Le prolapsus utérin, ou descente d'organes, est une condition fréquente chez les femmes, caractérisée par le glissement vers le bas des organes pelviens tels que l'utérus, la vessie ou le rectum. Bien que touchant 30 à 50% des femmes à un moment de leur vie, le prolapsus reste une pathologie souvent taboue, entraînant honte et incompréhension. Cet article vise à démystifier le prolapsus utérin, en particulier en relation avec la grossesse, en abordant les causes, les symptômes, les traitements et les mesures de prévention.
Qu'est-ce que le prolapsus utérin ?
Le prolapsus utérin est un glissement de l'utérus vers le bas, résultant d'un affaiblissement des muscles et des ligaments du plancher pelvien, qui soutiennent les organes du petit bassin (utérus, vessie, rectum). Le vagin est un peu comme une maison avec un mur antérieur, un mur postérieur et un toit. On peut avoir un effondrement de l'un des murs ou de la toiture lorsqu'un des organes de l'abdomen (rectum, vessie ou utérus) n'est plus suffisamment bien maintenu dans la cavité abdominale. Il vient alors reposer sur l'une des parois du vagin et entraîne une hernie. Entre 6 et 20 % des femmes seraient victimes, à un moment de leur existence, d'un prolapsus ou "descente d'organe".
Causes et facteurs de risque
Plusieurs facteurs peuvent contribuer au développement d'un prolapsus utérin :
- Facteurs congénitaux: Un "défaut de construction" initial, c'est-à-dire une moindre résistance du tissu conjonctif qui maintient ces organes. On retrouve des formes familiales de la cystocèle, des prédispositions génétiques.
- Facteurs acquis:
- Grossesses et accouchements: La prévalence et le grade des prolapsus de tous les compartiments augmentent avec la parité (le nombre de grossesses). Au-delà de 4, chaque accouchement par voie basse représente un risque supplémentaire de 10 à 20 %. Un accouchement c'est un peu comme si l'on voulait faire passer une noix de coco dans le diamètre d'un tuyau d'arrosage. Les accouchements difficiles (gros bébé, utilisation de forceps…) étaient notamment considérés comme à haut risque.
- Autres facteurs: Le tabagisme, les toux chroniques, l'obésité, les chirurgies pelviennes, la constipation, les ports de charges lourdes et les efforts répétés, sont autant de facteurs qui engendrent des augmentations brutales de pression dans la cavité abdominale et favorisent le développement d'un prolapsus.
- Ménopause: Les changements hormonaux qui se produisent durant les différentes étapes de la vie d’une femme entraînent une perte d’élasticité et de tonicité des ligaments et fibres musculaires, qui ne parviennent plus à soutenir aussi bien les organes du petit bassin.
- Âge: L’idée reçue selon laquelle le prolapsus ne concernerait que les femmes âgées est fausse. Il est fréquent que des femmes jeunes, en particulier après l’accouchement, souffrent de prolapsus, y compris des prolapsus importants de grade III ou IV.
Symptômes du prolapsus utérin
Les symptômes d'une "descente d'organe" peuvent varier en fonction de la gravité du prolapsus et des organes impliqués. Ils peuvent inclure :
- Lourdeurs ou pesanteurs pelviennes.
- Sensation de corps étranger dans le vagin.
- Troubles urinaires (difficulté à uriner, miction par à-coups, incontinence).
- Troubles sexuels (douleur pendant les rapports).
- Extériorisation d'une hernie qui sort de la vulve.
- Sensation de pesanteur dans le bas-ventre.
Il est fréquent que des prolapsus de plusieurs organes soient associés. On parle par exemple de cystocèle d’entraînement, lorsque l’hystérocèle provoque la descente de la vessie.
Lire aussi: Guide Complet Accouchement Naturel
Prolapsus et grossesse
Pendant longtemps, la responsabilité des grossesses a été considérée comme majeure dans le développement du prolapsus. La prévalence et le grade des prolapsus de tous les compartiments augmentent avec la parité (le nombre de grossesses). Au-delà de 4, chaque accouchement par voie basse représente un risque supplémentaire de 10 à 20 %. En revanche, le fait de porter des jumeaux n’accroît pas sensiblement le risque. Ce qui compte le plus, c'est la manière dont se déroule la grossesse.
