Introduction
L'insémination artificielle et la fécondation in vitro (FIV) sont deux techniques principales d'assistance médicale à la procréation (AMP) qui consistent à manipuler des gamètes (spermatozoïdes et/ou ovules) hors du corps humain pour aboutir à une conception. Ces techniques ont révolutionné le domaine de la médecine reproductive, offrant de l'espoir à de nombreux couples infertiles à travers le monde. Cet article retrace l'histoire de la technique d'insémination artificielle, depuis ses débuts expérimentaux jusqu'à son utilisation clinique et les débats éthiques qu'elle a suscités.
Les Premières Expérimentations et Découvertes
L'histoire de l'insémination artificielle remonte au dernier tiers du XVIIIe siècle. À cette époque, des naturalistes européens ont commencé à expérimenter sur des animaux diverses techniques de fécondation artificielle dans le but de comprendre les mécanismes de la reproduction.
Lazzaro Spallanzani et la Démonstration de la Nécessité de la Semence Mâle
Le biologiste italien Lazzaro Spallanzani (1729-1799) a mené des expériences sur des grenouilles dans les années 1770. En aspergeant des œufs prélevés chez une grenouille femelle avec du sperme provenant d'un mâle, il a découvert la relation entre le sperme et l'ovule. Spallanzani a ainsi démontré que le contact physique entre le sperme et les œufs était nécessaire à la reproduction, réfutant la théorie de la génération spontanée. Il semble avoir été le premier à réaliser une insémination chez l’animal avec l’obtention de naissances.
John Hunter et la Première Insémination Artificielle chez l'Homme
Dans les années 1790, le chirurgien britannique John Hunter (1728-1793) a recueilli le sperme d'un homme atteint d'hypospadias et l'a injecté dans le vagin de son épouse. Il semble que ce soit le premier acte d’insémination rapporté chez l’homme. Cette intervention a permis de contourner l'incapacité du couple à concevoir, marquant ainsi une étape importante dans l'histoire de l'AMP.
L'Émergence de l'Insémination Artificielle comme Traitement de l'Infertilité
À partir des années 1830, puis 1860, quelques médecins européens ont utilisé ces résultats expérimentaux dans une perspective thérapeutique. À l'aide d'une seringue, ils ont cherché à contourner la stérilité de certains couples dont l'homme ou la femme souffrait d'une malformation empêchant la mise en contact du sperme et de l'ovule.
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Michel-Augustin Thouret et les Premières Publications sur l'Insémination
En 1803, en France, Michel-Augustin Thouret fut le premier à publier un ouvrage sur la technique des inséminations et les premiers résultats.
L'Insémination Artificielle dans les Manuels de Médecine
Dans les années 1880, la fécondation artificielle intègre les manuels de médecine. Réservée aux couples qui ne présentent pas de maladie héréditaire, elle constitue l'une des façons de soigner certaines formes de stérilité, même si ce n'est encore qu'à toute petite échelle.
Le XXe Siècle : Perfectionnement des Techniques et Débats Éthiques
Au début du XXe siècle et jusque dans l'entre-deux-guerres, les techniques d'insémination artificielle animale et humaine se perfectionnent, notamment sous l'influence de biologistes britanniques et russes qui les appliquent avec succès à l'élevage équin et bovin, et ce à grande échelle.
L'Insémination Artificielle : Entre Lutte contre la Stérilité et Objectifs Eugéniques
L'insémination artificielle est alors utilisée dans les pays occidentaux non seulement pour traiter les problèmes de stérilité de certains couples, mais aussi - veut-on croire - dans le but de lutter contre la baisse de la natalité (objectif quantitatif) et contre la dégénérescence de l'espèce humaine (objectif qualitatif et eugénique).
Les Débats sur l'Encadrement Déontologique, Moral et Juridique de la Fécondation Artificielle
Les médecins discutent de l'encadrement déontologique, moral et juridique de la fécondation artificielle, cherchant à préciser les droits et devoirs des époux, du médecin et de l'enfant à naître.
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La Condamnation de l'Insémination Artificielle par l'Église Catholique
En 1897, la Sacrée Congrégation du Saint-Office émet un décret de condamnation de la fécondation artificielle humaine, alors qu'elle n'est encore qu'une pratique thérapeutique exceptionnelle. L'Église considère l'insémination artificielle comme contraire à l'honneur de l'époux, à la pudeur professionnelle des médecins, et comme une violation de la loi morale naturelle et de la loi divine.
