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Cancer Pédiatrique et Pesticides : Évaluation des Risques et Perspectives

L'étude des facteurs de risque environnementaux des cancers pédiatriques est un domaine complexe et crucial. Parmi ces facteurs, l'exposition aux pesticides suscite une inquiétude croissante, en particulier dans les zones agricoles. Cet article explore les recherches actuelles sur les liens potentiels entre l'exposition aux pesticides et le cancer chez les enfants, en mettant en lumière les défis méthodologiques et les perspectives d'avenir.

L'état actuel des connaissances

Plusieurs facteurs présents dans notre mode de vie, notre environnement domestique et professionnel ou notre alimentation peuvent augmenter le risque de développer un cancer. Chez les adultes, beaucoup de ces facteurs de risque sont bien identifiés et font l’objet de mesures de prévention (tabac, amiante, UV, benzène, papillomavirus, par exemple). Chez les enfants, le rôle de l’environnement est encore mal établi et les possibilités de prévention sont limitées. L’exposition à de fortes doses de radiation ionisantes, dans le cas d’une radiothérapie mais aussi en situation accidentelle, est un facteur de risque démontré pour plusieurs types de cancer de l’adulte et de l’enfant. L’exposition des populations d’Ukraine et de Biélorussie provoquée par l’accident de 1986 à Tchernobyl se rapproche de ces doses et elle a induit une nette augmentation de la fréquence des cancers de la thyroïde chez l’enfant et l’adolescent. Aux doses beaucoup plus faibles des expositions d’origine naturelle (radon et rayonnement gamma provenant du sol), aucun excès de risque de leucémie n’a été observé en France sur 30 années d’observation.

Les expositions aux pesticides, en particulier liées à l’utilisation d’insecticides par la mère pendant la grossesse, sont associées à une augmentation du risque de leucémie et de tumeur cérébrale de l’enfant dans de nombreuses publications. Les données proviennent d’études faisant appel à la mémoire des parents d’enfants malades et non malades, en l’absence d’indicateurs biologiques capables de refléter les expositions passées. Les conséquences de la pollution de l’air ont été moins étudiées. Les données actuelles suggèrent une augmentation du risque de certaines leucémies chez les enfants les plus exposés, qui doit être confirmée et précisée. Les expositions aux champs magnétiques à extrêmement basse fréquence générées par les lignes à haute tension ont été incriminées devant l’observation d’un risque plus élevé de leucémie chez les enfants vivant au voisinage immédiat des lignes de très haut voltage. Les données épidémiologiques récentes sont beaucoup moins en faveur de cette association. Les regroupements de cas observés dans des communes peu peuplées ou dans des écoles ont suscité beaucoup d’investigations depuis plusieurs décennies et dans plusieurs pays sans qu’aucune cause environnementale n’ait été retrouvée. Une hypothèse pour expliquer certains « clusters » de leucémies survenus dans un contexte de mouvements de population importants ou dans un contexte épidémique, pourrait être l’intervention d’agents infectieux encore non identifiés. A l’inverse, des facteurs jouent vraisemblablement un rôle protecteur vis-à-vis de certains cancers. C’est le cas de l’allaitement prolongé, de la supplémentation maternelle en acide folique avant la conception.

Études Épidémiologiques et Pesticides : Un Aperçu

Les études épidémiologiques jouent un rôle essentiel dans l'évaluation des risques liés aux pesticides et au cancer infantile. Ces études visent à identifier si l'exposition aux pesticides est associée à une augmentation de l'incidence des cancers chez les enfants. Cependant, il est important de noter que ces études peuvent être complexes et sont souvent confrontées à des défis méthodologiques.

Le Cas de la Plaine d'Aunis

Dans la plaine céréalière d’Aunis, près de La Rochelle, l’inquiétude grandit face à l’identification de nouveaux cas de cancers pédiatriques. Des familles ont fait analyser les cheveux et les urines de leurs enfants, révélant la présence de pesticides. Cette situation a conduit à une mobilisation locale, avec la création de l’association Avenir Santé Environnement et l’organisation de marches appelant à une transition agricole et à un plan de sortie des pesticides de synthèse.

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GEOCAP-Agri : Analyse de l’incidence des cancers pédiatriques et activités viticoles

L’étude GEOCAP-Agri, menée par l’Inserm, s’est penchée sur l’incidence de certains cancers pédiatriques en fonction de la présence d’activités viticoles dans l’environnement des habitations. Les chercheurs ont utilisé les données du Registre national des cancers de l'enfant (RNCE) sur la période 2006-2013. Ils ont analysé la surface de cultures viticoles et les distances à la parcelle viticole la plus proche du domicile des enfants de moins de 15 ans atteints de leucémie en France métropolitaine, comparant ces données avec celles d'enfants non malades du même âge.

Les résultats de l’étude GEOCAP-Agri ne mettent pas en évidence de tendance de regroupements de cas de cancers en France métropolitaine. Ils montrent aussi que la présence de vignes à moins de 1 km de l’adresse de résidence n'était pas plus fréquente chez les enfants atteints de leucémie que chez les cas témoins non malades. Par ailleurs, l’analyse statistique réalisée par les chercheurs montre une augmentation modérée du risque de leucémie lymphoblastique avec l'augmentation de la densité de vignes dans un rayon de 1 km autour de l'adresse de la résidence. L’augmentation de risque est en moyenne de 5 à 10 % pour une augmentation de 10 % de la surface en vignes.

Il est important de noter que, pour des questions de temporalité et de disponibilité des données, car les utilisations de produits phytopharmaceutiques concernées remontent à plus de 10 ans, il n’est pas possible de recouper ce résultat statistique avec des usages de produits ou des expositions des enfants.

Défis et limites des études actuelles

Plusieurs défis compliquent l'étude des liens entre pesticides et cancers pédiatriques :

  • Période d'exposition: Identifier les périodes d'exposition critiques (par exemple, pendant la grossesse ou la petite enfance) est essentiel, mais difficile.
  • Types de pesticides: Il existe une grande variété de pesticides, et leurs effets sur la santé peuvent varier considérablement. Il est donc important d'étudier les effets de chaque pesticide individuellement, ainsi que les effets des mélanges de pesticides.
  • Niveau d'exposition: Mesurer avec précision les niveaux d'exposition aux pesticides est un défi majeur, car les enfants peuvent être exposés par différentes voies (alimentation, eau, air, sol).
  • Facteurs de confusion: Il est important de tenir compte d'autres facteurs qui peuvent influencer le risque de cancer, tels que la génétique, le mode de vie et l'exposition à d'autres substances chimiques.
  • Données d’usage des produits phytopharmaceutiques: L’absence de banque de données sur les usages des produits phytopharmaceutiques, par parcelle, culture et année, limite la capacité à caractériser les expositions des riverains aux produits et donc à identifier, dès que nécessaire, des leviers d’action.

Perspectives d'avenir et recherches en cours

Malgré ces défis, la recherche sur les liens entre pesticides et cancers pédiatriques progresse. Plusieurs études sont en cours pour mieux comprendre ces liens et identifier les mesures de prévention les plus efficaces.

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GEOCAP-Pest : Vers une Identification des Substances à Risque

L’étude GEOCAP-Pest, lancée fin 2023 par l’Inserm, a pour vocation de vérifier les éventuelles corrélations entre les risques de cancer chez les enfants et leur exposition aux produits employés pour les activités agricoles voisines de leur domicile, et d'identifier des groupes de produits, des familles chimiques voire des substances actives responsables d'une augmentation de risque. GEOCAP-PEST a pour objectif d'estimer le risque de cancer chez les enfants exposés aux pesticides du fait des activités agricoles voisines de leur domicile, et d'identifier des groupes, des familles chimiques, voire des substances actives responsables d'une augmentation de risque. Le projet s’appuiera sur les données de pratiques culturales, de pratiques phytosanitaires, d’occupation du sol et sur les déclarations des exploitants pour caractériser le plus précisément possible l’exposition aux pesticides liée à l’utilisation des produits phytopharmaceutiques dans les zones de cultures.

PestiRiv : Évaluation de l’exposition des riverains

Pour connaître les effets du recours aux produits phytopharmaceutiques sur la santé des riverains et mettre en place des mesures de gestion, il est nécessaire d’estimer les expositions des personnes vivant près de cultures traitées. C’est un des objectifs de l’étude PestiRiv menée par l’Anses et Santé publique France.

Phytopharmacovigilance : Surveillance et Génération de Connaissances

Chaque année, la phytopharmacovigilance mobilise un budget d’environ 1,4 million d’euros pour financer des études spécifiques et générer des connaissances, par exemple quand une suspicion est soulevée.

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tags: #cancer #pediatrique #pesticides #risques

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