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L'Impact des Pesticides sur le Cycle Menstruel et la Fertilité Féminine

Depuis plus de soixante-dix ans, un phénomène discret mais de plus en plus préoccupant prend de l’ampleur dans le domaine de la santé reproductive : la fertilité mondiale connaît une baisse continue. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) dresse un constat alarmant : aujourd’hui, pour un couple sur six dans le monde, devenir parents s’apparente davantage à un rêve difficile à réaliser qu’à une perspective aisément envisageable. Les raisons de cette situation, qui affecte aussi bien les hommes que les femmes, sont multiples : évolutions sociétales, choix de vie, facteurs médicaux… Mais ils ne suffisent pas à expliquer l’ampleur du phénomène. Pour l’expliquer, les chercheurs s’intéressent de plus en plus aux effets des polluants environnementaux, et en particulier à ceux des perturbateurs endocriniens.

Les Perturbateurs Endocriniens : Une Menace Silencieuse pour la Fertilité Féminine

Ces substances, avec lesquelles nous sommes en contact au quotidien, peuvent interférer avec le système hormonal, clé de voûte de la reproduction. Ces substances ont la capacité de dérégler notre système hormonal, pourtant essentiel au bon fonctionnement de la reproduction. Aujourd’hui, les preuves sont accablantes et mettent en cause leur rôle dans les troubles de la fertilité féminine.

Selon l’OMS, un perturbateur endocrinien est défini comme : « Une substance ou un mélange de substances qui altère les fonctions du système endocrinien et de ce fait induit des effets néfastes dans un organisme intact, chez sa progéniture ou au sein d’une population ».

Pour le dire simplement, les perturbateurs endocriniens sont des substances qui ont la capacité d’interférer avec le système hormonal perturbant ainsi le cycle menstruel.

Aujourd’hui, nous sommes tous exposés à un large spectre de perturbateurs endocriniens, qu’il s’agisse de bisphénols (notamment le bisphénol A, mais pas uniquement), de pesticides tels que le chlorpyrifos, ou de substances telles que les polychlorobiphényles, les phtalates et leurs métabolites, etc.

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Ces composés sont présents dans de nombreux produits du quotidien, par exemple les bouteilles en plastique, les contenants alimentaires, les revêtements internes des boîtes de conserve métalliques, les détergents, les microplastiques, les retardateurs de flamme, les appareils électroniques et même les produits cosmétiques…

Notre mode de vie, notre alimentation, les lieux que nous fréquentons, et même notre métier influencent notre exposition à ces substances, et certains sont plus exposés que d’autres : agriculteurs et agricultrices, personnes exerçant des métiers de la coiffure, de l’esthétique, fleuristes…

Naturellement, vivre à proximité de zones polluées, comme un champ cultivé en utilisant des pesticides, par exemple, accroît de même le risque de contamination par des perturbateurs endocriniens.

La Mécanique Hormonale Féminine et sa Vulnérabilité

Le cycle menstruel de la femme, qui prépare le corps à une éventuelle grossesse, repose sur une communication précise entre le cerveau, les ovaires et l’utérus grâce aux hormones. Deux processus clés, étroitement liés, en assurent le bon déroulement.

Le premier se déroule au niveau des ovaires, lesquels passent par plusieurs étapes au cours du cycle menstruel : développement des follicules contenant les ovocytes, libération d’un ovule prêt à être fécondé (l’ovulation), puis formation d’une structure temporaire appelée corps jaune qui permettra la continuité de la grossesse.

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Le second processus se passe au niveau de l’utérus, qui se prépare à accueillir un futur bébé en épaississant sa paroi. Si la fécondation n’a pas lieu, cette muqueuse épaissie est éliminée par les voies naturelles : ce sont les règles.

Ce système est orchestré par plusieurs hormones essentielles, produites par les ovaires (œstradiol et progestérone) ainsi que par le cerveau (la GnRH, LH et FSH). C’est cette fine régulation hormonale qui permet au cycle menstruel de se dérouler chaque mois.

Une désorganisation, ne serait-ce que minime, de ce système millimétré peut se traduire par une infertilité dite « inexpliquée ». Or, plusieurs facteurs liés à nos modes de vie interfèrent aujourd’hui avec cette mécanique de précision. L’exposition aux perturbateurs endocriniens peut avoir des effets particulièrement délétères chez la femme, car elle peut perturber le cycle menstruel.