L'Insémination Artificielle en France : Clandestinité et Oppositions Morales
Dans la deuxième moitié du xixe siècle, la situation évolua, avec des publications dans la presse médicale française et même des publicités présentant l’insémination comme un traitement de l’infertilité, dont l’excès suscita la réticence des autorités médicales et religieuses. L’insémination devint relativement clandestine en France et l’insémination hétérologue avec sperme de donneur cristallisa les oppositions morales. En 1949, l’Académie des sciences morales et politiques considérait l’hétéro-insémination comme une atteinte aux assises du mariage, de la famille et de la société. En 1957, le 17e Congrès de la Fédération des sociétés de gynécologie et d’obstétrique de langue française donna un certain aval à l’insémination intraconjugale mais émit les plus grandes réserves vis-à-vis de l’hétéro-insémination qualifiée d’opération aventureuse sur le plan médical. L’auteur du rapport voyait dans ce geste une méconnaissance de la dignité humaine.
Les Centres d'Étude et de Conservation du Sperme Humain (CECOS)
En 1973, Georges David fondait à l’hôpital Bicêtre le premier CECOS basé dès l’origine sur la gratuité du don de sperme et l’évaluation de ses résultats.
Les Premières Banques de Sperme en France
En 1973, les deux premières banques françaises de sperme étaient créées à l’hôpital Necker et à l’hôpital Bicêtre à Paris, à l’initiative d’Albert Netter pour la première et de Georges David pour la seconde. Leur but était d’apporter une réponse au cas des stérilités masculines définitives. Leurs règles de fonctionnement étaient très différentes : la banque de sperme de Necker avait opté pour le paiement des donneurs, jeunes célibataires pour la grande majorité, visant à répondre à une demande dans les meilleures conditions techniques ; celle de Bicêtre avait, dès l’origine, l’objectif de corriger les défauts d’une pratique largement condamnée au plan moral et d’élaborer une éthique du don et de l’utilisation du sperme tout en développant les meilleures conditions techniques. Ces règles éthiques, dès lors, permirent à cette activité de sortir de la clandestinité.
Le Rôle de Simone Veil et l'Organisation de l'Insémination avec Sperme de Donneur
Les autorités de tutelle, notamment l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, ne témoignèrent pas au départ d’un grand enthousiasme à son égard, mais face à l’engagement et à la force de conviction de Georges David, elles acceptèrent, grâce au soutien majeur de Simone Veil, la ministre de la Santé, que l’insémination avec sperme de donneur soit mise en place et organisée.
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Les Principes Éthiques des CECOS
La réhabilitation du donneur a donc été recherchée en premier lieu. Cette réhabilitation passait par la gratuité du don, cette gratuité transformait un acte vénal et donc non reconnu en un acte réfléchi et généreux. La gratuité s’inspirait d’une règle appliquée en France au don de sang. Par ailleurs, tout en valorisant le sperme, elle répondait au principe fondamental que le corps humain ne devait pas faire l’objet d’une commercialisation. Elle avait également l’avantage d’induire plus de sécurité, notamment pour l’enquête génétique visant à rechercher les pathologies qui pourraient présenter un risque pour l’enfant. Elle valorisait socialement le don de sperme et le traitement de la stérilité masculine. À l’époque, le donneur devait avoir procréé et être en couple. L’insémination avec sperme de donneur ne pouvait être mise en place que pour pallier une stérilité masculine (indication médicale), le CECOS se réservant le droit de contrôler le bien-fondé de la demande. Deux autres règles étaient instituées : le consentement écrit signé par les deux membres du couple et l’obligation d’un entretien avec un psychiatre ou un psychologue. L’objectif étant de donner au couple l’occasion de réfléchir sur ses motivations et les conditions particulières de ce mode de conception.
La Fédération Française des CECOS
Peu à peu se créait un certain esprit communautaire, notamment au cours des séminaires des CECOS auxquels participaient non seulement les médecins mais, fait important et innovant, tous les corps de métier impliqués dans les centres. Cette dynamique a été à l’origine de la création en 1981 de la Fédération française des CECOS qui, réunissant l’ensemble des centres, avait pour objectif de favoriser une cohésion de ces centres et d’en harmoniser la pratique tout en respectant l’autonomie et la particularité de chacun.
L'Intégration des CECOS dans les CHU
En 1994, après plus de 2 ans de négociations avec les pouvoirs publics, les CECOS furent intégrés dans les CHU en tant qu’unités fonctionnelles ou unités de service en relation avec des services impliqués dans la médecine de la reproduction. Cette intégration dans les hôpitaux était un objectif des équipes médicales afin de valider ce qui était une réalité de la pratique : une prise en charge de patients et des donneurs dans la structure hospitalière.
