L'arrivée d'un bébé est un événement majeur, un bouleversement dans la vie des parents, tant pour la mère que pour le père. Si cette période est souvent associée à la joie et à l'émerveillement, elle peut également être source de défis émotionnels importants. Il est crucial de comprendre les différents aspects du moral après l'accouchement, notamment le "baby blues" et la dépression post-partum, afin de pouvoir les identifier, les gérer et rechercher l'aide nécessaire.
Le Baby Blues : Une Déprime Passagère
Quelques jours après l’accouchement, la majorité des mamans traverse une période de déprime qu’on appelle "baby blues". Entre 30 et 80 % des accouchées sont victimes, 3 à 10 jours après l'accouchement, d'une baisse du moral, d'un petit coup de déprime. C'est le fameux baby blues, qu'on appelle également «syndrome du 3e jour».
Causes et Symptômes
Cette déprime passagère s’installe après l’accouchement en raison de plusieurs facteurs. Sur le plan physique, la chute des hormones joue un rôle important. Après l’accouchement et l’expulsion du placenta, la chute brutale dans le sang, en quelques heures, du taux d’hormones œstroprogestatives serait responsable d’un effondrement du tonus, à l’origine d’une réaction de découragement. La fatigue, en effet, incontournable après l’énorme effort physique que représente un accouchement, atteint son maximum dans les trois à dix jours qui suivent.
D'autres facteurs entrent en ligne de compte, comme la fatigue, la chute brutale des hormones et tous les facteurs responsables du baby-blues. Certaines femmes sont plus à risques que d’autres. Celles qui comptent dans leur famille des cas du même syndrome (chez une mère, une tante, une sœur…) auraient une prédisposition héréditaire. L’isolement joue un rôle important, d'autant plus lorsqu'il s'agit d'une dépression post-partum, et pas seulement d'un baby-blues. Une fragilité psychologique constitue aussi un facteur déclenchant. Des rapports tendus avec le papa ou avec sa propre famille, un deuil récent, une perte d’emploi au cours de la grossesse, par exemple, affectent le psychisme de la jeune maman et altèrent sa confiance en sa capacité à développer des liens harmonieux avec son nouveau-né.
Les symptômes du baby blues sont souvent une forte émotivité qui se traduit par de l’irritabilité, de la susceptibilité, une mauvaise humeur ou encore de l’anxiété. Sautes d’humeur, mélancolie, perte d’appétit…
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Durée et Prise en Charge
Le baby blues peut durer quelques heures ou quelques jours. Cette période délicate commence, d’après Lucie Perifel, psychologue spécialiste de la périnatalité, « vers le troisième jour après la naissance et jusqu’à 15 jours après ». Le plus souvent, elle ne dure que 24 à 48 heures, parfois même quelques heures. Mais il peut arriver qu’elle se prolonge une semaine. En général, les symptômes disparaissent tous seuls.
Il est recommandé de ne pas vous refermer sur vous-même si vous êtes en plein baby blues et donc de parler de votre mal-être avec votre entourage. Le repos est vivement conseillé. Dès la maternité, on se ménage en limitant les visites des parents et amis, agréables, mais toujours fatigantes. On apprend à s’organiser. Et papa aussi ! Il est parent et membre du couple au même titre que nous et peut donc prendre l’initiative de penser aux courses, d’assurer les soins quotidiens que réclame notre tout-petit… Quant à nous, inutile de vouloir résoudre tous les problèmes en même temps, cela risque d’augmenter notre sentiment de découragement. On se ménage des pauses. On se réserve chaque jour un peu de temps pour "s’aérer". Les promenades en extérieur, sortir prendre l’air, c’est bon pour se sentir mieux ! Cela détend et favorise le sommeil : ça peut faire du bien en cas de baby-blues aussi.
Importance de la Prévention et de l'Information
Le rôle de l'entourage (conjoint, famille, amis…) qui va réconforter et protéger la jeune maman est essentiel, tout comme l'information par les soignants (puéricultrice, sage-femme, aide-soignante…) avant et après l'accouchement afin de dédramatiser ce petit coup de cafard et surtout de déculpabiliser la future maman en la rassurant sur ses capacités à prendre en charge son bébé. Ça se joue beaucoup avant l’accouchement ! Le mieux est d’aborder la grossesse et la naissance de l’enfant le plus sereinement possible. S’informer sur les besoins de bébé afin de mieux savoir comment y répondre.
La Dépression Post-Partum : Une Maladie à Prendre au Sérieux
Si les symptômes du baby blues durent plus de deux semaines, il faut en parler à un professionnel de santé, comme son médecin ou sa sage-femme. La dépression post-partum est une maladie qui peut apparaître pendant les semaines et les mois suivant l’accouchement. Près d’une mère sur cinq est touchée par une dépression post-partum dans les 4 semaines qui suivent l’accouchement. Cette maladie peut toucher tout le monde. Près d’un père sur dix traverse une dépression pendant la grossesse ou peu après la naissance de son bébé.
