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Ocytocine de synthèse et accouchement : effets, utilisation et risques

L'ocytocine est un médicament fréquemment utilisé lors de l'accouchement pour favoriser la dilatation du col de l'utérus et accélérer le travail. Elle est la version synthétique de l'ocytocine, une hormone produite naturellement par l'hypothalamus et sécrétée en particulier au moment de l'accouchement et au cours de l'allaitement. En pratique, l’oxytocine est d’usage courant dans un grand nombre d’accouchements, pour raccourcir la durée du travail et donc limiter les complications fœtales et maternelles associées à un travail prolongé.

L'ocytocine naturelle : un rôle clé dans l'accouchement et au-delà

L'ocytocine, une hormone naturelle synthétisée par le cerveau, est présente chez les animaux à reproduction sexuée depuis des millions d'années. Elle se présente sous la forme d'un peptide composé de 8 acides aminés. Elle est libérée par l'hypophyse sous l'influence de divers signaux tels qu'un orgasme, l'allaitement ou l'accouchement et se retrouve ensuite dans tout le corps via la circulation sanguine.

Cette hormone agit principalement sur le muscle lisse de l’utérus en stimulant les contractions utérines, ce qui facilite la dilatation du col de l’utérus et l’expulsion du fœtus. Sachez d’ailleurs que le mot "ocytocine" vient du grec ancien et signifie littéralement “accouchement rapide” ! En effet, quand le moment de l’accouchement approche, le taux d’ocytocine atteint son apogée : il peut être multiplié jusqu'à 200 par rapport à son niveau habituel. Après l’expulsion du bébé, l’ocytocine va faciliter l’éjection du placenta et aider l'utérus à retrouver progressivement sa forme initiale, en continuant de provoquer des contractions utérines.

Si l’ocytocine ne contrôle pas directement la production de lait, elle se mobilise à nouveau pour faciliter l’allaitement. Peu après la naissance, l’échange entre la mère et l’enfant inaugure leur lien affectif. Caressé, touché, le bébé développe plus de récepteurs à l’ocytocine. Il est également prouvé que l’ocytocine joue un rôle important dans l’attachement entre une mère, mais aussi un père (ou le co-parent) et son bébé. Même s’il n’existe pas de molécule miracle, aujourd’hui, la fonction d’attachement de l’ocytocine est soulignée par les études.

Ocytocine de synthèse : quand et comment l'utiliser ?

L'oxytocine est le nom donné à l’hormone de synthèse qui reproduit l’action de l’ocytocine. En médecine, l'oxytocine est une ocytocine de synthèse, de constitution et de propriétés pharmacologiques identiques à celles de l'hormone naturelle. Elle permet, en usage médical, d'augmenter la fréquence et l'intensité des contractions utérines pendant l'accouchement.

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L’administration préventive d’oxytocine (APO) dès la sortie des épaules ou à la toute fin de l’accouchement est recommandée pour toutes les femmes (OMS). Lorsqu’il est utilisé correctement, l’oxytocine peut aider à accélérer le travail et à augmenter le taux d’accouchements par voie vaginale. Parfois, une micro dose d’oxytocine peut suffire à faire entrer votre corps en travail. Dans tous les cas, pour qu’un déclenchement par tampon d’ocytocine soit possible, votre col doit être favorable (6 minimum au score de Bishop). Lors d’un déclenchement sous ocytocine (Pitocin ou Syntocinon), les contractions débutent généralement dans les 30 à 60 minutes suivant l’injection. Parfois, cela peut durer plus longtemps, quelques heures voire, plus rarement, plusieurs jours. Chaque corps a sa propre réaction à l’action de l’oxytocine. En cas de déclenchement par oxytocine, il est recommandé de ne pas être trop pressée.

Voici les recommandations du Collège national des sages-femmes concernant l’oxytocine. Ainsi, les recommandations vont, avant tout vers le respect du rythme naturel de la naissance. Désormais, l’administration d’oxytocine doit répondre à une indication précise et jamais plus “systématique”.