Il est important de noter que la descente d’organes est une pathologie à dominante féminine due à un affaiblissement des muscles pelviens. Ce relâchement intervient particulièrement lors d’épisodes de bouleversements hormonaux. Lors de la grossesse, le développement de l’utérus provoque une perte de tonicité des muscles périnéaux en venant exercer une pression continue sur le plancher pelvien. De fait, la répétition des accouchements est également une cause possible d’une descente d’organes. S’ils sont longs et/ou difficiles ou en cas d’utilisation de forceps ils vont fragiliser les muscles pelviens.
Gestion du prolapsus pendant la grossesse
Concernant la gestion du prolapsus de la femme jeune pendant la grossesse, la littérature est particulièrement pauvre. Dans les cas de prolapsus utérin extériorisé dès 13 semaines d’aménorrhée, la prise en charge dépend du stade clinique, de l’évolution et du terme de la grossesse. Elle associe le repos et les antiseptiques locaux à la réintégration manuelle ou par pessaire du prolapsus afin de prévenir l’ulcération et la surinfection du col utérin.
Habituellement, pendant le temps de la gestation, l'agrandissement progressif de l'utérus maintient les autres organes en place. Il peut néanmoins arriver que la future maman ait besoin de porter un pessaire (sorte d'anneau, de cube, ou de disque en silicone, que l'on insère dans le vagin) pour corriger son prolapsus. Si la gêne est conséquente, au point d'altérer la sexualité et donc d'obérer les chances de la femme de tomber enceinte, il faudra proposer une chirurgie.
Accouchement et prolapsus
En cas de prolapsus de stade IV (POP-Q), l’obstacle mécanique par extériorisation permanente du col utérin peut compromettre l’accouchement vaginal et motiver une césarienne. S’agissant du mode d’accouchement, aucune recommandation n’est disponible dans la littérature actuelle. Celui-ci doit être clairement discuté en fonction du risque de dystocie cervicale et des risques potentiels de la césarienne.
Lire aussi: Utilisation sécurisée du Doliprane pour nourrissons
Traitements du prolapsus utérin
La prise en charge du prolapsus génital n’est pas une urgence. Il n’est généralement pas dangereux et ne présente pas de complications dans la grande majorité des cas. Il existe deux types de traitements : les traitements conservateurs, c’est-à-dire sans intervention chirurgicale, et les traitements chirurgicaux. Le choix du traitement dépend de la gravité des symptômes, de l'âge de la patiente, de son état de santé général et de son désir de grossesse future.
Traitements conservateurs
- Rééducation périnéale: La rééducation thoraco-abdomino-périnéale (souvent appelée “rééducation périnéale”) a un rôle à jouer pour faire un état des lieux (bilan) afin de bien définir les causes du prolapsus et de mettre en place des séances adaptées. Elle peut permettre de renforcer les muscles de la sangle pelvienne et donc d’améliorer le maintien des organes et de soulager les ligaments auxquels ils sont suspendus. En revanche, elle ne permet pas de restaurer les ligaments, qui s’ils sont distendus, le resteront. La rééducation ne se limite pas au renforcement des muscles du périnée. Elle intègre également la correction d’éventuelles hypertonies, d’une inversion de commande, de mauvaises habitudes (poussée défécatoire, constipation, respiration, sport), de problèmes posturaux etc. La rééducation est encadrée par un thérapeute spécialisé dans ce domaine (kinésithérapeute ou sage-femme), mais la place de l’auto-rééducation à domicile est également importante.
- Exercices de Kegel: Ces exercices font travailler les muscles pelviens. Ils consistent à contracter les muscles du périnée puis à les relâcher, dix fois d’affilée.
- Exercices avec les boules de geisha: Les boules de geisha se présentent sous la forme de deux boules reliées par un cordon.