Causes et Facteurs de Risque
La dépression post-partum peut intervenir pour de nombreuses raisons qui varient en fonction des femmes. L’arrivée d’un bébé chamboule le quotidien de sa famille et les changements de vie que cela implique est une des premières raisons de la dépression. Rentrer de la maternité avec son enfant peut submerger les parents : cela peut entraîner le sentiment de ne pas être à la hauteur, d’être dépassé par les contraintes et les difficultés rencontrées. Il s’agit souvent de l’accumulation de plusieurs facteurs, comme lors d’une dépression classique.
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À cela s'ajoutent les raisons physiologiques de la chute rapide d'hormones suite à l’accouchement. En effet, un faible taux de progestérone peut causer de l’anxiété, des sautes d’humeur, de l’irritabilité et des symptômes dépressifs. La femme peut également connaitre des variations hormonales importantes dues à l’allaitement.
Certaines personnes seront plus à risque de développer une dépression post-natale. Les facteurs de risques sont notamment :
- Des antécédents de troubles mentaux chez la femme ou chez l'homme.
- Des antécédents de troubles mentaux pendant la grossesse.
- Ne pas se sentir soutenue par ses proches.
- Une relation difficile, instable ou abusive avec le partenaire.
- Des antécédents de toxicomanie.
- Le manque de sommeil après la naissance du bébé.
- Le sentiment d'être dépassée.
- Avoir traversé des événements stressants récents comme un deuil ou un divorce/une séparation.
La pandémie de Covid-19 engendre de nombreuses anxiétés au moment de devenir parent. Donner la vie pendant une pandémie génère des préoccupations supplémentaires : la distanciation sociale, les adaptations des procédures hospitalières et les inquiétudes quant à l’exposition à la Covid-19 peuvent fragiliser davantage les femmes et les rendre plus sujettes à l’anxiété et à la dépression.
Symptômes
La dépression postnatale peut survenir à tout moment au cours de la première année suivant l’accouchement. Toutes les femmes sont différentes et les symptômes développés varient en fonction d’un cas à l’autre. Les principaux symptômes sont notamment les suivants :
- Dépression, tristesse et mauvaise humeur persistantes.
- Manque d’énergie et sensation de fatigue.
- Manque d’entrain et d’intérêt pour tout.
D’autres symptômes peuvent également inclure :
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- Troubles du sommeil et somnolence en journée.
- Difficultés à tisser des liens avec son bébé.
- Manque de concentration et difficulté à prendre des décisions.
- Des pensées perturbantes, comme faire du mal à son enfant ou des pensées suicidaires.
- Un syndrome dépressif se manifeste par de la tristesse, souvent une grande irritabilité, un manque de motivation, un ralentissement de "l’élan de vie", des insomnies, accompagnés ou non de symptômes psychosomatiques divers (maux de dos, migraines, palpitations et impression de douleurs diffuses…).
Traitement et Soutien
La dépression post-partum est une maladie qui se soigne. Et comme pour la plupart des maladies, on ne la soigne pas seul. Au moindre signe d’une dépression, parlez-en sans tarder à votre médecin ou à un psychologue. Si vous présentez l’un des symptômes ci-dessus, parlez-en à votre médecin traitant, à un psychiatre ou à un psychologue.
- Aide médicale: Parlez-en à votre médecin traitant ou à un psychiatre pour déterminer des options en termes de soutien et de traitements nécessaires en fonction de vos besoins. un psychologue, avec le dispositif Mon soutien psy on peut bénéficier de séances d'accompagnement psychologique avec une prise en charge par l'Assurance maladie. On pourra recevoir une aide, du soutien, des soins.
- Thérapies psychologiques: Votre médecin traitant peut vous recommander de voir un psychologue pour traiter la dépression post-natale.
- Antidépresseurs: Les antidépresseurs peuvent être recommandés dans certains cas où la dépression est sévère et où d’autres traitements n’ont pas été efficaces. Votre médecin traitant vous conseillera sur les options disponibles si vous allaitez encore. Dépistée au plus tôt, la dépression postnatale peut être traitée efficacement. Le traitement comporte un suivi plus ou moins long par un ou une médecin (psychiatre ou généraliste), ainsi que la prescription d’antidépresseurs et d’anxiolytiques. Ces médicaments sont indispensables pour retrouver le sommeil et l’équilibre de l’humeur.
- Soutien des proches: Dites-leur ce que vous ressentez et n’ayez pas peur de demander de l’aide. Par exemple, vous pourriez demander de l’aide à quelqu'un pour que cette personne s’occupe de votre enfant pendant que vous vous reposez quelques heures. Si vous manquez d’énergie, demandez de l’aide pour faire vos courses ou pour cuisiner.
