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Piquets de Mobilisation contre la PMA : Définition et Contexte Socio-Politique

L'article explore la notion de piquets de mobilisation contre la procréation médicalement assistée (PMA), en la situant dans un contexte plus large de transformations sociétales, d'inégalités croissantes et de débats bioéthiques en France. Il examine les arguments des opposants à l'extension de la PMA, les dynamiques discursives à l'œuvre dans leurs mobilisations et les enjeux liés à la définition de la famille et aux droits reproductifs.

Introduction : Un Monde en Crise et des Transformations Sociétales

Avant même la crise sanitaire actuelle, la question d’une crise systémique imminente était posée. En effet, le capitalisme s’appuie encore et toujours sur des principes qui conduisent à intervalles réguliers à des crises et favorise le développement d’inégalités multiples. Face à cela, des mouvements populaires se sont multipliés ces trois dernières années à travers le monde. Ils mettent en exergue tous les maux qui permettent à ce système de se maintenir en place : régression des conditions de vie des classes populaires, extractivisme, néocolonialisme, impérialisme, nationalisme, patriarcat, guerres… Les conséquences en sont connues et s’exacerbent au fil des années : précarité, inégalités salariales, chômage de masse, réchauffement climatique, changements écologiques, oppressions et dominations des classes dirigeantes, exploitant, suscitant et aggravant encore celles subies par les femmes et les minorités.

La crise sanitaire du fait du virus covid-19 a pris de court tous les gouvernants et mis en exergue la fragilité de l’organisation internationale de la production. Dans ce contexte de forte tension, il est urgent d’agir à toutes les échelles, locale, nationale et internationale.

Dans ce contexte de transformations profondes, les débats autour de la bioéthique, et notamment de l'extension de la PMA, cristallisent des tensions importantes. Les piquets de mobilisation contre la PMA représentent une forme d'action collective visant à exprimer une opposition à ces évolutions législatives et à défendre une vision particulière de la famille et de la société.

Les enjeux de la PMA dans le débat public français

La révision de la loi relative à la bioéthique sous le gouvernement d’Emmanuel Macron, et plus particulièrement l’extension des conditions d’accès aux techniques de PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires, a suscité de nombreux débats et controverses en France. Avant cette révision, les techniques de PMA étaient strictement limitées aux couples hétérosexuels, mariés ou non, en âge de procréer, pouvant justifier une vie commune depuis plus de deux ans et dont l’infertilité médicale était attestée.

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La mise en place de ce processus législatif a suscité de nombreux débats et controverses en France. Plus particulièrement, une vingtaine d’associations ont formé pour l’occasion le collectif d’opposition Marchons enfants !, dont La Manif pour tous, les Associations familiales catholiques et l’Alliance Vita sont les cheffes de file. De 2018 à 2021, ces associations n’ont cessé d’affirmer leur opposition à ce changement dans les droits sexuels et reproductifs et d’occuper visiblement l’espace public et médiatique - comme elles l’avaient fait auparavant contre l’ouverture aux couples de même sexe du Pacte civil de solidarité en 1999, puis du mariage en 2013. Malgré cela, cette mesure législative a été promulguée.

Cette promulgation vient bousculer (un peu plus) les fondements de la famille dite traditionnelle (celle érigée sur le mariage hétérosexuel), remettant en question les normes sociales du genre et de la sexualité, auparavant présentées comme une évidence. S’opposer à ce nouveau changement dans les droits reproductifs représentait alors, pour ces associations, une nécessité pour sauvegarder l’un des derniers bastions de la filiation traditionnelle et, ce faisant, une possibilité de rendre audible la défense d’un ordre moral religieux et d’un système hétéronormé.

Définition et objectifs des piquets de mobilisation

Les piquets de mobilisation contre la PMA peuvent être définis comme des rassemblements organisés par des groupes ou associations opposés à l'extension de la PMA, visant à :

  • Exprimer publiquement leur désaccord avec la législation en vigueur ou les projets de loi.
  • Sensibiliser l'opinion publique aux enjeux qu'ils estiment être liés à la PMA (droit de l'enfant, place du père, marchandisation du corps, etc.).
  • Exercer une pression politique sur les décideurs afin d'influer sur les politiques publiques en matière de bioéthique.
  • Affirmer une vision particulière de la famille et de la filiation, souvent ancrée dans des valeurs traditionnelles ou religieuses.

Ces piquets peuvent prendre différentes formes : manifestations statiques devant des lieux symboliques (Parlement, maternités, etc.), distributions de tracts, organisation de débats publics, actions de sensibilisation sur les réseaux sociaux, etc.

Analyse des discours et des stratégies des opposants à la PMA

Les discours des opposants à la PMA s'articulent souvent autour de plusieurs thèmes principaux :

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  • La défense de la famille "naturelle" : ils considèrent que la famille doit être fondée sur le mariage hétérosexuel et que l'enfant a besoin d'un père et d'une mère pour son développement équilibré.
  • La crainte d'une "marchandisation" du corps : ils dénoncent les risques de dérives liées à la PMA, comme la gestation pour autrui (GPA) ou la sélection d'embryons.
  • La protection du droit de l'enfant : ils estiment que l'enfant né par PMA doit avoir le droit de connaître ses origines et que l'anonymat du donneur doit être levé.
  • La critique d'une "déconstruction" des normes sociales de genre et de sexualité : ils s'inquiètent des conséquences de l'extension de la PMA sur la définition de la masculinité et de la féminité, ainsi que sur la place de l'hétérosexualité comme norme sociale.