Ce cycle naturel, qui prépare le corps à une éventuelle grossesse, est contrôlé par un ensemble d’organes qui communiquent entre eux grâce à des hormones : le cerveau (l’hypothalamus et l’hypophyse), les ovaires et l’utérus. Le second processus se passe au niveau de l’utérus, qui se prépare à accueillir un futur bébé en épaississant sa paroi. Si la fécondation n’a pas lieu, cette muqueuse épaissie est éliminée par les voies naturelles : ce sont les règles.

Ce système est orchestré par plusieurs hormones essentielles, produites par les ovaires (œstradiol et progestérone) ainsi que par le cerveau (la GnRH, LH et FSH). C’est cette fine régulation hormonale qui permet au cycle menstruel de se dérouler chaque mois.

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Une désorganisation, ne serait-ce que minime, de ce système millimétré, sous l’effet par exemple de perturbateurs endocriniens, peut se traduire par une infertilité dite « inexpliquée ».

Impact des Pesticides sur la Fertilité Féminine : Le Cas du Chlordécone

Plusieurs études ont montré que l’exposition au chlordécone est associée à des effets néfastes sur la grossesse (risque augmenté de prématurité) et le développement de l’enfant (moins bons scores aux tests cognitifs et difficultés comportementales après une exposition prénatale et postnatale), en particulier aux Antilles, où ce pesticide a été largement utilisé jusqu’à son interdiction en 1993 en raison de sa forte toxicité et où il a durablement contaminé les terres agricoles.

Une nouvelle étude publiée par une équipe de l’Inserm au sein de l’Institut de recherche en santé, environnement et travail (Inserm/Université de Rennes/École des hautes études en santé publique), dans la revue Environmental Health le 16 octobre, montre que ce pesticide allonge la durée du délai nécessaire à concevoir un enfant, un indicateur reconnu de la fertilité du couple.

Ces résultats ont été obtenus grâce à des données de la cohorte mère-enfant Timoun, collectées entre novembre 2004 et décembre 2007 auprès de 668 femmes enceintes, interrogées lors de visites de contrôle au cours du deuxième ou du troisième trimestre de grossesse au CHU de la Guadeloupe et dans les centres hospitaliers de la Basse-Terre et de Pointe-à-Pitre, ainsi que dans les services de soins prénatals. En parallèle, des prélèvements avaient également été réalisés pour mesurer la concentration de chlordécone dans leur sang.

Résultat : « Plus les femmes ont été exposées à des niveaux élevés de chlordécone, plus elles ont mis de temps à concevoir leur enfant », résume Luc Multigner, directeur de recherche émérite à l’Inserm et co-auteur de l’étude.

Pour analyser le lien entre l’exposition au chlordécone et les difficultés à concevoir, les femmes ont été classées en quatre groupes selon leur niveau d’exposition à l’insecticide. L’équipe de recherche a observé que les femmes les plus exposées, dont la concentration du chlordécone dans le sang dépassait 0,4 µg/l, avaient mis plus de temps à tomber enceintes et que leur chance d’y parvenir au cours d’un cycle menstruel était réduite d’environ un quart (entre 24 et 28 % pour les deux groupes les plus exposés).

Faute de mesures de l’exposition chez les conjoints, il est difficile d’attribuer cet allongement du délai à concevoir uniquement aux femmes.

« Cependant, des études précédentes en Guadeloupe chez les hommes, à des niveaux d’exposition similaires à ceux des femmes, n’avaient montré aucun effet sur la qualité du sperme ni sur les hormones de la reproduction. Chez des animaux de laboratoire, le chlordécone a déjà été associé à une diminution de la fertilité des femelles. À la lumière de ces travaux, notre étude soutient l’hypothèse selon laquelle ce pesticide pourrait altérer la fertilité des femmes », ajoute le chercheur.

Même si l’association observée est importante, l’étude n’établit pas formellement de lien de cause à effet.

Comment les Perturbateurs Endocriniens Affectent le Cycle Menstruel et la Fertilité

Des substances comme le bisphénol A, les phtalates et certains pesticides ont pu être liées à une accélération du vieillissement ovarien. En provoquant un stress oxydatif dans les follicules ovariens, elles endommagent les cellules impliquées dans le développement des ovocytes. Le contact avec ces substances se traduit par une diminution précoce de la qualité et de la quantité des ovules disponibles.

