L'accès à la procréation médicalement assistée (PMA) est un enjeu majeur pour de nombreux couples confrontés à des difficultés pour concevoir. La fermeture potentielle ou effective de centres de PMA, comme celui de Cherbourg, soulève des inquiétudes quant à la continuité des soins et à la prise en charge des patients. Cet article examine les circonstances entourant la fermeture du centre de PMA de Cherbourg, les réactions qu'elle a suscitées, et les défis plus larges auxquels sont confrontés les services de PMA en France.
Un Pilier de la PMA à Cherbourg : Le Docteur Alain Nichols
Le Dr Alain Nichols a marqué la communauté médicale de Cherbourg par son engagement envers les couples désirant un enfant. Avec le Dr Gilles Marie, il a créé en 1999 le centre de PMA à la Polyclinique du Cotentin, un service unique dans la Manche. Pendant plus de vingt ans, ils ont accompagné plus de 200 couples par an. Son dévouement était tel qu'il avait repris du service après sa retraite en 2018 pour éviter la fermeture du centre suite au départ de son remplaçant. Il est revenu à mi-temps jusqu'en juin 2019. Selon le docteur Philippe Cholet, représentant de l’Union régionale des médecins libéraux, il était reconnu pour ses qualités humaines et professionnelles.
Menace de Fermeture du Centre de PMA : Mobilisation et Pétition
La menace de fermeture du centre de PMA de Cherbourg au printemps 2018, suite au départ du docteur Alain Nichols, a déclenché une vague d'inquiétude et de mobilisation. Une jeune maman a lancé une pétition en ligne, adressée à la ministre de la Santé, pour tenter de maintenir le service en activité. L'objectif initial était de recueillir 1 000 signatures. Cette initiative souligne l'importance cruciale du centre pour les couples de la région et les difficultés qu'entraînerait sa fermeture.
Les Inconvénients de l'Éloignement des Centres de PMA
La fermeture du centre de PMA de Cherbourg impliquerait pour les couples concernés de longs déplacements vers des établissements situés à Rouen, Rennes ou Caen. Ces trajets sont d'autant plus pénibles que les traitements de PMA nécessitent des consultations quasi quotidiennes et sont souvent éprouvants physiquement et émotionnellement. La distance devient un obstacle supplémentaire dans un parcours déjà complexe et exigeant.
Fermetures de Maternités : Un Contexte National Préoccupant
La situation à Cherbourg s'inscrit dans un contexte plus large de fermetures de maternités et de services d'obstétrique en France. L'exemple de la maternité de l'hôpital de Falaise (Calvados), fermée en 2015, illustre les traumatismes que peuvent engendrer ces décisions. Bien qu'un centre périnatal de proximité ait été mis en place pour assurer un suivi des grossesses, la nostalgie de la maternité reste palpable. À l'hôpital de Falaise (Calvados), en 2015, la fermeture de la maternité fut un traumatisme. Aujourd'hui, les futures mamans sont accueillies dans un centre périnatal de proximité. "C'est dommage que la maternité soit fermée, mais nous sommes bien suivies", explique une patiente résignée. Les futures mamans sont dirigées vers le CHU de Caen, la Polyclinique du Parc à Caen ou la maternité de l'hôpital d'Argentan. Depuis 2015, plus aucun bébé n'a vu le jour à Falaise."Il nous est arrivé de faire quelques transferts rapides, mais il n'y a pas eu d'accouchement", sourit Marina Bourge, une des sages-femmes qui a vécu la fermeture de la maternité il y a dix ans. "Les patientes anticipent. Elles prennent les devants et se rendent à la maternité plus tôt qu'avant pour être rassurées". Le centre périnatal de proximité qui a pris le relais de la maternité assure "un accompagnement de proximité avec des sages-femmes, un gynécologue, une psychologue, une diététicienne", détaille Yannig Jezequel, le directeur du centre hospitalier de Falaise. "Toute l'équipe se met au service du projet de la famille qui est bien plus long que la seule naissance. Les accompagnements s'étalent sur neuf mois"."Il y a toujours une petite