Loading...

Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) : Modalités et Recommandations HAS

L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit fondamental pour les femmes. La Haute Autorité de Santé (HAS) actualise régulièrement ses recommandations pour améliorer l'offre de soins et garantir un accès simple et rapide à l'IVG. Cet article détaille les modalités de l'IVG, en particulier l'IVG médicamenteuse, en tenant compte des dernières évolutions législatives et des recommandations de la HAS.

Évolution Législative et Recommandations Actuelles

La loi du 2 mars 2022 a marqué une avancée significative en matière d'accès à l'IVG, notamment par l'allongement du délai légal à 14 semaines de grossesse (soit 16 semaines d'aménorrhée - SA). Un décret du 19 février 2022 a pérennisé les mesures prises pendant l'état d'urgence sanitaire, étendant le délai d'accès à l'IVG médicamenteuse hors établissement de santé à 9 SA et prolongeant la possibilité de téléconsultation. De plus, le décret n° 2024-367 du 23 avril 2024 autorise désormais les sages-femmes, sous condition de formation préalable, à pratiquer des IVG instrumentales en établissement de santé.

La HAS recommande que l'accès à l'IVG soit simple et rapide, avec un rendez-vous proposé dans les 5 jours suivant l'appel de la femme. Elle insiste sur l'importance d'une information complète et d'un soutien psychosocial pour les femmes souhaitant recourir à l'IVG.

Les Deux Méthodes d'IVG : Médicamenteuse et Instrumentale

Lorsqu'une femme envisage une IVG, il est crucial qu'elle reçoive une information détaillée sur les deux méthodes disponibles :

  • IVG médicamenteuse : Elle repose sur l'administration de deux médicaments, une antiprogestérone (mifépristone) suivie, 24 à 48 heures après, d'une prostaglandine (misoprostol). Cette méthode peut être proposée jusqu'à 7 SA en cabinet de ville, centre de planification ou centre de santé, et jusqu'à 9 SA en établissement de santé.
  • IVG instrumentale (chirurgicale) : Elle est réalisée sous anesthésie générale ou locale et peut être proposée jusqu'à 14 semaines d'aménorrhée.

L'IVG Médicamenteuse : Déroulement et Étapes Clés

L'IVG médicamenteuse représente environ 76% des IVG réalisées. Elle consiste en la prise de deux médicaments prescrits par un médecin ou une sage-femme et est possible jusqu'à 7 semaines de grossesse (9 SA selon les dernières recommandations de la HAS et la loi).

Lire aussi: Les modalités du contrat de travail expliquées

Les Deux Temps Préalables à l'IVG

Avant de procéder à l'IVG médicamenteuse, deux étapes sont essentielles : l'information et le recueil du consentement.

  1. Le temps d'information : Cette étape se déroule lors d'une consultation avec un médecin ou une sage-femme, qui peut avoir lieu en cabinet de ville, en centre de santé, en établissement de santé, ou à distance (téléconsultation). Au cours de cette consultation, le professionnel de santé :

    • Informe la femme sur les deux méthodes d'IVG (médicamenteuse ou instrumentale) et lui remet un dossier-guide.
    • Propose un entretien psychosocial (obligatoire pour les mineures).
    • Oriente la femme vers un autre professionnel de santé s'il ne pratique pas lui-même l'IVG, en lui remettant une attestation.
  2. Le recueil du consentement : Lors de cette seconde étape, la femme choisit la méthode d'IVG qui lui convient le mieux et confirme son choix par un écrit. C'est également un moment privilégié pour discuter de la contraception post-IVG et pour se faire prescrire un dépistage des infections sexuellement transmissibles (IST), dont le VIH, ainsi qu'un dépistage du cancer du col de l'utérus (à partir de 25 ans).

Il n'existe pas de délai légal entre les deux temps préalables à l'IVG. Si la femme le souhaite, il est possible de réaliser ces deux étapes au cours d'une seule et même consultation.

La Prise des Médicaments

Deux médicaments sont nécessaires pour interrompre la grossesse : la mifépristone et le misoprostol.

  1. La prise du premier médicament : la mifépristone : Ce médicament bloque l'action de la progestérone, une hormone nécessaire au maintien de la grossesse. Il favorise également les contractions de l'utérus et l'ouverture du col utérin. La mifépristone peut être prise soit à domicile, soit lors d'une consultation. Dès cette première étape, des saignements et des douleurs peuvent survenir, mais la plupart du temps, ils commencent après la prise du deuxième médicament. Il est important de noter que les saignements ne sont pas le signe que la grossesse est arrêtée, et il est donc indispensable de prendre le deuxième médicament.

