L'utérus, organe clé de l'appareil reproducteur féminin, se situe dans la cavité pelvienne, entre la vessie et le rectum. Sa position varie d'une femme à l'autre. Chez la majorité des femmes, l'utérus est antéversé, c'est-à-dire incliné vers l'avant. Cependant, chez certaines, il est rétroversé, c'est-à-dire incliné vers l'arrière, en direction du rectum. Cet article explore en détail la rétroversion utérine, ses causes, ses conséquences potentielles et les options de prise en charge.
Anatomie de l'appareil reproducteur féminin
Pour bien comprendre la rétroversion utérine, il est essentiel de connaître l'anatomie de l'appareil reproducteur féminin et la position normale de l'utérus.
Les organes génitaux internes
L'appareil reproducteur féminin interne comprend :
- Les ovaires : Deux glandes situées dans la partie basse de l'abdomen, de part et d'autre de l'utérus. Elles sont le siège de l'ovulation, c'est-à-dire de l'expulsion des ovocytes, qui sont ensuite captés par les trompes de Fallope.
- Les trompes de Fallope : Deux conduits qui relient les ovaires à l'utérus. Elles permettent le transport des ovocytes et sont le lieu de la fécondation. Chaque trompe commence par une zone dilatée, l'infundibulum ou pavillon, prolongée par des franges tubaires qui captent l'ovocyte. Après le pavillon, on trouve l'ampoule tubaire, puis l'isthme tubaire, une portion plus étroite. La trompe mesure de 10 à 14 cm de long et véhicule l'ovocyte jusqu'à la cavité utérine.
- L'utérus : Un organe musculaire creux, en forme de poire, où se déroulent la nidation et la gestation. Il est aplati d'avant en arrière et présente deux prolongements latéraux, les cornes utérines, où s'insèrent les trompes de Fallope. L'utérus est composé de trois parties : le fond (fundus), le corps et le col. Sa paroi est formée d'un tissu musculaire épais, le myomètre, et est tapissée intérieurement par une muqueuse, l'endomètre.
- Le vagin : Un conduit musculo-élastique qui relie l'utérus à la vulve. Il est le lieu de l'accouplement.
Position normale de l'utérus : l'antéversion
Dans la majorité des cas (70 à 80 %), l'utérus est antéversé, c'est-à-dire qu'il est légèrement incliné vers l'avant, en direction de la vessie. Il forme un angle ouvert vers l'avant avec le col utérin (antéflexion). Cette position est considérée comme la norme. L'utérus est maintenu en place par plusieurs ligaments qui le relient à la paroi abdominale.
Rétroversion utérine : définition et types
La rétroversion utérine est une variante anatomique où l'utérus est incliné vers l'arrière, en direction du rectum, au lieu d'être incliné vers l'avant. On distingue deux types de rétroversion utérine :
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- Rétroversion primitive (congénitale) : L'utérus est rétroversé dès la naissance. Les causes de cette forme sont mal connues, mais elle ne semble pas être héréditaire.
- Rétroversion secondaire (acquise) : L'utérus, initialement antéversé, bascule vers l'arrière suite à une cause identifiable, telle qu'un fibrome, un accouchement, une perte de tonicité des ligaments utérins ou une endométriose. Dans le cas de l'endométriose, la maladie peut provoquer des adhérences qui font basculer l'utérus vers l'arrière.
Diagnostic de la rétroversion utérine
La rétroversion utérine est généralement diagnostiquée lors d'un examen gynécologique de routine. Le médecin peut la détecter en palpant l'utérus ou en visualisant le col de l'utérus à l'aide d'un spéculum. L'échographie pelvienne peut également confirmer le diagnostic.
Lors de l'examen clinique, le gynécologue observe que l'axe du col est vertical et dirigé vers le haut. L'échographie permet de visualiser l'utérus incliné vers l'arrière.
Causes de la rétroversion utérine
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à la rétroversion utérine :
- Causes congénitales : Dans certains cas, la rétroversion est présente dès la naissance, sans cause apparente. On parle alors de rétroversion primitive ou congénitale.
- Grossesse : La grossesse peut entraîner un affaiblissement des ligaments qui maintiennent l'utérus en place, favorisant ainsi la rétroversion. L'utérus se dilate pendant la grossesse, et les ligaments qui le maintiennent en place s'affaiblissent.
- Accouchement : L'accouchement peut également provoquer une perte de tonicité des ligaments utérins, entraînant une rétroversion.
- Ménopause : La diminution des niveaux d'œstrogènes pendant la ménopause peut affaiblir les tissus de soutien de l'utérus, favorisant la rétroversion. Les niveaux d’œstrogènes des femmes diminuent considérablement pendant la ménopause.
- Problèmes de santé reproductive : Certaines affections, telles que les maladies inflammatoires pelviennes (MIP), les fibromes utérins et l'endométriose, peuvent entraîner une rétroversion de l'utérus. L’utérus peut basculer en arrière en raison de certains problèmes de santé reproductive, tels que les maladies inflammatoires pelviennes et l’endométriose. Dans le cas de l'endométriose, la maladie peut provoquer des adhérences qui font basculer l'utérus de l'avant vers l'arrière : on parle alors de rétroversion secondaire ou acquise.
