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Naissance et Histoire du Creusot : Une Épopée Industrielle Française

Le Creusot, aujourd'hui reconnue comme la ville de toutes les énergies et capitale française de l’industrie, a une histoire riche et complexe, intimement liée à la révolution industrielle en France. Son essor fulgurant, passant d'une vallée sauvage à un centre industriel majeur, est une histoire de vision, d'innovation et de labeur.

Les Prémices : Charbon et Vision d'Avenir

Au XVIIIe siècle, sous le règne de Louis XV, la région du Creusot était connue sous le nom de Charbonnières, en raison de l'affleurement d'une couche de charbon. L'exploitation de ce "charbon de pierre", ou "houille", se faisait de manière rudimentaire, à découvert, car la couche n'était pas très importante (environ 6 mètres d'épaisseur, 20 mètres de largeur et à fleur de terre).

François De la Chaise, né à Montcenis le 21 octobre 1727 et possesseur des terrains contenant le charbon, devint seigneur engagiste de la baronnie de Montcenis en 1767. Conscient de la richesse des terrains houillers et de l'importance d'une exploitation rationnelle, il sollicita une concession d'extraction auprès de Louis XV le 1er décembre 1767.

C'est à ce moment qu'entre en scène Gabriel Jars, un jeune ingénieur d'État réputé, né à Lyon le 26 janvier 1732. Fils d'un directeur de mines de cuivre, Gabriel Jars était passionné par l'application de la houille à l'industrie métallurgique. Après des études à l'école des Ponts et Chaussées et une mission d'étude en Allemagne et Europe Centrale, il devint membre correspondant de l'Académie royale des sciences, belles lettres & arts de Lyon en 1761.

Le ministre Bertin envoya Gabriel Jars étudier le projet de Montcenis. Il avait déjà été envoyé en mission en Angleterre pour étudier les procédés anglais d'utilisation de la houille, notamment la transformation en coke. Gabriel Jars joua un rôle crucial en tant que facilitateur de la circulation des idées entre ingénieurs français et anglais. Son ordre de mission précisait même qu'il devait loger dans un village anglophone pour maîtriser la langue et comprendre les pratiques industrielles anglaises. Il devait observer pourquoi l’industrie était plus avancée en Angleterre qu’en France, supposant que cela était dû à une réglementation moins contraignante.

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En 1768, Gabriel Jars visita les mines de Montcenis. Fort de son expérience, il se rendit compte de l'intérêt du gisement de la Charbonnière et montra à François de la Chaise comment fabriquer de la fonte au coke, comme il l'avait observé en Angleterre.

Gabriel Jars : Le Visionnaire Oublié

Gabriel Jars fut le premier à concevoir l'idée d'installer des manufactures dans la vallée des Riaux. Dans un rapport au ministre, il traça un véritable programme de développement industriel pour Le Creusot, soulignant que Montcenis était mieux situé que Saint-Etienne pour établir des manufactures de fer et d'acier.

Malheureusement, Gabriel Jars décéda prématurément d'une insolation le 20 août 1769, alors qu'il étudiait les coulées basaltiques en Auvergne. Sa mort laissa un vide, mais son influence perdura. L'Académie royale des sciences lui rendit hommage dans un document publié en 1772, saluant ses nombreux mémoires et ses Voyages métallurgiques, publiés à titre posthume par son frère aîné.

Jean Chevalier, auteur d'une monographie sur les origines industrielles du Creusot, qualifia Gabriel Jars de "Christophe Colomb du Creusot". Il souligna qu'il avait non seulement montré aux premiers entrepreneurs comment travailler, mais qu'il avait également tracé le programme industriel qui serait réalisé par la suite. Il fut le premier en France à transformer le charbon en coke et à solliciter la protection des pouvoirs publics pour Le Creusot.

La Fonderie Royale et la Cristallerie : Naissance d'un Centre Industriel

En 1769, François de la Chaise obtint la concession des mines de houilles de la baronnie de Montcenis. Cependant, le projet d'exploitation industrielle tarda à se concrétiser. En 1781, François-Ignace Wendel d'Hayange, Touffaire et Wilkinson visitèrent Montcenis à la recherche d'un lieu propice à l'établissement de hauts fourneaux et de forges. Ils choisirent finalement Le Creusot, et la construction de la future fonderie royale fut lancée en 1782.

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La ville du Creusot fut choisie pour implanter la Fonderie royale de canons pour la Marine, puis la Cristallerie de la Reine Marie-Antoinette. Louis XVI souhaitait produire en France un cristal de qualité pour éviter la dépendance envers les producteurs étrangers. Le coût élevé du combustible nécessaire à la production de cristal rendait impératif le rapprochement de la Cristallerie avec ses sources d'approvisionnement, et Le Creusot s'avéra être le site le plus adapté.

