de pensées sexuelles que les témoins.

Interprétation des Résultats

La sexualité décrite comme plus problématique ne l’est pas, comme chez la patiente souffrant de dépression, du fait d’un manque d’envie, d’une libido en berne, elle n’est pas non plus le résultat d’une chute des hormones sexuelles due aux carences ou aux stratégies de contrôle de poids. Non, le corps est bien porteur d’une excitation, d’une excitation débordante. Le problème n’est donc pas à ce niveau, mais pourrait être à celui de la « gestion » de cette excitation, de cet appétit dans la relation amoureuse, objectale.

La Psychogenèse des Troubles des Conduites Alimentaires

Pour bien comprendre en quoi ce résultat intéresse le psychanalyste, il est essentiel de revenir sur la psychogenèse des troubles des conduites alimentaires, de l’anorexique ou de la boulimique.

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Les Premiers Instants de la Vie

Aux premiers instants de la vie, l’enfant va vivre dans un état de passivité totale. Sa mère le porte, le caresse, l’embrasse, elle prodigue ses soins, son amour le nourrit, le pénètre : sensualité originaire, source des premiers émois, des premiers plaisirs, satisfaction absolue. Le corps s’éveille, zone érogène par zone érogène, l’image du corps se forme, le Moi corporel puis psychique se constitue ainsi. En s’autonomisant, l’enfant va chercher à retrouver cette sensation liée à l’objet perdu. L’auto-érotisme se développera alors, pour pallier à la frustration du manque de l’objet. L’aptitude à recourir à son propre corps, à utiliser des objets partiels et ainsi initier les premiers mouvements dehors/dedans, va permettre petit à petit, par réunification des pulsions partielles, au sujet d’accéder à la relation d’objet, total et génital.

Altérations du Développement

Parfois, ce développement peut se trouver altéré : soit la mère, trop préoccupée par son propre monde interne ne peut être assez disponible pour éviter de dispenser des soins par trop mécaniques, soit au contraire, cette enfant venant en lieu et place de son phallus manquant, sera alors l’objet de sa propre décharge pulsionnelle. Dans ces deux cas, la défaillance voire la détresse de l’objet d’amour par excès ou par défaut, va entraver le développement attendu de genèse du désir, sa perte signe la désorganisation du moi, dans une confusion des corps. La première perception ne sera pas la satisfaction, mais la carence, soit l’anesthésie ou le trop plein d’excitation non parexcité qui rebrousse dans le corps. Le désir ne pourra donc pas être issu de cette recherche d’une trace de la satisfaction originaire puisqu’elle n’a pas été expérimentée. Le manque ne survient que de ce qui a pu être connu. Le désir se constituera donc de ce qui précède la satisfaction : le besoin le plus primaire, celui de manger, de boire et celui plus subtil, plus profond, d’être aimé.

Le Désir Réduit au Besoin

Le désir est évidemment aussi constitué de cela, pour tous, mais en ce cas précis, il s’y réduit : le désir est seulement le besoin, son objet sera le manque, pour qu’enfin, le fantasme puisse émerger : « je n’ai besoin de rien ; j’ai besoin du rien ».

PMA et Désir d'Enfant

Pour les patientes de l’étude, il est aussi question du désir conscient d’enfant, fruit des idéaux et des fantasmes. Le désir d’enfant répond à un aspect de l’idéal du moi féminin, et implique de se confronter à l’imago maternelle. Car l’enfant est un autre, un intrus. Il s’oppose au désir d’intégrité. Se le représenter comme la réponse au manque à être, à l’absence de soi, en comblement des creux de son narcissisme (un creux qui est plus proche du trou que de la niche), expose la mère comme l’enfant à des impasses inextricables, dans la problématique de séparation. Encore une fois, ce n’est plus le désir, mais un besoin d’enfant qui est en jeu comme moyen d’aboutir au processus d’identification. Ainsi, si le désir d’enfant répond au besoin de se « sentir femme », en prolongeant l’identification à la mère tout en s’en séparant, il répond en soi à ce besoin. Je ne suis plus fille de, mais mère de. Je change de famille.

L'Étude Qualitative à l'IMM

Une étude qualitative menée à l’IMM avait pour objet d’interroger les patientes souffrant de TCA, ayant obtenu une grossesse grâce à l’implantation de pompe à gonadotrophines hypophysaires, qui stimulent artificiellement l’ovulation. Les patientes ont alors pu exprimer leur surprise par rapport à cette grossesse, survenue à leur sens presque trop tôt. Le besoin de l’enfant, n’était-il pas alors le seul objet de ce désir ?

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PMA et Conformité Sociale

Lors de l'analyse de l'étude, des questions ont été soulevées sur le désir de conformité aux dictats sociaux d’excellence à tous les niveaux, écho au contrôle de sa vie, de ses affects, de ses désirs. Le Moi conscient ne peut se réduire à la manière dont on se pense, et à ce que l’on ressent. Il est fait des interactions, de l’indicible, des regards. Le moi des patientes, insuffisamment étayé par des imagos parentaux confortant sa propre individualité, ne peut retrouver une identité propre, différente de l’autre, dans toute l’hétérogénéité de son unité. Le conformisme est la réponse à l’angoisse de la perception de la différence vécue comme menaçante.