nostalgie de cette maternité. On était comme dans une famille," concède Marina Bourge. "Heureusement, on a su rebondir". Le temps a passé et "nous suivons maintenant des patientes qu'on a mises au monde et qu'on accueille pour leur suivi gynécologique"… Dans la salle d'attente, Adelaïde attend son rendez-vous de suivi du cinquième mois de grossesse. "C'est quand même dommage que la maternité soit fermée, soupire-t-elle. "Vous avez mal au dos", s'inquiète Elizabeth Onnée qui la reçoit. "Avez-vous essayé l'acuponcture ? Pour toutes les douleurs de la grossesse, il ne faut pas hésiter, cela vous soulage très rapidement". Adélaïde va s'empresser de prendre rendez-vous. Marina Bourge écoute le rythme cardiaque d'un bébé presque à terme. "La maman a fait un peu de tension. Deux fois par semaine, on vérifie que tout va bien pour aller jusqu'à la fin de la grossesse. Le centre assure plus de 7 000 consultations par an. Il propose le même accompagnement qu'une maternité, sans les accouchements. "Il n'y a plus de naissances à Falaise, mais heureusement, nous voyons encore des bébés", sourit Elizabeth Onnée.
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Le Cas de la Clinique Boyé à Montauban : Difficultés de Recrutement et Baisse de la Natalité
La fermeture annoncée de la maternité de la clinique Boyé à Montauban en 2026 illustre les défis auxquels sont confrontés les établissements de santé en matière de recrutement de personnel obstétricien et de viabilité économique. La direction de la clinique justifie cette décision par la difficulté à recruter du personnel et par une baisse régulière du nombre de naissances. La CGT dénonce quant à elle un manque d'investissement et de mesures incitatives pour attirer de nouveaux professionnels. Avec la fermeture de la maternité de la clinique Boyé, prévue pour mars 2026 selon la CGT, il ne restera donc plus qu'une seule possibilité pour accoucher dans le département du Tarn-et-Garonne, à savoir au centre hospitalier de Montauban. "Ce territoire de plus de 260.000 habitants se retrouvera avec une seule structure pour couvrir l’ensemble des besoins obstétricaux. Il y a d'abord eu la fermeture de la maternité de l'hôpital de Moissac en 2003. Puis celle de la clinique du Pont de Chaume à Montauban en 2021. Et voici maintenant qu'une autre clinique privée annonce également fermer son service d'accueil des femmes enceintes. La maternité est le cœur de notre clinique depuis 1942 avec, chaque année, près de 700 bébés qui y voient le jour. Ce slogan ne sera bientôt plus d'actualité au sein de la clinique Boyé Croix Saint-Michel de Montauban. "La direction justifie en partie la fermeture par la difficulté à recruter du personnel obstétricien mais ceconstat, bien réel, ne saurait masquer l’absence totale de moyens mis en œuvre pour y remédier", affirme dans un communiqué, la CGT. "Aucun plan d’attractivité, aucune incitation, aucun partenariat avec les structures de formation n’a été engagé. Ni la direction, ni l’ARS n’ont pris la mesure du problème. Départs à la retraite de médecins et difficultés de recrutement seraient donc l'une des raisons de cette décision de fermeture. Ce à quoi, il faut ajouter une baisse régulière du nombre de naissances qui devrait être de 500 en 2025, selon la direction de l'établissement. Selon la CGT, la fermeture de la maternité va s'accompagner d'un Plan de sauvegarde de l'emploi.
Enjeux et Perspectives pour la PMA
La fermeture ou la fragilisation des centres de PMA, comme à Cherbourg, mettent en lumière les enjeux cruciaux de l'accès à la procréation médicalement assistée. Il est essentiel de garantir une offre de soins de proximité et de qualité pour les couples qui souhaitent avoir un enfant. Les pouvoirs publics, les professionnels de santé et les établissements doivent travailler ensemble pour trouver des solutions adaptées aux défis démographiques et économiques, afin de préserver ce droit fondamental à la parentalité.
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