L'impact de la pandémie de coronavirus a engendré des défis considérables pour les familles et les structures d'accueil de jeunes enfants en France. Les mesures de confinement ont entraîné la fermeture temporaire de nombreuses crèches, créant des difficultés pour les parents, notamment ceux qui ne pouvaient pas télétravailler, et posant des questions sur la facturation et la viabilité financière des établissements. Cet article explore les différentes facettes de cette situation, en mettant en lumière les adaptations mises en place, les préoccupations soulevées et les perspectives d'avenir.
Fermetures et Dérogations: Un Paysage Complexe
Conformément aux annonces gouvernementales, les crèches ont été contraintes de fermer leurs portes « jusqu'à nouvel ordre » afin de freiner la propagation du coronavirus. Cependant, des dérogations ont été accordées pour certaines structures, notamment celles rattachées à des établissements de santé, sociaux ou médico-sociaux, ainsi que les microcrèches et les maisons d'assistants maternels accueillant un nombre limité d'enfants (maximum dix).
Certaines crèches ont même été réquisitionnées par les autorités locales (préfectures, mairies, hôpitaux) pour accueillir les enfants des personnels indispensables à la gestion de la crise sanitaire (médecins, infirmiers, ambulanciers, pharmaciens, personnels de maisons de retraite, etc.). Néanmoins, ces structures fonctionnaient en régime réduit.
Adaptation et Réorganisation des Structures d'Accueil
Face à cette situation inédite, les professionnels de la petite enfance ont dû s'adapter rapidement. Elsa Hervy, déléguée générale de la Fédération française des entreprises de crèches (FFEC), souligne que les établissements ont mis en œuvre les décisions gouvernementales du mieux possible.
Jean-Emmanuel Rodocanachi, président des Petits Chaperons Rouges, se réjouit de la mobilisation du personnel, avec de nombreux volontaires pour assurer l'ouverture de certaines crèches. Sur les 450 structures du réseau, une vingtaine était mise à disposition du personnel hospitalier et 150 microcrèches fonctionnaient.
Lire aussi: Choisir son t-shirt d'allaitement : nos conseils
Sylvain Forestier, président de La Maison Bleue, constate que de nombreux parents se débrouillent autrement, et que les crèches en régie directe gérées par les mairies sont davantage sollicitées pour l'accueil des enfants de personnels de santé.
Enjeux Financiers et Facturation
La fermeture des crèches a soulevé des questions cruciales concernant la facturation des parents et la situation financière des établissements. La FFEC indique qu'une réponse des autorités est attendue sur la question de la facturation des jours non gardés. Il est difficile de faire payer les parents pour des prestations dont ils n'ont pas bénéficié, mais les crèches ont besoin de trésorerie pour payer leurs salariés.
Sylvain Forestier abonde dans le même sens, soulignant que l'enjeu majeur est de savoir comment régler les salaires, alors que les charges baissent peu et que le chiffre d'affaires tend fortement vers zéro. Les mesures de chômage partiel pour les employés sont jugées insuffisantes, et un appel au gouvernement est lancé pour éviter la faillite de petits acteurs.
Maintien des Mesures d'Hygiène et Gestes Barrières
Dans les établissements restés ouverts, il est essentiel de maintenir des mesures d'hygiène strictes pour protéger les enfants et le personnel. Elsa Hervy assure que les professionnels respectent les gestes barrières, tout en reconnaissant la difficulté d'éviter tout contact avec les enfants (change de couche, nettoyage, etc.). Elle insiste sur le fait que les mesures d'hygiène font partie de la culture des salariés, habitués à gérer les épidémies de grippe ou gastro-entérites. Les lavages de mains réguliers sont déjà de rigueur.
Réouverture Progressive et Protocole Sanitaire Renforcé
Malgré les contraintes, le gouvernement a maintenu le parti pris de laisser les crèches ouvertes, tout comme les écoles et les collèges, même dans les zones soumises à des mesures de confinement renforcées. Jean Castex a souligné que ce choix distingue la France de nombreux voisins et qu'il entend le préserver aussi longtemps que possible.
Lire aussi: Compte bancaire BoursoBank enfant : le guide
La Fédération Française des Entreprises de crèche (FFEC) a pris acte de cette décision, tout en rappelant que des mesures économiques sont indispensables à la pérennité des entreprises. Elle appelle le gouvernement à rappeler aux parents que les modes d'accueil des jeunes enfants restent ouverts pour accompagner le télétravail, pour le bien-être des enfants et des familles. La FFEC insiste également pour que les entreprises de crèches puissent bénéficier du dispositif de l'activité partielle prise en charge à 100% par l'État et appelle à la réactivation des aides financières d'urgence de la Cnaf pour les places inoccupées du fait du confinement.
Difficultés Rencontrées et Perspectives d'Avenir
Le déconfinement des accueils petite enfance ne s'est pas fait au même rythme que le travail, ce qui a créé des tensions chez les parents et dans certaines communes. La règle des 10 enfants maximum par unité a limité le nombre de places disponibles, alors que la demande augmentait.
À Grenoble, par exemple, cette règle a rendu "disponibles" 400 places en crèche par jour, soit environ le tiers des capacités totales. Des parents qui avaient remis leur enfant en crèche dès la réouverture se sont retrouvés avec moins de jours d'accueil, tandis que d'autres n'ont pas trouvé de réponse à la hauteur de leurs espérances.
Certaines collectivités, comme Vienne Condrieu Agglomération, estiment que les règles pourraient être assouplies pour revenir à la quasi-normale, à condition que les règles sanitaires soient allégées pour ne pas surcharger un personnel déjà très sollicité.
Alain Denoyelle, adjoint grenoblois à l'action sociale, estime qu'il est possible d'accueillir 15 enfants par unité avec les mêmes contraintes sanitaires de nettoyage, ce qui ajouterait 200 places par jour à Grenoble.
Lire aussi: Grossesse : Préparation à l'accouchement avec le Swiss Ball
Incertitudes et Appel à la Concertation
Avant les annonces officielles, les établissements d'accueil du jeune enfant (Eaje) étaient dans une complète incertitude quant aux modalités de réouverture. Contrairement à la réouverture des établissements scolaires, qui a donné lieu à de multiples débats, la réouverture des crèches semblait demeurer un non-sujet.
Élisabeth Laithier, maire adjointe de Nancy à la petite enfance, regrette que le terme "petite-enfance" n'ait pas été évoqué à côté de celui des écoles lors des annonces gouvernementales. Elle préconise des petits groupes, comme ce qui se fait pour l'accueil des enfants prioritaires, en raison de l'application des gestes barrières et du nombre réduit de personnels disponibles.
Elle propose également d'établir des critères pour sélectionner les enfants qui peuvent être gardés en crèche, comme les enfants dont les parents ne peuvent pas télétravailler, les enfants dont les familles rencontrent des difficultés (logement exigu, etc.) et les enfants dont les deux parents travaillent, avec l'un des deux qui travaille dans une école et l'autre dans un emploi présentiel.
tags: #ouverture #crèches #confinement #France