La grossesse est une période de profonds changements, à la fois physiques et émotionnels. Si elle est souvent synonyme de joie et d'épanouissement, elle peut aussi être source d'inquiétudes, notamment en ce qui concerne l'accouchement. Redouter le moment de la naissance est une crainte naturelle, surtout lors d'une première grossesse ou après avoir rencontré des difficultés médicales par le passé. Comprendre ces peurs, les adresser et adopter des stratégies pour les gérer est essentiel pour vivre une expérience d'accouchement plus sereine.
Les Origines de la Peur de l'Accouchement
La peur de l'accouchement, bien que répandue, prend différentes formes et trouve ses racines dans divers facteurs. D'après Karine Mayer, psychologue spécialisée en périnatalité et en infertilité, cette peur est une inquiétude assez normale. Les femmes craignent souvent que les choses se passent mal, s'interrogent sur le processus de la naissance et redoutent des complications pour elles-mêmes ou pour leur enfant.
Plusieurs éléments peuvent alimenter cette angoisse :
- Le manque d'information et l'inconnu : Le moment de l’accouchement est souvent redouté par manque d’information. La peur de l’inconnu génère de multiples angoisses.
- Les témoignages négatifs : Les futures mamans lisent, regardent des vidéos, entendent des témoignages… Il faut prendre ce qui est utile, mais laisser de côté les histoires trop personnelles qui peuvent être anxiogènes.
- Les représentations culturelles : Dans les films, une représentation très caricaturale de ce moment est promue. Très souvent, l’accouchement est un prétexte à la mise en scène d’un drame. Ça n’aide pas à démystifier ce moment.
- Les expériences passées : Deuxième ou troisième bébé… Les obstacles peuvent être difficiles à gérer pour les femmes qui ont déjà vécu un premier accouchement traumatisant.
Lucie Joly, psychiatre spécialisée en périnatalité, souligne que la peur de l'inconnu, la peur de perdre le contrôle et la peur de la douleur sont des préoccupations courantes. Certaines femmes craignent même de mourir ou de perdre leur bébé. Ces inquiétudes peuvent être renforcées par les histoires véhiculées par les médias ou l'entourage.
Les Manifestations de la Peur de l'Accouchement
La peur de l'accouchement peut se manifester de différentes manières, allant de l'inquiétude passagère à la tokophobie, une phobie sévère de l'accouchement. Si la peur de l’accouchement touche approximativement 20 à 25 % des femmes, dans 10 % des cas, cela s’apparente à une pathologie : la tokophobie.
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Les symptômes peuvent inclure :
- Anxiété excessive
- Troubles du sommeil, voire cauchemars
- Ruminations anxieuses
- Désir d'éviter la grossesse ou l'accouchement (par exemple, en demandant une césarienne ou une IVG/IMG)
Il est important de noter que l’anxiété anténatale est très nocive pour le corps de la future maman. En effet, en cas d’exposition à un grand niveau de stress, les femmes peuvent craindre un accouchement prématuré. L’angoisse a un effet sur les paramètres obstétricaux.
Stratégies Psychologiques pour Gérer la Peur de l'Accouchement
Heureusement, il existe de nombreuses méthodes pour gérer la peur de l'accouchement et se préparer mentalement à la naissance.
Préparation à l'Accouchement
Les cours de préparation à l’accouchement devraient déjà vous éclairer quant au déroulé du jour J, à la manière de gérer les contractions, de pousser… Ces cours permettent de démystifier l'accouchement et d'en comprendre le fonctionnement. Ils offrent également un espace pour poser des questions et partager ses inquiétudes avec des professionnels de santé et d'autres futures mamans.
Hypnose
Si votre peur est liée à d’éventuelles complications, à la crainte de mal gérer la douleur ou de ne pas réussir à pousser, l’hypnose peut être utile, indique Delphine Germain : « On va travailler sur les ressources de chacune, se souvenir des réussites passées pour s’appuyer dessus. En deux ou trois séances, il est également possible d’apprendre l’auto-hypnose pour calmer sa peur par soi-même le jour J.
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Relaxation et Méditation
« Dans le cas d’une angoisse latente, je préconise le plus souvent la méditation, confie Karine Mayer. En effet, celle-ci permet de se projeter dans l’accouchement et de se sentir moins angoissée le moment venu. La sophrologie est également indiquée, et de nombreuses sage-femmes la pratiquent dans le cadre des cours de préparation à la naissance. Elles permettent de revenir au corps et de gérer la douleur plus facilement.
Cohérence Cardiaque
Au sein de l’unité de psychiatrie périnatale dont elle est responsable, Lucie Joly explique que les professionnels de santé ont de plus en plus recours aux exercices de cohérence cardiaque. « L’avantage de cette méthode est qu’il s’agit d’une technique ayant un effet anxiolytique de fond, précise la psychiatre. De plus, on a constaté que l’effet était encore plus bénéfique sur les femmes enceintes que sur celles qui ne le sont pas.
Communication et Soutien
Trop souvent, les femmes ne s’autorisent pas à verbaliser leurs angoisses et leurs questionnements, confirme Lucie Joly. Aujourd’hui, la parole se libère un peu, mais il est nécessaire de verbaliser systématiquement les difficultés auxquelles ces femmes sont exposées. Parler de ses peurs à un professionnel de santé, à son partenaire ou à un groupe de soutien peut aider à les relativiser et à se sentir moins seule.
Projet de Naissance
Le conseil de la psychologue : être actrice de sa grossesse, de son accouchement, notamment en rédigeant un projet de naissance à destination de l'équipe médicale. Déterminer à l’avance vos volontés pour l’accouchement est important si vous avez vraiment peur.
Thérapies
Les thérapies comportementales et cognitives (TCC) permettent de comprendre et d’analyser le stress ressenti par la grossesse et l’accouchement. Mais c’est aussi calmer les émotions négatives qui y sont associées et modifier de façon positive son comportement. Dans ces cas, une thérapie EMDR peut être envisagée. Il s’agit d’une thérapie par mouvements oculaires qui permet de cibler la mémoire traumatique et d’agir dessus.
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Le Rôle de l'Entourage
En-dehors de la sphère médicale, certaines personnes peuvent jouer un rôle bénéfique durable sur les angoisses de la femme enceinte. Le rôle du conjoint et de la famille est, en effet, primordial pour aider la future mère à dédramatiser. L’accompagnateur ne peut pas enlever la douleur, mais il a une qualité de présence. Il peut encourager la femme enceinte en lui disant qu’elle est capable, qu’il a confiance en elle…
Conseils Supplémentaires
- Être actrice de sa grossesse : S'informer, poser des questions, participer activement aux décisions concernant son accouchement.
- Prendre soin de soi : Adopter une alimentation saine, pratiquer une activité physique douce, se reposer suffisamment.
- Se faire plaisir : Écouter de la musique, lire, passer du temps avec ses proches.
- Accepter ses émotions : Il est normal de ressentir de la peur, de l'anxiété ou de la tristesse pendant la grossesse. Il est important de ne pas les refouler, mais de les exprimer et de les accepter.
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