Les perturbateurs endocriniens sont aussi soupçonnés de jouer un rôle dans un trouble plus grave, appelé insuffisance ovarienne précoce. Celui-ci se traduit par un arrêt définitif du fonctionnement des ovaires avant 40 ans. Cette pathologie entraîne une ménopause prématurée, des troubles hormonaux et des difficultés à concevoir.

On sait que l’insuffisance ovarienne précoce peut avoir des causes génétiques, mais certains perturbateurs endocriniens semblent être eux aussi impliqués. C’est par exemple le cas des dioxines ainsi que des perfluoroalkyls et polyfluoroalkyls (aussi nommés PFAS).

Mais ce n’est pas tout : les perturbateurs endocriniens interfèrent également avec la grossesse elle-même. Pour qu’une grossesse puisse survenir, il faut qu’un ovule arrive à maturité et soit libéré lors de l’ovulation. Or, les perturbateurs endocriniens perturbent ce processus de différentes manières.

Certains d’entre eux bloquent la maturation des ovules, empêchant le développement normal des follicules ovariens. D’autres entraînent un déséquilibre hormonal, en modifiant la production des hormones comme l’œstrogène et la progestérone, ce qui perturbe le cycle menstruel et réduit les chances d’ovulation.

Les perturbateurs endocriniens peuvent aussi altérer les récepteurs hormonaux. C’est par exemple le cas de substances telles que l’atrazine, un pesticide très répandu, qui diminuent la réponse des ovaires aux hormones essentielles à l’ovulation.

Tous ces mécanismes se traduisent à des perturbations de l’ovulation qui interfèrent avec la fécondation. La conséquence, chez certaines femmes exposées, est la survenue de problèmes de fertilité, voire, dans certains cas, d’une infertilité totale.

Enfin, les perturbateurs endocriniens peuvent aussi s’avérer problématiques lors des étapes qui suivent la fécondation. Pour qu’une grossesse survienne, la fécondation seule ne suffit pas : l’œuf ainsi formé doit ensuite parvenir à s’implanter correctement dans l’utérus. Il faut pour cela que la muqueuse utérine (appelée endomètre) soit réceptive.

Or, les perturbateurs endocriniens, en particulier le bisphénol A, perturbent également cette étape. Les conséquences peuvent être des fausses couches à répétition, des difficultés d’implantation de l’embryon ou les complications pendant la grossesse : dysfonctionnement du placenta (prééclampsie), retard de croissance du fœtus, etc.

Enfin, les perturbateurs endocriniens semblent aussi jouer un rôle dans le développement de l’endométriose. On peut prendre le cas du TCDD, un herbicide agissant comme perturbateur endocrinien, qui est associé à la sévérité de la maladie.

Agir pour Préserver la Fertilité

Face à l’ampleur du fléau silencieux que représente l’infertilité, il est essentiel de conjuguer les efforts de la recherche à la prévention et à l’information du public. On peut ainsi espérer mieux comprendre les effets des perturbateurs endocriniens sur la fertilité féminine, et en limiter l’impact.

Adopter quelques gestes simples, tel que limiter l’usage des plastiques alimentaires ou opter pour des cosmétiques exempts de perturbateurs connus peut permettre de réduire son exposition. Si possible, mieux vaut également avancer le plus possible dans le temps son projet parental.

Il est également important que recherches et actions de prévention soient soutenues par les institutions. Celles-ci doivent veiller à ce que la dimension environnementale soit pleinement intégrée aux stratégies visant à améliorer la santé reproductive.

Bien qu’interdit depuis 1993, le chlordécone a durablement contaminé les terres agricoles aux Antilles, car la molécule est très persistante dans l’environnement.

Pistes pour l'avenir

Aujourd’hui, nous savons que certains polluants présents dans notre environnement, comme le bisphénol A, les phtalates, certains pesticides, les dioxines ou les PFAS, peuvent altérer la fertilité féminine en perturbant la réserve ovarienne, l’ovulation, l’implantation embryonnaire ou en favorisant des pathologies comme l’endométriose.

Cependant, de nombreuses zones d’ombre subsistent : la proportion exacte de cas d’infertilité liés à ces substances reste inconnue, notamment en raison de la difficulté à mesurer l’exposition réelle et de l’effet « cocktail », autrement dit les résultats des interactions entre différentes molécules (nous sommes en effet exposés simultanément à de nombreuses substances différentes).

Parmi les questions qui restent en suspens, quelle est la part exacte de ces polluants dans les cas d’infertilité ? Quels sont les effets combinés des expositions multiples ? Quelles périodes de la vie sont les plus vulnérables ?

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