L'Évolution de l'Insémination Artificielle et l'Émergence de la FIV
L'amélioration des connaissances biologiques et des techniques médicales a permis en 1978 la première naissance viable d'un enfant conçu par FIV. Il s'agit de Louise Brown, née en Grande‐Bretagne, «fruit» du travail de Robert Edwards et du gynécologue Patrick Steptoe.
Les Premières FIV et la Naissance d'Amandine en France
Les premières FIV se font sans stimulation hormonale: un seul ovocyte est prélevé,et les chances de succès restent infimes. Amandine est née à 3 h 20 le 24 février 1982. L’accouchement eut lieu dans le plus grand secret.
Les Réactions Éthiques et Scientifiques à la FIV
L’état d’esprit était plutôt mitigé, parce qu’il y avait beaucoup de gens qui étaient opposés. Pas beaucoup de gens savaient que l’on travaillait dessus, mais il y avait déjà eu la naissance de Louise Brown en Angleterre, donc il y avait déjà des réactions et beaucoup de gens trouvaient que c’était une vraie transgression que d’avoir un embryon in vitro sous les yeux, de pouvoir le voir, le toucher, le manipuler, choses qui étaient impossibles jusqu’à présent. Même des gens très connus dans le milieu scientifique y étaient opposés disant qu’il fallait plus travailler sur l’animal etc.
L'Impact de la FIV sur l'Éthique et le Droit
Pour nous, cela va marquer la naissance de l’éthique, non seulement le président Mitterrand va créer le Comité National d’Éthique mais c’est la première fois que de façon aussi organisée, il va y avoir la nécessité d’avoir une réflexion éthique, peut-être dans le domaine des greffes aussi, mais c’est à peu près à la même période, et ensuite on va passer de l’éthique au droit.
L'essor de la FIV en France
L’essor de la FIV en France fut. C’est le Groupe d’étude de la fécondation in vitro en France), qui centralise les informations provenant des divers centres, et. « Histoire de la fécondation in vitro » J. Histoire contemporaine de la médecine.
L'Insémination Artificielle Aujourd'hui
Aujourd'hui, l'accès à l'assistance médicale à la procréation est réservé aux couples stables, formés d'une femme et d'un homme en âge de procréer, et dont l'infertilité est médicalement constatée. Toutefois, un débat est en cours sur l'opportunité d'ouvrir l'assistance médicale à la procréation aux couples de femmes et aux femmes seules.
Les Techniques d'AMP : IA, FIV et ICSI
Si des couples ne parviennent pas à avoir d’enfant naturellement, différentes techniques peuvent leur venir en aide. Objectif : favoriser la rencontre des gamètes pour former un embryon viable. Cette rencontre peut se faire dans le corps de la femme : il s’agit de l’insémination artificielle (IA), qui consiste à injecter du sperme dans le vagin ou dans la cavité utérine de la future mère. Si cette technique échoue ou si le couple présente une anomalie empêchant la rencontre entre les spermatozoïdes et l’ovocyte, la fécondation in vitro est alors préconisée. La rencontre des gamètes se fait en dehors du corps de la femme, au laboratoire (FIV classique). Si les spermatozoïdes sont trop peu nombreux pour faire une IA ou une FIV classique, ou s’ils sont incapables de pénétrer tout seuls dans l’ovocyte, la technique d’ICSI*, qui consiste à injecter directement un spermatozoïde dans un ovocyte, est recommandée. En principe, plusieurs embryons sont obtenus au laboratoire, dont un ou deux sont transférés dans l’utérus de la femme, les autres étant congelés pour un transfert ultérieur si le couple le souhaite.
Les Indications de l'AMP
L’assistance médicale à la procréation (AMP) s’adresse avant tout aux couples qui souffrent d’un problème d’infertilité, voire de stérilité*. Soit les gamètes sont en nombre insuffisant ou n’ont pas les caractéristiques nécessaires à la fécondation ; soit il existe un obstacle au niveau des voies génitales masculines ou féminines empêchant la rencontre naturelle des gamètes. L’AMP peut aussi être envisagée en cas d’infertilité inexpliquée. Quand les gamètes utilisés sont ceux des futurs parents, on parle d’AMP intraconjugale. Si les spermatozoïdes ou les ovocytes sont absents ou non fonctionnels, ou en cas d’échec de l’AMP intraconjugale, on peut utiliser les gamètes d’un donneur ou d’une donneuse.
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