Symptômes de la rétroversion utérine
Dans de nombreux cas, la rétroversion utérine ne provoque aucun symptôme et passe inaperçue. Cependant, certaines femmes peuvent ressentir :
- Douleurs pelviennes : Des douleurs dans le bas-ventre ou dans la région lombaire, en particulier pendant les règles (dysménorrhées) ou lors des rapports sexuels (dyspareunies). Des douleurs peuvent également survenir avant et pendant les règles, associées à une sensation de pesanteur. En cas de fortes douleurs pelviennes lors des rapports sexuels liées à une rétroversion utérine, le couple peut s’adapter en privilégiant certaines positions plutôt que d’autres.
- Douleurs lombaires : Des douleurs dans le bas du dos.
- Inconfort lors des rapports sexuels : En particulier si le pénis entre en contact avec le fond du vagin ou le col de l'utérus lors de la pénétration.
- Troubles du transit intestinal : En particulier constipation. Il arrive également que la position rétroversée de l’utérus puisse impacter le transit intestinal, engendrant notamment des problèmes de constipation.
- Pesanteur pelvienne : Une sensation de poids ou de pression dans le bassin.
- Difficultés à vider la vessie : Dans de rares cas, une rétroversion utérine importante peut comprimer la vessie et rendre la miction difficile.
- Saignements : Certains médecins évoquent la possibilité qu’un utérus rétroversé pendant la grossesse augmente par la suite les risques de descente d’organes - également appelée prolapsus génital - après l’accouchement. On entend parfois dire qu’une rétroversion utérine pourrait provoquer, en début ou milieu de grossesse, des saignements lorsque l’utérus se remet en place. « A priori, il n’y a aucune raison pour que l’utérus rétroversé soit à l’origine de saignement pendant la grossesse » indique le spécialiste. Il ne faut donc pas mettre des saignements sur le compte de cette variante anatomique, au risque de passer à côté d’un autre diagnostic.
Il est important de noter que ces symptômes ne sont pas spécifiques à la rétroversion utérine et peuvent être causés par d'autres affections.
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Impact sur la fertilité et la grossesse
Pendant longtemps, on a cru que la rétroversion utérine était associée à des problèmes pour être enceinte. Actuellement, l’évidence indique que la position de l’utérus n’affecte ni la fertilité de la femme ni ses chances d’avoir une grossesse normale. Avoir l'utérus rétroversé n'empêche pas de tomber enceinte ni de mener une grossesse à terme sans risque. La fertilité n'est également en aucun cas impactée.
La rétroversion utérine n'empêche pas l'accès des spermatozoïdes à l'ovule et ne bloque pas le déroulement de la grossesse. La plupart des femmes qui ont un utérus rétroversé congénital, qui n’a jamais provoqué de symptômes, ne requièrent pas de traitement.
Si l’utérus rétroversé ne provoque pas de symptômes particuliers hors grossesse, il peut en revanche être à l’origine de quelques sensations désagréables de pesanteur, voire douloureuses, pendant la gestation. « Les femmes peuvent ressentir les choses plus vers l’arrière, comme un poids », décrit le spécialiste, « puis, quand l’utérus commence à grossir, vers la fin du premier trimestre, l’angle particulier du col (quand l’utérus est très rétroversé) peut dans certains cas venir bloquer la miction », indique le spécialiste. Une manœuvre par voie vaginale est alors proposée par le gynécologue obstétricien. « Cette manœuvre - pratiquée sous anesthésie parce qu’un peu douloureuse - se fait par toucher vaginal : on va tout au fond du vagin, dans le cul-de-sac situé entre le rectum et l’utérus, pour repousser le fond et le basculer vers l’avant et le haut », décrit le Professeur Deruelle.
Au fur et à mesure de la grossesse, et de l’augmentation du volume de l’utérus qui occupe de plus en plus de place, celui-ci retrouve spontanément une position antéversée. L'utérus retrouve une position normale spontanément vers deux à trois mois de grossesse, en raison du volume, pour permettre au fœtus de se développer. La position initiale de l’utérus n’a aucune conséquence sur l’accouchement dans la mesure où il aura toujours retrouvé une position antéversée en fin de grossesse. Il n’y a pas de corrélation entre un utérus rétroversé et les complications durant le travail de l’accouchement ou au moment de l’accouchement lui-même.
En cas de doute, il est recommandé de demander l'avis du médecin traitant ou du gynécologue.
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Traitement de la rétroversion utérine
Dans la plupart des cas, aucun traitement n'est nécessaire pour la rétroversion utérine, surtout si elle ne cause aucun symptôme. Toutefois, si la rétroversion est à l'origine de douleurs, d'inconfort ou de troubles du transit intestinal, une prise en charge peut être envisagée.
