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Partis Politiques et l'IVG en France : Divergences et Débats Autour d'un Droit Constitutionnalisé

L'inscription de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) dans la Constitution française a marqué une étape historique, faisant de la France le premier pays à le faire de manière explicite. Cependant, ce processus a mis en lumière des divergences profondes au sein de la classe politique, notamment au sein des partis Les Républicains (LR) et le Rassemblement National (RN). Cet article explore les positions des différents partis politiques face à l'IVG, les votes exprimés lors des débats parlementaires et les enjeux soulevés par cette constitutionnalisation.

Un Vote Historique au Milieu de Divergences

Le 4 mars, députés et sénateurs réunis en Congrès à Versailles ont très largement approuvé l'introduction à l'article 34 du texte fondamental de la phrase : « La loi détermine les conditions dans lesquelles s'exerce la liberté garantie à la femme d'avoir recours à une interruption volontaire de grossesse ». Parmi les 902 parlementaires ayant pris part à ce vote qualifié d’« historique », 780 ont voté pour, 72 contre et 50 se sont abstenus.

Malgré cette large approbation, un nombre significatif d'élus de différents partis ont exprimé leur opposition. On compte parmi eux 38 sénateurs Les Républicains et 12 députés du même parti, ainsi que 11 députés du Rassemblement National. Des élus de l'Union centriste, ainsi que des parlementaires non-inscrits ou issus de divers groupes politiques, se sont également opposés à cette mesure.

Les Républicains : Une Famille Politique Divisée

La famille politique la plus divisée sur l’IVG est Les Républicains, avec une différence sensible entre députés et sénateurs. Parmi les sénateurs LR ayant voté contre, on retrouve des figures telles que Jean Bacci, Arnaud Bazin et Bruno Retailleau. Du côté de l'Assemblée nationale, des députés comme Thibault Bazin, Xavier Breton et Marc Le Fur se sont joints à cette opposition.

Cette division interne reflète des sensibilités différentes au sein du parti, entre ceux qui considèrent l'IVG comme un droit fondamental et ceux qui souhaitent maintenir des restrictions ou exprimer des réserves morales.

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Le Rassemblement National : Entre Féminisme de Façade et Opposition

Le Rassemblement National a également montré des divergences sur la question de l'IVG. Lors du vote à l'Assemblée nationale pour l'inscription de l'IVG dans la Constitution, le parti a montré le plus de divergences, avec 46 pour, 12 contre et 14 abstentions. Marine Le Pen elle-même, malgré son vote en faveur de la loi, a estimé que ça « ne sert à rien ».

Au niveau de l'Union européenne, les eurodéputés RN n'ont pas soutenu la résolution d'inscription du droit à l’avortement dans la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne adopté en avril. Jordan Bardella, à l'instar de nombreux autres députés du groupe ID s'est abstenu, tandis que la grande majorité d'entre eux ont voté contre.

Si aujourd'hui le RN s'exprime peu sur ce sujet clivant en interne, ça n'a pas toujours été le cas. Le FN (devenu RN) a longtemps été radicalement anti-avortement, Jean-Marie Le Pen se disant « chrétien, donc […] par principe contre l'avortement » et demandant à plusieurs reprises l'abrogation de l'IVG. En 2011, Marine Le Pen avait quant à elle émis son souhait de dérembourser l'IVG, fustigeant des « avortements de confort ». Plus récemment, plusieurs élus, notamment Hervé de Lépinau en 2020, ont comparé l'avortement à un génocide ou encore aux « crimes de Daesh ».

Ces positions passées et présentes témoignent d'une tension entre une volonté affichée de défendre les droits des femmes et une opposition plus profonde à l'IVG, souvent justifiée par des arguments moraux ou religieux.

Les Arguments des Opposants

Les opposants à l'inscription de l'IVG dans la Constitution mettent en avant plusieurs arguments. Certains estiment qu'il n'y a « aucune menace sur le droit à l'IVG dans notre pays » et que cette constitutionnalisation est donc inutile. D'autres craignent que cela n'ouvre la voie à un « droit à l'avortement sans limite ».

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Des arguments plus fondamentaux sont également avancés, liés à des convictions morales ou religieuses. Certains élus considèrent l'avortement comme un « crime contre l'humanité », tandis que d'autres mettent en avant la nécessité de protéger la vie dès la conception.

Les Enjeux de la Constitutionnalisation

La constitutionnalisation de l'IVG soulève plusieurs enjeux importants. Pour la gauche, il s'agit d'une « victoire historique » qui garantit le droit à l'avortement face aux menaces potentielles. Pour la droite, la question est plus complexe, entre la reconnaissance de la liberté des femmes et la défense de valeurs morales.

Au-delà des débats politiques, la constitutionnalisation de l'IVG pose la question de l'accès concret à ce droit. Des obstacles persistent, tels que la fermeture de centres IVG, le maintien de la clause de conscience pour les médecins, la transphobie et les pénuries de pilules abortives. La loi constitutionnelle du 8 mars 2024 marque une reconnaissance de la liberté des femmes à disposer de leur corps. Cependant, elle ne fait pas avancer l’accès concret à l’avortement en France.

L'Action des Mouvements Anti-IVG

Les mouvements anti-IVG restent très actifs en France, multipliant les actions médiatiques, les sites Internet et les attaques contre les centres IVG. Ils bénéficient parfois du soutien de personnalités influentes et de chaînes de télévision conservatrices.

Ces mouvements mettent en avant des arguments moraux et religieux, cherchant à culpabiliser les femmes qui envisagent d'avorter et à dissuader les jeunes de recourir à l'IVG. Leur influence croissante inquiète les défenseurs du droit à l'avortement, qui craignent une remise en cause progressive de ce droit fondamental.

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tags: #parti #politique #contre #ivg

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