L'ocytocine est un médicament couramment utilisé lors de l'accouchement pour faciliter la dilatation du col de l'utérus et accélérer le travail. Il est essentiel de comprendre son fonctionnement, sa posologie, ses indications et ses effets secondaires potentiels.
Qu'est-ce que l'ocytocine ?
L'ocytocine est une hormone produite par l'hypothalamus, une région du cerveau. Elle est sécrétée en particulier au moment de l'accouchement et pendant l'allaitement. En médecine, l'ocytocine utilisée est une ocytocine de synthèse, de constitution et de propriétés pharmacologiques identiques à celles de l'hormone naturelle.
Rôle physiologique de l'ocytocine
Cette hormone agit principalement sur le muscle lisse de l'utérus, stimulant les contractions utérines. Ces contractions facilitent la dilatation du col de l'utérus et l'expulsion du fœtus. L'ocytocine joue également un rôle dans l'éjection du lait maternel et contribue à l'attachement entre la mère et l'enfant.
L'ocytocine naturelle est synthétisée par le cerveau au niveau de l'hypothalamus et se présente sous la forme d'un peptide composé de 8 acides aminés. Elle est libérée par l'hypophyse sous l'influence de divers signaux, comme un orgasme, l'allaitement ou l'accouchement, et se retrouve ensuite dans tout le corps via la circulation sanguine.
L'ocytocine permet également l'émission de lait maternel et les contractions utérines. Elle joue aussi un rôle chez le nouveau-né, en le protégeant de la douleur et du manque d'oxygène au moment de l'accouchement, ainsi qu'en développant son microbiote. C'est également l'hormone qui permet de décrypter les émotions au travers des regards et des visages, de créer des liens affectifs et de développer les interactions sociales.
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L'ocytocine peut aussi être sécrétée en réponse à une augmentation de l'osmolalité sanguine (augmentation de la concentration de certains éléments du sang tels que le sodium) ou une hypovolémie (volume sanguin trop faible). Elle permet l'évacuation du sodium par les urines et assure un effet antistress.
Utilisation de l'ocytocine en obstétrique
En pratique, l'ocytocine est d'usage courant dans un grand nombre d'accouchements, pour raccourcir la durée du travail et donc limiter les complications fœtales et maternelles associées à un travail prolongé. Les observations menées par le Collège National des Sages-Femmes de France (CNSF) ont mis en évidence une utilisation de plus en plus courante de l'ocytocine dans l'accompagnement du travail.
L'ocytocine est utilisée par voie injectable dans la prise en charge des atonies utérines consécutives à une hémorragie de la délivrance (post-partum), pour induire une rétractation utérine après une chirurgie obstétricale (césarienne, interruption de grossesse) ou en cas d'insuffisance de contractions utérines en début ou en cours de travail.
Indications principales
- Déclenchement ou stimulation du travail : L'ocytocine est utilisée pour initier ou renforcer les contractions utérines lorsque le travail ne progresse pas normalement. Le déclenchement du travail au moyen de l'ocytocine ne doit être tenté que lorsqu'il est strictement indiqué pour des raisons médicales plutôt que pour des raisons de commodité.
- Prévention et traitement de l'hémorragie post-partum : L'ocytocine aide à contracter l'utérus après l'accouchement, réduisant ainsi le risque d'hémorragie.
- Rétraction utérine après césarienne ou interruption de grossesse : L'ocytocine favorise la rétraction de l'utérus après une intervention chirurgicale.
Administration et surveillance
L'administration d'ocytocine doit se faire uniquement dans des conditions hospitalières et sous la surveillance d'un médecin qualifié. Il est essentiel de surveiller l'activité utérine et l'état du fœtus en continu, du début à la fin de l'accouchement, afin d'éviter une souffrance fœtale ou une hypertonie utérine réversible à la fin du traitement.
L'ocytocine est administrée par perfusion intraveineuse (IV) et jamais par injection sous-cutanée (SC), intramusculaire (IM) ou IV en bolus afin d'éviter tout changement brutal sur le plan vasculaire (hypotension aiguë de courte durée accompagnée de bouffées vasomotrices et d'une tachycardie réflexe).
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Posologie
La posologie de l'ocytocine varie en fonction de l'indication et de la réponse de la patiente.
- Déclenchement ou stimulation du travail : 5 à 10 UI dans 500 ml d'une solution d'électrolytes physiologiques (comme le chlorure de Sodium NaCl 0.9%). Une solution de dextrose peut être utilisée alternativement. La vitesse de perfusion initiale doit être de 1 à 4 mUI/min (2 à 8 gouttes/min ou 0,1 à 0,4 ml/min). Elle peut être augmentée progressivement par intervalles de 20 minutes minimum et par paliers de 1 à 2 mUI/min jusqu'à ce qu'un schéma de contraction similaire à celui d'un travail normal soit établi (3 à 5 contractions/10 min).
- Chirurgie obstétricale (césarienne, interruption de grossesse) : Pour obtenir une bonne rétraction utérine, 5 à 10 U.I. peuvent être administrées par voie IM ou 5 U.I. par perfusion I.V. lente.
- Prévention de l'hémorragie post-partum : 5 à 10 UI par perfusion IV (5 UI diluées dans une solution physiologique d'électrolytes et administrées en perfusion IV ou, de préférence, au moyen d'une pompe à perfusion à vitesse variable pendant 5 minutes) suivi d’une perfusion d’entretien de 5 à 10 UI/h pendant 2 heures. Le recours à la voie IM est également possible. La dose cumulée de 40 UI ne devrait pas être dépassée. L’injection aura lieu au dégagement de l’épaule ou immédiatement après la naissance ou après la délivrance du placenta (si non effectué) en cas d’accouchement par voie basse. L’injection aura lieu immédiatement après la naissance de l’enfant en cas de césarienne.