Pour diffuser leurs idées, les opposants à la PMA utilisent différents canaux :

  • Les médias traditionnels : ils cherchent à obtenir une couverture médiatique de leurs actions et de leurs arguments.
  • Les réseaux sociaux : ils utilisent les plateformes numériques pour mobiliser leurs sympathisants et toucher un public plus large.
  • Les événements publics : ils organisent des manifestations, des conférences et des débats pour sensibiliser l'opinion publique.
  • Le lobbying politique : ils cherchent à influencer les parlementaires et les membres du gouvernement.

Les enjeux éthiques et sociétaux de la PMA

L'extension de la PMA soulève des questions éthiques et sociétales complexes, qui font l'objet de débats passionnés :

  • Le droit à l'autonomie reproductive : les partisans de l'extension de la PMA mettent en avant le droit de chaque individu à choisir librement d'avoir ou non des enfants, et à déterminer les modalités de leur conception.
  • L'égalité d'accès aux techniques de PMA : ils estiment que l'accès à la PMA ne doit pas être réservé aux couples hétérosexuels et que les couples de femmes et les femmes célibataires doivent bénéficier des mêmes droits.
  • Le bien-être de l'enfant : les opposants à l'extension de la PMA mettent en avant le droit de l'enfant à avoir un père et une mère, et s'inquiètent des conséquences de l'absence de figure paternelle sur son développement.
  • La définition de la famille : l'extension de la PMA remet en question la définition traditionnelle de la famille, fondée sur le mariage hétérosexuel, et ouvre la voie à de nouvelles formes de parentalité.

Ces questions sont au cœur des débats bioéthiques et nécessitent une réflexion approfondie, prenant en compte les différents points de vue et les enjeux éthiques, sociaux et juridiques.

Homophobie et hétérosexime dans les discours contre la PMA

Si le concept d’homophobie entend par définition pointer, entre autres, des formes langagières de rejet, dans quelle mesure est-il possible d’y avoir recours comme outil conceptuel pour analyser la construction langagière et idéologique de discours en circulation ? Quelles sont ses avantages et ses inconvénients ? Apparait-il comme le concept le plus pertinent pour éclairer des dynamiques de minorisation en discours ?

Par discours homophobe, il est entendu « un discours dont les caractéristiques linguistiques rendent compte d’une aversion, d’un rejet, plus largement d’attitudes discursives hostiles envers l’homosexualité » (Lorenzi Bailly et Guellouz, 2019, p. 48). L’homophobie renvoie à des marques discursives d’altérité explicites et fortes dont l’objectif est de déshumaniser l’autre, de le nier, jusqu’à l’anéantir.

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Le déploiement d’une argumentation est une autre caractéristique du discours homophobe. Sans pouvoir énumérer l’ensemble des arguments relevés par Louis-Georges Tin (2003, p. 358), il importe de mentionner l’appel à la dimension diachronique et étymologique fantasmée du terme « homosexualité ». Dans l’argumentation homophobe, « l’homosexualité est dite comme l’amour du même, égocentrique et tournée vers soi, provoquant le refus de l’altérité et l’exclusion » (Hugonnier, 2023a, p. 345).

Le recours à l’argument de l’injonction simple est aussi très récurrent dans le discours homophobe, il « consiste à définir non pas ce qu’est l’homosexualité, mais ce qu’elle devrait être » (Tin, 2010, p. 98). Cette dynamique langagière fait appel aux systèmes de principes et de normes « naturelles » voire « scientifiques » qui régissent notre société sur les questions de genre, de sexualité et de procréation. Dans la rhétorique homophobe, l’homosexualité (et les formes de famille liées) est alors appréhendée à travers l’écart prétendu avec ce système de pensée, la rendant ainsi « contre-nature », « hors-norme », « déviante » et/ou « pathologique ».

Finalement, le discours homophobe défini ainsi a principalement pour objet l’homosexualité et/ou les personnes homosexuelles, et charrie des marques fortes et explicites d’un positionnement « contre » ces mêmes objets de discours.

Les productions langagières du collectif Marchons Enfants ! et de ses membres font état d’un éventail de procédés argumentatifs, qui s’éloignent de la rhétorique homophobe précédemment décrite. Les prises de position des militant·es s’accompagnent d’une argumentation complexe afin de démontrer qu’elles et ils détiennent « la » vérité et visent à convaincre l’opinion publique, pour in fine tenter d’empêcher cette légifération (Hugonnier, 2021, p. 115-168). Par ces procédés argumentatifs, les militant·es cherchent à rationaliser leurs revendications. Cette lutte ne s’érigerait non pas « contre » les personnes homosexuelles, mais, comme l’illustre ce passage de microtrottoir, en raison des « dérapages » et des « dérives » vers la « marchandisation des enfants », l’ouverture d’« usines à bébé », la fabrication de « chimères » et l’« exploitation des mères porteuses », auxquelles conduirait cette loi.

Concernant la dimension polémique de ces discours, les militant·es se disent en opposition contre les sympathisant·es de la loi et celles et ceux qui rendent son institutionnalisation possible - le plus souvent, les représentant·es de l’autorité étatique. Ainsi, les marques d’altérité homophobes se font rares dans le corpus.

Alternatives et convergences des luttes

Face aux transformations, aliénations et destructions liées au système capitaliste, il est crucial de proposer des alternatives et de construire des convergences entre les luttes sociales, féministes, antiracistes, LGBTQI+ et écologiques.

Le collectif Les inverti·es, par exemple, s’inscrit dans cette perspective en combinant la lutte pour les droits des personnes LGBTQI+ avec un engagement anticapitaliste, antiraciste et féministe. Ils ont participé à l’organisation de pink blocs dans les manifestations contre la réforme des retraites et se sont impliqués dans des actions de solidarité avec les travailleurs et les migrants.

Cette convergence des luttes est essentielle pour construire une société plus juste, égalitaire et respectueuse de l’environnement, débarrassée de toute forme d’exploitation et de domination.

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