- Repos: Reposez-vous chaque fois que cela est possible. Pour éviter de manquer de sommeil, ayez le réflexe de vous reposer chaque fois que votre enfant s'endort. De même, ne soyez pas trop perfectionniste vis-à-vis de votre maison et des corvées ménagères.
Si vous avez des antécédents de troubles mentaux ou de dépression, parlez-en à votre médecin traitant au moment de tomber enceinte. Il pourra prendre des dispositions afin que vous soyez suivi régulièrement par un professionnel de santé au cours des premières semaines suivant l’accouchement.
Dépression Post-Partum Paternelle
Les femmes ne sont pas les seules à risquer de développer une dépression post-partum : les hommes sont presque autant touchés que les femmes par cette maladie. Il s’agit des mêmes causes que chez la femme : sensation de ne pas être à la hauteur, changement brutal de vie, difficulté à tisser des liens avec son enfant, etc. De plus, la dépression post-partum chez l’homme peut se manifester de différentes façons, notamment par la colère, de l’irritabilité, ou une consommation d’alcool abusive. Cependant, les hommes sont bien moins enclins à se faire aider face à des symptômes dépressifs.
Le Post-Partum : Une Période de Transition
Le post-partum désigne la période qui suit l'accouchement. Pour l'Organisation mondiale de la santé (OMS), il commence une heure après la délivrance (l'éjection du placenta après la naissance du bébé) et s'étend sur six semaines. Certains soignants estiment qu'il prend fin avec ce que l'on appelle le retour de couches - les premières règles après un accouchement - qui varie d’un à plusieurs mois selon les femmes. Pour Illana Weizman, doctorante en sociologie des médias et auteure du livre Ceci est notre post-partum*, ces définitions sont toutes trop restrictives.
Aspects Physiques du Post-Partum
Le corps de la femme subit de nombreux changements physiques pendant la grossesse et l'accouchement. Le post-partum est la période où le corps se remet de ces changements.
- Saignements post-accouchement (lochies): Les saignements post-accouchement, aussi appelés lochies, sont des saignements vaginaux (composés principalement de sang, de mucus et de tissu utérin qui se détachent après la naissance du bébé) qui font partie du processus de récupération post-partum. Ils peuvent durer de quelques jours à plusieurs semaines, en fonction des femmes. Les lochies commencent généralement par des saignements rouges et abondants juste après l'accouchement.
- Récupération du vagin: Immédiatement après l'accouchement, le vagin peut être gonflé, sensible et douloureux en raison de l'expansion et du passage du bébé. Un temps sera également nécessaire (généralement, quelques semaines) à la cicatrisation en cas de déchirures ou de coupures pendant l'accouchement.
- Rééducation post-natale: La rééducation post-natale est proposée à toutes les femmes qui viennent d'accoucher. La rééducation du périnée se fait en plusieurs séances, en fonction des besoins de la maman, et est souvent suivi par une sage-femme ou un kinésithérapeute. Elle intervient 6 à 8 semaines après l'accouchement. Cette rééducation permet de retrouver la tonicité musculaire. La rééducation abdominale permet quant à elle de retrouver la tonicité musculaire des abdominaux. Elle se fait elle aussi plusieurs mois après l'accouchement.
Aspects Psychologiques du Post-Partum
En plus des changements physiques, le post-partum est également une période de grands changements psychologiques et émotionnels.
- Changement de rôle: Quand on devient maman, on change de place à la fois dans le couple, dans la vie, mais aussi dans la lignée familiale. C'est une grosse étape à passer. On devient responsable d'un petit être qui demande une attention quasi permanente, on ne s'attend pas à ça et ça peut être plus difficile que ce à quoi on s'attendait.
- Importance de l'entourage: Un des piliers du bien-être quand on vient d'avoir un enfant, c'est d'être entourée. C'est vraiment important de trouver un espace de parole où l'on peut échanger avec des personnes qui vivent la même chose.
Conseils pour un Post-Partum Serein
- S'informer et se préparer: S'informer, échanger et bien se faire accompagner durant son post-partum sont des clés pour le vivre au mieux et éviter les désagréments physiques et les risques de dépression.
- Ne pas hésiter à demander de l'aide: Demandez si possible de l’aide autour de vous pour les tâches ménagères, les courses, ou tout simplement pour promener votre bébé pendant que vous faites une sieste.
- Prendre soin de soi: Repos (forcé), tâches ménagères et responsabilités quotidiennes supprimées, alimentation spécifique…tout est pensé pour que la maman favorise sa santé.
- Échanger avec d'autres mamans: Échanger avec d'autres mamans, reprendre confiance, récupérer.
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