Situations nécessitant l'utilisation d'ocytocine de synthèse

  • Déclenchement artificiel du travail : « Dans certains cas, par exemple, pour un déclenchement ou lorsque la dilatation du col ne progresse pas, on administre par voie intraveineuse une dose légère d’ocytocine dans sa forme synthétique. « Dans le cas d’un déclenchement d’accouchement, cette injection aura lieu si le col est favorable et donc que la maman est « mûre » pour l’accouchement.
  • Stagnation de la dilatation : À noter : l'ocytocine de synthèse est également utilisée si le travail stagne. À faible dose, elle permet de rapprocher les contractions et de les intensifier.
  • Prévention des hémorragies post-partum : Mais l’ocytocine de synthèse s’utilise également au moment de la délivrance pour prévenir le risque d’hémorragie après l’accouchement. « L’injection d’une dose mesurée d’ocytocine favorise la délivrance du placenta », souligne Dr Ariane Zaique-Thouveny.
  • Atonies utérines : L'oxytocine (ocytocine de synthèse) est utilisée par voie injectable dans la prise en charge des atonies utérines consécutives à une hémorragie de la délivrance (post-partum), pour induire une rétractation utérine après une chirurgie obstétricale (césarienne, interruption de grossesse) ou en cas d'insuffisance de contractions utérines en début ou en cours de travail.

Administration et dosage

L'ocytocine est un médicament non disponible en pharmacie de ville, uniquement réservé à l'hôpital. Ce traitement est inscrit sur la liste 2 des substances vénéneuses ce qui signifie qu'il nécessite une prescription médicale pour être délivré.

En cas d’accouchement dirigé, l’injection directe I.M. ou I.V. est formellement déconseillée. Ce médicament doit être administré par perfusion I.V. et sous contrôle médical très strict.

Posologie usuelle

  • 5 U.I. en perfusion I.V. lente (5 U.I. dilués dans 500 ml de sérum glucosé isotonique en perfusion I.V.
  • La vitesse de perfusion doit être strictement contrôlée et adaptée à la réponse utérine, en commençant par 2 à 8 gouttes par minute (correspondant à 1 à 4 mU.I. ou 0,1 à 0,4 ml par minute) avec un maximum de 40 gouttes/minute (soit 20 mU.I.
  • La vitesse de perfusion peut être augmentée progressivement, à des intervalles minimum de 20 minutes et chaque palier ne devra pas dépasser 1-2 mU.I.
  • A chaque fois que cela sera possible, le rythme de la perfusion sera contrôlé par une pompe de haute précision.
  • Obtention d’une bonne rétraction utérine : immédiatement après l’accouchement, 5 à 10 U.I. en perfusion I.V. lente (5 U.I. dilués dans 500 ml de sérum glucosé isotonique à 10 U.I. dilués dans 1000 ml de sérum glucosé isotonique en perfusion I.V.
  • 5 à 10 U.I. par voie I.M. ou 5 U.I. en perfusion I.V. lente (5 U.I. dilués dans 500 ml de sérum glucosé isotonique en perfusion I.V.

Alternatives au déclenchement par ocytocine

Vous ne souhaitez pas de déclenchement par ocytocine ? D’autres solutions peuvent être testées avant de procéder à un déclenchement artificiel. Parfois, la marche peut suffire à induire le travail.

Lire aussi: Ocytocine et douleur : comprendre le lien

  • L'exercice physique : en fin de grossesse, une activité physique, même de faible intensité, comme la marche à pied par exemple, permet au bébé de descendre doucement dans le bassin de sa maman.
  • L'alimentation : des études récentes ont établi un lien entre la consommation de dattes et le déclenchement du travail. L’ananas favoriserait aussi l’ouverture du col à en croire des expériences réalisées en éprouvette. Manger épicé serait aussi bénéfique pour stimuler l’arrivée de bébé, même si aucune étude ne le confirme.
  • Les relations sexuelles : l'orgasme provoque la production d'ocytocine qui, comme nous l'avons vu, joue un rôle important dans l'accélération du travail et de l'accouchement en lui-même.

Risques et effets secondaires potentiels

Comme toute solution médicamenteuse, l'ocytocine de synthèse mérite d’être administrée avec précautions. Le recours à l'ocytocine de synthèse n'a pas les mêmes conséquences en fonction des individus.

Effets indésirables courants

Les effets indésirables les plus fréquents de l'ocytocine sont des maux de tête, une accélération ou une diminution du rythme cardiaque, des nausées et des vomissements.

Effets indésirables moins fréquents

Plus rarement, peuvent s'observer des troubles liés à l'accouchement ou aux conditions périnatales (hémorragies, hypotonie ou hypertonie utérine, etc.). En cas d'administration trop rapide, l'oxytocine peut provoquer une hypotension immédiate et transitoire avec flush et tachycardie réflexe.