En quelques années, cette zone désertique se transforma en un centre industriel en pleine expansion. Une centaine de terrassiers auvergnats furent embauchés pour niveler la vallée, rejoints par d'autres terrassiers venus de Lorraine. En 1783, on recensait déjà 500 ouvriers au Creusot. Le site attira également de nombreux maçons et tailleurs de pierres pour la construction des bâtiments, ainsi que des mineurs venus des régions de l'Est.

Un recensement réalisé en 1787 révéla la diversité des origines des 1312 habitants du Creusot. La fonderie et la cristallerie employaient une main d'œuvre variée, attirée par les opportunités d'emploi dans cette nouvelle ville industrielle.

Des Débuts Difficiles à l'Ère Schneider : Paternalisme et Progrès

Les premières années de la fonderie et de la cristallerie furent difficiles. Le manque de moyens de transport économiques freinait le développement de l'industrie locale. Le canal du Centre, bien que projeté depuis des siècles, ne fut achevé qu'en 1793.

La machine à vapeur, perfectionnée par Watt, fut introduite au Creusot en 1782, symbolisant l'entrée de la ville dans l'ère industrielle. Cependant, la fonderie de canons connut des périodes d'arrêt, notamment en 1815, après la fin des guerres napoléoniennes.

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En 1826, malgré les efforts d'industriels locaux, Le Creusot ne parvint pas à résister à la concurrence d'usines rivales. Une compagnie anglaise, Manby et Wilson, tenta de relancer l'industrie locale en introduisant des méthodes de fabrication plus modernes, mais l'usine entra de nouveau en liquidation en 1836.

En 1836, la forge du Creusot, alors en faillite, fut rachetée par Adolphe et Eugène Schneider, deux jeunes hommes d’affaires issus d’une famille lorraine. Le chemin de fer naissant offrait un potentiel de croissance certain au secteur de la métallurgie. Grâce à leurs relations et leur sens des affaires, les frères Schneider surent donner l’impulsion nécessaire pour faire décoller leurs usines.

Après le décès accidentel d'Adolphe en 1845, Eugène Schneider reprit seul les rênes de l'entreprise. Il mena une carrière politique au niveau local et national, devenant successivement conseiller général, député, ministre puis président du Corps législatif.

Les Schneider mirent en place une politique paternaliste, construisant logements, écoles et hôpital pour leurs ouvriers. Ils façonnèrent la cité et régirent la vie économique et sociale de leurs employés. Le développement des usines assura la renommée du Creusot en France et à l’étranger.

Le paternalisme des Schneider marqua profondément l'histoire du Creusot. La famille exerçait un pouvoir considérable sur la vie des habitants, mais elle assurait également un certain niveau de sécurité et de bien-être social.

Le Creusot au XIXe Siècle : Une Puissance Industrielle

Sous la direction des Schneider, Le Creusot connut une période de croissance et de prospérité sans précédent. L'atelier de constructions mécaniques devint l'un des plus vastes et des mieux outillés du monde, contribuant à la réputation du Creusot.

L'extraction de la houille et du minerai de fer fut perfectionnée, et une voie ferrée relia l'usine au canal du Centre. En 1865, Le Creusot produisait 100 000 tonnes de fer, soit le huitième de la production générale de la France.

La ville du Creusot se développa rapidement, passant de 3000 habitants en 1837 à 24 000 en 1865. L'établissement employait à lui seul 10 000 ouvriers.

Le Creusot devint un centre d'innovation et de production de premier plan, fabriquant des machines marines, des machines fixes, des locomotives et divers autres équipements. La ville attira des visiteurs du monde entier, venus admirer les prouesses techniques et industrielles réalisées au Creusot.

Le Creusot Aujourd'hui : Un Héritage et un Avenir

Après des années difficiles, la ville du Creusot a su rebondir. La présence et le succès de grandes entreprises telles qu’Alstom, Framatome, Safran, Matière, Arcelor Mittal… témoignent de sa vitalité économique.

Aujourd’hui, Le Creusot s’inscrit dans le XXIe siècle comme l’un des lieux de fabrication de solutions énergétiques ou de transports du futur. La ville est un pôle universitaire important et offre un cadre de vie agréable.

Le Creusot est facilement accessible en TGV, situé à seulement 1h30 de Paris, 40 mn de Lyon et 2h30 de Marseille. La ville dispose également d’un réseau de transports en commun performant.

Le Creusot est membre de la Communauté urbaine Le Creusot-Montceau, qui regroupe 34 communes et compte 97 000 habitants.

L'histoire du Creusot est une histoire de vision, d'innovation et de résilience. De ses débuts modestes en tant que village minier à sa transformation en une puissance industrielle, Le Creusot a toujours su s'adapter aux défis et saisir les opportunités. Son héritage industriel est un atout précieux pour son avenir.

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