Les options de traitement comprennent :
- Exercices : Les femmes peuvent entreprendre des exercices du genou à la poitrine pour inciter l’utérus à revenir à sa position naturelle.
- Pessaires : Ce sont des dispositifs en silicone en forme de beignet, placés sous l’utérus et qui le maintiennent en place. Les pessaires peuvent être placés temporairement ou de manière permanente afin de réorienter l’utérus. Placer un pessaire.
- Chirurgie : Seule une intervention chirurgicale par cœlioscopie peut être proposée en dernier recours si l'utérus rétroversé cause des douleurs et un inconfort particulièrement invalidant.
Il est important de noter que le traitement de la rétroversion utérine vise principalement à soulager les symptômes et à améliorer la qualité de vie de la patiente.
Échographie et rétroversion utérine
L’échographie est un outil précieux pour le diagnostic et le suivi des affections gynécologiques, y compris la rétroversion utérine. La sonde d’échographie est souvent considérée comme la « troisième main » du gynécologue, d’autant plus que l’examen est facile, rapide, peu invasif et entraine peu d’inconfort pour la patiente. L’échographie ne doit cependant être utilisée qu’après un interrogatoire et un examen clinique attentifs, pour en identifier les objectifs.
Techniques d'échographie
On distingue deux principales voies d'abord pour l'échographie pelvienne :
- Voie sus-pubienne : La sonde est placée sur l'abdomen, au-dessus du pubis. La vessie doit être pleine pour permettre une meilleure visualisation des organes pelviens.
- Voie endo-vaginale : La sonde est insérée dans le vagin. La vessie doit être vide pour cet examen.
Informations fournies par l'échographie
L'échographie permet d'obtenir des informations précieuses sur l'utérus, notamment :
- Position : L'échographie confirme la position de l'utérus (antéversé ou rétroversé).
- Biométrie : L'échographie permet de mesurer la longueur et l'épaisseur de l'utérus.
- Morphologie : L'échographie permet d'évaluer la forme et la structure de l'utérus, et de détecter d'éventuelles anomalies (fibromes, polypes, etc.).
- Endomètre : L'échographie permet de mesurer l'épaisseur de l'endomètre et d'évaluer son aspect.
- Ovaires : L'échographie permet de visualiser les ovaires, de mesurer leur taille et d'évaluer leur morphologie.
Indications de l'échographie en cas de rétroversion utérine
L'échographie peut être indiquée dans les cas suivants :
- Confirmation du diagnostic : En cas de suspicion de rétroversion utérine lors de l'examen clinique.
- Recherche de causes associées : En cas de rétroversion secondaire, pour rechercher d'éventuelles causes sous-jacentes (fibromes, endométriose, etc.).
- Suivi : Pour surveiller l'évolution de la rétroversion et d'éventuelles complications.
Interprétation des images échographiques
L'interprétation des images échographiques doit tenir compte de plusieurs facteurs, tels que l'âge de la patiente, la phase du cycle menstruel, les antécédents médicaux et les symptômes.
L'échographie permet de visualiser l'utérus incliné vers l'arrière en cas de rétroversion. Elle permet également d'évaluer l'état du myomètre et de l'endomètre.
Endométriose et rétroversion utérine
L'endométriose est une affection caractérisée par la présence de tissu endométrial en dehors de la cavité utérine. Cette maladie peut provoquer des adhérences qui font basculer l'utérus de l'avant vers l'arrière, entraînant une rétroversion secondaire ou acquise.
Types d'endométriose
On distingue différents types d'endométriose, en fonction de la localisation des lésions :
- Endométriose superficielle ou péritonéale : Lésions situées sur le péritoine, la fine membrane qui tapisse la cavité abdominale et pelvienne.
- Endométriose ovarienne : Formation de kystes dans les ovaires, appelés endométriomes.
- Endométriose profonde : Lésions situées à plus de 5 mm de la surface du péritoine, touchant les ovaires, le vagin, les ligaments utéro-sacrés, l'intestin, le rectum, le côlon, la vessie et les uretères.
- Adénomyose : Infiltration de cellules endométriales à l'intérieur du myomètre, le muscle de l'utérus.
Diagnostic de l'endométriose
Le diagnostic de l'endométriose peut être difficile, en raison de la diversité des symptômes et de la difficulté à repérer les lésions à l'échographie. Il est souvent nécessaire de s'adresser à un radiologue et à un gynécologue experts de cette pathologie.
Prise en charge de l'endométriose
La prise en charge de l'endométriose dépend du type d'endométriose, de l'étendue des lésions, des symptômes, de l'âge et des désirs de fertilité de la patiente. Elle peut être médicamenteuse, chirurgicale ou reposer sur une combinaison des deux.
Endométriose et rétroversion utérine
Dans le cas de l'endométriose, la rétroversion utérine peut être un signe indirect de la présence d'adhérences pelviennes. Le traitement de l'endométriose peut parfois permettre de corriger la rétroversion utérine.
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