Effets indésirables rares

Dans de très rares cas, l'oxytocine peut augmenter le risque de coagulation intravasculaire disséminée (CIVD), d'autant plus si la femme présente d'autres facteurs de risques tels qu'un âge supérieur à 35 ans, des complications pendant la grossesse ou une grossesse de plus de 40 semaines gestationnelles. Très rarement, un effet antidiurétique qui se manifeste par une intoxication par l’eau transitoire avec céphalées et nausées.

Surdosage

En cas de surdosage, risque d’hypertonie utérine et de souffrance fœtale réversibles. Un surdosage en oxytocine peut être responsable d’une hyperactivité utérine voire une rupture utérine, aboutissant à une souffrance fœtale. Une perfusion IV trop rapide expose également à une hypotension transitoire avec flush et tachycardie.

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Précautions et contre-indications

L'oxytocine est contre-indiquée en cas d'hypersensibilité à l'oxytocine ou à l'un des composants présents dans le médicament, en cas de dystocie (excès de volume fœtal ou mauvais positionnement du fœtus), de fragilité ou de distension excessive de l'utérus, d'hypertonie utérine ou de souffrance fœtale quand l'accouchement n'est pas imminent, de troubles cardiovasculaires, de toxémie gravidique sévère, de prédisposition à l'embolie amniotique (mort fœtale in utero, hématome rétro placentaire) ou encore en cas de placenta prævia (implantation du placenta dans la partie inférieure de l'utérus, au-dessus de l'ouverture du col de l'utérus).

De plus, une extrême prudence s'impose chez les femmes ayant une prédisposition à l'ischémie myocardique, un syndrome du QT long ou présentant des facteurs de risque de coagulation intravasculaire disséminée (CIVD) en post-partum. L'oxytocine doit impérativement être injectée par voie intraveineuse lente au risque de déclencher une hypotension immédiate transitoire avec flush et tachycardie réflexe si l'administration est trop rapide.

Aucune étude n’a été réalisée chez des patientes atteintes d’insuffisance rénale. Compte tenu de ses propriétés antidiurétiques pouvant entraîner une rétention hydrique avec hyponatrémie, l’administration d’oxytocine n’est pas recommandée en cas d’insuffisance rénale sévère. La prise hydrique par voie orale doit être limitée et l’équilibre hydrique surveillé. Les électrolytes sériques doivent être mesurés lorsqu’un déséquilibre est suspecté.

L’oxytocine doit être administré avec prudence aux patients présentant un « syndrome QT long » ou des symptômes apparentés.

Interactions médicamenteuses

Les prostaglandines et leurs analogues peuvent potentialiser l’effet de l’oxytocine et réciproquement. Les anesthésiques volatils tels que le cyclopropane ou l’halothane, peuvent aggraver l’effet hypotenseur de l’oxytocine et réduire son action utérotonique.

Autisme

A savoir ! Des données contradictoires relient l’utilisation d’oxytocine au cours du travail avec le développement de troubles autistiques chez l’enfant, mais à jour aucune conclusion définitive n’a pu être apportée à cette question.

L'ocytocine en France : une médicalisation à nuancer

En France, l’accouchement est particulièrement médicalisé par rapport à d’autres pays européens, et l’administration d’oxytocine est l’un des principaux éléments de cette médicalisation. L’oxytocine serait-elle trop utilisée au cours des accouchements en France ?

Des groupes de travail réunissant des sages-femmes, des gynécologues-obstétriciens, des épidémiologistes, un pédiatre et un anesthésiste ont travaillé pendant deux ans sur cette question cruciale. Les groupes de travail ont montré l’importance de redéfinir les différents stades du travail, dont la dernière définition datait des années 50. Plusieurs études ont mis en évidence la nécessité de faire évoluer cette définition. La phase de latence peut être très variable selon les femmes et sa durée doit être respectée au maximum par les soignants. La phase active débute à partir de 5-6 cm de dilatation. La vitesse de dilatation est considérée comme anormale si elle est inférieure à 1cm toutes les 4h au début de la phase active ou 1cm toutes les 2h à partir de 7cm de dilatation. Ces nouvelles recommandations sont relayées auprès des équipes obstétricales, des femmes enceintes et des réseaux de périnatalité.

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