    • Rôle et effets du premier comprimé :
      • Bloque l'action de la progestérone et arrête la grossesse.
      • Favorise les contractions de l'utérus et l'ouverture du col utérin.
      • Provoque des saignements plus ou moins importants.
  2. La prise du second médicament : le misoprostol : Il a lieu dans un délai de 24 à 48 heures après la prise du premier médicament. Le misoprostol augmente les contractions et provoque l'IVG. Il peut être pris soit à domicile, soit lors d'une consultation, soit au cours d'une courte hospitalisation. Les contractions utérines provoquent des douleurs qui ressemblent à celles des règles, parfois plus fortes (douleurs pelviennes), mais qui peuvent être réduites grâce à la prescription d'antalgiques. Les saignements, souvent assez abondants, qui accompagnent l'interruption de la grossesse, arrivent parfois très vite après la prise du misoprostol, parfois plus tard. Si le groupe sanguin de la femme est rhésus négatif, elle recevra une injection de gamma-globulines anti-D au plus tard dans les 72 heures suivant le début du saignement pour éviter toute incompatibilité lors d'une prochaine grossesse.

    • Rôle et effets du second comprimé :
      • Augmente les contractions.
      • Déclenche l'expulsion de l'œuf.
      • Provoque des contractions utérines plus ou moins douloureuses qui ressemblent à celles des règles ou sont plus intenses. Ces douleurs sont atténuées par un antalgique.
      • Peut occasionner certains effets secondaires : nausées, vomissements, diarrhées.
      • Entraîne des saignements, quelques heures après ou plus tardivement. Ces saignements durent généralement une dizaine de jours et s'arrêtent d'eux-mêmes. Ils sont très importants le jour de la prise du comprimé, mais diminuent ensuite.

L'expulsion de l'œuf se fait dans les 4 heures suivant la prise du deuxième comprimé dans 60 % des cas. Dans 40 % des cas, l'expulsion a lieu dans les 24 à 72 heures.

La Visite de Contrôle

14 à 21 jours après la première prise de médicament, une visite de contrôle est indispensable pour s'assurer que la grossesse est bien interrompue et qu'il n'y a pas de complications.

Lors de cette visite, le médecin ou la sage-femme :

  • Confirme que la grossesse est bien interrompue grâce à un examen médical et/ou une échographie ou un examen sanguin.
  • Vérifie l'absence de complications liées à l'IVG médicamenteuse.
  • Évoque, si nécessaire, les moyens contraceptifs les plus adaptés à la situation de la femme.

En cas d'échec de l'IVG médicamenteuse (si la grossesse se poursuit), le médecin ou la sage-femme oriente la femme vers l'IVG instrumentale.

Préparation à l'IVG Médicamenteuse

Pour que l'IVG médicamenteuse se déroule dans les meilleures conditions possibles, il est conseillé de se faire accompagner par une personne de confiance et de se reposer, si possible, après la prise des médicaments. Un arrêt maladie peut être prescrit en cas de douleurs.

Particularités pour les Mineures

Une autorisation parentale n'est pas obligatoire pour une IVG. Cependant, la mineure doit être accompagnée par un adulte de son choix et assister à une consultation psychosociale avant de procéder à l'IVG. Si le médecin ou la sage-femme refuse de pratiquer l'IVG, il a le devoir d'orienter la mineure vers un professionnel de santé susceptible de le faire.

Suites de l'IVG

Après une IVG, des examens peuvent être pratiqués pour compléter le diagnostic anténatal, notamment en cas d'antécédents de maladie. L'examen fœtopathologique (autopsie), réalisé avec l'accord des parents, est le plus performant pour identifier d'éventuelles malformations. Il est complété par des radiographies et un examen du placenta.

Il est important d'expliquer avec délicatesse les modalités du traitement du corps du fœtus et les formalités d'état civil. Un certificat d'accouchement d'un enfant "mort-né" est délivré quel que soit le terme. À partir de 22 SA, la déclaration à l'état civil est effectuée automatiquement par l'établissement. Avant 22 SA, les parents peuvent faire une déclaration "d'enfant né sans vie", ce qui permet de donner un prénom à l'enfant, de le faire apparaître dans le livret de famille et de réaliser des obsèques.

Avant 22 SA, les patientes bénéficient d'un arrêt maladie pour une durée définie par le médecin prescripteur.

Retour de la Fertilité et Contraception

La reprise de la fertilité après une IVG est immédiate. Il est donc recommandé d'utiliser une contraception si une nouvelle grossesse n'est pas souhaitée. La contraception peut être discutée avec le médecin ou la sage-femme au cours de la procédure d'IVG.

Rôle de la HAS et des Réseaux de Santé

La HAS joue un rôle essentiel dans l'amélioration de l'accès à l'IVG en actualisant régulièrement ses recommandations et en mettant à disposition des professionnels de santé des outils et des protocoles validés. Les dispositifs spécifiques régionaux en périnatalité (DSR-P) et le Réseau Ville Hôpital pour l'Orthogénie (REVHO) en Île-de-France constituent des appuis à l'orientation des patientes et à la coordination des professionnels de santé.

tags: #modalités #IVG #HAS

Articles populaires:

Share: