Le diabète gestationnel, un trouble de la tolérance glucidique apparaissant pendant la grossesse, suscite de nombreuses questions. Cet article vise à fournir des informations claires et complètes sur ce sujet, en abordant les causes, le dépistage, les risques potentiels et les stratégies de gestion.
Qu'est-ce que le diabète gestationnel ?
Le diabète gestationnel (DG), également appelé diabète de grossesse, se caractérise par une hyperglycémie, c'est-à-dire un taux de sucre dans le sang anormalement élevé, qui se manifeste pendant la grossesse. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) le définit comme « une anomalie de la tolérance glucidique qui entraîne une hyperglycémie ». Ce trouble est généralement diagnostiqué au cours du deuxième ou troisième trimestre et disparaît le plus souvent après l'accouchement. Il est important de noter que, dans certains cas, un diabète de type 2 préexistant peut être découvert lors de la grossesse.
La grossesse est considérée comme un état "diabétogène" car les hormones produites par le placenta interfèrent avec l'action de l'insuline, l'hormone sécrétée par le pancréas pour réguler la glycémie. Dès le début de la grossesse, le taux de sécrétion d’insuline et la sensibilité à celle-ci augmente. Au fur-et-à-mesure de la grossesse, le placenta va ensuite sécréter des hormones, qui vont entrer en conflit avec l’insuline et provoquer une insulino-résistance. Chez les femmes atteintes de diabète gestationnel, le pancréas ne parvient pas à produire suffisamment d'insuline pour compenser cette résistance, entraînant ainsi une élévation du taux de sucre dans le sang.
Dépistage du diabète gestationnel
Le dépistage du diabète gestationnel n'est pas systématique, mais il est fortement recommandé pour les femmes présentant des facteurs de risque. Le dépistage ciblé est cependant de mise pour les futures mamans à risque. A noter : il suffit d’avoir un seul de ces critères pour être considérée comme « à risque ». Si les facteurs de risque sont importants (obésité importante, nombreux cas de diabète dans la famille), le médecin ou la sage-femme peuvent dès le premier trimestre prescrire une prise de sang à jeun pour doser le sucre dans le sang. On conseille maintenant de faire un dépistage des femmes enceintes considérées comme à risque dès la première consultation en réalisant un dosage de la glycémie à jeun (prise de sang). Objectif : ne pas ignorer un diabète de type 2. Sinon, le test est réalisé entre 24 et 28 SA (22 et 26 semaines de grossesse).
Tests de dépistage
- Glycémie à jeun : Une prise de sang est effectuée le matin à jeun pour mesurer le taux de glucose dans le sang.
- HGPO (Hyperglycémie Provoquée par Voie Orale) : Cet examen consiste à mesurer la glycémie à plusieurs reprises après l'ingestion d'une solution glucosée. Il est pratiqué en trois temps : une première prise de sang à jeun (H0), une seconde prise de sang une heure après avoir bu 75 g de glucose (H1), puis une troisième prise de sang deux heures après ingestion du glucose (H2).
Auparavant, on pratiquait le test O’sullivan suivi d’un HGPO s’il était positif. Aujourd’hui, le diagnostic est réalisé uniquement avec le HGPO. Mais il est vrai que dans les esprits, cela reste le fameux « O’sullivan ». Pour le O’sullivan, la future maman ingérait 50 g de glucose (une boisson très sucrée, pas très agréable à boire pouvant occasionner quelques nausées) puis une heure après, faisait une prise de sang.
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Le diagnostic du diabète gestationnel est confirmé si les valeurs de glycémie dépassent les seuils suivants :
- Glycémie à jeun supérieure à 0,92 g/L
- Glycémie une heure après l'ingestion de glucose supérieure à 1,80 g/L
- Glycémie deux heures après l'ingestion de glucose supérieure à 1,53 g/L
Facteurs de risque
Plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque de développer un diabète gestationnel, notamment :
- L'obésité ou le surpoids
- Des antécédents familiaux de diabète
- Un âge maternel avancé
- Des antécédents de diabète gestationnel lors d'une grossesse précédente
- L'appartenance à certains groupes ethniques
- Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK)
Risques et complications associés au diabète gestationnel
Le diabète gestationnel peut entraîner des complications pour la mère et l'enfant si il n'est pas surveillé ni géré. Cependant, un diabète gestationnel correctement géré limite grandement tous ces risques. Une femme enceinte, touchée par le diabète gestationnel mais bien géré, ne présentera pas plus de risque qu’une femme enceinte sans diabète.
Risques pour la mère
- Pré-éclampsie : Cette condition se caractérise par une augmentation de la pression artérielle et la présence de protéines dans les urines.
- Accouchement prématuré : Le diabète gestationnel peut augmenter le risque d'accouchement avant terme.
- Césarienne : Les femmes atteintes de diabète gestationnel ont plus de chances de nécessiter une césarienne.
