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La Paternité Imposée : Recours et Conditions en France

La paternité, souvent perçue comme une source de joie et d'épanouissement, peut se transformer en une épreuve complexe pour certains hommes. En France, la loi encadre l'établissement de la filiation, notamment à travers l'action en recherche de paternité. Cet article explore les conditions et les recours possibles face à une paternité imposée, en tenant compte des aspects juridiques, sociaux et humains.

L'Action en Recherche de Paternité : Un Cadre Législatif

L'action en recherche de paternité, prévue par la loi française, vise à établir juridiquement un lien de filiation entre un enfant et un homme désigné comme son père. C’est avec la réforme de 1972 qu’est permis à tout enfant d’établir une filiation par preuve biologique ou sociale avec un parent apparent pour bénéficier des droits afférents. L’article 310-3 du Code civil dispose que la filiation se prouve et se conteste par tous moyens, sous réserve de la recevabilité de l’action. Cette procédure, encadrée par le Code civil, peut être initiée par la mère pendant la minorité de l'enfant ou par l'enfant lui-même jusqu'à ses 28 ans (article 327 du Code civil).

Déroulement de la Procédure

L’action débute par une assignation, effectuée par un commissaire de justice, anciennement appelé huissier de justice. L’assignation peut être remise en main propre ou laissée sous forme d’avis dans la boîte aux lettres, invitant le destinataire à se rendre à l’étude du commissaire de justice.

  • Assignation : L’action commence par une assignation délivrée par un commissaire de justice. L’assignation en recherche de paternité précise les demandes de la partie adverse ainsi que sa version des faits. Elle comporte également certaines mentions légales à prendre en compte.
  • Expertise Biologique : La plupart du temps, une expertise biologique (test ADN) est ordonnée pour vérifier la filiation. La jurisprudence reconnaît que l’expertise biologique est de droit en matière de filiation, sauf motif légitime contraire.
  • Refus de Test ADN : Le refus de se soumettre à l’expertise biologique peut conduire le tribunal à interpréter ce refus de manière défavorable à l’homme. En l’absence de ce test ADN, le tribunal se basera sur d’autres éléments de preuve fournis par la mère ou disponibles dans le dossier pour statuer sur la paternité. La loi dispose que personne ne peut être obligé à se soumettre à l’expertise biologique.

Délais Légaux

Concernant le délai pour exercer cette action, l’article 329 du Code civil dispose que l’enfant a 10 ans après sa majorité. Pour que l’action soit recevable, une condition temporelle est imposée : la recherche de paternité doit être engagée avant le 28ème anniversaire de l’enfant. Cette restriction peut être levée dans certaines circonstances exceptionnelles, en particulier si l’enfant a été empêché d’agir plus tôt en raison de faits graves.

Les Enjeux de la Paternité Imposée

La paternité imposée, qu’elle soit le résultat d’une décision judiciaire ou de contraintes sociétales, présente des enjeux juridiques et humains importants. Lorsqu’un individu est contraint d’endosser le rôle de père contre sa volonté, cela peut créer des tensions et des conflits significatifs, tant sur le plan émotionnel que légal. Les obligations parentales imposées peuvent interférer avec les droits individuels et nécessitent une attention particulière pour préserver l’équilibre entre les attentes sociales et les réalités personnelles.

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Conséquences Financières et Successorales

L’action en recherche de paternité, exercée par la mère à l’encontre du père supposé, impose un lien de filiation entre lui et son enfant, entraînant pour lui des conséquences financières et successorales. Il est en effet commun qu’un homme se fasse imposer la responsabilité d’être père par la justice, et se voir ordonné de subvenir aux besoins de l’enfant. Il devra subvenir à l’entretien et à l’éducation de l’enfant par une pension alimentaire, ce motif financier étant souvent une motivation pour la mère pour exiger une paternité, imposée. De plus, d’un point de vue successoral, cet enfant sera son héritier au même titre que les autres enfants du père.

La Question du Consentement et de la Responsabilité

Lorsqu’un homme se retrouve confronté à une paternité imposée sans avoir été informé ou sans avoir consenti à la grossesse, il peut envisager d’engager une action en responsabilité civile contre la mère de l’enfant. La mère peut être considérée comme ayant commis une faute en cachant la vérité ou en induisant en erreur le père potentiel sur son intention ou sa capacité à concevoir un enfant. La jurisprudence française reconnaît la responsabilité civile pour faute, telle que définie par l’article 1240 du Code civil : « Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. Le préjudice peut inclure des dommages financiers, psychologiques et sociaux.

Recours Possibles pour le Père

Face à une paternité imposée, plusieurs recours sont envisageables pour le père, bien que leur succès dépende des circonstances spécifiques de chaque cas.

Action en Responsabilité Civile contre la Mère

Engager une action en responsabilité civile contre la mère pour une paternité imposée est une voie juridique complexe mais possible. Elle repose sur la démonstration de la faute de la mère, du préjudice subi par le père, et du lien de causalité entre les deux. Le père peut saisir le tribunal judiciaire compétent pour engager une action en responsabilité civile. Si le tribunal reconnaît la responsabilité de la mère, elle pourra être condamnée à verser des dommages et intérêts au père. Il est crucial de noter que cette action en responsabilité civile n’a pas pour but de contester la parentalité.

Pour que la responsabilité civile soit engagée, il doit exister un lien de causalité direct entre la faute de la mère et le préjudice subi par le père. La jurisprudence a déjà reconnu la possibilité pour un père de demander des dommages et intérêts en cas de paternité imposée, bien que les cas soient rares et souvent complexes. Un cas hypothétique pourrait être celui où une mère affirme à plusieurs reprises qu’elle ne peut pas avoir d’enfants, induisant ainsi le père en erreur.

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La faute de la mère peut tenir tout d’abord aux circonstances de la conception. La jurisprudence a précisé que la survenance d’un enfant dans le contexte de relations entre adultes consentants, ne constitue pas un préjudice dont il peut être demandé réparation. Mais la mère commet-elle une faute lorsqu’elle ment sur les moyens de contraception qu’elle utilise, lorsqu’elle donne à son partenaire des garanties sur « l’infertilité de leurs rapports » ? Il y aurait en quelque sorte non-respect du devoir de bonne foi, de loyauté, qui doit exister entre un homme et une femme qui décident d’avoir des relations consenties, lorsque la mère a menti à propos de la contraception ou sur le fait qu’elle était infertile. Le comportement déloyal de la mère lors de la conception de l’enfant semble être la seule façon de caractériser une faute.

L'Action aux Fins de Subsides

Si la mère ne souhaite pas que soit établi un lien de filiation entre l’enfant et son géniteur, elle peut opter pour l’action à fins de subsides. Le législateur de 1972 a prévu la possibilité de réclamer des subsides à un homme en raison de la naissance d’un enfant, non pas parce qu’il existe un lien de filiation entre les deux, mais en se fondant sur la responsabilité que l’homme encourt en ayant des relations sexuelles avec la mère pendant la période de conception.

Contrairement à l’action en recherche de paternité, il s’agit d’une action fondée sur la possibilité que l’homme soit le père. Il n’est donc pas besoin d’établir la filiation, mais simplement l’existence de relations intimes entretenues avec la mère pendant la période de conception. Cette preuve peut être rapportée par tous moyens, y compris des attestations. Il n’existe qu’une seule fin de non-recevoir pour le prétendu père : prouver sa non paternité par une expertise biologique notamment. L’action peut être exercée par la mère pendant la minorité de l’enfant et par l’enfant devenu majeur dans les dix ans qui suivent sa majorité. Elle conduira au versement d’une pension alimentaire déterminée d’après les besoins de l’enfant, les ressources et la situation familiale du possible père.

Refus du Test ADN et ses Conséquences

Du principe de l’inviolabilité du corps humain, il est possible au père de refuser ce test de paternité. Néanmoins, ce refus est risqué, puisque le juge peut tirer toutes les conséquences de celui-ci. Sans motif légitime, la Cour de cassation a pu en déduire que le refus pourrait constituer un « aveu de paternité », si les circonstances semblent pointer en ce sens.

Évolution Sociétale et Considérations Éthiques

La famille, le couple, les relations « parents-enfants » ont fondamentalement évolué depuis la rédaction du Code civil. Le mariage n’est plus une fin en soi et les couples non mariés ne sont plus stigmatisés. Le législateur a institué le pacte civil de solidarité et prévu un statut légal pour le concubinage. Il a substitué l’autorité parentale à la puissance paternelle. De même, il n’y a plus d’inégalité entre les enfants : légitimes, nés hors mariage, voire pendant le mariage mais d’une relation adultère, tous ont les mêmes droits.

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D’une manière générale, dans notre société, les hommes et les femmes ne veulent plus subir un ordre imposé, mais décider de s’engager. Le moment venu, ils choisissent d’avoir un enfant et de s’investir, de l’éduquer, de lui transmettre des valeurs.

La Notion de Projet Parental

Biologiquement père, mais juridiquement anonyme, sans aucun lien qui puisse rattacher l’homme à l’enfant qui va naître. En réalité, concernant la maternité et la paternité, ce qui importe, c’est l’existence d’un projet parental. Cette notion de projet parental a été consacrée par le législateur en 1994 lorsqu’il a adopté les premières lois bioéthiques. L’existence d’un projet parental commun est ainsi envisagée à propos de l’assistance médicale à la procréation (AMP). Le législateur a en effet précisé que « l’assistance médicale à la procréation est destinée à répondre à la demande parentale d’un couple ».

Vers un Statut de Géniteur sous X ?

D’aucuns ont proposé d’instituer un statut de géniteur sous X, sorte de procédure similaire à celle de l’accouchement sous X pour les femmes. L’homme au moment où il est informé d’une grossesse qu’il ne souhaite pas, pourrait s’opposer à ce qu’elle l’implique. Les femmes auraient alors le choix de mener la grossesse à terme ou non. En toute hypothèse, le père biologique, une fois informé, pourrait faire part de son opposition et échapper, dès lors, à toute action en recherche de paternité ou à fin de subsides. L’idée n’est pas nouvelle mais peut sembler difficile à mettre en œuvre.

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