Introduction
L'histoire du Mouvement pour la Liberté de l'Avortement et de la Contraception (MLAC) est intrinsèquement liée à la lutte pour les droits des femmes en France, en particulier durant les années 1970. Ce mouvement, né dans le contexte de la contestation post-68, a joué un rôle crucial dans la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) en 1975. Cet article explore l'histoire du MLAC, en mettant en lumière ses origines, ses actions, ses acteurs clés et son impact sur la société française.
Les Origines du MLAC : Un Contexte de Contestation
Le MLAC n'est pas apparu ex nihilo. Ses racines plongent dans le terreau fertile de la contestation sociale et politique des « années 68 ». Cette période a été marquée par une remise en question des valeurs traditionnelles, une volonté de réformes profondes et une effervescence militante touchant divers secteurs de la société.
Le Mouvement de Libération des Femmes (MLF)
Le MLF, mouvement non mixte dès le départ, a contribué à dissocier procréation et sexualité dans les esprits. Par des actions spectaculaires et provocatrices, utilisant la chambre d’écho que représentent les médias, le MLF a affirmé la liberté et le droit à une orientation sexuelle autre que l’hétérosexualité dominante.
Le Groupe Information Santé (GIS)
Parallèlement, des étudiants en médecine et des médecins, regroupés dans le Groupe Information Santé (GIS), se sont engagés dans une action spécifique. Inspirés par le Groupe Information Prisons (GIP) de Michel Foucault, ils ont contesté l’adhésion obligatoire au Conseil de l’Ordre et ont mis en œuvre une forme d’intervention spécifique. Certains médecins du GIS se sont initiés à la méthode Karman, une nouvelle méthode d’avortement par aspiration, et ont pratiqué plusieurs centaines d’avortements clandestins.
Le Manifeste des 331 Médecins
Le 3 février 1973, 331 médecins ont rendu public un manifeste revendiquant la liberté de l’avortement. Ce manifeste, dont la parenté avec celui des 343 femmes d’avril 1971 est évidente, a eu un impact considérable sur le débat public.
Lire aussi: Body Combat pour Futures Mamans
La Création du MLAC : Un Front de Lutte et de Solidarité
C’est pour défendre d’éventuelles inculpations de médecins qui se mettent dans l’illégalité en pratiquant les avortements - et sur le modèle de l’association Choisir, à laquelle Gisèle Halimi a attaché son nom - qu’est fondé le MLAC, par - entre autres - Monique Antoine, membre du collectif d’avocates du procès de Bobigny. Après la fondation officielle du MLAC le 4 avril 1973, le GIS pratique un avortement en public à l’hôpital Saint-Antoine à Paris.
Une Composition Hétérogène
Le MLAC se présentait comme un cartel d’organisations de la Deuxième Gauche (Parti socialiste, Parti socialiste unifié, CFDT, associations familiales, MNEF) et d’extrême-gauche (Ligue communiste, Lutte Ouvrière, Alliance marxiste révolutionnaire, Cause du peuple, Révolution). Cependant, de nombreuses personnes y participaient à titre individuel.
La Charte Fondatrice : Un Compromis Politique
La Charte fondatrice du MLAC, longuement discutée, était un compromis entre différentes logiques politiques. Elle affirmait que la décision d’avorter appartenait à la femme elle-même et que l’avortement était un acte médical.
Une Organisation Décentralisée
Loin du « centralisme démocratique » des partis de gauche et des groupes « gauchistes », les formes et pratiques d’organisation et de fonctionnement du MLAC étaient spécifiques. Un cercle dirigeant parisien étroit côtoyait des assemblées générales qui se voulaient démocratiques, les Assises. Entre les deux, des noyaux militants étaient organisés en réseaux locaux relativement autonomes.
Les Actions du MLAC : Entre Légalité et Illégalité
Le MLAC s’est engagé dans des pratiques illégales de deux ordres : les voyages à l’étranger et les avortements sur place.
Lire aussi: Explorations autour du Diffusion Combat Doudou
Les Voyages à l’Étranger
Des voyages en Angleterre et en Hollande étaient organisés au départ de Paris pour aider les femmes qui voulaient avorter. Le MLAC central s’occupait de l’organisation de ces voyages, qui étaient aussi des actes militants et publics.
Les Avortements par Aspiration (Méthode Karman)
Des avortements par aspiration avec la méthode Karman étaient pratiqués au nom du MLAC. Le MLAC donnait une visibilité à ces actions, ainsi qu’une couverture juridique à celles et ceux qui les pratiquaient.
Le « Tour de France du MLAC »
Le « Tour de France du MLAC » de l’été 1974 a été une autre forme d’intervention originale. La présidente demandait aux préfets des départements traversés l’autorisation de passage pour un car avec banderoles et haut-parleur. Le départ se faisait du camp de Canjuers le 14 juillet ; le 19 juillet, la caravane faisait halte à Romans (soutien à une grève de femmes dans une usine de chaussures) ; le 25 juillet à Besançon (soutien aux salariés de Lip). L’arrivée a lieu le 16 août sur le plateau du Larzac où s’est développée l’année précédente la campagne anti-militariste.
Implantation et Diversité des Comités MLAC
L’implantation des comités MLAC était diversifiée, mais des tendances générales se dégagent. Il s’agissait d’un mouvement urbain de grandes villes et de villes moyennes. Les comités différaient aussi fortement par leurs activités et leur nature en fonction du lieu de leur implantation. On peut distinguer quatre types de comités :
- Comités dans les hôpitaux parisiens : Ils réunissaient les membres du corps médical et du personnel infirmier qui pratiquaient quasi ouvertement des avortements.
- Comités dans les entreprises : Ils apparaissaient comme un prolongement d’une section syndicale, qui serait féminisée et même souvent non-mixte.
- Comités dans les lycées et les universités : Ils permettaient une organisation spécifique des filles et des mots d’ordre féministes apparaissaient dans les manifestations lycéennes.
- Groupes mixtes : Les militant/e/s étaient au départ majoritairement des professionnels de la santé (médecins, infirmières, étudiants en médecine, aide-soignants).
La Loi Veil et la Fin du Mouvement
La loi Veil sur l’interruption volontaire de grossesse, adoptée en janvier 1975, a marqué une étape décisive dans la lutte pour les droits des femmes. Cependant, elle a également signifié la fin du MLAC en tant que mouvement. La loi, fruit d’un compromis difficile, ne satisfaisait pas pleinement les revendications du MLAC, mais elle a permis de sortir de l’illégalité et de garantir aux femmes un accès à l’avortement dans des conditions médicales plus sûres.
Lire aussi: PMA : enjeux d'égalité
Héritage et Impact du MLAC
Le MLAC a joué un rôle essentiel dans la légalisation de l’avortement en France. Il a contribué à sensibiliser l’opinion publique, à mobiliser les femmes et à créer un rapport de forces favorable à l’évolution de la législation. Au-delà de l’avortement, le MLAC a participé à la transformation des mentalités et à la promotion des droits des femmes dans tous les domaines de la société.
tags: #MLF #Combat #IVG #histoire