- Diabète de type 2 : Les femmes ayant eu un diabète gestationnel ont un risque accru de développer un diabète de type 2 plus tard dans leur vie.
- Des avortements spontanés, des infections urinaires, une hypertension artérielle avec des œdèmes.
Risques pour l'enfant
- Macrosomie : Le bébé peut avoir un poids de naissance élevé (supérieur à 4 kg), ce qui peut compliquer l'accouchement.
- Hypoglycémie néonatale : Le bébé peut présenter un faible taux de sucre dans le sang après la naissance.
- Détresse respiratoire : Le bébé peut avoir des difficultés à respirer à la naissance.
- Jaunisse : Le bébé peut développer une jaunisse.
- Risque accru d'obésité et de diabète de type 2 plus tard dans la vie.
- Le nouveau-né présente une jaunisse, une hypoglycémie et une détresse respiratoire. Il peut développer un diabète de type 2 qui peut l’accompagner jusqu'à l’âge adulte.
Gestion et traitement du diabète gestationnel
La prise en charge du diabète gestationnel vise à maintenir une glycémie normale afin de réduire les risques pour la mère et l'enfant. Le traitement repose sur plusieurs éléments clés :
- Autosurveillance glycémique : La femme enceinte doit surveiller sa glycémie 4 à 6 fois par jour (au moins une fois à jeun et deux heures après les repas) à l'aide d'un lecteur de glycémie. Les objectifs glycémiques sont généralement les suivants : glycémie inférieure à 0,95 g/L à jeun et inférieure à 1,20 g/L deux heures après un repas. Ces résultats doivent être renseignés dans un carnet de surveillance (via une application le plus fréquemment).
- Consultation avec un diététicien : Un diététicien peut aider la femme enceinte à élaborer un plan alimentaire adapté à ses besoins et à sa glycémie. Le régime alimentaire doit être équilibré, riche en fibres et pauvre en sucres raffinés. Il est recommandé de répartir les féculents (pommes de terre, riz, pâtes, etc.) sur les trois repas et de supprimer les sucres rapides.
- Activité physique régulière : La pratique d'une activité physique modérée, comme la marche, la natation ou le vélo d'appartement, peut aider à améliorer la sensibilité à l'insuline et à contrôler la glycémie. Les médecins recommandent souvent aux patientes de pratiquer une activité physique régulière et adaptée à la grossesse. Mais rassurez-vous, pas besoin d’aller faire un marathon intensif, au contraire !
- Traitement par insuline : Si les mesures hygiéno-diététiques ne suffisent pas à maintenir une glycémie normale, des injections d'insuline peuvent être nécessaires. Seule l’insuline sous-cutanée pourra être prescrite dans le cadre d’une grossesse. En effet, les antidiabétiques oraux sont contre-indiqués pour la femme enceinte. Le médecin prescrira alors des injections d’insuline rapides ou lentes. Le médecin indiquera à la femme enceinte à partir de quel taux s’injecter de l’insuline en cas de diabète gestationnel.
Alimentation et diabète gestationnel
Une alimentation adaptée est essentielle pour gérer le diabète gestationnel. Il est recommandé de privilégier les aliments à faible indice glycémique (IG), qui ont un impact moindre sur la glycémie. L’indice glycémique d’un aliment représente l’impact des glucides d’un aliment sur notre glycémie. Pour mieux l’appréhender, on donne alors à chaque aliment une note de 0 à 100, 100 représentant le niveau maximum comme le sucre blanc raffiné. Plus un aliment à un IG élevé, plus il fera grimper notre glycémie (taux de sucre dans le sang). On classe ensuite les aliments selon leur indice glycémique dans trois catégories :
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- entre 0 et 55 : aliments IG bas
- entre 55 et 70 : aliments IG modérés
- au-delà de 70 : aliments IG élevés
Il est également important de limiter les produits ultra-transformés, souvent riches en sucres ajoutés et faibles en fibres.Pour connaître les meilleures farines IG bas pour faire vos propres pâtisseries, c’est par ici ! Pour les alternatives au sucre blanc, vous pouvez lire cet article ! Enfin, voici une liste des IG des fruits.
La charge glycémique donne une information sur l’absorption du sucre dans l’organisme, et donc son impact sur la glycémie en fonction de la quantité ingérée. C’est une notion qui prend en compte l’indice glycémique d’un aliment, mais aussi le nombre de glucides présents et la taille de portion consommée !
Suivi après l'accouchement
Dans la majorité des cas, le diabète gestationnel disparaît après l'accouchement. Cependant, les femmes ayant eu un diabète gestationnel ont un risque accru de développer un diabète de type 2 dans les années qui suivent. Il est donc recommandé d'effectuer un dépistage régulier, tous les 1 à 3 ans. La surveillance de vos glycémies sera poursuivie dans les jours suivant l’accouchement et quelques semaines après.
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