Abel Hermant (1852-1950) fut un écrivain français dont la carrière et la réputation furent marquées par le succès littéraire et, plus tard, par la controverse politique. Cet article explore certains aspects de son œuvre, notamment son roman "Serge", ainsi que les raisons de sa disgrâce après la Seconde Guerre mondiale, en mettant en lumière la complexité de son personnage et de son héritage littéraire.
Un Romancier Psychologique de Premier Plan
Dans un article de critique littéraire, Abel Hermant est salué pour son roman "Serge" (1891), qui est considéré comme l'un des meilleurs romans psychologiques parus depuis longtemps. L'intrigue, qui pourrait sembler banale, est rajeunie par une excellente forme littéraire. L'histoire est celle d'Aline Herbelin et de Serge de Ménassieux, qui ont grandi ensemble et s'aiment en toute innocence. Cependant, Aline finit par épouser Louis de Gravilliers, ce qui crée un conflit intérieur pour les deux jeunes gens.
Hermant explore avec finesse les sentiments complexes des personnages, leurs hésitations et leurs dilemmes moraux. Aline, après quelques mois de mariage, est apaisée et réfléchit à sa situation. Elle aime Serge en toute innocence, mais elle ne veut ni tromper son mari, ni trahir son amitié. La seule solution qu'elle entrevoit est la séparation. Serge, de son côté, est impatient de revoir Aline et d'attendre devant l'abbaye.
La description de la rencontre entre Serge et Aline est particulièrement réussie. Aline paraît changée, sa taille épaissie. Elle accuse Serge avec une sorte d'autorité, mais sans que cela soit déplaisant. Serge, quant à lui, est attendri par la situation. Des larmes leur montent aux yeux. Il l'entraîne dans l'allée, où il lui avait parlé la veille. Serge s'arrête et Aline s'arrête en face de lui, tout près. Ses poignets sont nonchalants et ses longues mains pendent.
Les critiques de l'époque ont souligné la qualité de l'analyse psychologique d'Hermant, sa capacité à rendre compte des nuances et des contradictions des sentiments humains. "Serge" est un roman qui explore les thèmes de l'amour, de l'amitié, du devoir et du sacrifice, avec une sensibilité et une intelligence remarquables.
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La Controverse et la Disgrâce
Malgré son talent littéraire, Abel Hermant a connu une fin de carrière difficile. Après la Libération, il fut mis en résidence surveillée en raison de ses prises de position pendant l'Occupation allemande. Il lui était reproché d'avoir approuvé, de biais, l'occupation dans ses chroniques à Radio-Paris.
Cette attitude lui valut d'être destitué de l'Académie française, une sanction sévère qui marqua la fin de sa carrière. Il mourut peu après, en 1950.
La question de la collaboration d'Abel Hermant avec l'occupant allemand est complexe et controversée. Certains estiment qu'il a payé trop cher ses imprudences, d'autant plus qu'il était âgé et qu'il avait toujours manifesté une admiration pour l'Angleterre et une aversion pour la lourdeur teutonne. D'autres considèrent que l'Académie a agi à juste titre, en tant que corps d'État tenu à certaines règles patriotiques.
Il est vrai qu'Hermant a eu tort de mettre sa plume et sa voix au service de l'occupant, même avec son esprit piquant et son goût de surmonter les drames. Cependant, il convient de rappeler qu'il n'a cessé, dans son œuvre, de vanter les délices de l'Angleterre, son peu de goût de la lourdeur teutonne, et sa vive sympathie des jeunes Anglais.
Un Héritage Littéraire à Reconsidérer
Aujourd'hui, certains estiment qu'il est temps de réhabiliter Abel Hermant et de reconnaître son importance dans l'histoire de la littérature française. Après avoir abrité tant de médiocres dans son sein, l'Académie devrait reconnaître qu'en appelant Abel Hermant, dans les années 20, elle donnait l'immortalité à l'un des meilleurs écrivains du XXe siècle.
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Avec une clairvoyance qui n'est pas ennemie des grandes profondeurs, Abel Hermant a su éclairer son enfance, saisir le présent et, par maints tableaux, maints types ingénieusement vus, campés, motivés, donner une image du Parisien de son époque, pris dans la bourgeoisie, la politique, voire les milieux artistes.
Son œuvre est riche et variée, allant du roman psychologique à la chronique satirique, en passant par le théâtre et l'essai. Parmi ses romans les plus connus, on peut citer "Le Joyeux Garçon" (1913), "Serge" (1926) et "Le Linceul de Pourpre" (1931). Le "Cycle de Lord Chelsea" est considéré comme le couronnement de son œuvre.
L'Influence d'Oscar Wilde et les Secrets d'une Vie
Abel Hermant admirait Oscar Wilde, dont il eut, à peu de différence près, le destin malheureux. Il est possible qu'il ait eu, à sa façon, une vie secrète, se dépeignant en baron Dolmancé. Il avait sans doute, comme Dolmancé, le sentiment que certains destins, qui se sont cru libres, doivent se jouer selon un mystérieux fatum.
Chose étrange, on peut conclure qu'Abel Hermant paya, comme Oscar Wilde, une vie dont il n'a dit qu'à demi-mots les délices, les prédilections. Sa mise en « résidence surveillée », alors qu'il était si près de la mort, ressemble un peu, toutes proportions gardées, à l'incarcération de Wilde à Reading.
Dans son œuvre, notamment dans "La Mission de Cruchod" (1885), réédité sous le titre "Le Disciple Aimé" puis "Une Folle Amitié de Collégien", Hermant laisse entrevoir des goûts mis en laisse par la façade publique de l'écrivain : académicien, homme en vue, chroniqueur du « Temps ».
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En ne disant pas tout à fait ce qu'il dit, Hermant est aussi savoureux qu'inimitable, et l'on peut après tout préférer son Jean-Baptiste, son Chelsea, son Dolmancé au baron de Charlus, le jour où on est las des cheveux coupés en seize et des digressions proustiennes.
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