- Pessaire: Ce petit dispositif médical en silicone est inséré dans le vagin pour repositionner correctement les organes, soulageant ainsi des différents symptômes liés au prolapsus. Il s’agit d’une solution simple et sûre, qui a l’avantage d’être efficace immédiatement, et qui peut être utilisée en continu, temporairement ou ponctuellement en fonction des besoins. Le pessaire peut être une solution d’attente à une éventuelle chirurgie, peut permettre d’anticiper l’impact de la chirurgie sur la symptomatologie (il permet notamment de détecter une éventuelle incontinence masquée par le prolapsus), et est un excellent complément à la rééducation. Différents types de pessaires existent, votre médecin, sage-femme ou kinésithérapeute vous aidera à déterminer le modèle le plus adapté à votre situation.
- Modifications du mode de vie: Réduire le risque de survenue d'une cystocèle consiste donc à agir sur les facteurs connus de prolapsus, à savoir éviter tout surpoids, avoir une prise de poids raisonnable pendant ses grossesses, ne pas fumer et soigner les pathologies susceptibles de fragiliser les tissus de soutien. Évitez également de porter des charges lourdes. Pensez à surveiller votre transit et à adopter des mesures diététiques qui faciliteront l’émission des selles.
- Traitement hormonal: Un traitement par apport d’œstrogènes (sous forme de crème ou d'ovules) peut permettre de tonifier et d’assouplir les tissus vaginaux et pelviens. À la ménopause, la chute des œstrogènes peut provoquer un affaiblissement des tissus de soutien des muscles pelviens. Ce type de traitement est par ailleurs souvent prescrit en complément des autres solutions thérapeutiques.
Traitements chirurgicaux
La chirurgie est proposée si les autres mesures ne sont pas suffisantes et si les symptômes deviennent handicapants au quotidien. La réparation chirurgicale du prolapsus après l’accouchement devra être discutée en fonction de la gêne fonctionnelle occasionnée et du désir de grossesse ultérieur.
- Chirurgie par voie abdominale (promontofixation): Le chirurgien utilise une prothèse synthétique pour replacer les organes en position haute. Actuellement, les recommandations vont plutôt vers la promontofixation. Cette opération se réalise par cœlioscopie, c’est-à-dire en réalisant de petits trous de quelques millimètres au niveau de l’abdomen, à travers lesquels seront introduites les prothèses.
- Chirurgie par voie vaginale: Le chirurgien réduit la hernie en réalisant une simple "couture" des tissus. C'est une chirurgie efficace, mais son taux de récidive à 5 ou 6 ans est plus important. Une autre technique est réalisée par voie vaginale (colpocléisis) : il s’agit de fermer le vagin de façon définitive. C’est une technique peu invasive adaptée aux personnes âgées.
La chirurgie du prolapsus nécessite en général une hospitalisation d’une ou deux journées, mais elle peut également se faire en ambulatoire. Le principal risque est celui d’une récidive, le vieillissement des tissus se poursuivant après l’opération, surtout en cas d’efforts chroniques. Dans le cas de la promontofixation, le risque est essentiellement celui d’une modification de la statique pelvienne avec décompensation d’un autre étage, ou encore celui d’une complication au niveau des prothèses.
En cas de pose d’une prothèse (par voie abdominale), à l’issue de l’intervention un document vous sera remis dans lequel devront figurer les caractéristiques (type, numéro de lot…) de cette prothèse et des modalités d’implantation opératoire (lieu, date, nom du chirurgien…).
Prévention du prolapsus
Bien qu'il existe des facteurs de risque non modifiables, certaines mesures peuvent aider à prévenir le prolapsus utérin :
Lire aussi: Consommation d'alcool et allaitement maternel
- Maintenir un poids santé.
- Éviter la constipation chronique.
- Adopter une bonne posture.
- Pratiquer régulièrement des exercices de Kegel pour renforcer les muscles du plancher pelvien.
- Entretenir le périnée durant et après la grossesse.
Vivre avec un prolapsus
Le prolapsus génital peut avoir un impact significatif sur la qualité de vie d’une femme, y compris sa santé émotionnelle. Il est important de s’informer, de partager ses expériences et de ne pas hésiter à consulter un professionnel de santé pour obtenir un diagnostic et un traitement adaptés.
Une récidive du prolapsus n’est pas exceptionnelle, mais elle ne s’accompagne pas toujours de la réapparition des symptômes et son risque est variable d’une patiente à une autre.
tags: #prolapsus #utérin #et #grossesse