Conformité et Relation Amoureuse

Ne pas se penser sujet désirant, c’est ne pas accepter en retour de devenir l’objet de l’autre. En psychologie sociale, la conformité par imitation palie à une absence de moyens d’évaluations de ses capacités, opinions ou performances. La comparaison à autrui confronte à la réalité sociale. Cette confrontation peut conduire à une différenciation par affirmation de sa singularité ou à une conformation.

Souffrance Psychique en PMA

La procréation médicalement assistée (PMA) est un parcours médical et émotionnel complexe, souvent semé d’embûches pour les couples ou les femmes seules qui souhaitent concevoir un enfant. Si les avancées médicales permettent aujourd’hui de répondre à de nombreuses situations d’infertilité, le coût psychologique de ces traitements reste majeur. En France, près d’un couple sur six consulte pour des troubles de la fertilité, et les parcours de PMA peuvent s’étendre sur plusieurs années, avec des taux de réussite variables selon l’âge, la cause de l’infertilité et les techniques utilisées. La souffrance psychique pendant un parcours de PMA est aujourd’hui reconnue comme un véritable enjeu de santé publique.

Manifestations de la Souffrance Psychique

  1. Choc et Remise en Question : L’annonce d’un diagnostic d’infertilité est souvent vécue comme un choc. Elle remet en question l’image de soi, la virilité ou la féminité, et le projet de vie du couple.
  2. Épreuves Physiques et Psychologiques : Les traitements de PMA (stimulations ovariennes, ponctions, transferts d’embryons, etc.) sont physiquement et psychologiquement éprouvants. Les effets secondaires des hormones, les attentes interminables, les résultats incertains, et la répétition des échecs usent les ressources émotionnelles des patients.
  3. Deuil et Crise Identitaire : L’échec répété ou la décision d’arrêter la PMA est souvent vécu comme un deuil. Les émotions peuvent être intenses : tristesse, colère, sentiment d’injustice, vide existentiel. Certaines personnes décrivent une « crise identitaire » : « Qui suis-je si je ne deviens pas parent ?

Pathologies Psychiques Fréquentes

  1. Troubles Anxieux et Dépressifs : Les troubles anxieux et dépressifs sont les pathologies psychiques les plus fréquentes chez les personnes en parcours de PMA.
  2. Épuisement Émotionnel : Le parcours de PMA peut mener à un épuisement émotionnel, similaire à un burn-out.
  3. Tensions dans le Couple : La PMA met à rude épreuve la relation de couple.

Prise en Charge et Soutien

  1. Évaluation Médicale : Un médecin généraliste ou un psychiatre doit évaluer systématiquement la souffrance psychique des patients en PMA.
  2. Soutien Psychologique : Un suivi psychologique individuel ou en couple peut aider à gérer les émotions, à renforcer les stratégies d’adaptation, et à maintenir une communication harmonieuse.
  3. Associations : Les associations offrent écoute, informations, et groupes de soutien.

Médecines Alternatives et Complémentaires en PMA

Les pratiques complémentaires trouvent de plus en plus de place dans le quotidien des personnes en parcours de PMA. Ces options ont pour objectif commun d’améliorer les chances de concevoir, d’atténuer le risque de fausse couche ou d’accélérer le temps nécessaire pour parvenir à une grossesse.

Recours Croissant aux Médecines Alternatives

Il existe de nombreuses raisons expliquant le recours croissant aux médecines alternatives, mais ces pratiques sont symptomatiques d’une prise en charge médicale qui ne répond pas aux attentes. D’une part, les parcours sont longs et difficiles. D’autre part, il y a parfois un manque d’écoute et de considération.

Risques et Vigilance

En cause d’abord, la disponibilité de preuves scientifiques concernant la sécurité et l’efficacité des options complémentaires est souvent limitée, voire inexistante. Il vous arrive peut-être même de rencontrer des difficultés à distinguer les professionnels de santé de ceux du bien-être. Il est donc important de faire preuve de vigilance face aux promesses miracles et aux pratiques commerciales trompeuses.

Soins de Support : Une Approche Globale

Au-delà des promesses miracles, ces pratiques peuvent agir sur la prise en charge de la douleur, de la fatigue et du stress, offrir un soutien psychologique, améliorer l’image de soi et aider à gérer les effets secondaires des traitements. Choisir de consulter un ostéopathe ou un réflexologue, participer à un atelier d’art-thérapie, ou méditer renforce votre propre capacité à prendre soin de vous et de votre santé.

Importance de la Communication

Le point primordial en matière de soins de support, c’est d’en parler. En parler à votre équipe médicale, même si tous les médecins ne sont pas ouverts à ces pratiques ; en parler à votre partenaire, à vos proches, à d’autres patients. Le recours aux options non conventionnelles ne doit pas être tabou.

Impact du Poids sur la Fertilité

Il est déterminant de peser le bon poids pour tomber enceinte. Des études montrent que les femmes très minces ou obèses ont plus de difficulté à procréer. Et ce n’est pas seulement une question de poids idéal : la proportion de graisse corporelle compte tout autant. Chez la femme adulte de corpulence normale, la graisse corporelle représente environ 28 % du poids. Lorsque ce pourcentage descend en dessous de 22 %, le corps cesse d’ovuler.

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