A chaque fois que cela sera possible, le rythme de la perfusion sera contrôlé par une pompe de haute précision.
Surveillance attentive
Pendant le déclenchement ou le renforcement du travail, l'administration d'ocytocine à des doses excessives ou l'augmentation des doses de manière trop rapprochée ou importante peuvent conduire à une hyperstimulation utérine qui peut provoquer une détresse fœtale, une asphyxie voire la mort du fœtus, ou peut conduire à une hypertonie, des contractions tétaniques ou une rupture de l'utérus.
Il est essentiel de surveiller attentivement le rythme cardiaque du fœtus et la motilité utérine (fréquence, force et durée des contractions), afin d'adapter la posologie à la réponse individuelle. En cas d'hyperactivité utérine (anomalies de fréquence ou de durée ou d'amplitude) et/ou de souffrance fœtale, la perfusion doit être interrompue immédiatement.
Recommandations importantes
Des données suggèrent que l'ocytocine administrée chez des femmes avec un col défavorable (selon le score de Bishop) pourrait retarder ou conduire à des échecs du déclenchement du travail en comparaison à d'autres méthodes de maturation du col. L'administration d'ocytocine pendant le 1er stade du travail trop précoce ou dans un délai de moins d'une heure suivant une amniotomie, augmente le risque de césarienne.
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Effets secondaires potentiels de l'ocytocine
Comme tout médicament, l'ocytocine peut entraîner des effets secondaires, bien que toutes les patientes ne les ressentent pas.
Effets secondaires fréquents
- Maux de tête
- Accélération ou diminution du rythme cardiaque
- Nausées et vomissements
Effets secondaires moins fréquents ou rares
- Troubles liés à l'accouchement ou aux conditions périnatales (hémorragies, hypotonie ou hypertonie utérine, etc.)
- Hypotension immédiate et transitoire avec flush et tachycardie réflexe (en cas d'administration trop rapide)
- Réactions allergiques sévères (accompagnées d'une difficulté à respirer, d'étourdissements et tension artérielle basse)
- Hyponatrémie (diminution de la concentration de sel dans le sang), pouvant entraîner des céphalées, des nausées, une léthargie, une anorexie et une apathie. Dans les cas graves (taux de sodium sérique < 125 mmol/L), elle peut entraîner une désorientation, une agitation, des convulsions, une dépression des réflexes, un coma, un arrêt respiratoire et un œdème pulmonaire non cardiogénique pouvant aller jusqu'au décès de la patiente.
- Coagulation intravasculaire disséminée (CIVD), en particulier chez les femmes présentant des facteurs de risque tels qu'un âge supérieur à 35 ans, des complications pendant la grossesse ou une grossesse de plus de 40 semaines gestationnelles.
- Hyperstimulation utérine, pouvant entrainer une hypertonicité (risque de contracture, une altération des tissus mous ou une rupture utérine, et exceptionnellement une rupture placentaire et/ou une embolie amniotique).
Précautions et contre-indications
L'ocytocine est contre-indiquée dans les situations suivantes :
- Hypersensibilité à l'ocytocine ou à l'un des composants présents dans le médicament.
- Dystocie (excès de volume fœtal ou mauvais positionnement du fœtus).
- Fragilité ou distension excessive de l'utérus.
- Hypertonie utérine ou souffrance fœtale quand l'accouchement n'est pas imminent.
- Troubles cardiovasculaires graves (ex, prééclampsie).
- Toxémie gravidique sévère.
- Prédisposition à l'embolie amniotique (mort fœtale in utero, hématome rétro placentaire).
- Placenta prævia (implantation du placenta dans la partie inférieure de l'utérus, au-dessus de l'ouverture du col de l'utérus).
- si votre médecin pense que le déclenchement ou l’augmentation des contractions ne vous conviendrait pas.
Une extrême prudence s'impose chez les femmes ayant une prédisposition à l'ischémie myocardique, un syndrome du QT long ou présentant des facteurs de risque de coagulation intravasculaire disséminée (CIVD) en post-partum.
Interactions médicamenteuses
Les prostaglandines peuvent renforcer l'effet de l'ocytocine et vice versa. Par conséquent, si l'utilisation de l'ocytocine est nécessaire après l'administration de prostaglandines, l'administration séquentielle doit être effectuée avec prudence. SYNTOCINON ne doit pas être administré dans les 6 heures suivant l'administration vaginale de prostaglandines.
Certains anesthésiques volatils tels que l'halothane peuvent aggraver l'effet hypotenseur de l'ocytocine et réduire son action utérotonique.
L'association du SYNTOCINON avec d'autres médicaments susceptibles d'induire des torsades de pointes est contre-indiquée.
Alternatives naturelles pour stimuler le travail
Si vous souhaitez éviter l'injection d'ocytocine et essayer des méthodes naturelles pour accélérer le travail, voici quelques suggestions :
- L'exercice physique : En fin de grossesse, une activité physique, même de faible intensité, comme la marche à pied par exemple, permet au bébé de descendre doucement dans le bassin de sa maman.
- L'alimentation : Des études récentes ont établi un lien entre la consommation de dattes et le déclenchement du travail. L’ananas favoriserait aussi l’ouverture du col à en croire des expériences réalisées en éprouvette. Manger épicé serait aussi bénéfique pour stimuler l’arrivée de bébé, même si aucune étude ne le confirme.
- Les relations sexuelles : L'orgasme provoque la production d'ocytocine qui, comme nous l'avons vu, joue un rôle important dans l'accélération du travail et de l'accouchement en lui-même.
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